Actualités :: 2021 au Burkina : Une saison politique marquée par l’insécurité et l’adieu de (...)

Du décès des leaders politiques Soumane Touré et Assimi Kouanda, à la marche-meeting de l’opposition politique, en passant par le retrait de Simon Compaoré des projecteurs de la vie publique, le dialogue politique et les sorties du président Roch Kaboré, l’année 2021 au Burkina a tant été chargée que quasiment empreinte du délabrement de la situation sécuritaire. Retour sur les évènements politiques-clés de l’année 2021 qui avait débuté avec la composition du tout premier gouvernement du deuxième et dernier mandat de Roch Kaboré (2020-2025).

Après son investiture, Roch Kaboré va, dès le 5 janvier, et avec plus ou moins de surprise, reconduire son Premier ministre Christophe Dabiré, qui avait succédé à Paul Kaba Thiéba le 21 janvier 2019, vers la fin du premier mandat présidentiel.

Le 10 janvier, le gouvernement est dévoilé. C’est le gouvernement dit Dabiré II. Pour certains Burkinabè, le temps d’attente est long entre, d’une part, l’investiture du président du Faso et la nomination du Premier ministre et, d’autre part, la reconduction de ce dernier et la composition du gouvernement, dans un contexte pressant de montée de l’insécurité et de continuité du pouvoir. Forte de 33 ministres, l’équipe comprend neuf femmes (27,27%) et a aussi la particularité d’enregistrer l’entrée au gouvernement du chef de file de l’opposition politique (2015-2020), Zéphirin Diabré.

Comme après chaque période post-présidentielle, le jeu de positionnements politiques s’ouvre. Ainsi, on assiste à des déclarations d’appartenance à la majorité ou à l’opposition politique. Des partis politiques, jusqu’à l’élection présidentielle, très critiques envers le pouvoir Kaboré, finissent par lui faire allégeance à l’issue du scrutin du 22 novembre 2020, en rejoignant le navire de la majorité.

A l’opposé, certains partis politiques sortent de la majorité présidentielle. C’est le cas de Burkina Yirwa du Pr Étienne Traoré. Notons qu’au cours du premier mandat, le Mouvement pour le progrès et le changement (MPC) de Claude Ouédraogo avait aussi quitté la majorité présidentielle. En 2015, Burkina Yirwa (créé en mai 2015 après une scission du PDS/Metba) avait battu campagne pour le candidat Roch Kaboré. Le parti va par la suite former, avec plusieurs autres, l’Alliance des partis et formations politiques de la majorité présidentielle (APMP). Au terme de cette exigence légale, le Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF) se retrouve avec 32 partis politiques (données de mars 2021). De son côté, l’Alliance des partis et formations politiques de la majorité présidentielle (APMP), comptait, à la même date, 82 partis politiques. Entre ces deux blocs, se trouve l’Opposition non-affiliée (ONA), constituée d’une bonne brochette de partis politiques.

Eddie Komboïgo, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), est le nouveau chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso. En effet, les élections du 22 novembre 2020 l’ont propulsé deuxième à la présidentielle avec 15,54% des suffrages exprimés, et son parti a obtenu 20 députés, synonyme de deuxième force politique à l’Assemblée nationale en termes de nombre d’élus. « Ce qui est important, c’est l’intérêt supérieur de la nation », s’engageait-il à la faveur de son installation officielle, vendredi 5 mars.

Ce mois marquant, en quelque sorte, la reprise des activités politiques après cette décantation du paysage politique, a enregistré la disparition d’une figure politique. Le 25 mars en effet, Soumane Touré, secrétaire général du Parti de l’indépendance, du travail et de la justice (PITJ), tirait sa révérence à l’âge de 73 ans.

Environ deux mois après, le tableau politique affichait une autre page noire avec le décès, le 1er juin à Abidjan où il était exilé depuis l’insurrection populaire, de l’ancien secrétaire exécutif national du CDP, Dr Assimi Kouanda. Disparu à 65 ans, il sera inhumé le vendredi 11 juin 2021 à Ouagadougou, dans l’intimité familiale.

