Actualités :: Burkina : Les entrepreneurs politiques sapent la charte constitutionnelle

Réunis du 28 au 1er mars 2022 dans la salle des banquets de Ouaga 2000, 350 délégués ont adopté la charte de la transition en cours, fixant la durée de celle-ci avant le retour à une vie constitutionnelle normale. Ces représentants ont augmenté par rapport aux propositions de la commission technique le nombre de députés de la transition et de membres du gouvernement qui pourraient se présenter aux futures élections. Ils ont écarté bruyamment, l’idée de travailler gratuitement pour l’intérêt général. Que représente l’intervention des dites forces vives de la nation dans le cours de la transition ? Même si l’annonce du chronogramme de la transition est un bon signe adressé à la CEDEAO, la tournure des évènements au plan intérieur n’a rien de rassurant et beaucoup d’obstacles politiques se dressent sur la route des militaires qui ont intérêt à gagner des victoires éclatantes dans la lutte contre les groupes terroristes.

C’est parti pour une deuxième transition, seulement 8 ans après la première qui est intervenue suite à une insurrection populaire victorieuse que les militaires ont retiré des mains des civils après avoir fait tomber le dictateur qui, après 27 ans de règne, avait toujours soif de pouvoir. La tentation est facile de mettre ces deux épisodes de la vie de notre nation sur le même plan.

Deux transitions : peuple insurgé, versus forces vives de la nation

Si la transition du lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, qui a pris le pouvoir en 2014, a été voulue courte, elle n’est pas intervenue dans le même contexte que celle qui s’ouvre. La première transition est intervenue suite à un conflit purement politique de refus de respecter la constitution. Ce refus tirant sa source de celui de passer la main. La cause de l’insurrection qui a abouti à la transition c’est la volonté de Blaise Compaoré de rester au pouvoir en modifiant l’article 37 de la constitution.

L’armée n’était pas à l’origine des évènements, mais le peuple insurgé dont des héros sont morts pour cela. Les rédacteurs de la charte de 2014, ce sont les représentants des forces politiques, militaires et de la société civile qui se sont entendues pour gérer le pouvoir de transition en fonction des rapports de force. La charte de la transition qu’elles ont rédigée est la forme contractuelle de cet accord. Et les participants de chaque groupe ont désigné des représentants pour signer en leur nom. Ils n’ont pas demandé au lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida de signer en leur nom. C’est une différence de taille.

La transition en cours, celle du lieutenant-colonel Paul Henri Damiba, est plus longue à cause de l’objectif principal du coup d’État qui est le retour à la paix, le retour chez eux du plus du million de personnes déplacées. La cause du coup d’État du 24 janvier2022 affichée dans les premières interventions est l’incapacité du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré à obtenir des résultats dans la lutte contre l’insécurité. Le prince, le nouvel homme fort, demande à une commission technique de réfléchir sur la charte de la transition, ce qui était une très bonne chose, pour que le souverain règne avec les lumières.

La commission technique s’est réunie et a travaillé dans les délais et remis son travail au commanditaire. Lequel demande à des représentants des forces vives de la nation qui n’étaient pas parties prenantes du putsch de l’amender et de l’adopter en une journée. C’est là que le loup entre dans la bergerie et dévore tous les agneaux progressistes dont la peau est faite de valeurs positives que le premier travail contenait. Les assauts ont concerné le travail bénévole des membres non élus de l’instance chargée de voter les lois.

Et significatif du travail intéressé des membres de cette assemblée, l’augmentation du nombre des ministres et des membres du conseil de transition. Le seul amendement qui peut être accepté, c’est la durée de la transition si c’est dans l’objectif de marchander comme à Rood Wooko avec la CEDEAO pour qu’elle diminue à 30 mois comme proposé par la commission technique. Ce que l’on ne comprend pas, c’est le refus de ces forces vives de s’assumer et de signer le fruit de leur travail, mais de le faire endosser par l’homme fort du pays, qui n’a pas eu le recul pour l’analyser ni consulter quelqu’un. C’est au bout de la nuit comme, le dit L’Observateur paalga qu’il a été soumis à la signature du document.

2022 ne doit pas être un remake de 2014 avec d’autres acteurs

Est-ce la faute aux journalistes ? Est-ce la faute aux participants ? Les personnes interviewées après l’adoption de la charte de la transition créaient le malaise : on avait l’impression que des revenants avaient pris la RTB, ces hommes-là, ces visages ne sont pas inconnus, on les a déjà vus, ils avaient disparus des écrans, comme une série arrivée à sa fin avant la nouvelle saison. Les revenants c’étaient ceux qui incarnaient le pouvoir que l’insurrection a jeté à terre. Ne criez pas haro sur le baudet qui revendique l’exclusion, mais on a beau chercher avec des yeux de fervent croyant œcuménique on n’a pas vu à leurs côtés leurs amis de l’Alliance des partis membres de la majorité présidentielle de Roch Marc Christian Kaboré. On ne rêve pas, ces 350 personnes réunies dans la salle des banquets de Ouaga 2000, n’ont pas voulu, Dieu nous en préserve, embarquer le pays dans un match retour ? Le putsch du 24 janvier 2022 n’est pas la remontada que certains espéraient ? Ces images de la RTB, faisaient restauration, attention au poids des images.

Les transitions sont des élégances qui relient deux idées. On ne peut en dire autant des régimes de transition. Ce sont plutôt des États d’exception en voie de normalisation. Peut-on y mettre tous les espoirs d’une nation ? Leur confier de rebâtir dans l’urgence un État, une nation ? Pourquoi les peuples confient-ils à des gens qu’ils ne connaissent pas leurs rêves et leurs espoirs tout simplement parce qu’ils se sont révélés plus forts que le pouvoir précédent ? Ce constat de la détention du pouvoir réel, de la puissance de l’homme fort lui donne-t-il d’autres attributs supérieurs ? Cette pression et cette charge qu’on les oblige à porter est aussi ce qui va les décharger de leurs responsabilités devant l’histoire.

Sana Guy
Lefaso.net

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