Actualités :: Situation nationale : A propos de l’article 37

Le ministre d’Etat, Salif Diallo a vraiment jeté un pavé dans la mare en déclarant à un de nos confrères que Blaise Compaoré "pouvait" se représenter à la présidentielle de 2005. Le landerneau politique bruit depuis lors de "théories" allant des plus fines aux plus "brutes" sur la "forfaiture" que cette occurrence entraînerait.

Cette bronca consécutive à la sortie du ministre Salif Diallo occulte en réalité, le vrai débat de fond de cette présidentielle (y a-t-il une alternance crédible au Faso) mais surtout, fait fi des règles juridiques les plus élémentaires.

Lorsque dans notre édition du mercredi 14 janvier dernier (Sidwaya n° 4920 p 4-5), nous appelions les partis politiques à nous "servir" à la campagne électorale des "programmes" sérieux et cohérents plutôt que de se complaire dans des attaques en "dessous de la ceinture" et le dilatoire, nous ne croyions pas si bien dire. L’entame de la "campagne" (ou de la précampagne) le laisse percevoir car, c’est Blaise Compaoré qui est le "problème" des opposants. Il ne "doit plus" se représenter, arguent-ils, s’appuyant sur la relecture de l’article 37 qui stipule que le mandat présidentiel est de cinq ans renouvelable une fois. Blaise Compaoré est donc "disqualifié". Un argumentaire qui cache mal leur "ignorance" (volontaire ?) du droit. L’article 2 du code civil napoléonien (en vigueur chez nous) stipule en effet que "la loi ne dispose que pour l’avenir", ajoutant qu’elle "n’a point d’effet rétroactif". C’est dire qu’au moment où le nouvel article 37 était promulgué, Blaise Compaoré se trouvait dans la même situation que tous les autres citoyens.

Le vrai problème

Il est donc en droit de jouir des dispositions de la nouvelle loi. Bien sûr, en faisant une "interprétation téléologique" (étude des fins, de la finalité d’une loi) de l’article 37, on pourrait prétendre que le but ultime de la révision était de mettre l’actuel président du Faso "hors-jeu". Au-delà du fait que cette interprétation viole l’intime conviction du législateur, il y a qu’elle ne tient pas compte du but réel de cette révision qui est la pérennisation, le renforcement et la crédibilisation de notre processus démocratique. Cela peut-il être si on écarte péremptoirement un citoyen de la jouissance des droits que le législateur lui reconnaît ?

Le "vrai" problème de l’opposition, c’est qu’elle n’arrive pas jusqu’à présent à se présenter en alternative fiable et crédible, minée qu’elle est par des querelles intestines et des divisions qui ne cessent de la déliter.

L’année 2003 nous en a donné un autre aperçu avec le divorce fracassant intervenu au sein de l’ADF/RDA, qui se présentait comme le "mastodonte" de l’opposition.

De même, malgré une relative accalmie, le PDP/PS est toujours traversé par des "frissons" sur fond de querelle de succession du vieux professeur Joseph Ki-Zerbo. Le "jeune turc" Emile Paré parti, c’est le professeur Etienne Traoré qui "rue" dans les brancards. Motif, le strapontin de député que lui avait promis Ki-Zerbo, tarde à être une réalité. Ce dernier a, du reste, condamné à mots couverts, cette "impatience petite bourgeoise", qui occulte le vrai travail à mener. Ce travail qui consiste à présenter des "programmes de gouvernement" réalistes et réalisables aux populations, l’opposition tarde à le faire, se complaisant dans les "lieux communs" (politique néo-libérale, libérale, socialiste voire communiste selon les cas).

Seul à notre connaissance, le professeur Laurent Bado a "théorisé" le tercerisme qui "emprunte" selon lui, aussi bien au marxisme qu’au libéralisme sans oublier nos valeurs traditionnelles. Bado qui a par ailleurs déclaré que le pouvoir ne "l’intéressait" pas pour le moment, sa tâche principale étant la "conscientisation" des populations, semble cohérent dans sa démarche.

Beaucoup d’opposants devraient en prendre de la graine et entreprendre ce travail d’enracinement et d’élargissement de leur base sociale, plutôt que de jouer "les mouches du coche". Le "pays réel" ne se trouve pas dans les salons feutrés et n’a que faire d’une rhétorique juridique tendancieuse. Il veut du concret. Alors, proposez-lui des programmes.

Boubakar SY
Sidwaya

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