Le Médiateur Saran Sérémé et le PDC de Fadel Abdel Aziz Sérémé se lassent de la situation

Le dimanche 27 juin, le président Roch Kaboré fait une adresse à la nation, suite à la tragédie de Solhan, dans la nuit du 4 au 5 juin, qui a fait plus de 130 morts selon les chiffres officiels. « Au regard des enjeux liés à la situation sécuritaire d’ensemble, j’ai décidé, en ma qualité de chef suprême des Armées, de prendre toutes les mesures idoines qu’exige la circonstance pour rétablir la confiance, avec notre Peuple, dans le secteur de la sécurité ; adapter notre stratégie aux nouvelles réalités du terrain, en revoyant la doctrine d’emploi des Volontaires pour la défense de la patrie, et en améliorant la rapidité d’intervention pour les opérations aériennes et terrestres menées par nos troupes ; consolider l’efficacité, l’unité et la cohésion du commandement, dans le respect de la discipline militaire qui a toujours fait la force des armées ; renforcer la collaboration entre les populations, les Forces de défense et de sécurité et les Volontaires pour la défense de la patrie pour une meilleure défense populaire de notre pays ; maintenir un niveau de prise en charge des personnes déplacées internes, pour qu’elles puissent vivre dignement, en attendant leur retour dans leurs zones d’origine », avait-il parlé au peuple burkinabè.

Le président Roch Kaboré saisit le cadre pour appeler les partis politiques et les organisations civiles à sursoir à la marche-meeting qu’ils ont projetée pour les 3 et 4 juillet sur l’ensemble du territoire « pour dénoncer » la gravité de la dégradation de la situation sécuritaire.

Ce discours du Président va être suivi, le 30 juin, d’un remaniement ministériel avec quelques changements, dont la dévolution au président du Faso lui-même, du portefeuille de la Défense nationale. Pour la première fois, il fait appel à un homme de tenue dans son gouvernement à travers le colonel-major Barthélemy Simporé comme ministre délégué.

En dépit de cela, l’opposition, sous la houlette du CFOP-BF, tient les 3 et 4 juillet, sa marche-meeting pour « amener le gouvernement à sortir de sa somnolence ».

Le 28 septembre, CFOP-BF et APMP s’accordent sur un minimum dans le cadre du dialogue politique (ouvert en juin avant d’être interrompu) autour du président du Faso et ce, après avoir échangé sur la situation sécuritaire, la réconciliation nationale et la révision à minima du code électoral.

La détérioration de la situation (version officielle) va conduire, le 29 septembre, à la démission (après quatre ans) du Médiateur du Faso, Saran Sérémé, connue comme un des soutiens inconditionnels de Roch Kaboré et une icône dans la lutte qui a abouti au départ du président Blaise Compaoré en fin octobre 2014.

C’est dans ce contexte que le parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), tient son congrès ordinaire les 24, 25 et 26 septembre, qui s’est soldé par un changement à la tête du parti. Alassane Bala Sakandé succède à Simon Compaoré, élevé au rang de président d’honneur du MPP. Le nouveau promu, par ailleurs président de l’Assemblée nationale, prend officiellement service le lundi 4 octobre.

Le prédécesseur, Simon Compaoré, lui, a profité de la tribune de clôture du congrès, dimanche 26 septembre, pour tirer sa révérence politique, après 46 ans de vie politique. Simon Compaoré, témoin et animateur incontesté de l’histoire politique de ces dernières décennies, se vit par le vide qu’il a ainsi créé par ce retrait. Depuis cette passation de charges, l’ancien maire de Ouagadougou, ancien ministre de la Sécurité… a disparu des projecteurs, faisant le nid de toutes les suppositions dans une situation chargée d’attaques terroristes et lourde également de conséquences humaines et sociales.

Le 11 octobre restera une date mémorable pour nombre de Burkinabè, de citoyens africains et du monde, avec l’ouverture du procès Thomas Sankara et ses douze compagnons. Une conséquence de la mise en accusation, le 13 avril, de Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré, Hyacinthe Kafando, Bossobè Traoré, Nabonswendé Ouédraogo, Idrissa Sawadogo, Yamba Elysée Ilboudo, Tibo Ouédraogo, Albert Pascal Sibidi Belemlilga, Diakalia Démé, Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm, Alidou Jean Christophe Diébré, Hamado Kafando et Ninda Tondé dit Pascal.

