Actualités :: Transition au Burkina Faso : Les balbutiements d’un attelage mal ficelé (...)

Le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba a tant bien que mal réussi à « légaliser » son pouvoir. Avec le recul, des faits et des gestes des responsables de la transition montrent qu’il sied de ne pas leur donner le ciel sans confession. Les promesses de « sauvegarde et de restauration », confrontées avec la réalité du terrain de la lutte contre le terrorisme, semblent se flétrir comme une peau de chagrin. Eléments d’analyse par Daouda Emile Ouédraogo.

Acte 1. Lors de son adresse à la nation, le président de l’ex MPSR, le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba termine par la formule : « la patrie ou la mort, nous vaincrons ». Cette formule est la marque de la révolution. Lors de son discours de prestation de serment, il affirme : « l’œuvre de révolution portée par le MPSR, ne s’inscrit pas dans une logique révolutionnaire ». Parfait Kambou, l’un de ceux qui ont côtoyé le président Thomas Sankara affirme ceci : « ce qui faisait la force de Thomas Sankara, c’est le respect de sa parole. »

Entre la première adresse à la nation et le discours de prestation de serment, l’orientation politique du lieutenant-colonel a changé. Pourquoi ? A l’analyse, seuls ceux qui ont peur de voir un autre Sankara ou une autre personne faire la promotion de la révolution ont pu orienter le discours de l’homme fort du Burkina Faso. Et le premier ennemi de la révolution burkinabè est le seul pays au monde qui détient les secrets documentés de l’assassinat du président Sankara.

Pourtant, la jeunesse burkinabé a soif de retrouver les valeurs d’intégrité prônées par Thomas Sankara. La preuve : lors de la première victoire de l’équipe junior de handball du Burkina Faso à la CAN féminine 2022, après deux défaites d’affilée, la capitaine Djamilatou Kabré, élue « woman of the match » (NDLR : l’équivalent de l’homme de match en football) dit ceci, en dédiant son trophée au peuple burkinabé : « Je dédie ce prix au peuple burkinabé » et de clamer en brandissant fièrement son prix : « la patrie ou la mort, nous vaincrons ».

La moyenne d’âge de cette équipe tourne autour de la vingtaine. Et 72% de la population du Burkina Faso est jeune mais se retrouve dans les idéaux de Thomas Sankara et de la révolution à la sauce burkinabè. « Refonder et restaurer » le Burkina Faso sans une véritable révolution est une gageure. N’oublions pas que « Burkina Faso » signifie « Pays des Hommes intègres ». Et, ce nom est le fruit de la révolution.

Acte 2. La constitution du nouveau gouvernement suscite des interrogations sur les actions de certains ministres dans l’avènement du coup d’Etat. Trois personnalités de ce gouvernement méritent une attention particulière. D’abord le ministre d’Etat, ministre de la Défense, le général Aimée Barthélémy Simporé. Je n’ai personnellement rien contre lui. Je pose seulement des faits d’analyse. Il a été le ministre de la défense du président déchu Roch Marc Christian Kaboré. Il a été celui qui est passé devant les députés pour dire que les terroristes savent à quel moment un hélicoptère décolle pour aller au front.

Il est aussi celui qui a dit parlant du gouvernement déchu : « il y a un gouvernement qui est très soucieux et il y a une nation qui est en attente des résultats donc nous ne devons pas baisser la garde ». Il est passé à la télévision nationale, le jour de la mutinerie qui deviendra un coup d’Etat pour affirmer que : « la situation est sous contrôle…Le gouvernement fait confiance à l’armée qui demeure républicaine (sic) ».

La suite, on la connait. Lorsque le ministre de la Défense affirme qu’ « une situation est sous contrôle » et que par la suite cette situation se termine par une déstabilisation des institutions de la République, il y a problème. Mieux, ce dernier réapparait dans le nouveau gouvernement et occupe le même macaron, doublé du titre de « ministre d’Etat ». Dans leur jargon de militaire, on dira qu’il « a pris du galon ». La question lancinante que tout érudit se pose est de savoir quel rôle le général a joué dans le renversement de son « patron » Roch ?

Des sources bien informées affirment qu’il est allé voir le président Roch Marc Christian Kaboré en vue d’avoir son « OK » pour faire partie du gouvernement du Premier ministre Albert Ouédraogo. Selon ces mêmes sources, le président a donné son « OK ». Mais pouvait-il dire le contraire ou refuser dans les circonstances de détention et en résidence surveillée ? Le peuple burkinabé a besoin de connaître la vérité sur les implications des uns et des autres car, n’oublions pas que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la contestation du pouvoir du président Kaboré est l’attaque du camp de gendarmerie d’Inata.

Du devoir de vérité sur Inata

Acte 3. Les circonstances de l’attaque d’Inata n’ont pas encore été élucidées. D’une violence meurtrière inégalée dans notre pays, elle a laissé sur le champ d’honneur officiellement 53 personnes dont 49 gendarmes. Le général Simporé était alors ministre de la Défense. L’on se rappelle que c’est lui qui a remis le premier rapport d’enquête au président déchu Roch Marc Christian Kaboré. Ce rapport a été rejeté par ce dernier pour « insuffisance de précision sur les responsables ».

