Actualités :: Burkina : Des personnalités politiques et civiles lancent un mouvement pour (...)

Face à la situation socio-politique que traverse le Burkina, des personnalités politiques et des acteurs de la société civile ont décidé de fédérer les énergies à travers le mouvement Rupture Positive/3R qu’ils ont porté à la connaissance de l’opinion publique, au cours d’une conférence de presse, ce jeudi 11 novembre 2021 à Ouagadougou. Cette nouvelle organisation vise à contribuer non seulement à la redynamisation de la « jeune démocratie », mais aussi au renforcement du système de contre-pouvoir « qui semble être sabordé et caporalisé ».

Dans ses propos introductifs, le président du conseil exécutif du mouvement, Léonce Koné, ancien cadre du Congrès pour la démocratie et le progrès, ancien ministre du commerce, a campé le décor par un regard général sur la situation, à travers notamment le contexte sécuritaire difficile et l’actualité de la réconciliation nationale.

« La vérité qui s’impose est que la situation s’aggrave, malgré le courage héroïque des valeureux combattants qui font face à ce fléau, qu’il s’agisse de militaires, de gendarmes, de policiers, de volontaires pour la défense de la patrie ou même de groupes d’auto-défense koglwéogo ou dozos. C’est grâce à la bravoure de ces combattants de la liberté que nous pouvons jouir encore d’une sécurité précaire dans une partie de notre territoire national, qui se réduit, hélas, au fil des jours. (...). Certaines localités sont littéralement occupées par des hordes de terroristes. Ils y font régner leur loi au vu et au su de tous, tandis que l’État, dont tous les représentants ont disparu semble avoir abandonné les populations à leur sort », décrit Léonce Koné.

Il déplore d’ailleurs que l’on se vante depuis quelques temps de la « résilience » du peuple burkinabè. A telle enseigne que, observe-t-il, ce terme est devenu galvaudé, parce que donnant le sentiment que ce qui est célébré, c’est l’aptitude des Burkinabè à subir la fatalité de leur destin. « Alors que toute notre histoire est bâtie sur le courage et le refus de l’inacceptable », oppose-t-il avant d’ajouter qu’aujourd’hui, c’est moins de « résilience » qu’un retour aux vertus guerrières des traditions ancestrales qu’il faut.

Selon Léonce Koné, le mouvement compte des insurgés et des "victimes" de l’insurrection ; preuve d’une volonté commune de défendre la partie.

« Nous sommes déçus que le parlement burkinabè ne juge pas utile de convoquer une session spéciale (permanente, au besoin) pour inviter le gouvernement à s’expliquer sur la dégradation spectaculaire de la situation sécuritaire et sur les mesures d’urgence qu’il compte prendre pour y faire face. Ce sujet est plus crucial à l’heure actuelle que la villégiature coûteuse que la représentation nationale s’est offerte récemment à Bobo-Dioulasso, dont le fait le plus marquant restera l’invitation qui a été faite aux députés de prolonger le souvenir de ce voyage en arborant des tenues en ‘’kôkô dounda’’ lors de la session suivante. Il est vraiment temps d’arrêter ces frivolités, qui révoltent et démoralisent ceux qui subissent la cruauté du terrorisme dans leur chair », présente M. Koné avant de s’adosser aux autorités coutumières et religieuses pour inviter le pouvoir politique à prendre conscience de sa responsabilité et à l’assumer.

« La motivation inéluctable des membres-fondateurs de ce mouvement a été consolidée par la nécessité patriotique de voler au secours de notre pays, qui bat dangereusement de l’aile en ce moment, avec le besoin d’un traitement curatif salvateur. Le Mouvement Rupture Positive/3R est donc un regroupement de partis politiques, d’associations citoyennes et de personnes, qui ont choisi de participer ensemble à la réflexion et à l’action, en vue d’impulser un changement décisif dans les orientations et les pratiques de la gouvernance au Burkina Faso, en améliorant les processus démocratiques et les conditions de vie des populations. En décidant d’inscrire cette démarche sous l’angle de la rupture, l’idée implique une volonté, de mettre fin de façon radicale à une situation qui prévalait antérieurement. Il est clairement admis que l’évolution actuelle du Burkina Faso est très préoccupante. Il y a d’abord la question majeure et angoissante de l’insécurité liée au terrorisme qui progresse ; à ce niveau, Il y a assurément un problème de gouvernance, que la valse des ministres en charge de ce secteur ne suffira pas à résoudre », ont affiché les fondateurs du mouvement à travers la déclaration liminaire, lue par Dr Aristide Ouédraogo, troisième vice-président, par ailleurs président du Front patriotique pour le renouveau (FPR).

