Actualités :: Francis Kéré, lauréat du Prix Pritzker : « Premier africain attributaire du (...)

L’architecte Sylvain Thiombiano, ancien président de l’ordre des architectes du Burkina, rend hommage à travers ces lignes à son confrère Francis Kéré, récent lauréat du Prix Pritzker décerné pour la première fois à un Africain.
« Le lundi 15 mars 2022, le Burkinabè Diébédo Francis Kéré a été le lauréat 2022 du Prix Pritzker.

Pour la première fois depuis sa création en 1979, le jury du Prix a décerné la prestigieuse distinction, définie comme le Nobel de l’architecture à un architecte africain, à un burkinabè, à l’architecte burkinabè Diébédo Francis Kéré. Un bâtisseur, un artiste, un modeleur de l’environnement, un dompteur de l’espace, avec pour outil de base, la brique qui n’est autre que l’arme de l’esprit de l’architecte. C’est avec une brique qu’on a fait des pyramides, des cathédrales, des mosquées, des tours, etc.

Louis Kahn a dit qu’une brique à envie de s’exprimer et aspire à être sublimée.
Et de la même manière qu’un cavalier utilise les qualités de son cheval pour franchir les obstacles, la brique veut que l’architecte la sublime par la rigueur de son esprit créatif.

Diébédo Francis Kéré a été hissé au rang d’architectes d’horizons divers comme le brésilien Oscar Niemeyer (lauréat 1988), les français Christian de Portzamparc (lauréat 1994) et Jean nouvel (lauréat 2008), le japonais Tadao Ando (lauréat 1995), l’italien Renzo Piano (lauréat 1998), le britannique Norman Foster (lauréat 1998), l’irako-britannique Zaha Hadid (lauréat 2004, etc.

L’architecture, premier des arts majeurs faut-il le rappeler, est une œuvre de l’esprit. Mais au-delà du talent exceptionnel de Francis, le comité de sélection a voulu honorer l’humanité de l’homme. Son humanité et sa créativité résolument tournée vers le bien-être. En effet, Francis Kéré tranche dans sa philosophie, son approche, son concept et sa réalisation. Il tranche également avec son désir de justice par l’architecture.

Dans les propos suivants, tout est dit de cette humanité : “Ce n’est pas parce que vous êtes riche que vous devez gâcher les matériaux. Ce n’est pas parce que vous êtes pauvre qu’il ne faut pas rechercher la qualité, le luxe et le confort. Nous sommes interconnectés et les questions de climat, de démocratie et de pénurie nous concernent tous. ”

Il est toujours dans la quête d’une architecture fonctionnaliste, fonctionnelle et utilitaire. Une architecture de petits budgets. Une architecture contextuelle. Une architecture faite pour l’homme. Une architecture pour mieux vivre, une architecture au service des populations. Une architecture à l’échelle communautaire. Une architecture pensée pour les usagers.

Une architecture écologique et économique, utilisant les matériaux in situ pour un confort optimal et s’intégrant harmonieusement au paysage dans le souci de préserver l’environnement. On peut affirmer sans erreur que c’est l’architecture qui s’humanise sous les acclamations.

Premier africain attributaire du prix, c’est aussi le Burkina Faso qui est hissé au firmament de l’architecture mondiale. Le pays des hommes intègres peut donc se sentir honoré parce que l’un de ses fils prodiges a été élevé au rang du gotha mondial de l’architecture. Déjà lauréat entre autres (la liste est longue), du prix Aga Khan d’architecture en 2004, du Global Holcim Award Gold en 2012, Francis Kéré côtoie ainsi les sommets.

Il n’y a pas de grande architecture sans passion et sans obstination. Francis Kéré cherche, par son art, à élever l’âme humaine pour lui donner une autre dimension. Une noblesse.
La distinction de Diébédo Francis Kéré aimerait aussi parler à tous les architectes et singulièrement interpeller, nous les professionnels burkinabè, sur le rôle que chacun de nous donne à cette profession et les actes que nous posons vis-à-vis de notre communauté.

Des architectes ont élevé des tours, bâti des villes entières en Afrique et dans le monde mais ce sont les œuvres de Kéré qui ont retenu l’attention du comité faisant le distinguo entre l’architecture du chèque et du compte bancaire, l’architecture du portefeuille et des affaires, l’architecture des marchés bidonnés, l’architecture des édifices dangereux pour les usagers, bref, l’architecture éphémère.
Chapeau bas à toi, l’artiste de génie !
Offre-nous d’autres chevauchées dignes de cet étalon, l’emblème de ton pays. »

Thiombiano Sylvain
Architecte, tsarbf@yahoo.fr
Chevalier de l’Ordre du Mérite
Ancien Président du Conseil de l’Ordre des Architectes du Burkina.

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