Le deuxième rapport a été accepté. Que contenait-il ? Qui sont ceux qui ont été les complices ou les coupables de ceux qui ont affamé nos frères, nos enfants, nos époux avant qu’ils ne soient massacrés par des individus armés ? Le peuple a besoin de savoir non pas pour se venger mais, pour faire dignement leur deuil et honorer leur mémoire.

Le ministre d’Etat, ministre de la Défense a reçu le rapport, il connait donc le contenu. L’honneur militaire le commande. Car, ne l’oublions pas. S’il se trouve que vos frères d’armes ont bénéficié de complicité en votre sein pour que cette barbarie ait lieu, ils doivent répondre de leurs actes. Le président Kaboré l’avait dit : « Au terme de l’enquête, l’ensemble des personnes concernées dans la question relative à Inata feront l’objet de sanctions disciplinaires sans exception. Je le précise : sans exception ».

Dans le cours de l’histoire des peuples, il est bon d’éviter d’écrire la vérité au passé composé. Il faut avoir le courage et l’honneur de s’assumer car défendre la patrie appelle au sacrifice suprême pour l’amour de ce pays que l’on sert, souvent, sans rien attendre en retour. Le drame d’Inata est la face hideuse d’une armée que des hommes excellents, de grands messieurs intègres et patriotes, bâtissent chaque jour au front, en faisant fi des querelles politiques ou de préservation d’intérêts quelconques.

Alors, la vérité sur Inata est obligatoire et impérative, afin que l’on puisse comprendre pourquoi le lieutenant-colonel William Combary, relevé de ses fonctions de commandant du groupement mobile de Ouagadougou à titre conservatoire en conseil des ministres, suite au drame d’Inata, est désormais le directeur de l’organisation et de l’emploi de la gendarmerie nationale. Il n’y a pas d’intégrité sans vérité. Si, le rapport d’Inata les a innocenté, publiez-le car, le peuple a soutenu le coup d’Etat parce qu’il a été choqué par ce qui s’est passé dans ce camp de gendarmerie d’Inata.

Dans le même ordre d’idée, on a du mal à comprendre pourquoi le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana croupit en prison pour « blanchiment d’argent ». Les faits reprochés à cet officier militaire dont on dit tant de bien dans la lutte contre le terrorisme laissent pantois face à la légèreté de cette accusation.

L’honneur interpelle les premières autorités de la transition afin d’évacuer ce dossier judiciaire pour éviter qu’il ne pourrisse une transition en éternel balbutiement. Ce devoir d’honneur interpelle le ministre d’Etat, ministre de la Défense, le général Aimée Barthélémy Simporé, médaillé de la légion d’honneur américaine.

En un mot, comme en mille, le général Simporé a reçu l’une des 7 plus hautes décorations de l’armée la plus puissante au monde. Elle lui a été remise non pas par l’ambassadeur mais, par la sous-secrétaire d’Etat aux affaires africaines, Mary Catherine Phee, de passage à Ouagadougou, en octobre 2021, en l’absence du président des Etats-Unis, qui décerne généralement cette récompense.

Et le nom du président révolutionnaire, Thomas Sankara, dont les autorités actuelles ne veulent pas assumer l’héritage, a été prononcé ce jour là : « Ce prix est très important et c’est un immense honneur pour moi de lui décerner cela lors de mon premier déplacement au pays de Thomas Sankara », a déclaré les yeux pétillants de joie, Mary Catherine Phee.

Aujourd’hui, plus que jamais, les autorités de la transition doivent comprendre et s’assumer de façon responsable et cohérente dans la mesure où le pouvoir acquis par la force a besoin d’être béni par le peuple afin de prospérer. Or, nul pouvoir ne peut prospérer s’il ne fonde ses agissements sur la vérité et, le devoir de rendre compte au peuple…Car, tout part du peuple pour revenir au peuple dans une transition qu’il faut éviter de gérer par copinage.

A titre d’exemple, après le retrait chaotique de l’armée américaine d’Afghanistan, après 20 ans de guerre sans succès, le Congrès américain a questionné le chef d’Etat major général des armées des Etats-Unis, le général Mark Alexander Milley, sur le fait que le président Biden affirme n’avoir pas reçu la proposition de garder au moins 2 500 hommes sur place pour couvrir le retrait. Le général Milley répond à peu près ceci : « J’ai juré sur l’honneur et la Constitution de défendre le peuple américain et je ne sais pas mentir ». Messieurs de l’armée, demeurez des Hommes d’honneur et de vérité.
(A suivre…)

Dans la 2ème partie, nous parlerons des autres personnalités de la transition dont la présence dans le gouvernement dessert la crédibilité du navire battant pavillon Damiba, assortis de propositions de solutions pour un Burkina nouveau.

Par Daouda Emile OUEDRAOGO

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