Actualités :: Burkina : « C’est parce que les politiciens ne sont pas sûrs de bien gérer le (...)

Une journée dominicale avec l’ex-commandant du BIA (Bataillon d’intervention aéroporté) de Koudougou, Boukary Kaboré dit le Lion. Au milieu de son campement, à environ 300 kilomètres de la capitale, en parfaite communion avec la nature, où variétés de cultures et animaux domestiques se laissent admirer, l’ex-commando, Colonel à la retraite, a beau éviter l’actualité politique, des sujets ont fini par s’imposer dans ces échanges pêle-mêle transformés en partie en interview.

Lefaso.net : A 72 ans révolus, et des armes lourdes à la daba, comment se porte « Le Lion » au milieu de son champ ?

Boukary Kaboré dit le Lion : En tout cas, je pète vraiment la forme et j’essaie de maintenir la pleine forme. Vous savez, quand on prend de l’âge, on doit aussi veiller sur sa santé et c’est ce que j’essaie de faire, au milieu de mon champ (rires).

A voir votre punch, on imagine que vous gardez toujours des réflexes militaires (exercices physiques quotidiens) !

C’est vrai, mais tout dépend d’abord de l’esprit, de l’intellect. Tant que le système nerveux ne va pas se dire fatigué, le tonus peut manquer, mais tout est au beau fixe. Et en tant que militaire, à mon âge, ce n’est plus le combat où je dois carrément me coucher, ramper…, c’est plutôt la conception, la réflexion pour faire avancer les hommes, les unités. Sur ce plan, je n’ai aucun problème du tout. C’est ainsi que je résume les choses.

C’est dire que vous êtes prêts aujourd’hui à revenir à travers un autre segment de lutte … ?

Je ne pourrai pas, parce qu’il faut que je sois au front. Pour moi, il y a une position précise pour un chef : le commandement. Il est devant, au milieu ou derrière. Moi, personnellement, je suis pour le devant et je dis aux hommes : suivez-moi ! Mais actuellement, compte tenu du fait que la force ne répond plus comme avant, je vais occuper la place du milieu pour donner des ordres (je ne vais pas me mettre devant pour ne pas retarder l’avancement de la troupe). Mais il faut que je sois au front, malgré tout. Ce n’est pas moi qui cours, c’est la balle qui court. C’est la balle que je vais envoyer qui compte, la vitesse ne diminue pas avec mon âge. Donc, l’encouragement des hommes est important et ça, il faut être à leurs côtés. On ne peut pas téléguider, ce n’est pas possible.

Dans votre planning, aviez-vous prévu ce retour à l’agriculture après la carrière militaire active ?

Moi, je suis fils de paysan. De ce fait, j’ai toujours produit. Même quand j’étais en activité. A Koudougou, Bobo, Dédougou, j’ai eu des champs. Le champ que j’avais lorsque j’étais en service à Bobo est situé à Déguélé. A Ouagadougou, le champ était au village (Poa). A Koudougou par exemple, en plus de mon champ, il y avait les deux champs du BIA (comme l’armée doit produire). Donc, j’ai toujours produit, parce qu’en tant que fils de paysan, j’ai toujours été attaché à la terre, à l’élevage. J’ai toujours existé comme producteur, éleveur. Ce n’est donc qu’une continuité. Quand je suis revenu de mon exil, les gens pensaient pouvoir me récupérer pour le Front populaire. Le faire allait être pour moi une trahison, et si je trahissais mon ami (Thomas Sankara, ndlr), ça aurait vraiment été le comble.

Donc, je n’allais jamais le faire. On a tué la révolution, je ne pouvais pas être d’accord avec le système en place. On me demande ce que je veux faire. Ce qu’on ne devait pas faire, parce que je suis militaire. On devait me tendre simplement une feuille d’affectation. Je suis capitaine, on n’a pas besoin de me demander ce que je veux faire (on m’affecte seulement dans une unité et c’est tout !). Je dis non, je veux cultiver. Et l’agriculture, j’y suis venu de mon propre chef, ils n’y peuvent rien ; on peut m’empêcher ailleurs, mais pas dans l’agriculture.

