Actualités :: Lutte contre l’inflation au Burkina : La guerre du pain n’aura pas lieu (...)

Pas de doute, le président Damiba et son gouvernement ont gagné une bataille importante dans la lutte contre la flambée des prix des produits de grande consommation : celle d’être parvenu, par la poigne mais aussi le dialogue, à différer l’augmentation du prix du pain.

Certes, gagner cette bataille ne soulage pas beaucoup les ménages burkinabè de l’inflation généralisée des prix des produits de première nécessité : riz, mil, maïs, niébé, huile. Mais les apparences d’un Etat gouverné sont sauves. En effet, là où il existe un mécanisme de concertation dans la fixation des prix de ces produits, il faut le respecter.

Cela s’est fait pour le carburant, le sucre de la SN SOSUCO, l’huile et les savons SN CITEC. Pourquoi alors certaines boulangeries et pâtisseries voulaient passer en force pour augmenter le prix du pain au mépris des discussions entamées au sein du comité de concertation ? Ont-elles voulu servir l’agenda caché de certains politiciens ?

La présente réflexion vise à revisiter des lieux communs afin que, premièrement, les citoyens de bonne foi, les gardent en mémoire et soient moins pessimistes dans l’appréciation des actions gouvernementales, notamment en matière de lutte contre l’inflation. Deuxièmement, il importe d’appeler les Burkinabè à un sursaut patriotique dans la participation citoyenne à l’œuvre de développement du pays, car aucun gouvernement, aussi compétent et déterminé soit-il, ne résoudra seul nos problèmes quotidiens, qu’ils relèvent du conjoncturel ou du structurel.

La difficile conjoncture économique mondiale liée à la guerre en Ukraine

Premier lieu commun : L’invasion de l’Ukraine par la Russie et la série de sanctions européennes et américaines contre elle, ont entrainé des distorsions du commerce mondial. La production et l’exportation du pétrole, du gaz, du blé et des produits dérivés sont fortement perturbées.

Cette perturbation est d’autant plus sévère avec une grande illisibilité sur sa durée que la guerre en Ukraine, selon toute vraisemblance, sera plus longue que prévue par les stratèges russes et plus d’un observateur à travers le monde. Or les pays belligérants, la Russie et l’Ukraine, pèsent 40 % de la production mondiale de blé. La Russie à elle seule est première productrice et exportatrice de gaz naturel dans le monde. Elle est également la 3e productrice et 2e exportatrice mondiale de pétrole.

La guerre n’a pas seulement impacté la production du pétrole et du gaz en Russie, elle en a surtout perturbé l’exportation du fait de l’augmentation de la consommation interne mais surtout son blocage dans les ports et les gazoducs du fait des sanctions de l’Union européenne et américaine. Il y a donc moins de blé, moins de pétrole, moins de gaz sur le marché international.

C’est connu, ce qui est rare est cher, suivant le sacro-saint principe du déséquilibre entre l’offre et la demande : Voilà l’origine de l’inflation actuelle qui affecte si durement les ménages burkinabè.
En un mot comme en mille, ce n’est pas l’avènement du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration(MPSR) qui a créé l’inflation au Burkina, notamment celle du prix des produits pétroliers, de boulangerie et pâtisserie.

Ce sont les distorsions du marché mondial, grandement imputables à la guerre en Ukraine. Le Burkina, comme la majeure partie des pays du Sud, notamment africains, en tant que maillon faible de l’économie mondiale, subit cette inflation de plein fouet. Aucun gouvernement, Nous disons bien, tous mots mesurés, qu’aucun gouvernement au Burkina n’aurait pu éviter l’augmentation des prix des hydrocarbures et par ricochet celui du transport et celui de tous les produits importés et transportés de l’extérieur à nos frontières, et d’une région à l’autre du pays.

Les causes de l’inflation échappant totalement au gouvernement, il ne lui reste plus qu’à envisager comment en limiter le taux et les conséquences sur le panier de la ménagère.

Dans cette mission, oh combien délicate, de réguler les prix sur le marché national perturbé par l’inflation au niveau mondiale, le gouvernement ne peut que se servir des instruments réglementaires dont il dispose. Il s’agit en ce qui concerne le carburant, du monopole exercé par la SONABHY et du cadre de concertation avec les distributeurs agréés. Les concertations se sont bien déroulées à ce niveau, selon une source gouvernementale, qui ont abouti à une augmentation somme toute mesurée des prix des hydrocarbures. Idem pour le sucre, l’huile et le savon, produits au Burkina.

