Actualités :: Présidentielle 2005 : De la légitimité des révisions de l’article 37 et de la (...)

En attendant le pseudo-débat juridique qu’entraînera la candidature de Blaise Compaoré, sur fond d’interprétation de l’article 37, certains "théoriciens" ne cessent de disserter sur la "légitimité" de la révision opérée en 1997 et sur les implications juridico-politiques de celle de 2000.

Alors que Jonas Hien avait dans sa "supplique" parue dans les journaux (l’Observateur Paalga ...) invoqué la "morale" pour écarter cette éventuelle candidature, le Professeur Ki-Zerbo a, lors de la conférence de presse donnée par son parti le vendredi 30 janvier 2004, parlant de la révision opérée en 1997, qualifié celle-ci "d’extermination" de la volonté du législateur.

Quant à Ram Ouédraogo, il a tout simplement appelé au "bon sens" et au consensus qui sous-tendaient la révision de 2000, pour demander à Blaise Compaoré de se tenir à l’écart. Pour le président des Verts, Blaise Compaoré aurait dû jouer au "balayeur" (sic) depuis 1991, pour ensuite vaquer à d’autres occupations. Ni le professeur d’histoire, encore moins l’impresario reconverti en politique, ne se sont hasardés à une démonstration juridique sur l’illégalité de la candidature du Président du Faso, déclarant qu’ils feraient celle-ci au moment opportun.

En attendant, et puisque les deux hommes se découvrent soudain des âmes de "puritains" politiques, en parlant de morale et de légitimité, "explorons" avec eux ce terrain. Sur la légitimité de la révision de 1991, il faut noter que nonobstant le fait que celle-ci a été effectuée dans le respect des normes constitutionnelles (3/4 des députés l’ont adoptée), les élections législatives de mai 1997 sont venues donner une légitimité certaine à cette révision.

Faut-il en effet rappeler que c’est le peuple, souverain premier qui accorde la légitimité à tous les actes posés par les gouvernants ? Or, c’est ce peuple qui a voté massivement pour le CDP (acteur de la première révision) légitimant à posteriori tous les actes qu’il avait posés lors de la précédente législature. Mieux, l’élection en novembre 1998 (avec un score honorable) du candidat de ce parti au poste de Président du Faso, confirmera la concordance de vues entre ce parti et les populations.

Que des théoriciens de salon viennent après disserter sur le sexe des anges, ne peut-être que l’illustration de leur pauvreté d’esprit et de leur manque d’arguments. Quant à la légitimité de la révision opérée en 2000 par la Commission des affaires générales et institutionnelles, la question ne se pose pas, puisqu’elle est la résultante d’une démarche consensuelle. Cette commission avait par ailleurs admis la "non-rétroactivité" de la nouvelle loi.

Là où il y a "problème," c’est que pour certains, cette vision est "réductrice" parce qu’elle feint d’ignorer le problème politique qui est à la base de cette révision. Un faux débat qui prend sa source dans le fait que le législateur n’a pas pris le soin(en raison évidemment des dispositions de l’article 2 du Code civil) d’indiquer que la nouvelle loi n’était pas rétroactive.

En comparaison, l’Union interafricaine des droits de l’Homme (UIDH) qui n’a procédé à la limitation des mandats présidentiels que lors de son avant-dernier congrès, a pris elle, cette précaution. En bon juriste, Halidou Ouédraogo (qui reconnaît la légalité d’une éventuelle candidature de Blaise) avait pris le soin de couper l’herbe sous le pied des éventuels "débateurs" qui se seraient élevés contre sa candidature.

A propos du programme de développement solidaire

C’est dire que nos "juristes-légitimistes" ne disposent pas d’arguments convaincants pour étayer leurs thèses et que leurs motivations présentes et à venir sont à rechercher ailleurs. En dépit de ses effets de manches et de ses "coups de gueule", notre opposition souffre toujours de ses maladies infantiles (absence de programmes réalistes, division, clientélisme, suspicions etc.) pour se présenter en alternative crédible au niveau des populations. Minée par ses propres maux, elle est réduite à s’attaquer au pouvoir même sur des décisions qui font l’unanimité.

Dans ce registre, des décisions telles que la prorogation de l’âge de la retraite ont été sévèrement critiquées par le PDP/PS, alors que la majorité, voire tous les fonctionnaires s’en réjouissent. De même, l’appui financier au monde paysan, la vulgarisation de la petite irrigation villageoise, le bitumage des routes principales ont été perçus comme des actions de "propagande" (sic) par certains. On a beau retourner leurs arguments dans tous les sens , on ne peut les comprendre, la "promotion du monde paysan" étant leur leitmotiv quotidien.

Outrés de voir que c’est, aussi le crédo du président Compaoré et du CDP qui luttent pour un développement durable du "pays réel et du pays tout court, nos pantouflards, en sont à mener la lutte politique dans le plus pur style estudiantin" (contester pour contester). La récente tentative de putsch déjouée illustre la volonté de certains d’entre eux d’assouvir leurs rêves, par les voies qu’ils ne cessent de décrier. De la mauvaise foi en somme, ce qui ne grandit pas l’opposition burkinabè.

Aucun leader, charismatique du style de Wade ne se dégage, Ki-Zerbo ayant mangé son pain blanc, alors que Hermann Yaméogo est de plus en plus isolé. Les Burkinabè qui ne boivent pas l’eau par les narines ont fini par se faire une raison sur cette opposition prompte à "monter à la soupe" au premier claquement de doigt. Faut-il dans cette occurrence lâcher la proie pour l’ombre, en mettant Blaise Compaoré hors-jeu ? Avouons que ce serait là, la véritable forfaiture. De grâce, menons le débat ailleurs. Celui de la capacité des uns et des autres, à avoir la confiance, la bénédiction des Burkinabè, pour la magistrature suprême...

Omar KY à Bobo-Dioulasso

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