Donc, dans la même semaine, je suis venu ici pour commencer à m’organiser. Voilà comment je suis arrivé ici. Voyez-vous que je suis en pleine brousse, loin des gens ! Avant, j’étais dans un village. Mais, j’ai estimé que ma présence pouvait mettre en danger les villageois, sur le plan sécuritaire (j’ai été perquisitionné deux fois, à Ouaga et ici). En plus, je voulais faire de l’élevage. Ce sont ces deux raisons qui m’ont poussé à m’éloigner des gens pour me retrouver en pleine brousse ici avec ma famille, mes animaux, les plantes, etc. Tout ce qu’il y a ici dans ce bivouac, c’est pour Boukary Kaboré Le lion.

Boukary Kaboré, un agro-business man ou un pratiquant d’agriculture de subsistance ?

Je produis uniquement pour les besoins de ma famille, pas pour vendre. Ma famille est grande, on est à Bobo, Ouaga, Poa, Koudougou, la production sert donc à la gestion familiale. Dans l’amusement-là, j’ai 23 gosses. Ce n’est pas petit, ça fait deux équipes de football et un remplaçant. (Rires). Je produis essentiellement le maïs. Je produis aussi le riz et les cultures maraîchères pendant la saison sèche. Il y a un cours d’eau à côté, qui ne tarit jamais. Donc, on y fait du chou, de la tomate, de l’oignon, etc. Toute l’année, on produit.

On voit que l’élevage également vous réussit !

Oui, parce que j’ai l’œil dessus. Pendant la saison pluvieuse, je prends des dispositions pour conserver l’herbe pour le reste de l’année. Donc, je n’ai aucun souci pour gérer le bétail. J’élève ici la volaille, des moutons, des chèvres, des lapins, etc.

Les paysans sont aujourd’hui sous le poids de la cherté des intrants, du fait surtout de la guerre russo-ukrainienne. Ressentez-vous le phénomène ?

Effectivement, les intrants ne sont pas accessibles. Mais, personnellement, avec le troupeau que j’ai, je n’ai plus besoin d’engrais. J’ai le fumier, naturel. Mais, je reconnais que les intrants (engrais, herbicides et autres) sont très chers. Il faut être un peu réaliste. Les gens-là se sont amusés à vouloir emmerder la Russie et voilà ce que ça donne. Nous, pays africains, étant dépendants, si ça chauffe là-bas, on va forcément le ressentir. Voilà ce que le comportement contre la Russie donne. La Russie n’est pas n’importe quel pays, on ne peut s’amuser avec elle comme on s’amuse avec le Mali ou le Burkina, non ! Les gens se sont levés dans leur égarement, égarement impérialiste, pour vouloir chercher à dominer au hasard et finalement, on paie les pots cassés.

De loin, tout un continent africain paie les pots cassés. C’est quand même une situation qui interpelle fortement, non ?

C’est compliqué…, et même très compliqué. Prenez un pays comme le Burkina, il a un retard très immense. On dit que nous sommes un pays agricole. La Révolution, qui a tracé les sillons de l’agriculture, a eu lieu il y a plus de trente ans. Mais jusque-là, on n’a même pas une seule usine de production d’intrants. Comment parler d’auto-suffisance alimentaire et ne pas penser production d’intrants ? Il faut que ceux qui gèrent notre pays aient une vision pour qu’on puisse progresser. On ne peut pas être là, dans la situation comme la nôtre, et on n’avance pas. Vraiment, ça fait mal. On se demande…, ceux qui nous gouvernement-là, ils sont sur quelle planète ? Et c’est sur ces hommes que nous comptons pour vivre ? Ce n’est pas la peine. Regardez aujourd’hui la masse, les bras valides se dirigent vers les grandes villes, laissant derrière les vieilles personnes, sans soutien. C’est une situation explosive. Ceux qui gèrent ce pays-là, qu’ils essaient de gérer cet élément au lieu de financer des pèlerinages.

