Actualités :: Mobilisations de soutien à la transition : « Nous devons continuer ainsi, (…)

A l’appel de la Coordination des organisations de la société civile, plusieurs milliers de personnes ont convergé à la place de la nation de Ouagadougou, samedi, 6 mai 2023, pour manifester leur soutien au président Ibrahim Traoré et à la transition. Au lendemain de ce gigantesque rassemblement, constaté également à travers plusieurs localités du pays, nous avons rencontré un des métronomes et porte-parole de l’organisation, Lucien Zié, par ailleurs secrétaire général du Mouvement le Faso, ma patrie (MFP). Il revient sur l’objectif de la mobilisation, les messages livrés et parle des perspectives.

Lefaso.net : Qu’est-ce qui a justifié un tel appel à la mobilisation populaire ?

Lucien Zié : Notre pays a traversé des évènements tragiques, dont le 21 avril avec le drame de Karma et l’attaque d’envergure survenue à Ougarou qui a coûté la vie à nombre de nos FDS (Forces de défense et de sécurité). Nous avons constaté que la communauté internationale a puisé dans ces évènements malheureux de notre peuple, pour essayer de construire des mensonges, tendant à nuire à la bonne marche de la transition. D’autres (des institutions internationales : ndlr) ont qualifié cette attaque de Karma de « génocide ».

C’est le cas avec le président en exercice de la CEDEAO. Nous avons également ce député français, pour qui c’est une minorité contre une majorité ; la majorité qui voudrait écraser la minorité. Il a même cité des ethnies (je me garde aussi de répéter ici ces injures qu’il a proférées à l’endroit de notre pays). Donc, au regard de tout ce qui a été vu et entendu de la part des institutions internationales, au moment où le peuple pleurait ses filles et fils, et où on s’attend donc à ce que ces institutions-là puissent vraiment venir nous témoigner leur solidarité et leur soutien, on a plutôt constaté qu’elles veulent profiter de ces évènements malheureux pour mettre en exécution leur plan de déstabilisation de la nation burkinabè.

C’est au regard de tout cela, et des aspirations profondes de notre peuple pour la souveraineté, de l’engagement de nos FDS et de nos autorités pour la reconquête des zones occupées par les groupes armés terroristes, que nous avons estimé qu’il était bon de faire comprendre à ces institutions, que ce que nous vivons n’a jamais été un « génocide », une « guerre ethnique » ni « communautaire ».

Il s’agit donc de réaffirmer notre engagement à assumer pleinement notre souveraineté et à accompagner nos FDS et autorités pour la reconquête du territoire. Si elles ne peuvent pas aider notre peuple avec du matériel et autres moyens logistiques pour la reconquête du territoire, qu’elles nous épargnent des messages incendiaires qui tendent même à semer de la confusion au sein de l’opinion internationale et nationale. Il fallait donc trouver un moment solennel pour exprimer ce désaccord vis-à-vis de la communauté internationale. Voilà pourquoi, nous avons initié ce meeting populaire du 6 mai 2023.

Qui sont les organisateurs de ce meeting et comment le mot d’ordre a été donné, quand on sait que les rassemblements ont eu lieu à travers le territoire ?

Effectivement, c’est à la même date que tous les chefs-lieux de région ont tenu leur manifestation. Et il faut dire que les leaders des organisations de la société civile arrivent à communiquer, que ce soit au niveau régional ou provincial, ils arrivent à coordonner des activités. C’est par ce mécanisme que nous sommes parvenus à trouver une date pour ce meeting populaire. En ce qui concerne les organisateurs, il s’agit d’une coordination des organisations de la société civile. Elle est composée de beaucoup de coalitions (précisément quatre).

On ne peut pas dire exactement combien d’associations font partie de chaque coalition, mais ce qu’il faut retenir est qu’il y a des coalitions qui comptent plus de 200 associations tandis que d’autres ont moins de 100, voire dix associations. Mais il y a aussi des associations individuelles qui, avec la coordination, s’asseyent autour de la même table de discussions sur ces questions d’intérêt national. Tout le monde a mouillé le maillot pour cette activité.

