Actualités :: Les valeurs humaines : Vers une société en déliquescence ?

La sociologue et communicatrice Monique B. Yarga se penche dans cette tribune sur les valeurs humaines qui sont censées cimenter la vie en société mais qui tendent à devenir un leurre, une utopie.

« Une étude de Harvard, sur près de 80 ans, a prouvé que ce sont des relations humaines proches qui rend les gens heureux tout au long de leur vie - plus que l’argent ou la gloire. Ces liens humains les protègent des mécontentements de la vie, contribuent à retarder le déclin mental et physique, et sont des meilleurs indicateurs prévisionnels d’une vie longue et heureuse que la classe sociale, le QI ou même les gênes. » in www.grainesdepaix.org édition en ligne du vendredi 08 avril 2022 à 16h27

Cette citation est caractéristique de l’importance des relations humaines dans la vie des êtres humains. L’homme ne vit pas que de pain et de vin. Il vit aussi de relations sociales. Autrefois, nos ancêtres se souciaient peu de thésauriser des richesses matérielles que de nouer et d’entretenir de vrais « trésors » dans leurs relations sociales. Et ces relations sociales étaient empreintes d’humanisme. Récemment, nous avons vécu cette valeur sociétale qu’est l’humanisme au Pays des Hommes intègres autour des enlèvements d’enfants par des individus sans scrupule. Pourquoi ?

Parce que la vie humaine est sacrée et lorsque la bassesse et la barbarie touchent surtout les enfants, elle suscite réprobations, consternations et condamnations. Peu importe l’âge, le sexe, la religion, la situation socioprofessionnelle, le rang social, il y’a des choses qui sont « acceptables », d’autres qui sont « tolérables » et d’autres encore qui sont « inadmissibles ». Tout simplement parce que nous nous ne sommes pas des lions, des hyènes, des chacals ou des tigres : nous sommes des êtres humains doués de raisons et de discernement et comme tels, nous avons des valeurs humaines à défendre.

Mais que recouvre le concept de « valeurs humaines » ? Pour Graines de Paix (op.cit.), « Les valeurs humaines sont les qualités humaines qui ont de la valeur pour chacun de nous, même pour de très jeunes enfants. Ce sont les vertus qui nous guident pour prendre en compte l’humain lorsqu’on interagit avec un autre être humain, qui créent ainsi le lien à autrui en touchant l’humanité de l’autre à partir de notre propre humanité. Ce sont les différentes dispositions positives qui ont de la valeur pour nous en tant qu’être humain. Elles constituent le fondement de toute vie viable en société : elles créent un espace propice à une dynamique, un mouvement vers l’autre, qui mène à la paix. ».

Ces valeurs humaines cimentent donc la vie en société. Elles sont transmises de génération en génération au moyen de la socialisation primaire et secondaire. C’est par l’éducation de la famille (nucléaire ou élargie), des voisins, de l’école, de la rue, etc. que nous les assimilons. Sans être exhaustif, l’on peut citer au nombre de ces valeurs humaines : la tolérance, le partage, le civisme, la reconnaissance, la paix, le respect, la justice, l’empathie, la solidarité, l’amour du prochain, la loyauté, l’honnêteté, la fraternité...

Pour ma part, toute valeur humaine doit nous inciter à la paix : la paix avec nous-même, la paix avec autrui. En cela, nous partageons avec le philosophe de l’espérance, Gabriel Marcel (1889-1973) qu’il n’y a qu’une souffrance : être seul car « exister, c’est co-exister ». Par conséquent, autrui n’est pas un enfer mais un paradis. Pourtant, dans nos sociétés dites à cheval entre tradition et modernité, ces valeurs humaines perdent, peu ou prou, de leurs lettres de noblesses. De nouvelles références tendent à être à la mode : c’est de plus en plus la course effrénée aux richesses matérielles.