C’est dire qu’avec l’agriculture, on aurait pu résoudre beaucoup de difficultés actuelles du Burkina ?

Absolument ! Absolument ! L’auto-suffisance alimentaire, c’est cela le point de départ du développement. Si tu as faim, comment tu peux te développer ? Pourtant, on a le potentiel pour atteindre l’auto-suffisance alimentaire. Si on se donne la volonté, en deux ans (maximum), le Burkinabè va manger à sa faim. Mais cela demande une organisation. Je prends l’exemple du jardinage, Sankara avait, sous la révolution, demandé que chaque famille puisse avoir au moins une portion de terre de tomate dans sa cour. Cette idée avait beaucoup de portée. On était parti pour ouvrir un aéroport à Orodara pour permettre justement l’évacuation des mangues, parce que ça pourrit là-bas.

Les mangues pourrissent dans cette zone, alors qu’il y en a qui en ont besoin ailleurs dans le pays. Cet aéroport est devenu une brousse, c’est fermé. Même la route pour aller à Orodara est cabossée, malgré que le gouvernement d’alors ait tenté de la refaire. Mais, l’idée de production était tellement lancée, que même au plateau-central, on produit aujourd’hui de la mangue, de la banane, de l’orange… C’est de cela qu’il est question. Il faut simplement accompagner les gens, juste un peu et c’est terminé. La culture de contre-saison résout beaucoup de problèmes, parce qu’on cultive tout, même la pomme de terre, qu’on exporte également. Il faut que le ministère de l’Agriculture donne le ton et vous verrez que tout le monde va suivre. Ce n’est pas plus que ça. Le riz, on peut en produire partout au Burkina. Le président Jerry Rawlings, au Ghana, s’est levé et a dit à un moment donné : « on va arrêter l’importation du riz ».

Le Ghana est parvenu à quelque chose. Chez nous, c’est possible, mais ce sont les dirigeants qui doivent prendre la décision et tout le monde va suivre. On l’avait commencé juste à côté, à quelques kilomètres d’ici, il y a trois ou quatre ans. On avait labouré une trentaine d’hectares dans cette province, qu’on a partagée pour permettre aux gens de produire. Les gens ont produit une seule année et c’est terminé. L’initiative a été abandonnée. Comment vous pouvez comprendre cela ? On se lève, on dit qu’il y a un projet, mais il n’y a pas de suivi. S’il y a une volonté, un accompagnement, au Burkina, on n’importera pas le riz.

…Mais à condition que derrière les importateurs de riz ne se cachent pas ceux-là qui devaient prendre ce type de décisions pour le bien des populations !

Ah, c’est cela le mal. Ce sont ceux-là qui devaient nous aider, nos propres parents, qui sont en haut pour bien nous exploiter. Ils souhaitent même qu’on ne produise pas pour qu’ils nous vendent le riz. Que Dieu fasse abattre la foutre sur eux ! Oui, que Dieu fasse abattre la foutre sur eux ! Ce sont des inconscients, des méchants. Il faut avoir l’amour pour son peuple et trouver les voies et moyens pour que le peuple puisse vraiment sortir de la misère. Si c’est pour entretenir le peuple dans la misère pour se construire des villas, des duplex, etc., vraiment, c’est criminel.

Je me pose même la question…, lorsque je vois un fonctionnaire qui a des milliards dans son compte, alors qu’il ne fait rien d’autres, où se croit-il ? Il faut reprendre cet argent pour remettre aux gens ils vont travailler. Ce sont des fonctionnaires voleurs, il faut les emprisonner ! Si tu es à Rood-Woko (grand marché de Ouagadougou, ndlr) avec des milliards, on peut comprendre. Mais dans la fonction publique avec des milliards, vraiment, on n’a pas besoin de fatiguer un gendarme pour cela, il faut les mettre en prison, ce sont des voleurs. Non, un fonctionnaire ne peut pas être un opérateur économique.

