Actualités :: Témoignage : « Mes frères, avant d’emmener votre compagne en Europe, (…)

Nombreux sont les Burkinabè qui vont à l’étranger dans un mariage arrangé pour une vie à deux. L’expérience a montré que une fois en Occident, les choses se compliquent et difficile devient l’accomplissement du rêve qu’on s’était promis avant le mariage : « vivre ensemble, pour le meilleur et le pire, et ce, jusqu’à ce que la mort nous sépare ». Jacques Gouem (nom d’emprunt), Burkinabè résidant en Allemagne, se retrouve actuellement dans une situation dont l’issue est incertaine. Lui qui croyait au départ se marier pour vivre le bonheur, se retrouve finalement séparé de son épouse Safi (nom d’emprunt), qu’il pensait connaître, mais qui se révèle être, selon ses dires, la cause de ses pires cauchemars.

Tout a commencé en 2006, lorsqu’il fait la connaissance d’une demoiselle du même village que lui. Très vite, le courant passe. Étant en Allemagne pour le travail, il décide finalement de rentrer au bercail pour officialiser sa relation. « Après le mariage, je suis reparti et elle m’a rejoint trois mois plus tard », nous fait-il savoir. Tout allait bien et les deux vivaient le parfait amour quand, au bout de six mois, Jacques commence à essuyer les plaintes incessantes de son épouse. « Avant de me marier à Safi, j’avais déjà une fille que j’avais eue avec une allemande. Elle s’appelait Kim (nom d’emprunt). Elle venait à la maison sans problème. Mais un jour Safi l’a nattée et elle n’a pas aimé. Donc elle a défait sa tête. C’est comme ça que les problèmes entre ma fille et elle ont commencé. Kim n’était pas toujours là, à la maison, avec nous. Mais quand elle venait, il y avait toujours des disputes. Elle ne l’aimait pas du tout. Je me rappelle qu’un jour, alors que Kim était à la maison avec nous, elle l’a menacée. Elle a eu tellement peur qu’elle a sauté du premier étage et s’est enfuie. J’ai appelé sa mère plus tard qui m’a dit qu’elle était revenue chez elle en pleurs et toute apeurée… On a vécu des situations où les deux ne s’entendaient pas pendant une bonne dizaine d’années. C’était très tendu entre elles. Le problème est que ma femme Safi est assez menaçante. Quand elle s’énerve, elle peut vous faire fuir d’un simple regard. On a donc vécu comme ça jusqu’à ce qu’un jour, mon ex-femme, allemande, m’appelle pour me demander de la rejoindre à l’hôpital pour une urgence. Arrivé, le médecin nous a fait comprendre que ma fille a vécu un sérieux traumatisme et qu’elle avait pris des médicaments en l’absence de sa mère qui l’ont malheureusement emportée. C’est comme ça que j’ai perdu ma fille. C’est comme ça qu’elle est morte », a retracé un Jacques complètement dépité.

Quand les difficultés financières s’installent, le divorce devient la seule porte de sortie

La perte d’un être cher est toujours difficile. Et le plus dur à supporter, ce sont les souvenirs que l’on garde de ce dernier. On se sent encore plus mal, quand on se rend compte que tout cela aurait pu être évité, si les bons choix, les bons mots, les bonnes attitudes avaient été mis à profit, nous confie Jacques. « Après le décès de ma fille, j’étais épuisé, fatigué, dégouté par la vie. J’étais comme une personne nouvelle. J’avais du mal à supporter sa disparition. Pour remonter la pente, j’ai décidé de faire un retour aux sources. Je suis reparti au village et j’y ai passé un peu plus d’un mois. J’ai pris le temps d’échanger avec les gens sur ce que je vis avec ma femme là-bas et sur ce qui a conduit à la mort de ma fille. On m’a dit que c’est Dieu qui donne et que c’est lui qui reprend. On m’a conseillé de repartir sur de nouvelles bases et de faire table rase du passé. Ce que j’ai essayé de faire, quand je suis reparti en Allemagne. Mais j’ai été financièrement épuisé par le décès de ma fille qui est survenu de façon brusque. Là-bas, l’enterrement coûte extrêmement cher. Ce n’est pas comme ici où c’est plus quelque chose de social. Là-bas, il faut des millions pour enterrer quelqu’un. C’était difficile pour moi de joindre les deux bouts, vu que c’est moi qui m’occupais de toutes les charges de la famille. Et les charges avaient augmenté parce que durant les dix ans, j’ai eu deux enfants avec Safi », nous explique-t-il.

Face à ces difficultés que la vie lui a imposées, Jacques décide que désormais, les charges devraient être partagées. Avec sa femme, il tente le dialogue pour parvenir à cette conclusion, mais tous ses efforts pour lui faire entendre raison sont balayés du revers de la main, assure-t-il. « Quand Safi est venue en Allemagne, je l’ai d’abord inscrite au cours de langue. Après ça, elle a commencé à faire de petits jobs. Elle a travaillé dans une maison de retraite. Là, elle m’a dit que c’était difficile et que ce n’était pas le type de travail qu’il lui fallait. Il fallait donc payer pour qu’elle fasse d’autres formations. Elle a fait trois à quatre formations. Mais elle avait un travail. Je lui ai donc demandé de contribuer désormais pour les charges parce qu’elles étaient devenues trop lourdes pour moi. Elle a complètement refusé, alors que c’est comme cela que ça se passe en Europe. Une seule personne ne peut pas tout supporter. C’est dans ça qu’elle m’a dit que si telle était ma décision, il était mieux que chacun prenne sa route. » nous a-t-il confié.