De g.à.d : Sandrine Nion (chargée de la jeunesse), Salia Sanou (président du conseil des sages), Léonce Koné, Dr Aristide Ouédraogo et Aimé Macaire Ouédraogo (responsable à la formation).

Solidaire de l’opposition dans l’ultimatum donné au pouvoir

Selon les responsables du mouvement Rupture Positive/3R, au-delà du drame de l’insécurité, c’est toute la politique du pays qui semble souffrir d’une « gestion dominée par le règne du dilettantisme, de l’absence de visions et de stratégies globales ». Cet engrenage du laisser-aller affecte de nombreux domaines de la vie publique ; l’économie, la lutte contre la corruption, la cherté du coût de la vie, la gestion de l’autorité de l’Etat, la justice, l’exercice des libertés publiques, la recherche de la cohésion nationale, etc., illustrent les conférenciers.

« C’est pourquoi nous pensons qu’il est urgent de rompre avec cette dérive, dans le respect de la légalité constitutionnelle à travers une rupture positive. Si nous aspirons à une rupture positive, c’est parce que nous voulons qu’elle débouche sur quelque chose de meilleur par rapport à la situation passée et existante, en tirant leçon de l’expérience qu’a traversé notre pays, en mal et en bien. Ainsi, nous avons choisi de regrouper les domaines de réflexions et d’actions de Rupture Positive sous trois axes, les 3R : Réconciliation, Refondation et Renouveau », lit-on dans la déclaration liminaire.

De l’avis des porteurs du Mouvement Rupture Positive/3R, et parlant de sujets de préoccupation nationale, Léonce Koné pense que la réconciliation est, en soi, une bonne chose, en ce que le pays a besoin de renforcer sa cohésion sociale, mais aussi pour opposer un front uni face à l’entreprise terroriste qui vise à déstabiliser la société. « Mais la réconciliation n’est pas un service public ordinaire, dont il faut attendre de l’Etat qu’il l’offre aux citoyens, comme il le ferait pour la santé, l’éducation, etc. C’est une cause nationale qui doit impliquer la participation active des citoyens dans les formes qui leur conviennent », mesurent les conférenciers, précisant que l’organisation entend participer à cette dynamique par ses réflexions et propositions, sans a priori dogmatique et sans faux-fuyants.

Les leaders du mouvement Rupture Positive/3R sont également revenus sur les élections de novembre 2020 et l’actualité de corruption qui les a entachées. Ils trouvent déplorables qu’une partie de la classe politique se soit entendue pour organiser ces élections au lieu de chercher d’abord à avoir le contrôle de tout le territoire national. Ils retiennent également que si les élections se sont tenues dans une certaine accalmie, la situation s’est considérablement dégradée, depuis lors.

Le mouvement appelle l’élargissement des éléments de l’ex-RSP afin qu’ils contribuent à la lutte contre le terrorisme.

Rappelons au passage que Dr Aristide Ouédraogo s’était, avec un certain nombre de leaders d’opinion, démarqué de ces élections pour entre autres raisons qu’il fallait au préalable recouvrer l’entièreté du territoire pour ne pas consacrer l’atteinte à l’intégrité territoriale. De ce fait, Dr Aristide Ouédraogo et ses ‘’camarades’’ de circonstance avaient introduit un recours devant le Conseil constitutionnel à cet effet.

C’est fort de cela que les dirigeants du mouvement Rupture Positive/3R pensent que l’attention de la classe politique aurait pu se concentrer sur la préoccupation sécuritaire que sur les élections municipales (mai 2021) qui visent, selon eux, à satisfaire des postes électifs et des « salons feutrés » d’une poignée de Burkinabè.
Interrogés sur l’ultimatum du Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF) au pouvoir Roch Kaboré, Léonce Koné et ses camarades disent être solidaires des actions qui seront engagées, si des concertations sont menées dans cette dynamique.

Lire Composition du bureau et Manifeste du mouvement au bas de l’article.

