Actualités :: Le Burkina doit s’inventer un autre modèle de démocratie endogène

Dans cette tribune, Zanna Kaboré propose un modèle endogène d’organisation politique pour le Burkina, une organisation endogène intégrant nos valeurs traditionnelles allant du village à la région, de la région au national.

Au sortir des luttes politiques d’émancipation des peuples, autrement dit au lendemain des indépendances politiques, les leaders africains ont copié le modèle occidental de gouvernance et de gestion de l’appareil d’état que leurs ont légué le colonisateur. Pour ce qui concerne les pays colonisés par l’empire colonial français, les leaders n’ont pas compris qu’en adoptant le model proposer par leur ex-maîtres, ils vendaient l’âme de leur peuple en se constituant comme les nouveaux prédateurs.

Certains sont restés dans le sillage de la loi cadre de 1957, seul Hamed Sékou Touré de la Guinée a eu le courage de décliner l’offre colonial. Après 62 ans d’indépendance politique, nos élites respectives nous ont conduit comme des moutons de panurge dans les couloirs de leurs scénarios du copier-coller des lois civiles de l’empereur Napoléon BONAPARTE.

Code civil, code pénal, constitution etc. Tout ce passe comme si nous étions des peuples sans âmes ni conscience parce que nous sommes des peuples analphabètes du point de vue des « civilisés » sortis de l’école du blanc, construit par le blanc pour le substituer.

Cependant, nous sommes des peuples munis d’âmes et de conscience avec notre culture, notre civilisation. Abordons les questions de démocratie avec un peu d’histoire :

Dans le Soudan français, il y a eu de grands empires (Soundiata Keita, Soumahoro Kanté,) et royaumes(le royaume Bambara de Ségou, le royaume du Kénédougou partie malienne..) il y a eu au 12 ème siècle (1236) ce que nous pouvons appeler la première constitution dans le monde dont voici le texte intégral :

LA CHARTE DE KURUKAN FUGA

Les représentants du Mandé traditionnel et leurs alliés, réunis en 1236 à
Kurukan Fuga actuel cercle de Kangaba (République du Mali) après
l’historique bataille de Kirina ont adopté la charte suivante pour régir la
vie du grand ensemble mandingue.

I. DE L’ORGANISATION SOCIALE

Article 1er :
La société du grand mandé est divisée ainsi qu’il suit :
• Seize (16) « Ton ta djon » ou porteurs de carquois ;
• Quatre (4) Mansa si » ou tribus princières ;
• Cinq « Mori Kanda » ou classes de marabouts ;
• Quatre (4) « Nyamakala » ou classes de métiers.
Chacun de ces groupes a un rôle et une activité spécifiques.
Article 2 : les « Nyamakala » se doivent de dire la vérité aux Chefs, d’être leurs conseillers et de défendre par le verbe, les règles établies et l’ordre sur l’ensemble de l’Empire.

Article 3 : les « MoriKanda » sont nos maîtres et nos éducateurs en islam.
Tout le monde leur doit respect et considération.
Article 4 : la société est divisée en classes d’âge. A la tête de chacune d’elles est élu un chef. Sont de la même classe d’âge les personnes (hommes ou femmes) nées au cours d’une période de trois années consécutives.
Les « Kangbé » (classe intermédiaire entre les jeunes et les vieux) doivent participer à la prise des grandes décisions concernant la société.
Article 5 : chacun a le droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique. En conséquence, tout acte attentatoire à la vie d’autrui est puni de mort

La charte de Kurukanfuga 7

Article 6 : pour gagner la bataille de la prospérité, il est institué la « Könögbèn Wölö » (un monde de surveillance pour lutter contre la paresse et l’oisiveté).
Article 7 : il est institué entre les « Mandenkas le Sanankunya » (cousinage à plaisanterie) et le « Tanamanyöya » (forme de totémisme).
En conséquence, aucun différend né entre ces groupes ne doit dégénérer, le respect de l’autre étant la règle.

Entre beaux-frères et belles-sœurs, entre grands-parents et petits enfants, la tolérance et le chahut doivent être le principe.
Article 8 : la famille KEITA est désignée famille régnante sur l’Empire.
Article 9 : l’éducation des enfants incombe à l’ensemble de la société. La puissance paternelle appartient par conséquent à tous.

