Actualités :: Procès : Quand le projet d’infiltration est infiltré

Des témoins cités par les accusés et leurs conseils ou par le ministère public dans la tentative présumée de coup d’Etat, ont encore été entendus hier 14 avril 2004. Des témoignages capitaux (1) qui apportent un éclairage sur le projet du putsch de 2001.

Le coup d’Etat était prévu pour l’année 2001. C’est ce qui est apparu des témoignages d’hier. L’adjudant-chef Joseph Dioma, alors agent de renseignements de la gendarmerie, a affirmé à l’audience avoir infiltré en 2001, le groupe du capitaine Diapagri Luther Ouali animé par des velléités putschistes. Les personnes qu’il reconnaît avoir vu lors des rencontres auxquelles il a participé, sont les capitaines Ouali et Bayoulou, le sergent Babou Naon, le sergent-chef Dramane D. Sanou (alors devenu son collaborateur) et un autre.

A l’issue de leur rencontre du 23 juin 2001, a soutenu l’adjudant-chef Dioma, un plan de mise en œuvre du projet de coup d’Etat avait été établi. Selon ce plan, les putschistes devaient infiltrer le meeting-marche du "collectif des organisations de masse" prévu pour le 30 juin 2001 pour mener l’assaut. Et cela précisément lorsque les marcheurs se seraient dirigés vers la présidence du Faso en vue de la remise de leur cahier de doléances au président.

Le sergent-chef Dramane D. Sanou avait été chargé d’inciter les militaires du camp Guillaume où il est en service, à sortir des casernes, créant une situation de pagaille.

Le capitaine et ses hommes saisiraient cette occasion pour s’emparer des faisceaux (armement positionnel pendant les manifestations) et attaquer la présidence, a ajouté l’adjudant-chef Dioma. Le jour "j", le meeting-marche du collectif s’est déroulé sans incident. Parce que le sergent-chef Sanou (qui est devenu le collaborateur de l’agent de renseignements) n’avait pas fait d’incitation comme prévu dans les plans.

De toute façon, au niveau de la gendarmerie, des mesures avaient déjà été prises, a précisé l’agent des services de renseignements Dioma Joseph. Pendant la marche du collectif, il (adjudant-chef Dioma) était installé avec Ouali et Bayoulou au "Tremplein", bar situé devant le jardin Yennenga et transformé en PC (Poste de commandement) pour la circonstance. De là, ils devraient assurer la coordination des "hommes" sur le terrain. Dans la mesure où les événements ne se sont pas déroulés tels que prévus, ils se sont retrouvés le 1er juillet de la même année dans un jardin situé au côté Nord de l’hôpital pédiatrique Charles De Gaulle pour faire le point et envisager l’avenir. Le capitaine Ouali aurait laissé entendre que le "business" de coup d’Etat avait été porté à la connaissance de la présidence et que par conséquent il y renonçait. Au delà de ces déclarations, l’adjudant-chef Joseph Dioma reconnaîtra à l’audience qu’en 2001, Ouali n’avait pas les moyens de faire un coup d’Etat.

Aussi, le sergent-chef Dramane D. Sanou a été appelé à témoigner à la barre. Selon son récit des faits, il aurait été contacté en juin 2001 par le capitaine Diapagri Luther Ouali pour discuter d’un projet relatif à la situation militaire et socio-politique du Burkina Faso. A ce sujet, a-t-il relevé, Ouali aurait exprimé la nécessité de "faire changer les choses". Comment ? Par un renversement du régime en place. "Il (Ouali) m’a demandé de l’aider dans ce projet en recrutant des "hommes" et en cherchant des armes". C’est par ces mots que le sergent-chef Sanou a situé la suite de sa discussion avec le capitaine Ouali.

Après cet entretien, le sergent-chef Sanou dit avoir rendu compte à l’adjudant-chef Dioma précédemment cité. Ce dernier, étant du service des renseignements, lui aurait suggéré de continuer à participer aux rencontres et de rendre compte. Concernant le meeting-marche du collectif, le témoin Dramane D. Sanou a déclaré avoir reçu pour mission, d’infiltrer les hommes qu’il aurait recrutés en possession des armes qu’il aurait pu soutirer (peu importe la manière) du camp Guillaume.