Dans cette grande mobilisation, chaque participant avait un message qui lui tenait à cœur et qui a motivé sa sortie. Mais quel a été le principal message dont étaient porteurs les organisateurs ?

Nous avons simplement un message d’appel à l’ensemble du peuple burkinabè, à se tenir debout et à être mobilisé. Un appel à faire en sorte que tout acte que nous posons puisse concourir à l’unité nationale ; parce que, tant que nous ne sommes pas unis, il sera difficile pour notre peuple de pouvoir tenir face à l’impérialisme et à ses implications.

Voilà pourquoi, nous avons lancé l’appel à l’ensemble du peuple burkinabè, à toutes les communautés religieuses et à tous les groupes sociaux, à se tenir debout et à veiller à ce qu’il n’y ait pas des velléités qui puissent entamer la dynamique actuelle. Nous avons confiance à nos autorités, au regard de la dynamique déjà enclenchée pour la reconquête du territoire, avec des résultats déjà engagés en peu de temps. Nous sommes convaincus que la victoire est certaine.

Parlant de la mobilisation à proprement dite, il y a ceux-là qui pensent que le meeting a montré que certaines pratiques ont la peau dure ; parlant du convoyage de manifestants, de gadgets … Quel commentaire pouvez-vous en faire ?

Ce sont peut-être des méthodes classiques, que d’autres peuvent effectivement ne pas aimer. Par exemple, quand vous regardez les tee-shirts, ce sont ceux de mouvements (associatifs). Un mouvement qui naît, trouve le moyen de mettre sur des supports, ses effigies. C’est une façon pour lui de se faire connaître. Il y a donc des mouvements qui ont pu se mobiliser pour avoir des moyens d’imprimer leurs tee-shirts.

Parlant du convoyage, je pense qu’il n’y en pas eu, en tant que tel. Par exemple, quand vous prenez les six communes rurales qui sont rattachées à la commune de Ouagadougou, il y a des associations qui militent en faveur de la transition. S’il y a eu des cars (personnellement, je n’en ai pas vu), certainement que ce sont ces associations qui se sont organisées, et par mesure de prudence, pour conduire leurs militants au lieu du meeting.

Aussi, le peuple a tellement été paupérisé par l’Occident, que tout le monde n’a pas de moyen de déplacement. Imaginez donc quelqu’un qui doit quitter Koubri (une trentaine de kilomètres de Ouaga : ndlr) ou Tanghin-Dassouri (environ 30 kilomètres de Ouaga : ndlr), à vélo, ou la personne n’a même pas un moyen de déplacement, c’est difficile, malgré sa volonté. Certainement que les leaders qui ont convoyé leurs militants ont pris la mesure de cette situation et ont trouvé que c’était la meilleure manière de faire participer leurs militants.

Quel est l’écho que vous avez des régions, en termes de mobilisation ?

Nous avons de très bonnes nouvelles sur la tenue des meetings à ce niveau. Il y a même des villes qui ont, bien que n’étant pas chefs-lieux de région, tenu des manifestations. C’est le cas de Cinkansé où on a vu la foule qui y est sortie. Les chefs-lieux de région étaient en ébullition, pour dire oui à la transition, et non aux institutions internationales qui ne veulent pas faciliter la tâche à la transition. Toute chose qu’il faut vraiment saluer. Il faut également louer le leadership et la vision de tous ces leaders qui ont mis les petits plats dans les grands pour la réussite de ces différents meetings.

C’est quoi le message que vous entendez envoyer à certains institutions internationales et partenaires ?

Nous souhaitons que les institutions internationales, la communauté internationale, respectent les options politiques, la volonté et les stratégies de reconquête du territoire prises par nos autorités. A défaut, qu’elles puissent nous épargner les propos et messages hostiles. Je crois que lorsqu’on parle de l’ONU, elle est basée sur trois piliers : la paix, le développement et les droits de l’homme. Je pense que lorsque nos autorités sont engagées dans la recherche de la paix pour leur peuple, jusqu’à recruter des VDP, elles méritent d’être accompagnées que de subir des velléités de déstabilisation. Beaucoup d’efforts sont faits pour recouvrer la paix.

