Actualités :: Tribune : Face à l’insécurité alimentaire mondiale, la nécessité de (…)

La guerre en Ukraine met en lumière la dépendance de nombreux pays aux imports d’hydrocarbures et d’autres productions russes et ukrainiennes. A ce titre, la sécurité alimentaire est particulièrement menacée au Burkina Faso. Le pays est en proie à des défis climatique et terroristes, lesquels empêchent les agriculteurs de pouvoir exploiter pleinement leurs terres et d’exporter leur production. Le Premier Ministre a récemment encouragé la population à consommer local. Cette injonction s’inscrit dans le cadre d’une politique qui tend à renforcer la souveraineté et l’autonomie du pays.

Le secteur agricole est frappé par la somme des défis auxquels est confronté le Burkina Faso

L’agriculture représente 20% du PIB du Burkina Faso contre 36% dans les années 2000. Un recul qui s’explique, d’une part, par le changement climatique et ses répercussions sur l’assèchement des sols et d’autre part, par un exode urbain vers les principales villes du pays. Le territoire compte actuellement environ 1,7 million de déplacés. L’insécurité physique se conjugue à l’insécurité alimentaire. Il en résulte une baisse de la production, une hausse des prix des aliments de base et un nombre croissant de familles qui peinent à se nourrir.

Dans son discours du 04 août 1987, Thomas Sankara définissait la paysannerie comme étant : « la communauté de ceux qui résolvent pour tous quotidiennement la question concrète de la nourriture. » Dans les zones rurales, l’essentiel des revenus des habitants provient des produits agricoles. Ceci fait du paysan un acteur économique essentiel qui a pour tâche de nourrir une population en pleine croissance, notamment dans les zones urbaines. A Ouagadougou, la population croît en moyenne de 4,5% par an. Par conséquent, le secteur agricole est confronté à des problématiques majeures qui le mettent sous tension : démographie galopante, insécurité et changement climatique.

L’autonomie alimentaire est indispensable pour préserver la souveraineté du pays
« On ne peut pas développer le Burkina Faso en dehors de la ligne tracée par Thomas Sankara. On ne peut que compter sur nos propres forces et nos propres moyens. Consommer ce que nous produisons et produire ce que nous consommons » : c’est en ces mots que le Premier ministre Apollinaire Joachim Kyelem de Tambela s’est exprimé suite à son investiture.

Un message qui fait écho à son devancier le capitaine Sankara : « L’application croissante du mot d’ordre « produire et consommer burkinabè » contribue déjà à façonner cette nouvelle image du paysan, grand acteur et bénéficiaire de cette politique d’édification d’une économie nationale indépendante. » (Discours du 04 août 1987).

Le modèle agraire de la révolution est mis en avant par le gouvernement actuel pour marquer un coup d’arrêt à une dépendance trop forte aux marchés régionaux et internationaux. La crise énergétique mondiale que traverse le monde n’épargne pas le Burkina Faso, ce qui oblige le pays à réfléchir à s’appuyer davantage sur ses ressources intérieures.

Des mesures ont été prises afin de limiter l’inflation sur l’alimentation. En 2017, le Burkina Faso a promulgué un arrêté pour inciter la population à la consommation de produits locaux, lequel s’inscrit pleinement dans le cadre de la Politique Nationale de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (PNSAN). En plus de cela, la Centrale d’Approvisionnement en Intrants et Matériels Agricoles (CAIMA) a pour rôle d’assurer l’accès des agriculteurs aux produits agricoles de synthèse.

En juin dernier, le Président du Conseil d’Administration a certifié qu’au moins 10 000 tonnes d’intrants étaient disponibles, écartant ainsi le risque de pénurie. En parallèle, le gouvernement a augmenté les aides en faveur de la CAIMA afin d’amortir la hausse des prix. Enfin, un accord a récemment été conclu avec la société nigériane Dangote Fertilizer Limited pour diversifier les sources d’approvisionnement en intrants agricoles, mais ces mesures sont loin d’être suffisantes.

Un nouveau modèle pour réinventer l’agriculture de demain

D’autres solutions plus durables sont préconisées pour échapper au recours aux engrais de synthèse, tels que les circuits courts et l’agro-écologie. Des acteurs locaux sont à pied d’œuvre pour développer et promouvoir un nouveau modèle agricole. A ce titre, l’association Béo-Neeré a pour but de promouvoir l’agro-écologie par la semence paysanne.

Son concept repose sur la formation des paysans aux pratiques agro-écologiques, l’incitation à l’abandon de l’agriculture chimique et un accompagnement tout au long du processus de transition. En zone rurale, il existe à Cassou, un centre de formation en perma-culture pour des jeunes filles en rupture scolaire. Toutes ces initiatives répondent à une nécessité économique urgente tout en ayant conscience que ce modèle sera long à mettre en place.

Sortir de la dépendance aux engrais de synthèse peut s’avérer d’intérêt pour le pays. Et s’il était temps de prendre des décisions visant à impulser un réel changement de modèle ?

Omar Sylla
TW : @le_ndar_ndar

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