Ouali aurait parlé aussi du dépôt d’armes et de munitions de Yimdi. Rien de tout cela n’a été fait, a-t-il conclu. Ce qui ne l’a pas empêché d’assister au meeting du collectif qui, selon lui n’aurait pas abouti à une marche. Il aurait reçu un appel de Ouali sur le cellulaire dont il avait bénéficié pour ce faire. Contrairement à l’adjudant-chef Joseph Dioma, le sergent-chef Sanou a estimé que le poste de commandement était fixé au Mess des officiers. Les deux témoins ont cependant reconnu n’avoir pas pu établir que le collectif était de connivence avec les putschistes.

D’autres témoins connaissant la préparation du coup d’Etat de 2001 sont intervenus. Monsieur Wilfried Nombré dit avoir appris par l’adjudant-chef Joseph Dioma que le capitaine Boulédié Bayoulou (qui est un ami aux deux) tramait avec d’autres militaires une marche de revendication de droits. Etant un ami, M. Nombré dit être allé avec Dioma à la gare où Bayoulou prenait son car pour Bobo-Dioulasso en vue de l’en dissuader. Ce qui a été fait, selon Wilfried Nombré.

A l’instruction, le témoin Nombré aurait été plus bavard, rappellera le commissaire du gouvernement Abdoulaye Barry. Ce témoin aurait dit qu’il a été surpris d’apprendre que son président Norbert Tiendrébéogo et le capitaine Bayoulou se fréquentaient à son insu, alors que c’est lui-même qui les aurait mis en contact. Il aurait dit à Bayoulou sous requête de l’adjudant-chef Joseph Dioma, (dont il est ami par l’intermédiaire de Bayoulou) de mettre fin à ses relations avec les hommes politiques, en l’occurrence Norbert Tiendrébéogo. Pourtant, M. Wilfried Nombré ne reconnaît point avoir déjà entendu parler de coup de force.

Quant aux témoins Ousmane Komkoudougou et Thiombiano Abdoulaye dit Isaïe, ils soutiendront avoir été informés de la préparation d’un putsch par les médias.

A la reprise de l’audience à 16h30 mn, le témoignage le plus attendu, celui du général Kwamé Lougué a été entendu. Il ressort de son audition qu’à aucun moment, il n’a pas eu vent du coup d’Etat qui se tramait. Le capitaine Ouali Luther Diapagri a tenu à préciser qu’il avait demandé au général Lougué de changer le régime en place, mais que face à sa réticence, eux s’étaient sentis dans l’obligation de prendre leur responsabilité.

Pour le sergent Naon Babou, ce sont les gendarmes qui lui ont parlé du général. Ouali, lui avait suggéré son idée au général Lougué courant 2000. A la fin de sa déposition, le général Kwamé Lougué a exigé des accusés qu’ils lui rendent les honneurs miliaires, ce que ces derniers ont fait. Avant le général Lougué, des témoins comme les commandants Daniel Zougueyamba et Kam Victor Emmanuel ont été entendus. Le premier a laissé entendre que Ouali a eu à le contacter pour lui demander une arme, à savoir une kalachnikov, parce que la route de Fada est infestée de bandits. Le comandant Kam a lui affirmé que le capitaine Bayoulou lui aurait dit qu’ils prendraient le pouvoir et qu’ils le déshabillerait et le fusillerait.

Le capitaine Bayoulou s’est dit excessivement sidéré par les propos du commandant qu’il a rejetés en bloc. Le lieutenant-colonel Alain Bonkian qui est intervenu après les deux chefs de bataillon, a déclaré qu’il ne connaissait rien des faits. Quant au lieutenant-colonel Gambo Sibidou Léonard, il a loué les compétences techniques du commandant Pooda, lequel Pooda s’est fait fort de rappeler les malversations qu’il aurait décelées au sein de l’OCAC, et dont tous les acteurs n’auraient pas été sanctionnés.

Signalons qu’au cours de cette audience, un incident verbal violent a encore opposé la partie civile à la défense. A l’origine de celui-ci, des propos de Maître Antoinette Ouédraogo de la partie civile que Maître Sombié de la défense aurait trouvés discourtois. Il a donc demandé à son aînée de retirer ses propos, ce qui a été fait. Cet incident a donné l’occasion au commissaire du gouvernement de rappeler aux uns et aux autres qu’il fallait s’en tenir au cadre strict de l’affaire en jugement pour éviter les dérapages.

Alassane KARAMA
Boubakar SY

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