O.H.L
Lefaso.net

ORGANISATION ET COMPOSITION

I° L’organigramme succinct du Mouvement
- Le président référent
Me Hermann YAMEOGO
- le Conseil exécutif (ce)
Président : M. Léonce KONE

- 1er Vice-Président : M. René Emile KABORE
- 2e Vice-Président : Me Issaka ZAMPALIGRE
- 3e Vice-Président : Dr Aristide OUEDRAOGO
- 4e Vice-Président : Dr Rogatien PODA
- 5e Vice-Président : Mme Fatou ZIBA
- Les conseillers du président exécutif
- M. Souleman KONE
- Dr Mamadou Djibo

- Les commissions techniques rattachées au Conseil exécutif (ce) :

• La commission technique chargée de la question sécuritaire
Président : M. Eugene SEMPEBRE
• La commission technique chargée de la transition écologique
Président : Dr Francois Jérôme KABORE
• La commission technique chargée du foncier

Président : Dr Salif OUEDRAOGO
• La commission technique chargée de la réconciliation nationale
Président : M. Gnama Pako DRABO
• La commission technique chargée des questions économiques et financières
Président : M. Evariste Siry

• La commission technique chargée de la décentralisation
Président : M. Alassane ZAKANE
- Le conseil des sages
- Président : M. Salia SANOU
- Membres :
- El Hadj Amado Dabo
- M. Mamadou Diarra
II° Les membres de rupture positive/3r

•L’UNDD (Union nationale pour la démocratie et le développement, parti politique)
• Le RSR (Rassemblement pour un sursaut républicain, parti politique)
•Le FPR (Front patriotique pour le renouveau, parti politique)
• La HAWRE (Haute Alliance de Warrantage pour la République, parti politique)
• Le PDF/LAAFI (Parti pour la démocratie et la fédération, parti politique)
• Des personnalités indépendantes

• L’association G33
•L’Association Vision-Montrelle-Solidarité
•L’Association TEEL TAABA
•L’Association Comité pour la Restauration de l’Intégrité (CRI)

- Manifeste du mouvement Rupture Positive/3R

Le Mouvement dénommé « Rupture Positive / 3R » est un regroupement de partis politiques, d’associations citoyennes et de personnes, qui ont choisi de participer ensemble à la réflexion et à l’action en vue d’impulser un changement décisif dans les orientations et les pratiques de la gouvernance au Burkina Faso, en améliorant les processus démocratiques et les conditions de vie des populations. A ce stade de son démarrage, le mouvement n’est pas un parti politique, ce qui implique que les organisations qui en sont membres conservent leur identité et leur autonomie d’action. Ses membres se réclament de l’opposition politique.

On peut se poser la question de savoir en quoi tout cela est nouveau par rapport à la multitude des mouvements et des regroupements qui existent actuellement sur la scène politique nationale.

D’abord, pourquoi inscrire cette démarche sous l’angle de la « rupture » ?
L’idée de rupture implique la volonté de mettre fin de façon radicale à une situation qui prévalait antérieurement. Tous nos compatriotes qui veulent faire preuve d’un minimum de lucidité voient bien que l’évolution actuelle du Burkina Faso n’est pas satisfaisante. Il y a d’abord la question majeure et angoissante de l’insécurité liée au développement incontrôlé du terrorisme, avec toutes ses conséquences désastreuses, que tout le monde connaît. On peut entendre l’argument des gouvernants, suivant lequel notre pays n’est pas le seul à faire face à ce « cas de force majeure ».

Mais d’où vient le fait que, nous soyons perçus comme le « ventre mou » du G5 Sahel, comme le pays qui oppose la riposte la moins structurée et la moins efficace aux attaques terroristes ? Il y a assurément un problème de gouvernance de cette crise sécuritaire, que la valse des ministres en charge de ce secteur ne suffira pas à résoudre. D’ailleurs, notre principal partenaire dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, le Président de la république française, ne s’est pas privé de nous le rappeler récemment, en des termes assez crus et peu diplomatiques.