La « valeur » qui semble émerger se trouve dans les espèces sonnantes et trébuchantes, de sorte que les vraies valeurs humaines sus-évoquées tendent à devenir un leurre, une utopie. J’ai ouï dire des commentaires du genre : « la vie actuelle commande de ne pas respecter les règles si on veut s’en sortir. » Ou encore « Il faut attaquer, donner des coups, donner la gifle et ne jamais tendre l’autre joue car l’homme est un loup pour l’homme » ; « la fin justifie les moyens ». Le philosophe existentialiste Jean-Paul Sartre (1905-1980) trouverait un écho favorable de nos jours avec de tels discours en dessous du talon, lui qui écrivait que « l’enfer, c’est les autres ».

Quelle société en déliquescence où le comportement anti-social, l’anomique ou l’anormal tend à convoler en justes noces avec : « il faut comprendre » ; « il faut tolérer » ! Au lieu de traquer la déviance dans ses derniers retranchements, nous nous mettons à relativiser des actes qui vont chercher dans le renchérissement du « ça » et du « moi », oubliant que c’est le « sur-moi », comme le théorisaient de célèbres psychologues tels Sigmund Freud, qui nous empêche de devenir de jolis monstres sociaux.

Cette tolérance ad maxima de l’intolérable est un boulevard tracé pour les actes empreints de haine, de violence, d’ethnicisme et un terreau fertile au terrorisme et autres actes vils. Et c’est encore la société qui, dans son ensemble, paie ou paiera cash le lourd tribu de toutes ces permissivités.

Tôt ou tard, le tolérable deviendra intolérable puisque nous nous réveillerons douloureusement avec davantage de fléaux sociaux (alcool, drogue, prostitution...), davantage de matérialisme, d’individualisme, de conflits sociaux, de divorces, de désordres physiques et mentaux, etc. Et nous sommes étonnés que notre société, déjà alitée, montre des signes d’agonie.

Pourtant, il est n’est pas impossible de rêver et de se dire qu’une autre voie est possible. Nous ne sommes pas condamnés à subir les vicissitudes de la vie et à vivre notre humaine condition à la André Malraux, c’est-à-dire dans la pire des conditions.
Demandons-nous si ce mythe de Sisyphe n’est pas évitable. Quelle serait la finalité de toute vie humaine, si nous sommes obligés de mettre sous boisseau nos valeurs humaines pour plonger dans l’abysse des biens matériels uniquement ?

Biens matériels et immatériels sont-ils conciliables ? Si oui, sous quelles conditions ? Bref, ces interrogations restent entières et se posent à chacun de nous ? Individuellement et collectivement, nous avons le devoir de marquer une halte pour cogiter sur le type de d’idéal sociétal que nous voulons pour vivre et mourir heureux. En attendant, je vous laisse méditer ces citations :

-  L’homme est un remède pour l’homme : proverbe Burkinabè ;
-  N’essayez pas de devenir un homme qui a du succès. Essayez de devenir un homme qui a de la valeur : Albert Einstein (1879-1955), célèbre mathématicien et physicien ;
-  Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en une loi universelle de la nature : Emmanuel Kant (1724-1804), philosophe.
Auteurs convoqués dans l’article :

1. Graines de Paix : www.grainesdepaix.org
2. Gabriel Marcel (1921), Le cœur des autres, Paris, Grasset. Cité par www.fr.wikipedia.org
3. Jean-Paul Sartre (1944), Huis clos, 1944. Archives sur le site web : www.la-philosophie.com

4. André Malraux (1972), La condition humaine, Gallimard, Collection folio, n°1, Paris.
5. Albert Einstein, cité par www.babelio.com

6. Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, AA IV 421. Cité par Robert Theis (2005), « L’impératif catégorique : des énoncés à l’énonciation », Le Portique, 15.

Auteur : YARGA Monique B. Sociologue, Communicatrice.
Mail : moniqueyarga@gmail.com

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