Actualités :: Lutte contre l’extrémisme violent au Burkina Faso : Faut-il négocier avec les (...)

Honko Roger Judicaël Bemahoun, statisticien-économiste et analyste politique, explique, dans le texte qui suit, que l’option de négocier avec les groupes armés terroristes pourraient comporter des avantages.

Les nouvelles autorités du Burkina Faso sous le magistère du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) ont annoncé entreprendre des négociations avec les groupes armés terroristes sous l’égide des comités de dialogues locaux. Une décision qui a suscité un tollé dans l’opinion publique burkinabè. Pourtant, cette option vaut son pesant d’or dans la recherche de solutions à la pacification du Burkina Faso. Nous ne pensons qu’il s’agit de nous offrir la paix et la sécurité à tout prix. Sachant que les acteurs de l’insécurité sont multiformes, c’est moins le fait de dialoguer mais de savoir avec qui il faut engager des pourparlers et autour de quoi et à par l’intermédiaire de qui.

Négocier voudrait dire continuer la guerre par d’autres moyens

La cartographie des acteurs de l’insécurité indique que dans leurs rangs on y trouve du tout : des bandits de grands chemins, des narcotrafiquants, des jeunes radicalisés contingents (BEMAHOUN et BARRY (2018) ; THIAM(2017)). Dans ce dernier lot, des voix s’élèvent pour exprimer l’abus de confiance en découvrant la face hideuse du maquis ainsi que les motivations obscures des principales figures historiques de l’insécurité dans la province du Soum et le Macina.

De nos jours, l’usure du temps est en faveur de la République. Et ce n’est nullement une faiblesse que de prendre langue avec ces jeunes radicalisés qui sont disposés à se repentir. Pour sûr, attendre est devenu couteux pour ceux qui avaient mordu à l’appât d’une prétendue cause à défendre. Si à ce jour on ne peut dénombrer ces désillusionnés, on peut noter des signaux de recherche d’une main secourable. Ce sont avec ces derniers qu’il faille aménager une porte de sortie.

En effet, « Établir un contact et communiquer avec les terroristes est absolument nécessaire, tant pour comprendre leurs objectifs et leurs attentes que pour obtenir des informations opérationnelles (Guy Olivier Faure et I. William Zartman, nd) ». Dans cette constellation hétéroclite, il est de bon ton d’identifier les bons interlocuteurs afin d’isoler les irréductibles et libérer les militants captifs.

Avec qui négocier ?

A L’étape actuelle de l’évolution de la situation sécuritaire, deux types de combattants extrémistes se dégagent : les combattants intégraux et les combattants contingents. Si les premiers n’ont aucun intérêt à négocier, certains combattants contingents sont à la recherche d’une main secourable et ce au bas mot, depuis 2017. Ces derniers devenus pour certains des militants captifs qui ne peuvent pas revenir dans la République, dans leurs communautés d’origine du fait de l’œil social. Pour ces cas de figures, aménager une porte de sortie à l’image des centres de déradicalisation et de réinsertion de Goudoumaria au Niger n’est pas la mer à boire dans l’effort de guerre à consentir.

C’est humain de vouloir faire dans la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent ». Que gagnons- nous véritablement s’il y’a une possibilité de faire des défections dans les rangs d’en face en ce que nous croyons avec Georges S. Patton que : « L’objet de la guerre n’est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le type d’en face meure pour le sien » ? Notre propos ici est de faire remarquer que la violence convoque toujours la violence. Des sources stipulent qu’un combattant extrémiste tué occasionnerait l’engagement de trois nouvelles recrues. Par ailleurs, la rhétorique martiale suscite de plus en plus des sympathies chez des personnes insoupçonnées dans la République.

A ce propos Bosi et al. (2012), font remarquer que la stratégie des groupes armés consiste à : « infliger des dommages matériels, psychologiques et symboliques à des individus et/ ou à leurs biens dans le but d’obtenir le soutien ou l’opposition de publics variés à des changements politiques, sociaux et/ou culturels ». Des soutiens insoupçonnés, on peut les dénombrer dans la République du fait de la violence sans discernement exercée sur des individus du fait de leur apparence. Un délit de faciès qui a entamé la cohésion sociale.

La rhétorique martiale a alimenté le cycle de violence et entamé la cohésion sociale

L’état du savoir sur la violence politique indique éloquemment que le tout militaire n’a jamais résolu ce genre de problème. Bien au contraire, il l’envenime. Au Burkina Faso, les conséquences de ce tout militaire se perçoivent sur le vivre-ensemble, la cohésion sociale, la stigmatisation des communautés, les amalgames sur les ethnies, le délit de faciès ; en un mot la discrimination basée sur l’apparence, etc.

Si le délitement du tissu social invite à résoudre la question nationale à long terme, la situation sécuritaire exige de former le poing, faire la guerre, affronter armes à la main ceux qui endeuillent de Burkina Faso. Les résultats de nos recherches indiquent que pour gagner la bataille psychologique, vaincre la peur des attaques armées chez les populations, il faille fixer les forces de défenses et de sécurité auprès des populations : La présence de défenses et de sécurité dans une localité réduit à 13.6% la propension à avoir peur des attaques armées.

La négociation- dialogue ne devrait en aucun cas, absoudre l’option du combat. La puissance du feu ne fera pas abdiquer les combattants intégraux persuadés que la mort est le « ticket direct pour le paradis ». En revanche, pour d’autres, ces jeunes en passent de se repentir, nous devons boire à la source des expériences de pays comme le Nigéria, le Cameroun, le Tchad ou le Niger. Ce n’est pas une option nouvelle en l’envisageant .Du reste, pour ce qui concerne nous avions formulé déjà en 2017, dans un papier de recherche « Extrémisme violent dans l’espace culturel du Djelgodji : Facteurs associés et modalités de mitigation », la recommandation d’engager des pourparlers avec les groupes armées extrémistes.

Qui doit participer aux dialogues ?

Il est de notoriété publique que des dynamiques sociales nourrissent la crise sécuritaire par endroit. De ce fait, il serait indiqué de faire dans l’inclusion dans la composition des comités locaux de dialogues afin de tenir compte des dimensions sociales et locales de la crise.

En définitive, « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ». Notre pays le Burkina Faso saigne depuis 2015, Il est temps d’implémenter autre chose à cette crise multidimensionnelle dont l’extrémisme violent actuel n’est que la partie visible de l’iceberg.

Tant que rien ne sera fait pour plus de justice sociale, contre la corruption, il y’aura quiproquo tôt ou tard. Ce qu’il faut craindre dans ce type tractations sous nos tropiques, ce sont les libérations de prisonniers ou le versement de rançons, la concussion ; lesquelles pourraient constituer un précédent dangereux pour des négociations ultérieures et dans le pire des cas, être un motif de basculement dans la violence par certaines personnes désœuvrées. Le principe de négocier ne pose pas, à notre sens, un problème.

BEMAHOUN Honko Roger Judicaël
Statisticien-économiste, analyste politique
Ouagadougou, le 26 Avril 2022

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