Mais il n’y a pas que le drame de l’insécurité. C’est toute la politique du pays qui semble souffrir d’une gestion dominée par le règne du dilettantisme, de l’absence de visions et de stratégie globales. Cet engrenage du laisser-aller affecte de nombreux domaines de la vie publique : l’économie, la lutte contre la corruption, la cherté du coût de la vie, la gestion de l’autorité de l’Etat, la justice, l’exercice des libertés publiques, le respect des principes de la laïcité, la définition de la place et du rôle des autorités coutumières dans le fonctionnement des institutions, la recherche de la cohésion nationale, la diplomatie, etc…

C’est pourquoi nous pensons qu’il est urgent de rompre avec cette dérive, dans le respect du cadre républicain et de la légalité constitutionnelle.
Pourquoi une rupture « positive » ?

D’abord, il faut que cela soit clair : nous ne préconisons pas un processus ou une gestion anticonstitutionnelle du pays. Nous partageons la conviction que l’une des valeurs cardinales qui devrait gouverner la vie politique dans notre pays est le respect de la légalité constitutionnelle et de l’Etat de droit, d’une manière générale. Il ne suffit pas de proclamer ce principe comme un dogme factice et temporaire, dont on s’accommode des remises en cause perpétuelles, lorsque cela nous arrange. Il faut œuvrer inlassablement à en faire une réalité, sachant que ce n’est pas la loi qui empêche les coups d’états. Ce qui rend difficile la survenance de coups d’états, c’est la légitimité des institutions en place, communément reconnue par le peuple et leur bon fonctionnement.

Cela dit, si nous aspirons à une rupture « positive », c’est surtout pour dire que nous voulons qu’elle débouche sur quelque chose de meilleur par rapport à la situation passée et existante, en tirant leçon de l’expérience qu’a traversé notre pays, en mal et en bien.
Pour la commodité de la présentation, nous avons choisi de regrouper les domaines de réflexions et d’actions de Rupture Positive sous trois axes, les 3 R : Réconciliation, Refondation, Renouveau.

I) LA RECONCILIATION

La réconciliation est actuellement au centre des débats et des programmes politiques. C’est en soi une bonne chose, parce que notre pays a besoin de renforcer sa cohésion, à la fois pour apaiser les tensions créées par son histoire politique tumultueuse et violente, mais aussi pour opposer un front uni face à l’entreprise terroriste qui vise à déstabiliser et à désagréger toute notre société.
Il faut donner acte au Président du Faso d’avoir montré sa volonté de faire avancer ce dossier en créant un ministère chargé de la réconciliation et de la cohésion sociale, attribué à un ministre d’Etat relevant directement de son autorité.

Mais la réconciliation n’est pas un service public ordinaire, dont il faut attendre de l’Etat qu’il l’offre aux citoyens, comme il le ferait pour la santé, l’éducation, la paix, etc. C’est une cause nationale qui implique, par essence, la participation active des citoyens, dans la définition de son champ d’action, comme dans sa mise en œuvre. Les consultations diverses engagées par le Gouvernement et la tenue prochaine d’un forum de la réconciliation s’inscrivent dans cette optique. Mais les initiatives dans cette matière peuvent et doivent émaner aussi des citoyens, dans les formes qui leur conviennent.

Notre mouvement entend participer à cette dynamique, par ses réflexions et par ses propositions, sans a priori dogmatique et sans faux-fuyants. La réconciliation postule que les Burkinabè puissent commencer par se parler comme des êtres civilisés, avec franchise, en mettant de côté leurs prétentions et leurs intérêts partisans.

II) LA REFONDATION

La nécessité d’une refondation des bases de l’action politique au Burkina part de l’idée que celles-ci sont faussées dès le départ par certaines réalités.
Comme beaucoup de pays africains, nous vivons sous une démocratie formelle, qui s’applique à respecter les rituels de ce type de régime, avec des élections périodiques, qui servent à mettre en place des institutions supposées légitimes, lesquelles donnent l’apparence d’une répartition plus ou moins équilibrée du pouvoir entre des instances exécutives, législatives et judiciaires.

Les présidents sont élus avec des majorités confortables. Après quelques protestations d’usage sur la régularité du scrutin, les représentants de l’opposition défilent chez le Président élu pour le féliciter. Cette courtoisie républicaine permet à nombre d’entre eux de lui offrir leur disponibilité à servir le pays à ses côtés, pour peu que l’on puisse entourer ce ralliement d’un écran de fumée. Parfois en pure perte, d’autres fois avec succès. Puis l’instance constitutionnelle reçoit en grande pompe la prestation de serment du Président, qui prend de plus en plus les allures d’un sacre royal.