Article 10 : adressons-nous mutuellement les condoléances.
Article 11 : quand votre femme ou enfant fuit, ne le poursuivez pas chez le voisin.
Article 12 : la succession étant patrilinéaire, ne donnez jamais le pouvoir à un fils tant qu’un seul de ses pères vit.

Ne donnez jamais le pouvoir à un mineur parce qu’il possède des biens.
Article 13 : n’offensez jamais les « Nyaras » (paroliers attitrés).
Article 14 : n’offensez jamais les femmes nos mères.
Article 15 : ne portez jamais la main sur une femme mariée avant d’avoir fait intervenir sans succès son mari.
Article 16 : en plus de leurs occupations quotidiennes, les femmes doivent être associées à tous nos Gouvernements.
Article 17 : les mensonges qui ont vécu et résisté 40 ans doivent être considérés comme des vérités.

Article 18 : respectons le droit d’aînesse.
La charte de Kurukanfuga 8
Article 19 : tout homme a deux beaux-parents : les parents de la fille que l’on n’a pas eue en mariage et la parole qu’on a prononcée sans contrainte. On leur doit respect et considération.

Article 20 : ne maltraitez pas les esclaves, accordez-leur un jour de repos par semaine et faites en sorte qu’ils cessent le travail à des heures raisonnables. On est maître de l’esclave mais pas du sac qu’il porte.
Article 21 : ne poursuivez pas de vos assiduités les épouses : du chef, du voisin, du marabout, du féticheur, de l’ami et de l’associé.
Article 22 : la vanité est le signe de la faiblesse et l’humilité le signe de la grandeur.
Article 23 : ne vous trahissez jamais entre vous. Respectez la parole d’honneur.
Article 24 : ne faites jamais du tort aux étrangers.

Article 25 : le chargé de mission ne risque rien au Mandén.
Article 26 : le taureau confié ne doit pas diriger le parc.
Article 27 : la jeune fille peut être donnée en mariage dès qu’elle est pubère sans détermination d’âge. Le choix de ses parents doit être suivi quel que soit le nombre des candidats.

Le jeune garçon peut se marier à partir de 20 ans.
Article 28 : la dot est fixée à 3 bovins : un pour la fille, deux pour ses père et mère.
Article 29 : le divorce est toléré pour l’une des causes ci-après :
• l’impuissance du mari ;
• la folie de l’un des conjoints ;

• l’incapacité du mari à assumer les obligations nées du mariage.
Le divorce doit être prononcé hors du village.
Article 30 : venons en aide à ceux qui en ont besoin.
Article 31 : respectons la parenté, le mariage et le voisinage.
La charte de Kurukanfuga 9
Article 32 : tuez votre ennemi, ne l’humiliez pas.
Article 33 : dans les grandes assemblées, contentez-vous de vos légitimes représentants et tolérez-vous les uns les autres.

II. DES BIENS

Article 34 : il y a cinq façons d’acquérir la propriété : l’achat, la donation, l’échange, le travail et la succession. Toute autre forme sans témoignage probant est équivoque.
Article 35 : tout objet trouvé sans propriété connu ne devient propriété commune qu’au bout de quatre ans.

Article 36 : la quatrième mise basse d’une génisse confiée est la propriété du gardien.
Article 37 : un bovin doit être échangé contre quatre moutons ou quatre chèvres.
Article 38 : un œuf sur quatre est la propriété du gardien de la poule pondeuse.
Article 39 : assouvir sa faim n’est pas du vol si on n’emporte rien dans son sac ou sa poche.

III. DE LA PRESERVATION DE LA NATURE

Article 40 : la brousse est notre bien le plus précieux, chacun se doit de la protéger et de la préserver pour le bonheur de tous.
Article 41 : avant de mettre le feu à la brousse, ne regardez pas à terre, levez la tête en direction de la cime des arbres.

Article 42 : les animaux domestiques doivent être attachés au moment des cultures et libérés après les récoltes. Le chien, le chat, le canard, et la volaille ne sont pas soumis à cette mesure.
La charte de Kurukanfuga 10

IV. DISPOSITIONS FINALES
ARTICLE 43 : Balla Fassèkè KOUYATE est désigné grand chef des cérémonies et médiateur principal du mandéen. Il est autorisé à plaisanter avec toutes les tribus, en priorité avec la famille royale.
Article 44 : tous ceux qui enfreindront ces règles seront punis. Chacun est chargé de veiller à leur application sur l’ensemble du territoire impérial.