Aujourd’hui, des fonctionnaires rivalisent avec des opérateurs économiques en matière de construction et d’autres biens !

J’ai honte. Qu’est-ce qu’ils gagnent dedans ? C’est simple, voyez-vous, nous sommes assis sous mon auvent, la maison n’est même pas crépie. C’est chez moi, je dors fièrement, et dors bien, comme si j’étais même mort. Or, eux, ils sont dans leurs immeubles et villas-là, ils se posent des questions, ils ont les péchés de tout le monde sur eux, ils savent que ce n’est pas leur sueur, ce n’est pas leur mérite. Quelle que soit la beauté de leur maison, ils vont mal dormir et ils vont le payer d’une manière ou d’une autre.

Comment se sortir de cette situation, où ceux qui ont l’occasion (la plupart, parce que ce n’est pas tout le monde) n’hésitent pas à s’en mettre plein les poches, et sans même se soucier de la veuve et de l’orphelin ?

On va s’en sortir, attends seulement. On parle de cherté de vie, de crise de terres, etc. Tout cela crée des affamés. Alors, c’est par ces affamés-là que tout va venir. Il ne faut même pas se précipiter. Les révolutions naissent comme cela. Ceux qui sont brimés, ce sont eux qui ont créé le déclic. On a vu ça avec la révolution contre la bourgeoisie française. C’est la basse classe qui va mettre fin à tout cela. Ceux qui ont volé et qui croient se cacher, qui sont sur les ondes en train de vouloir donner des leçons aux gens, ils se foutent le doigt dans l’œil. Mon petit, ne te presse même pas, ça va venir, c’est inévitable. Attends seulement, tu verras. Quand ça va commencer, il y a des gens qui vont fuir laisser les immeubles, leurs villas et autres, qu’on va vendre pour construire le pays (construire des routes, des barrages, etc.) pour le bien du peuple.

Comme quoi, avec la révolution, rien n’est acquis !

Exactement ! La révolution, qu’est-ce que c’est ? La révolution, c’est ce qui nous permet de retrouver notre véritable indépendance, notre véritable liberté, l’intégrité. Nous sommes là à dire : « Pays des Hommes intègres ». Moi, ça me fait rire. C’est un mot creux actuellement. Qu’est-ce qu’un Homme intègre ? Un Homme intègre, il aime la vérité, il est travailleur, il est sociable. Mais aujourd’hui, nous sommes prêts à trahir, à voler. Où est notre intégrité ? Nous détournons l’argent de nos concitoyens. Et ce sont ceux-là mêmes qui volent et pillent qui parlent d’intégrité, ce ne sont pas les paysans.

Les vrais voleurs, pilleurs, qui sont bien placés, sont ceux-là qui viennent encore parler d’intégrité. C’est tout cela que la révolution redresse. Avec la révolution, on avance droit, chacun fait son travail, chacun mange à sa faim. Moi, je suis fort, je peux faire le travail doublement, mais l’autre est faible, il peut faire la moitié, que chacun fasse sa part de travail. Mais quand viendra l’heure de manger, le faible va manger à sa faim, au même titre que le fort. C’est cela l’intégrité. Nous avons travaillé ensemble, on va manger ensemble. Et c’est cela également l’esprit de solidarité. Il n’y a que la révolution pour nous mettre sur ce bon chemin.

Donc, la révolution comme justice sociale ?

Exactement, et l’entraide est là également. Les gens ont peur de la révolution pour rien. Aujourd’hui, la révolution brutale des époques passées ne peut plus se faire. Rien que la rigueur de la gestion va amener les gens à dire que c’est révolutionnaire. Celui qui est au-devant de l’Etat, il attache bien sa ceinture (il ne faut pas enlever ta ceinture mettre sur tes épaules et demander aux gens d’attacher la leur) et tout le monde va suivre l’exemple. C’est cela la révolution : la rigueur. La rigueur évite les détournements.

