Actualités :: Prise en charge des accouchements au Burkina : La nécessité d’une humanisation (...)

Dr Issaka Sondé avait partagé avec les lecteurs de Lefaso.net un témoignage du mari d’une parturiente admise à la maternité de Paspanga, dans le département de Zoungou, province du Ganzourgou. La femme a accouché sans assistance et dans les heures qui ont suivi, le nouveau-né, souffrant d’une insuffisance respiratoire a été évacué au CHR de Ziniaré où il est finalement décédé. A travers ces lignes, Dr Sondé attire l’attention des agents de santé sur leurs responsabilités vis-à-vis des patients.

« Le 23 mars 2022, nous avions partagéle témoignage du mari d’une parturiente admise à la maternité de Paspanga, dans le département de Zoungou, province du Ganzourgou. Le mari avait suffisamment relaté les conditions dans lesquelles sa femme avait accouché, seule, dans une formation sanitaire publique sans assistance aucune de trois agents de santé qui étaient pourtant présents au moment des faits.

Dans la matinée du 23 mars 2022, le bébé qui aurait des difficultés respiratoires a été référé du CSPS de Paspanga au CMA de Zorgho, puis du CMA de Zorgho au CHR de Ziniaré où il est malheureusement décédé le matin du jeudi24 mars 2022. Dans l’après-midi, après avoir enterré le petit bout de chou, les parents ont rejoint leur village, les cœurs meurtris, pleins de questionnements mais se remettant à Dieu.

Le Bon Dieu a donné, le Bon Dieu a repris. Paix à l’âme du bébé innocent et courage aux parents traumatisés. Neuf mois de douleurs, de souffrances qui devraient être couronnés de joie, d’espoir et d’espérance se terminent de la plus triste des manières. A qui la faute ? Que faire ?

Le président Sangoulé Lamizana le disait si bien : « Le Burkina souffre plus de la méchanceté inutile de ses fils que de la rareté des ressources ». Comment rectifier le tir pour que pareille mésaventure ne soit plus vécue par qui que ce soit, où que ce soit dans notre cher Faso déjà tant meurtri ?

Il faut une réelle prise de conscience collective pour améliorer la situation, réinstaurer et/ou restaurer la confiance entre les populations et les services publics. Le fossé est trop large entre l’administration et les administrés du seul fait de certainesbrebis galeuses qui ternissent l’image du reste du groupe. Leur iniquité, l’injustice, l’absence, l’indifférence, la négligence, les rackets, les abus et spoliations de toutes sortes, en tout lieu et en toutes circonstances ont fini par jeter un grand discrédit vis-à-vis des agents de l’administration publique.

Revenant au secteur spécifique de la santé, ces actes sont doublement ressentis dans une structure si sensible comme la maternité où la parturiente arrive déjà avec des souffrances physiques et morales en plus des angoisses relatives aux diverses interrogations sur l’issue finale de l’évènement par la joie ou par la fatalité. Ne dit-on pas qu’une femme enceinte a un pied dans la vie et l’autre pied dans la tombe ?

La meilleure des choses dont a besoin une femme à ce niveau, c’est avant tout un accueil chaleureux,rassurant et plein d’empathie et d’humanisme. La charge et les conditions de travail des agents peuvent ne pas permettre une prise en charge immédiate de la patiente mais le bon accueil est au moins possible. Ni les conditions de travail, ni les frustrations diverses ne devraient ôter à un agent son humanisme au point de paraître totalement indifférent à la souffrance d’autrui. La non-assistance, en plus d’être une négligence ou une méchanceté, pourrait s’assimiler à un délit ou à un crime, toutes choses contraires à la morale, à l’éthique et à la déontologie professionnelle.

C’est pourquoi j’ai vraiment tenu à relayer ce témoignage pour que chacun comprenne le martyr et le traumatisme que vivent,dans le silence et au quotidien, bon nombre de nos épouses, sœurs et filles dans nos maternités. Il faut que les choses changent par la sensibilisation des agents, la dénonciation des cas et, en dernier ressort, le bâton des sanctions adéquates.

Dans certaines circonstances, il faut savoir et pourvoir faire fi des divergences, des mésententes, des questions d’égo pour le seul intérêt du patient. Il n’y a jamais de petite querelle. Parfois l’incendie ne provient que d’une petite étincelle qu’on a négligée de gérer à temps.

Vivement une décolonisation des mentalités et une meilleure humanisation de nos maternités. Toute femme qui y va doit être accueillie en princesse, combattante chevronnée d’une lutte âpre de 9 longs mois, portant en elle un petit bout de vie dont la venue au monde garantit la pérennité de l’espèce humaine. Porter une grossesse au péril de sa vie, c’est une fonction sacrée à sacraliser, c’est une fonction noble à nobéliser. Oui, chaque mère est un prix Nobel pour l’intérêt qu’elle rend à la société.

En conclusion, pour ce cas malheureux du CSPS de Paspanga, les parents ne déposeront aucune plainte, contrairement aux souhaits de bon nombre de personnes. Ils s’en remettent au bon Dieu, pardonnent de bon cœur et se tournent résolument sur l’avenir. Le vrai pardon est une belle valeur ancestralesurtout en cas de décès. L’essentiel est que chacun fasse sienne, cette pensée de Tim Guénard dans « Plus fort que la haine » : « Pour pardonner, il faut se souvenir. Non pas enfouir la blessure, l’enterrer, mais au contraire la mettre au jour, dans la lumière. Une blessure cachée s’infecte et distille son poison. Il faut qu’elle soit regardée, écoutée, pour devenir source de vie ».

Restons profondément humains, valorisons la vie !

A la maternité, rendons la joie à la future mère pour atténuer sa douleur et la rendre doublement heureuse à la délivrance et qu’elle garde le bon goût de continuer à donner la vie.

Merci pour vos précieuses contributions. »

La pharmacie citoyenne
Dr Issaka SONDE
issaksonde@hotmail.com

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