Elles (institutions internationales : ndlr) parlent aussi de droits de l’homme. Mais, ceux qui ont été les premiers à les violer sont ceux-là mêmes qui continuent de les violer, parce que nous sommes un peuple asservi ; nous avons connu l’esclavage, la colonisation, nous avons été violentés, nos droits ont été violés. Donc, nous ne saurons les violer au Burkina, parce que nous connaissons la valeur des droits de l’homme.

J’exhorte donc nos autorités à renforcer les liens avec les institutions qui peuvent nous arranger et à se passer de celles qui ne veulent vraiment pas nous être utiles. Il faut aussi choisir les partenariats qui sont efficaces et qui n’empiètent pas sur notre souveraineté.

Il est reproché à certains dans vos rangs, de verser dans des actes débordants, notamment des appels, messages et propos violents et haineux. Quel est votre commentaire sur ce point ?

C’est de dire à tous ces partisans et militants qui sont engagés (d’autres peuvent ne même pas être des militants, même s’ils se trouvent dans des postures de soutenir le régime) qu’avoir certains comportements et tenir certains propos ne sont pas adéquats à la situation de notre pays. On ne peut pas dire qu’on soutient le pouvoir en place et avoir un langage violent, injurieux, menaçant …envers d’autres personnes. Un acteur de paix doit avoir un langage de paix, un comportement de paix.

Le langage de paix bannit les injures, les intimidations, les menaces. Nous avons des institutions ; la justice est là pour constater certaines infractions et faire cesser certains agissements. On ne doit pas avoir à l’esprit de rendre justice nous-mêmes, sinon nous allons nous retrouver dans des situations de règlements de comptes. Ce qui ne va pas servir la nation et peut constituer un engrenage de violences plus tard. Il faut bannir ces comportements de nos rangs et appeler tous ceux qui sont tentés par cette logique, à comprendre que notre combat, c’est pour la paix, la sécurité.

C’est d’ailleurs par un langage approprié que nous pouvons convaincre ceux qui sont égarés à nous suivre. On ne peut pas être leader et tenir des propos incendiaires à l’endroit de certaines personnes, institutions, allant parfois à même appeler à s’en prendre à des citoyens. Ce n’est pas du tout une bonne chose pour nous leaders et pour tout autre individu de la société.

Après cette grande mobilisation, quelle va être la suite à votre niveau ?

Nous avons donné à nos militants et partisans, à l’ensemble de tous ceux qui étaient là, à Ouagadougou et partout dans les chefs-lieux de région, le même message : rester mobilisés. La mobilisation ne plaît pas à l’impérialisme, qui cherchera toujours des voies et moyens pour nuire. C’est d’appeler donc l’ensemble du peuple burkinabè à rester vigilant et à travailler pour l’unité et la cohésion. Qu’on soit prêt à faire face à toutes sortes de manœuvres subversives. En tout état de cause, cette guerre que nos autorités mènent, ce sont les Burkinabè qui doivent la gagner, pour leur propre bonheur.

Pour conclure ?

C’est de dire merci à Dieu que tout se soit bien passé, remercier l’ensemble des personnes-ressources qui ont effectué le déplacement pour venir nous accompagner et qui ont donné des discours avec du contenu assez intéressant. Cela montre que la démarche dans laquelle nous sommes, est la bonne ; parce que quand vous avez des personnes-ressources (des autorités coutumières et religieuses) qui vous accompagnent et vous bénissent, vous ne pouvez que vous en réjouir.

Félicitations à tous les leaders de la société civile qui se sont réellement investis en laissant leurs agendas personnels pour travailler à la réussite de ces meetings. Chapeau à eux ! C’est comme cela que nous devrons être et nous devons continuer ainsi, c’est la voie de la libération de notre peuple.

Entretien réalisé par Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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