Le Chef de l’Etat bénéficie invariablement du soutien à l’Assemblée Nationale d’une majorité docile. Ensuite, il arrive qu’un coup d’Etat survienne quelques mois plus tard, accueilli par une liesse populaire. Et la même instance constitutionnelle qui avait intronisé le président déchu, reçoit avec la même solennité le serment de son successeur, tantôt en occultant la violation de la Constitution par un épais silence, tantôt en la noyant dans un prêchi-prêcha pontifiant. Et la parade de la vie démocratique et républicaine continue, sous le regard désabusé d’une population, qui oublie volontiers qu’elle a peut-être contribué à installer cette mascarade.

Une autre réalité est que la participation au vote est tellement faible que l’on est fondé à se demander si ces scrutins ont vraiment un sens. Certes, si on se limite aux chiffres globaux, la participation à l’élection présidentielle burkinabè de 2020 peut paraître acceptable, parce qu’elle se situe à plus de 50% des inscrits. Il n’en reste pas moins que pour un pays de plus de 20 millions de citoyens, le Chef de l’Etat n’a été élu que par 1.645 000 personnes.

Enfin, il est de notoriété publique que l’argent joue désormais un rôle décisif et pervers dans tous les processus électoraux. Le régime au pouvoir bénéficie de ce point de vue d’un avantage inégalable. Il use et abuse des moyens de l’Etat sans aucun contrôle véritable et pratique la corruption électorale à grande échelle (pratique constatée et prouvée par des rapports issus d’organisations nationales comme le RENLAC).

Dans un pays miné par la pauvreté, ce système conduit une grande partie des électeurs à monnayer leurs voix sous diverses formes : distributions d’argent, dons de véhicules et de matériels variés, accompagnés de promesses d’équipements individuels ou collectifs. Ce clientélisme exacerbé a entraîné une surenchère du coût des campagnes, qui concoure à installer une véritable kleptocratie au cœur du système politique.

Autrefois, Il y a plus d’une trentaine d’années, la classe politique était composée essentiellement de fonctionnaires ou de travailleurs du secteur privé ou de professions libérales, vivant modestement des revenus de leur labeur, si bien que les choix électoraux dépendaient plus des convictions que l’argent des candidats. Aujourd’hui, on pourrait presque dire qu’on ne gagne pas une élection, on l’achète aux enchères, à des coûts exponentiels.

On peut se résigner à cette dérive du système politique, en se disant qu’elle correspond à l’évolution inéluctable des choses. On peut aussi choisir la voie du courage, de l’espérance et de la citoyenneté active, en refusant cette résignation et en recherchant quelles actions concrètes peuvent être entreprises, à la fois pour renforcer le caractère représentatif de nos institutions et pour moraliser le système électoral.

L’une des voies possibles est de rendre le vote obligatoire pour tous les citoyens en âge de voter. Cette idée peut rebuter au premier abord, comme tout changement majeur et aussi à cause de la trop grande influence qu’exerce encore le « modèle » français sur nos pratiques politiques, ce qui nous incite à manifester une méfiance injustifiée et instinctive envers ce qui s’écarte des mœurs en usage chez notre ancien colonisateur.

Or il se trouve que le système du vote obligatoire est appliqué, avec succès dans plusieurs pays : Belgique, Luxembourg, Australie, Grèce, Brésil, Turquie, Mexique, Bolivie, Egypte, Gabon, Thaïlande, Pérou, Equateur, Liban, etc…chez nous, il permettrait, entre autres avantages, d’assurer une participation plus large de la population aux élections et de limiter le clientélisme électoral, à défaut de l’éradiquer. Dans un pays qui fait l’apprentissage de la démocratie, il nous semble que cette « obligation » civique aidera les citoyens à prendre conscience du devoir qui leur incombe dans la conduite de la Nation et de leur pouvoir collectif.

On peut débattre à l’infini, comme l’ont fait déjà les philosophes grecs de l’antiquité et d’autres penseurs à leur suite au fil des siècles, sur la meilleure manière de concevoir la démocratie, c’est-à-dire la participation du peuple aux décisions qui le concerne. Notre approche est plus modeste et plus pragmatique. A la lumière de l’expérience qui a été vécue par notre pays, nous voulons rechercher les solutions qui peuvent être mises en œuvre concrètement pour améliorer le fonctionnement de notre système politique, de telle sorte qu’il réponde mieux à la volonté des citoyens et soit le moins corrompu possible.