Les gens détournent, et ils pensent qu’ils sont cachés, alors qu’ils ne sont pas cachés. Si on laisse nous autres, contrôlés, avec nos techniques, on identifie tout de suite tous ces voleurs. On n’a pas besoin de fatiguer un gendarme ou un policier pour cela. Ton salaire mensuel, c’est combien ? Tu n’as pas d’activités extra ou importantes, mais ta grosse voiture, celle de ta femme, la villa cossue, où est-ce que tu as eu le crédit, dans quelle banque, pour les acquérir ? C’est simple ! Prenez les gendarmes et policiers stagiaires pour faire ce travail et tout de suite, on va renflouer les caisses de l’Etat pour construire le pays. Mon petit, on se ment, dans ce pays on ne veut pas la vérité.

Nous avons pris le pays en 1983 avec un peu plus de 84 milliards FCFA comme budget national. Aujourd’hui, on a plus de 3 000 milliards. Mais on n’arrive pas à faire mieux. Qu’est-ce que cela veut dire ? Simplement que quelque chose ne va pas. Un ministre a-t-il vraiment besoin d’un salaire d’un million par mois ? Il fait quoi, si ce n’est le titre ? C’est quel travail il fait ? Rien du tout ! Le sac de riz que lui, ministre, paie-là, c’est le même que le paysan paie. Mais, que touche le paysan comme salaire ? Rien du tout ! Franchement, soyons sérieux ; les salaires exorbitants-là, ça ne nous sert pas. On veut imiter les Européens, mais ce n’est pas bien. Soyons modestes, et nous verrons que tout va être correct. Il faut la rigueur, car avec ça, tout le monde va être droit et si tout le monde est droit, on va recouvrer l’intégrité.

De nombreux Burkinabè sont convaincus que cette révolution arrive, vraiment votre conviction ?

C’est évident, les indices sont-là. Les ingrédients sont réunis, c’est le moment seulement on ne sait pas. J’avais dit à feu président (Thomas Sankara) : tu sais, on parle de ta sécurité et tu es en train de t’amuser-là, si jamais tu meurs, sache que la révolution va mourir. Il a dit non, j’ai dit oui. Finalement, qui a eu raison ? Il est mort, la révolution est morte. Il discutait et je lui disais : tu crois que c’est arrivé, mais les gens ne sont pas convaincus d’abord, c’est maintenant qu’ils sont en train d’être convaincus de la révolution. Je dis et le répète, à ma présence ou après moi, la révolution-là va revenir, à vive allure. Et le jour que ça va éclater, vous verrez que tout le monde va adhérer. Les gens sont pourris parce que le système est pourri, si jamais, quelqu’un sort du lot, tout le monde va se lever et suivre.

Il faut donc impérativement réparer et éviter les injustices ?

Une justice équitable pour une paix véritable. Ce pays est bizarre, quand tu fais une grosse faute, on te récompense. Un pays où on ne cherche pas des compétences, on est obligé de raser les murs et de cohabiter avec le sous-développement. Pourquoi ce sont les privilégiés qui augmentent leur salaire ? Ce n’est pas normal ! Je prends l’exemple des députés, s’il y a quelque chose qui m’a chiffonné jusqu’à aujourd’hui, c’est de remarquer qu’un député touche plus de 350 000 FCFA par mois. Ce n’est pas possible ! Voulez-vous qu’on vive comment ? Je ne sais pas comment on réfléchit dans ce pays.

