Actualités :: INSECURITE : A qui le tour ?

Comme on le sait, deux policiers de la Direction provinciale de
la police du Kouritenga viennent d’être fauchés par des balles
de malfrats. Ironie du sort, ces deux agents étaient dans
l’exercice de leur mission de maintien de la sécurité. Ainsi, le
macabre rouleau compresseur de l’insécurité qui écrase
d’innocents citoyens et endeuille quotidiennement de
nombreuses familles burkinabè, vient de frapper très fort, cette
fois-ci, en plein coeur, le dispositif sécuritaire du Burkina Faso.

Une sorte d’avertissement et de défiance à l’autorité de l’Etat.
Jusque là, ce serpent de mer s’était contenté de jeter son dévolu
à la périphérie.
Cette orgie sanglante et cette intraduisible horreur dont vient
d’être victime notre police nationale, interpellent les autorités en
charge de notre sécurité à revoir la copie de leur perception et
de leurs stratégies de lutte contre l’insécurité.

Pour ce faire, il
importe surtout que les causes du phénomène qui, comme un
cancer, prend de l’ampleur au point de neutraliser le seul
rempart, les forces de sécurité, soient bien identifiées. Or, par
une sorte de conformisme, on a tendance aujourd’hui à se
contenter des vieux discours en désignant la pauvreté comme
cause essentielle, sinon unique de la progression de
l’insécurité. Sans nier sa part dans les dérives sécuritaires
actuelles, ce serait emprunter des raccourcis pour masquer la
réalité en faisant de la paupérisation constante de la population,
la source de tous ces drames.

Si on devait suivre une telle
logique, plus de 90 % pour cent de notre population seraient
des bandits de grands chemins et des coupeurs de routes.
En réalité, le Burkinabè d’hier n’était pas plus riche que celui
d’aujourd’hui si l’on en croit en tout cas nos experts et autres
médecins qui sont au chevet de notre économie et qui distillent
régulièrement des discours homériques sur la bonne santé de
nos indicateurs socio-économiques et égrennent des refrains
lénifiants sur notre fort taux de croissance.

Si notre pays est
devenu une véritable jungle incontrôlable, cela est dû d’abord
aux survivances de certaines étapes de l’évolution politique de
notre pays. C’est ainsi que durant les périodes d’exception,
certains individus ont été pratiquement sacrés, sans une
enquête de moralité préalable défenseurs de la patrie. Si la fin
de l’Etat d’exception a mis officiellement un terme à leurs
activités, il n’en demeure pas moins que certains ont disparu
dans la nature avec armes et bagages en bandoulière. Du reste,
au Burkina, on n’a pas osé, à l’instar d’autres pays, procéder à
la récupération de toutes ces armes, en" divagation".

C’est ainsi que notre pays, remis sur les rails de l’Etat de droit,
est resté une poudrière et un Etat de "non droit" du fait de la
détention illégale d’armes par certains citoyens peu inquiets
d’être en marge de la légalité républicaine, forts de leurs
diplômes d’impunité et des nouvelles alliances avec certains
barons du moment.

Dans cette anarchie envahissante,
oppressante et ostentatoire, comment lutter efficacement contre
l’insécurité ? Cette inextricable équation est d’autant plus
insoluble que les conditions d’obtention du permis de détention
d’armes ne sont pas aussi transparentes et objectives comme
elles devraient l’être. Même si officiellement, les dispositions en
la matière sont marquées du sceau des bonnes intentions, il
reste que dans la pratique, tout se passe autrement, dans les
obscures officines des alliances politiciennes.

La tentation de
plus en plus affichée de recruter des milices au niveau de
chaque parti politique, ces Tontons macoutes à la Duvalier,
n’est pas de nature à sécuriser les citoyens. A ces incertitudes
lourdes de menaces, il convient d’ajouter la porosité de nos
frontières à la faveur des conflits armés dans certains pays
voisins et qui ont transformé le Burkina en un déversoir d’armes
de toutes natures.

Face à cette évolution dangereuse de l’insécurité dont les
auteurs disposent de moyens disproportionnés par rapport à
des forces de l’ordre démunies, à la limite de la clochardisation,
il est évident que les honnêtes agents de sécurité ne peuvent
que récolter des pots cassés. Dans ces conditions, à quoi
servent les hommages posthumes aux victimes innocentes,
mortes sur le champ de bataille pour une cause nationale alors
qu’on aurait pu leur éviter le pire ?

Eviter le pire suppose qu’on
entreprenne d’abord au sein même des forces de sécurité, des
mesures de nettoyage et de salubrité morale. Il n’est un secret
pour personne que ce n’est pas tant le rapport des forces
défavorables aux policiers et leurs conditions existentielles
précaires qui les transforment en chair à canon. Ce sont
d’abord et avant tout, les complicités dont bénéficient parfois les
malfrats dans les milieux des forces de l’ordre elles-mêmes qui
sont les vraies causes du pourrissement général de notre
situation sécuritaire actuelle.

Mais dans un pays où les calculs
et les intérêts politiciens se télescopent et ne peuvent même
s’entendre pour gérer notre bien commun, la sécurité, combien
d’honnêtes policiers faut-il expédier au sacrifice suprême pour
créer l’onde de choc salvatrice ? Ce qui est sûr, chacun de nous
peut être demain, la cible potentielle de ces forces du mal qui,
chaque jour réclament leur ration de citoyens à éliminer.

L’aggravation graduelle de la violence est peut-être le signe
annonciateur que du petit crime crapuleux nous risquons
d’évoluer vers le crime politique. Et si on n’y prend garde, par
instinct d’autodéfense, chacun de nous pourrait devenir une
menace pour la sécurité des autres citoyens. Faisons en sorte
que le Burkina ne devienne pas cette espèce de Far-West où
tout doit se régler à la gâchette.

Le Pays

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