Actualités :: Burkina/Insécurité : Une citoyenne interpelle sur la situation et l’ampleur (...)

La crise terroriste que vit le Burkina depuis quelques années maintenant se caractérise aussi, et malheureusement, par des violences de diverses natures exercées sur les femmes. Pour diverses raisons, les femmes victimes de ces violences portent le fardeau du mal, en silence, et avec des conséquences sociales énormes. Selma Farida Touré, auteur de la contribution ci-après, met en exergue, sur fond d’interpellation, l’augmentation des types de violences pernicieuses et dévastatrices dans le contexte particulièrement difficile du Burkina.

Dans toutes les sociétés africaines, et partant, burkinabé, les femmes sont le reflet de l’honneur de leurs maris, de leurs familles et de toute la communauté. Si elles viennent à êtres souillées, au-delà de leur personne, c’est la communauté toute entière qui en est marquée.

La crise sécuritaire au Burkina Faso a entrainé une augmentation des types de violence qui sont faites aux femmes, dont le plus ignoble, le viol. Les témoignages des victimes et la barbarie avec laquelle ces actes sont commis sont sidérants. Malgré la récurrence de ce crime en lien avec le terrorisme, jusqu’à ce jour, les autorités nationales, les OSC, les ONG et autres catégories d’institutions peinent à avoir une réelle connaissance de l’ampleur, des manifestations, des formes, des traitements et ce, pour des raisons diverses. Le viol est pourtant une atteinte criarde aux libertés et aux droits fondamentaux des femmes et mériterait à ce titre d’être une préoccupation majeure.

Le Burkina Faso dispose de textes de loi et est parti à des instances internationales sur le Droit de la femme. Mais le viol n’est pas souvent porté par les victimes, la société ou l’État publiquement comme préoccupation dans l’espace public.
En effet, les femmes sont traditionnellement victimes d’exclusion sociale et soumises à une logique naturelle de subordination dans certains domaines de la vie sociale. A ce titre, elles subissent plusieurs sortes de violences, vite placées sous le joug des tabous et autres considérations sociales ou croyances.

Le terrorisme n’a fait qu’exacerber ces formes de violence déjà existantes. De ce fait, ces crimes sont toujours minimisés. Ces considérations dénotent probablement d’une absence de volonté de les combattre. La femme qui viendrait à dénoncer le viol commis contre elle, peut être répudiée ou bannie par son mari ou par ses parents.

Un temps épargnées, les femmes sont devenues les cibles directes des groupes terroristes depuis quelques années. Pour les djihadistes, elles sont un enjeu et une menace. Ils ont une conception des sociétés patriarcales où les femmes n’ont qu’un rôle de procréation, mais sont détentrices de l’honneur de la communauté. C’est pourquoi, dans les zones en proie aux attaques terroristes au Burkina Faso, la femme est souvent violée aux yeux de ses enfants, son mari, ses proches. Elle est souvent même prise en otage à cette fin.

A titre d’exemple, un communiqué de l’armée en date du 16 novembre 2019, annonçait la libération de plusieurs femmes retenues comme esclaves sexuelles des mains des terroristes dans le nord du pays à Yorsala. Et la liste des cas de viol est longue et interminable. Le dernier cas en date est celui de Nouna le 8 mai 2022, où des hommes armés ont libéré des prisonniers, pillé des biens et violé des femmes.

Cependant, si les groupes armés constituent la principale et la plus grande menace pour les femmes, ils ne sont pas les seuls. Il existe d’autres catégories d’auteurs présumés d’agressions sexuelles, des individus qui exploitent la situation de déplacées des femmes sur les nouveaux sites, camps, villages où elles transitent, ou arrivent (en rappel, les femmes et les enfants constituent 84% des personnes déplacées internes). Ces actes abominables sont commis avec une barbarie inouïe, marquant les femmes à vie.

Les femmes des localités de Dori, Djibo, Pissila où les lieux d’installation sont éloignés du centre-ville vivent régulièrement ce calvaire.
Outre les conséquences immédiates de ces viols qui sont morales, psychiques, physiques voire psychiatriques, il y a des conséquences sociales toutes aussi graves, qui poussent les femmes à se murer dans le silence. Une conséquence visible est la question cruciale des enfants nés de ces actes, question très préoccupante, de tous les points de vue.

Entre l’impunité de certains auteurs de ces crimes, l’accès difficile aux soins de santé et la justice inactive sur le sujet, les femmes violées sont livrées à elles-mêmes, victimes d’exclusion sociale, de discrimination, de stigmatisation et de rejet.
Toute société dispose toujours de cadres de référence pour gérer ses propres crises, ses crimes, ses problèmes en général. La question du viol des femmes en général et celui dans le contexte du terrorisme en particulier doit être indubitablement une priorité.

L’enjeu est de taille car les femmes sont un maillon essentiel de la paix. Il importe donc de connaitre l’ampleur du phénomène, améliorer la prise en charge des victimes, condamner les auteurs de ces crimes et surtout œuvrer à la réhabilitation de ces femmes dans la société. Le volet réhabilitation est capital, il permettrait d’aller au-delà du conflit actuel, de corriger les injustices sous-jacentes dont les femmes sont victimes, de discuter des mécanismes qui maintiennent ces inégalités et les violences structurelles qu’elles subissent, pour avoir une chance de les déconstruire, de les combattre en impliquant tous les acteurs de la société.

Selma Farida TOURE
touselfa@gmail.com

Crédit photo www.hrw.org

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