Regardez, si on était sérieux, avec les déplacés internes et les espaces comme Samandeni, la vallée du Sourou, Bagrépôle, Kompienga, Dakiri, on pouvait atteindre l’auto-suffisance alimentaire, parce que ces gens-là sont de grands producteurs. Mais au lieu de cela, on se contente de leur offrir à manger et à demander de l’aide. Pensez-vous que les partenaires étrangers vont continuer à nous supporter ? Pendant combien de temps ? Ils seront aussi fatigués ! Quand même ! Il faut qu’on soit intelligent ! Sur un espace aménagé d’un kilomètre, ces gens-là vont faire des merveilles. Mais non, on les rassemble comme…, pour venir leur donner à manger.

Tout cela implique une organisation globale des populations, n’est-ce pas ?

Ah oui ! Il ne faut pas que Djibo ait chaud et que Ouaga, Bobo dorment ! Une situation comme l’insécurité actuelle doit être une préoccupation nationale, c’est-à-dire tout le monde débout. Mais au lieu de cela, dans le même pays, les gens vivent différemment et dans l’indifférence totale, une situation d’aussi grave. Ça ne va pas du tout.

En tant que militaire à la retraire, on imagine que vous vous sentez touché doublement par la situation que traverse le pays !

Je suis très peiné. Mais que voulez-vous, cette situation-là vient de nous. L’armée était inexistante. Blaise a tué l’armée pour mieux gérer et quand Roch est venu aussi, c’était une continuité. Les politiciens ont peur de l’armée, parce qu’ils savent qu’ils risquent un coup d’Etat, s’ils gèrent mal. Or, ce n’est pas cela. Un pays a besoin de l’armée. Il faut bien gérer, une bonne gestion n’a aucun risque d’immixtion de l’armée. L’armée est l’arbitre entre les gouvernants et le peuple ; quand le dirigeant veut jouer au con avec le peuple, on lui dit de corriger le tir. S’il corrige, tout est normal, s’il refuse, l’armée l’enlève et c’est tout.

C’est parce que les politiciens ne sont pas sûrs de bien gérer qu’ils font tout pour diaboliser les militaires, c’est tout. L’armée n’enlève pas un dirigeant pour gérer le pouvoir, elle organise des élections. Mais chez nous-là, si jamais l’armée veut remettre le pouvoir, c’est qui que vous voyez pour le prendre ? Tout est pourri ! Voici le problème du Burkina. Mais j’ai foi que vous les jeunes-là, vous saurez relever le défi. Le Burkina a besoin d’un homme caïd, jeune, intègre, mais ‘‘rebelle’’.

Ce que vous décrivez doit-il justifier l’immixtion de l’armée dans les affaires politiques, est-ce son rôle ?

C’est comme dans une cour, tant qu’il n’y a pas un fusil, c’est-à-dire une autorité qui recadre en cas de dérives, la famille ne peut pas être dans la tranquillité, la discipline, la sécurité. Regardez comment les gens s’adonnent aux pillages, ils n’ont même pas pitié des pauvres populations. Au nom de quel principe démocratique on doit affamer tout un peuple au profit d’un groupuscule ? Soyons sérieux ! Tout ce qu’on demande aux hommes politiques, aux dirigeants, c’est de bien gérer, écouter le peuple et lui donner le minimum. Ce n’est pas plus que cela !

L’armée, c’est l’arme du peuple, ce n’est pas pour quelqu’un. Blaise est venu, de six régions (militaires), il est venu à trois (il a détruit trois). Les corps d’élite, il les a détruits : il y avait le CNEC à Pô, le BIA à Koudougou. Il a tout détruit et laissé le pays en caleçon. Il y a une unité d’élite qui a été aussi détruite, c’est l’escadron moto. Voilà aujourd’hui, les gens qui nous attaquent le font à motos. On est obligé d’aller payer des motos, entraîner des gens pour s’adapter à la situation. L’escadron moto, c’était pour le combat. Et puis, dans cette guerre, il fallait d’abord chercher à savoir le pourquoi on nous attaque. C’est le travail des dirigeants. Il faut chercher à savoir ce qui énerve tant les gens pour qu’ils prennent les armes.