Transcrit par :
Monsieur Siriman KOUYATE
Conseiller à la Cour d’Appel de Kankan

Il semble (à vérifier) qu’il y a eu 12 délégations y compris le roi du Yatenga qui ont signé cette charte. L’erreur première de Modibo Keita et de l’ensemble de la classe politique soudanaise est de ne s’être pas inspirée de cette charte pour construire la nouvelle république. Au contraire ils ont préféré faire du copier-coller comme tous les autres pays de l’AOF. Aujourd’hui, le mali est un pays en déliquescence à cause du manque de vision de sa classe politique. Choix désastreux du socialisme au modèle soviétique ; pourtant notre mode de vie traditionnelle comporte en lui-même les germes profonds du socialisme.

Aujourd’hui, les maliens ont pris conscience des erreurs du passé et veulent y remédier avec le slogan « Mali-Koura » ou le Mali nouveau. Cette refondation devrait s’inspirer pour la rédaction de la nouvelle constitution de cette charte du mandé qui a été le fondement de la gouvernance avant la pénétration coloniale. Ils leurs revient d’en décider.

Pour le cas de la Haute Volta c’est d’autant plus grave que nos leaders qui du reste sans leurs manquer de respect n’ont pas voulu s’inspirer de nos valeurs ancestrales de gouvernance politique et administrative que constituent l’organisation politico-administrative des royaumes mossi, du Kénédougou, des Bobos Mandarin, Bobos Fing ou Mandarins, et Dioula, du Liptako, du gourma etc. Ils ont préféré aussi le copier-coller de l’ex-colonisateur. Les conséquences nous rattrapent aujourd’hui avec les prédations organisées de groupes et de sectes aidés et soutenus par les multinationales qui pillent nos pays et appauvrissent nos populations avec la complicité d’anciens étudiants militants de l’Union Générale des Etudiants Voltaïques, et de ses sections territoriales :

- Association des Etudiants Voltaïques en France(AEVF),
- AEVO à Ouagadougou,
- AEVD à Dakar
- AESVUS à Moscou etc.

Si des bras extérieurs (Union Européenne, PTF, CEDEAO, France Etats-Unis..) nous pressent et fixent des délais à aller à des élections coute que coute, vaille que vaille sur la base de leurs instruments, de quel droit international ? Notre pays reste à ce jour une colonie ou un protectorat de quelque grande puissance que ce soit ? Peuvent-ils contraindre les pays du golf à organiser des élections ? A avoir des constitutions à l’image des constitutions à l’occidentale ? Les réponses sont connues. Pour nos pays c’est avec la complicité de leurs supplétifs locaux qui ont l’appétit de la prédation en bande organisée de nos ressources.

Pour paraphraser feu le président capitaine Thomas Isidore Sankara, « Tout ce qui sort de l’imagination de l’homme est réalisable par l’homme », l’avion, la voiture, le vélo, l’ampoule, … viennent de l’imagination de l’Homme, de ce point de vue, nous pouvons concevoir par nous même un autre système politique qui aura non seulement l’adhésion populaire des burkinabé, mais également être un modèle de démocratie sans partis politiques. Ce type d’organisation va au-delà des formations politiques au profit des nationalités que nous nommons péjorativement ethnies dans l’ensemble du pays parce que toutes les nationalités y seront représentées sans discrimination.

Une telle organisation endogène intégrant nos valeurs traditionnelles allant du village à la région, de la région au national ainsi qu’il suit :
Niveau 1 : assemblée villageoise élue pour 5 ans non renouvelable regroupant tous les composants. Elle est chargé de l’élaboration des plans et programmes de développement du village à travers son bureau ;

Niveau 2 : assemblée communale rurale élue pour 5 ans non renouvelable regroupant les représentants désignés des villages. Elle est chargé de compiler l’ensemble des projets et programmes de développement élaborés par les assemblées villageoises et la synthèse constitue le document de programmation de la commune rurale ;

