Actualités :: Transition au Burkina : « En quoi un gouvernement civil est-il incompatible (...)

Au cours d’un forum citoyen du CREDD (Cercle de réflexion et d’action pour le développement durable) sur les causes et facteurs aggravants de la menace terroriste au Burkina Faso, Abdoul Karim Saïdou, docteur en sciences politiques, enseignant-chercheur à l’université Thomas Sankara, a donné une communication sur les leçons à tirer de la transition de 2015 afin de mieux gérer celle de 2022.

Connu pour son franc-parler, Dr Abdoul Karim Saïdou reproche au régime passé de n’avoir pas été à la hauteur des événements. « Nous avons une classe politique qui a montré qu’elle n’est pas à mesure de faire face aux attentes de la population, notamment la classe politique qui a accédé au pouvoir à l’issue des élections de sortie de crise », a-t-il affirmé.

Il ne s’est pas contenté uniquement d’accuser la classe politique. La population aussi y est pour quelque chose, selon lui. « Lorsqu’on arrive au niveau des citoyens, on constate aussi qu’ils sont incapables de sanctionner les dirigeants, a-t-il ajouté. La preuve, le fait que le président Kaboré qui a eu un bilan mitigé, voire chaotique, a été reconduit. Il est passé de 53% à 57% aux dernières élections présidentielles. Ce qui signifie que les électeurs sont incapables de sanctionner la gouvernance ».

Leçons à tirer de la transition de 2015

Le politologue s’est d’abord attardé sur le processus d’adoption de la charte de la transition. En 2015, la charte a été adoptée et signée par les forces-vives (les différentes composantes). Cette fois-ci, a-t-il fait remarquer, la charte a été signée uniquement par le chef de l’Etat, le président de la Transition.

Pour 2015, il a mentionné qu’il y a eu « des réformes progressistes ». A titre d’exemple, il a cité la corruption électorale, l’autorisation des candidatures indépendantes, la dépénalisation des délits de presse et l’adoption de la loi anti-corruption.

Pour l’enseignant-chercheur, l’agenda de l’actuelle transition doit comporter trois choses : la sécurité, la lutte contre la corruption et le retour à l’ordre constitutionnel à travers l’organisation des élections. « Je précise que la sécurisation totale du territoire n’est pas pour moi une condition indispensable pour l’organisation des élections. L’idée, c’est de faire en sorte que des actions fortes soient menées sur le terrain de façon drastique », a-t-il précisé.

« Faire un coup d’Etat et venir se faire investir… »

Coup d’Etat et respect de la Constitution ne font pas bon ménage, à en croire Dr Saïdou. « Je propose qu’on suspende la Constitution pendant toute la période de la transition. Parce que cet amalgame qu’on fait entre régime militaire et régime démocratique ne permet pas de rendre hommage à la démocratie. On ne peut pas faire un coup d’Etat et venir se faire investir et prêter serment ».

Ainsi, il a proposé le modèle de la transition de 2010-2011 au Niger où l’armée a mis de côté la Constitution pendant toute la période et gouverné par ordonnances. En lieu et place d’un organe législatif, Dr Saïdou recommande un organe consultatif.

Questions sur la signature de la charte

La suspension du Médiateur du Faso par les autorités de la transition lui laisse, visiblement, un goût amer. L’enseignant-chercheur en politique a rappelé que cette institution est importante parce qu’elle joue un rôle dans la réconciliation entre le citoyen, l’Etat et l’administration.

Quelle est la plus-value du Conseil de suivi et d’orientation du moment où il existe déjà un gouvernement et un organe législatif ? s’interroge-t-il. Il pense qu’on pouvait se passer de cet organe.

En ce qui concerne la durée de la transition, Dr Abdoul Karim Saïdou s’attendait à seulement deux années. « C’est véritablement la question sécuritaire qui a dicté les trois ans ou bien c’est la volonté de ceux qui aspirent à être membre législatif qui voient les salaires de trois ans ? », questionne-t-il.

Autre question : qu’est-ce qui va se passer si au bout des trois ans l’armée n’arrive pas à tenir ses promesses sur le plan sécuritaire ? Est-ce qu’il faut prolonger la transition ?

De façon plus globale, est-ce qu’à chaque fois où le pays est en insécurité, l’armée doit renverser le pouvoir ? Est-ce que l’armée peut faire face à l’insécurité étant divisée ? Il a rappelé qu’à chaque fois où il y a coup d’Etat, il y a une division au sein de l’armée.

Après la Transition, qu’est-ce qui va se passer ? Que ce soit au Burkina Faso ou au Mali, après les élections, que deviendront les jeunes officiers qui ont géré la transition ?, se demande Dr Saïdou.

Autres questions fondamentales : est-ce que l’armée peut assurer la sécurité sous un gouvernement civil ? « En d’autres termes, la question que je me pose c’est de savoir en quoi est-ce que le fait d’avoir un régime civil est-il incompatible avec la lutte contre l’insécurité. Est-ce à dire que l’armée ne peut assurer la sécurité que lorsqu’elle est au pouvoir ? Est-ce à dire que les enseignant-chercheurs ne peuvent faire leur travail que lorsqu’ils sont au pouvoir ? Est-ce à dire que les médecins ne peuvent faire leur travail que lorsqu’ils sont au pouvoir ? En quoi un gouvernement civil est incompatible avec la lutte contre l’insécurité ? »

Pour Dr Abdoul Karim Saïdou, ce sont entre autres questions sur lesquelles il faut être situé.

Une synthèse de Cryspin Laoundiki
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