On leur demande : dites-nous, sincèrement. Si on peut arranger, on va arranger. Mais, on n’a jamais voulu adopter cette démarche. Certains mêmes arrivent et ils disent qu’il n’y a pas de négociations. Ils sont dans les bureaux, dans les salons, dans les villes, loin des réalités et ils font des déclarations populistes, au hasard. Tu ne veux pas négocier, alors que tu n’as pas la force de celui qui est là-bas. Et maintenant, on demande aux gens de prier et aux militaires de faire ce que les politiciens devraient faire. Ecoutez, Dieu aide celui qui est sincère, qui aime la vérité. Alors que nous, on est tous menteurs, malhonnêtes, on n’aime pas la vérité.

Allons ouvertement ! Négocier ne veut pas dire qu’on est faible. Si on pose le problème, chacun des dissidents va venir dire pourquoi il se comporte ainsi et ce qu’on peut résoudre, on le fait. Pensez-vous que ceux qui attaquent les camps-là, ce sont n’importe qui ? Des gens entrent au camp, tirent et ramassent des armes pour repartir. Ce sont des civils qui font ça ? Non ! Ce n’est pas non plus de l’argent qu’ils cherchent. Cherchons une part de vérité et vous verrez qu’on va trouver des solutions. Sinon, si on n’est pas intelligent, c’est une double perte : ceux qui attaquent meurent, c’est nous Burkinabè (puisque ce sont nos propres enfants), les gens qu’ils tuent aussi sont Burkinabè. Il y a des gens à qui on a fait la force, qui sont ruinés à jamais, ils ne peuvent rien faire ni pour leur femme ni pour leurs enfants. Ça fait mal. Il faut écouter les gens et essayer de résoudre ce qui peut l’être.

Le gouvernement de transition a-t-il vu juste donc de parler de dialogue ?

On n’annonce pas, on se lève et on mène les actions vers ces gens. Et puis, il faut éviter les discours contradictoires au sein des gouvernements. Il y en a qui sont pour, d’autres sont contre, dans le même exécutif. Un vrai cafouillage.

Est-ce le pourrissement du système politique qui vous a finalement poussé à lever le pied sur votre parti politique (le PUND) ?

Tout est pourri. Voilà pourquoi je dis avec force qu’il faut balayer tous ces acteurs politiques, y compris moi. Il faut nous balayer tous, parce que tout le système est pourri. Des gens qui ne se fichent même pas de la vie de leur peuple. C’est terrible ! Leur intérêt personnel, c’est ce qui les intéresse. Tout le monde est prêt à détourner. Tu nommes un ministre aujourd’hui, dans le trimestre, il a déjà fini de construire. Comment peut-on s’en sortir avec ça ? Il faut de la rigueur, il faut que lorsqu’on appelle quelqu’un au gouvernement, il hésite lui-même de venir. Mais aujourd’hui, ça court pour être dans un gouvernement. Justement, c’est parce que tout le monde veut être dans le beurre là-bas. Si c’était pour travailler véritablement et ne pas dormir, les gens n’allaient pas se comporter ainsi. Mais il y a toujours des Hommes intègres, qui sont là, tapis dans l’ombre, c’est la déception qui fait qu’ils sont muets.

Que souhaiteriez-vous que la jeunesse burkinabè retienne de vous, en termes de valeur ?

L’intégrité. C’est tout. Il faut aimer la vérité, il faut être travailleur. Ce n’est pas une question de sentiment, il faut mettre celui qu’il faut à la place qu’il faut, sans considération quelconque. Il faut être humble, modeste et toujours défendre la vérité, le juste.

Quel autre aspect de la vie du pays vous peine ?

Le manque de justice. C’est un sérieux problème dans ce pays. J’ai connu plusieurs épisodes judiciaires, dans ma carrière et dans ma vie politique. De 1991 (quand je suis rentré de l’exil) à ce jour. De nombreux Burkinabè souffrent et sont frustrés du manque de justice.

Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo
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