Niveau 3 : assemblée provinciale désignés pour 5 ans non renouvelable composée des représentants désignés des communes ; Idem pour reste ;
Niveau 4 : assemblée régionale dont le mandat est de 5 ans non renouvelables composés des représentants désignés des provinces ;

Niveau 5 : assemblée nationale élue pour 5 ans non renouvelable et composée des représentants désignés des régions. Les représentants du cinquième niveau sont chargés du choix du haut représentant de la république (du Burkina). Le niveau 5 regroupe les représentants de toutes les nationalités du pays sans discrimination et avec le même poids (2 représentants par nationalité ou ethnie). Nous aurons une assemblée de 120-124 membres. Ce haut représentant du pays sera désigné pour 5 ans renouvelable si l’assemblée lui accorde une seconde fois sa confiance ou non renouvelable comme au Chili.

Niveau 6 : l’assemblée nationale est chargée de désigner le premier ministre et les membres du gouvernement après enquêtes de moralité de chacun des membres
Niveau 7 : Un collège de sages qui regroupe les sages ou notables à raison d’un sage par nationalité, ainsi que les communautés religieuses et coutumières. Il est chargé d’éclairer et de conseiller les représentants du gouvernement sur des questions de portée nationale.

De la justice :

Traditionnellement, nos sociétés disposent de leviers pour rendre la justice à travers les tribunaux de conciliation en général dirigé par le chef de village, de canton ou un représentant de la communauté désigné à cet effet. A Ouagadougou par exemple, c’est un ministre du mogho naaba qui présidait le tribunal coutumier logé sur l’actuel site de la BCEAO. Il en est de même au Liptako-Gourma, chez les Bobos, en pays Yadga, chez les Nounis…. La justice était rendue de manière impartiale.
Au niveau national les procédures judiciaires seront teintées de nos valeurs traditionnelles nationales.

Une telle organisation aura les avantages ci-après :
-  Une gouvernance collective, vertueuse, participative, non partisane et sectaire,
-  Modèle unique en Afrique, l’exception Burkinabé,
-  Une organisation sans partis politiques,
-  Pas d’élections avec une CENI comme gouffre financier,
-  Pas d’organisation de la prédation de nos ressources par des groupes d’individus,

-  Des FDS armée véritablement populaire,
-  Des instruments judiciaires véritablement au service de la communauté,
-  Une totale éradication de la grande et de la petite corruption,
-  Une administration vertueuse.
-  Une véritable réforme de notre système éducatif orienté métiers,
-  etc…….

Il est évident qu’une telle organisation n’aura pas l’adhésion des groupes de prédateurs que constituent les partis politiques qui aspirent à la conquête du pouvoir d’état.

Voici, brièvement décrite l’architecture d’une nouvelle vision de gouvernance. Il reste à l’approfondir et lui rendre opérationnel. Elle sera à l’image de notre société dans laquelle aucune nationalité quel que soit sa taille n’est exclue de la gouvernance. Il reste à adapter cette nouvelle architecture à la nouvelle codification de la loi fondamentale.

Il revient aux burkinabé de mener une réflexion approfondie avec nos chercheurs sociologues, anthropologues, historiens associés à ce qui nous reste des gardiens et dépositaires de nos traditions, pour nous proposer de véritables outils endogènes afin de bâtir une nouvelle société pour les générations futures.

Par ailleurs, il n’est pas normal que depuis plus de 60 ans, notre pays ait des difficultés dans la gouvernance avec pour conséquence, cette situation d’insécurité identitaire qui n’a pas toujours permis un épanouissement harmonieux de nos populations. Il faut sortir impérativement de ce piège occidental pour une indépendance morale et intellectuelle véritable.

C’est pourquoi, les leaders politiques de notre seul pays, je dis bien notre « seul pays » doivent se faire du harakiri politique qui mette fin à l’errance et la souffrance de notre peuple depuis les 62 ans d’indépendance et qui cherche comme Moise avec son peuple la terre promise : la paix, l’abondance, la santé, le travail par les métiers, l’abri, la sécurité. La seule différence est que Moise et les siens ont passé 40 ans dans le désert du Sinaï avant t’atteindre Israël.

Zanna KABORE
Chevalier de l’ordre national
Contact : (223)61-16-75-24
zkabore@gmail.com

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