Le 26 octobre, le Parti pour le développement et le changement (PDC, trois députés), dirigé par Fadel Abdel Aziz Sérémé, et dont le désormais ex-Médiateur du Faso est la fondatrice, se retire de la majorité présidentielle.

Le 1er novembre, les partis politiques UNIR/PS, MPS, URD/MS, CPP/FB, PJD et les organisations de la société civile sankaristes (Faso Kooz et la Jeunesse sankariste unie) fusionnent pour donner l’Union pour la renaissance/ Mouvement patriotique sankariste (UNIR/MPS). Le nouveau-né est dirigé par Me Bénéwendé Sankara (il était président de la défunte UNIR/PS).

Drames de Solhan, Inata et bien d’autres…, ces plaies dans la conscience collective burkinabè

Le 9 novembre, l’opposition politique, via une conférence de presse, menace de demander la démission du président Roch Kaboré et de son gouvernement si, dans un délai d’un mois, la situation sécuritaire ne s’améliore pas.

Le 16 novembre, des manifestants exigent la démission du président du Faso, Roch Kaboré, pour « incompétence notoire » dans la gestion de la crise sécuritaire. Une « grande manifestation » est annoncée dans la foulée pour le 27 novembre avec le même objet d’exiger la démission du président du Faso.

Le 24 novembre, tard dans la nuit, le président du Faso s’adresse à la nation dans une tension socio-politique née de l’attaque d’Inata, le 14 novembre 2021, qui a fait plus de 50 morts. « Oui, j’ai compris votre message qui nous invite à un changement de paradigme », a soupiré Roch Kaboré en cette nuit. Le Président a annoncé également la formation d’un gouvernement « resserré et soudé ». Le CFOP-BF, lui, a, en guise de protestation à la situation, annoncé, le 17 novembre, la suspension de sa participation à toutes les instances nationales en cours (comité de suivi du dialogue politique, comité de suivi et d’orientation de la réconciliation nationale, assises nationales sur l’éducation).

L’annonce de cette manifestation du 27 novembre suscite de nombreux mouvements de contre-attaque (sorties de presse de partis politiques et d’organisations de la société civile membres de la majorité présidentielle ou proches du pouvoir). La marche se solde finalement par un affrontement avec les forces de l’ordre (la mairie de Ouagadougou n’ayant pas autorisé la manifestation). Les leaders sont par la suite mis aux arrêts, jugés et condamnés le 22 décembre avec sursis. En dépit de cette charge, les organisateurs de la manifestation ne démordent pas, car le mardi 28 décembre, par une conférence de presse, ils ont réaffirmé leur détermination à obtenir la démission du président Roch Kaboré.

Finalement, le 8 décembre, le Premier ministre Christophe Dabiré rend sa démission (après avoir succédé à Paul Kaba Thiéba le 21 janvier 2019, puis reconduit en début janvier 2021). Commence ainsi le casting pour la désignation du nouveau chef de gouvernement et de la nouvelle équipe ministérielle. 48 heures après la démission de Christophe Dabiré, soit le vendredi 10 décembre 2021, Dr Lassina Zerbo (fonctionnaire international) est nommé Premier ministre.

Le lundi 13 décembre 2021, la nouvelle équipe du Premier ministre Zerbo, « gouvernement resserré et soudé », est dévoilée. Elle compte 25 membres ; dix personnes font leur entrée et 19 ministres du gouvernement Dabiré II quittent le navire.

C’est avec un nouveau gouvernement que l’année 2021 s’achève au Burkina, avec l’espoir pour l’ensemble des populations burkinabè, que 2022 soit porteuse d’une amélioration considérable sur le plan sécuritaire. Ce qui devra permettre à Ziniaré, chef-lieu du Plateau central, et après le report de l’édition de 2021, de vivre pleinement et de boucler la boucle de la célébration tournante de la fête de l’indépendance (11-décembre).

Oumar L. Ouédraogo
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