Des démarches entreprises par Safi pour le divorce

Le fait pour chacun de contribuer pour que le ménage puisse tenir bon a, des dires de Jacques, suffi à son épouse pour lui demander le divorce. « J’ai essayé de lui dire que ce n’était pas la solution ; que ce que je proposais était bel et bien possible et que c’est comme ça dans presque tous les ménages, mais elle n’a pas voulu m’écouter. Elle s’est attaché les services d’un avocat qui me met constamment la pression pour que je signe les papiers du divorce. Mon épouse Safi m’a même convoqué deux fois à l’action sociale. La première fois, on nous a dit de repartir nous entendre parce que c’était très loin d’être une bonne solution.

La deuxième fois, elle a dit à l’action sociale que j’étais violent et que je l’avais déjà menacée avec un couteau. J’ai demandé à ceux qui étaient là-bas de me regarder et de me dire si je ressemblais à quelqu’un qui pouvait faire du mal à quelqu’un. Mais comme ils avaient vu son comportement à la première rencontre, ils ont demandé à ce qu’on se sépare pour un moment et qu’elle quitte la maison pour se trouver un autre appartement. Chose qu’elle a faite. Mais en partant, je l’ai soupçonnée d’emporter avec elle mes papiers. Un jour je suis venu la surprendre en train de mettre mes papiers dans des cartons pour les emporter avec elle. Je lui ai dit de tout vider. J’ai pu récupérer quelques-uns, et je suis allé garder ça chez un ami », a-t-il expliqué.

Quand un problème d’usurpation d’identité se mêle au débat

Une fois de retour au village après le décès de sa fille, Jacques apprend que son épouse n’est pas celle qu’elle prétend être. En effet, celle-ci utiliserait le nom, le prénom et la date de naissance d’une de ses cousines avec qui elle est homonyme (de nom et de prénom). C’est un problème que ses propres parents savent. Mais jusque-là, personne n’a voulu changer les choses. « Le procès-verbal de la police confirme cela après investigation. J’ai personnellement été approché par la victime, qui m’a dit de dire à ma femme de venir régler ce problème parce qu’elle en souffrait. Elle m’a dit qu’elle a constaté cela en allant renouveler sa pièce. A la police, on a dit que la pièce n’avait pas encore expiré et qu’elle était toujours valable. A la mairie aussi, il est dit qu’elle est mariée à moi, alors qu’elle n’est pas encore mariée et pire encore, je ne suis pas son mari.

Donc elle marche sans document et ne peut pas faire certaines choses parce que son identité est détenue par une autre. De mon côté, je suis dans une procédure judiciaire pour demander la nullité du mariage car j’estime que celle que j’ai épousée m’a menti sur son identité. Avec ce document, je peux repartir en Allemagne et montrer que notre mariage n’est pas valable parce qu’on lui a mis plein de choses dans la tête. On lui a dit qu’en divorçant, vu qu’elle partira avec les deux enfants, je vais payer beaucoup. Ce qui est vrai d’ailleurs. Aussi, elle a menti en disant à l’avocat que j’ai beaucoup de biens. Là, une fois le divorce prononcé, on les vend pour la payer. Avec ce que l’action sociale va lui reverser et ce que la ville aussi va lui donner, c’est beaucoup, beaucoup d’argent », nous assure-t-il.

« Je note que ma femme a reçu trois convocations de la justice suite à une plainte de la victime, sa cousine, et ce, depuis 2021elle n’a pas réagi », Jacques Gouem

Le tribunal a refusé d’annuler le mariage

Le mercredi 8 mai 2024, Jacques nous apprenait qu’il n’avait pas obtenu gain de cause auprès d’un Tribunal de grande instance du Centre-est. Pourtant, selon ses dires, les choses étaient suffisamment claires en ce sens où le procès-verbal et le rapport de l’Office national d’identification sont en faveur de la victime. Pour l’heure, la procédure de divorce du côté de l’Allemagne suit toujours son cours. Avec son épouse, ils sont toujours en froid. Et pour que son cas soit réexaminé, il dispose de deux mois pour faire appel.

« Au début de l’affaire, je me suis attaché les services d’une avocate, qui m’avait rassuré de régler l’affaire en peu de temps. Les honoraires et frais de déplacement ont été payés. Malheureusement à l’heure où je vous parle, l’avocate en question a rompu le contact. Ma dernière conversation avec elle date de mai 2023, et cela, après une dizaine de messages. Elle m’a dit au téléphone que si elle tire beaucoup sur l’affaire, le procureur risque de bloquer ses dossiers car elle en a beaucoup dans la zone ; que c’était à chacun de comprendre… Je me suis demandé où sommes-nous ? Quand un service est à moitié honoré, que fait-on de l’argent déjà payé ? »

Faites attention à qui vous voulez emmener en Europe

La situation que vit Jacques serait monnaie courante en Europe. Elles seraient nombreuses ces personnes qui ont souffert de ce type de cas. Et en s’épanchant sur notre média, Jacques veut attirer l’attention de ses frères africains, car, comme on le dit : un conseil n’est jamais de trop. « Chacun doit vraiment réfléchir avant d’emmener, sa compagne qu’il a mariée, en Europe. Il faut bien réfléchir avant de faire cela parce que ça peut mal tourner. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de couples du même village, de la même localité, ou même africain qui vivent à l’aise et qui se comprennent là-bas. Mais je vous assure que c’est très rare. Je suis là-bas depuis longtemps, je sais de quoi je parle. Donc mon dernier mot est que si vous épousez une femme ici, avant de l’emmener en Europe, mes frères, réfléchissez par deux fois ! », a-t-il conseillé.

Erwan Compaoré
Lefaso.net

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