Pour le pain, de sources concordantes issues du Cadre de concertation tripartite (CCT) indiquent que des boulangers et pâtissiers se sont montrés intransigeants, écoutant à peine les propositions du gouvernement, ils ont voulu passer en force avec leur augmentation de 30% sur la baguette de 200g de pain alors que le gouvernement proposait une augmentation de 15% ou le maintien des prix pour un grammage de pain réduit.

Avant que les discussions n’aient été épuisées au sein du CCT, ces intransigeants ont voulu appliquer leur prix non consensuel le 24 mai. Chapeau au gouvernement qui s’est montré ferme, donnant un signal fort que malgré les difficultés de tous ordres, le gouvernail de l’Etat doit être fermement tenu, dans la droite ligne de la philosophie gaulliste, teinté de sankarisme : « Les réformes oui, la chienlit non ! »

Dans le cas présent, on dira oui à l’augmentation du prix du pain mais pas de manière anarchique, sans encadrement des autorités compétentes.
En somme, c’est dans la forme, l’unilatéralisme, que les boulangers va-t’en guerre ont tort, pas dans le fond : vouloir un réajustement du prix du pain. Heureusement qu’ils sont revenus à la raison, les boulangers rebelles, en retournant à la table des négociations et personne ne sera étonnée si demain, il y a une augmentation concertée du prix du pain. Quoiqu’il en soit, que force reste à la loi et à l’autorité de l’Etat !

Deuxième lieu commun : l’insécurité au Burkina et le déficit chronique de la production agricole

L’instabilité sécuritaire dans laquelle vit le Burkina depuis 2016 ne se décrit plus. Elle se vit à travers ces pertes en vies humaines, ces blessés, ces populations déplacées, qui perturbent le vivre-ensemble des communautés, la fourniture des services sociaux de base, le transport, l’élevage, la production agricole et maraîchère dans les régions fortement impactées. Les presque 2 millions de déplacés internes que compte le pays sont autant de producteurs arrachés de leurs champs, de leurs jardins, de leurs ateliers, d’où un déficit de production céréalière et maraîchère qui s’aggrave d’année en année.

La saison pluvieuse, très capricieuse en 2021, avec de grandes poches de sècheresse par-ci, et des inondations par-là, a contribué à une mauvaise production agricole. Ainsi, alors que la production céréalière attendue en 2021, selon les surfaces emblavées, était d’environ 5.991.000 tonnes, les récoltes ont données 4.709.000 tonnes, soit un manque à gagner de plus de 1.200.000 tonnes.
De fait, la production céréalière nationale de 2021 a connu une baisse de 1,6 % par rapport à celle de 2020 et de 9,07% par rapport à la moyenne des 5 dernières années.

Le déficit chronique en production céréalière ces 5 dernières années s’est donc aggravé en 2021, créant une tension sur le marché national. Tension d’autant plus sévère que tous les 5 pays du G5 Sahel connaissent un déficit céréalier et que des exportations frauduleuses sont faites du Burkina vers ces pays voisins. Des irrégularités qui en ajoutent à la rareté des céréales sur le marché national d’où le fort renchérissement de leur prix que subissent les ménages burkinabè.

Là aussi, aucun gouvernement, devant la rareté des céréales sur le marché régional et national, n’aurait pu éviter l’inflation des prix des céréales : riz, maïs, mil, niébé, fonio. Et si les augmentations de prix ont été anarchiques et déraisonnables, cela est dû à l’absence d’un cadre national de concertation sur la fixation des prix des céréales.

Depuis la dissolution de la Caisse générale de péréquation et malgré les boutiques témoins de la SONAGESS, la régulation du prix des céréales échappent à tout contrôle. C’est un fait, une insuffisance sur laquelle la réflexion doit être ouverte au niveau du ministère du Commerce afin que l’amère expérience que vivent actuellement les ménages burkinabè ne s’aggrave pas à l’avenir.

En conclusion, la guerre du pain n’aura pas lieu si le gouvernement garde le cap de la fermeté, tout en restant ouvert au dialogue dans le cadre des concertations tripartites. Il faut un supplément d’âme patriotique aux boulangers-pâtissiers, aux commerçants de céréales, aux ménages, aux Burkinabè, de manière générale, afin que les conséquences néfastes de l’insécurité persistante et de la guerre en Ukraine ne nous fassent oublier l’essentiel : sauver le pays de l’anarchie et de la chienlit que lui projettent tous les va-t’en guerre.

Togsida Zakaria Tassembedo

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