Le vote obligatoire est un premier pas dans ce sens. Il doit nécessairement être accompagné d’autres mesures : politique générale d’éducation, financement des partis et des campagnes, plafonnement des budgets des campagnes électorales, opportunité de la mise en place d’un référendum révocatoire, ou d’un référendum d’initiative populaire, etc.

D’autres sujets seront abordés également sous cet angle de la refondation :
- La mise en œuvre de mesures favorisant la réconciliation,
- Le toilettage de la Constitution,
- La réforme foncière,

- La suppression ou la réforme des juridictions d’exception,
- La réforme de la justice et des institutions républicaines en général,
- La question de la laïcité,
- La clarification de la place et du rôle des autorités coutumières dans le fonctionnement de l’Etat,
- La protection des droits humains,
- La mise en œuvre de la parité,
- La promotion de la participation des Burkinabè de l’étranger à la vie politique et sociale du pays,

- La réforme de l’organisation et du contrôle des élections,
- La définition et la mise en œuvre d’une véritable politique active de transition écologique,
- Une approche proactive de l’intégration régionale et continentale,
- La revisitation de la décentralisation intégrale,
- L’incitation à l’employabilité des jeunes,
- L’adaptation du système économique et financier à nos besoins,
- Le renforcement de la lutte contre la corruption,

- La révision du système sécuritaire,
- La révision du système éducatif,
- La révision du système énergétique, et d’approvisionnement en eau,
- La revalorisation de la créativité et de la productivité nationale,
- La révision du système sanitaire, particulièrement la prévention et la gestion des épidémies,
- La revalorisation de nos potentialités culturelles,
- La redynamisation de la transition numérique,
- Etc.

III) LE RENOUVEAU

Le but ultime des réformes envisagées ci-dessus est de faire de notre pays une démocratie exigeante, active, apaisée et fraternelle, offrant à tous ses concitoyens des opportunités de progrès et d’épanouissement individuel et collectif.
Ainsi formulée, cette vision peut paraître vague et illusoire mais elle est une nécessité. Nous voulons qu’elle se traduise par ces grands axes stratégiques à savoir :

 le changement de mentalités en vue d’impulser une dynamique nouvelle autour de certains concepts, notions et pratiques tels que, la vision commune, la pauvreté, la solidarité, la nation, le patriotisme, la politique, l’intégrité, la ponctualité, l’engagement, la justice, la défense nationale…
 la revalorisation du capital humain afin de faire de chaque citoyen, un maillon digne et actif dans la chaîne de construction nationale,
 L’institution d’une véritable équité sociale, gage d’une stabilité et d’un développement participatif intégré.

Les Burkinabè forment un peuple courageux, capable de vaincre les adversités du destin. Cette vertu nous fonde à croire que nous vaincrons le fléau du terrorisme, quand les dirigeants de notre pays se décideront à promouvoir réellement son unité et à mener une stratégie cohérente de reconquête et de pacification du territoire national, associant la lutte armée, au rétablissement de la confiance dans l’autorité protectrice de l’Etat et au développement local.

Cette entreprise de déstabilisation, à laquelle participent de nombreux terroristes recrutés dans la jeunesse burkinabè, a sapé les fondements de notre société. Nous ne pouvons pas nous contenter d’en observer les effets avec accablement, pour chercher simplement à renouer avec le cours de nos routines antérieures, dès que cela sera possible. Elle doit éveiller nos consciences à la nécessité de réfléchir ensemble pour améliorer la société burkinabè, de telle sorte qu’elle soit moins vulnérable à l’avenir aux manœuvres déstabilisatrices et mieux armée pour affronter les défis du futur.

Au-delà du règlement des dossiers contentieux en suspens, nous devrions envisager un ensemble de mesures destinées à renforcer la cohésion nationale. Parmi celles-ci figure le récit véridique et complet de l’Histoire nationale. L’identité d’une Nation se définit également par son Histoire, écrite par des historiens (quand bien même il peut leur arriver d’avoir des divergences), débarrassée des passions de l’a priori politique. Il faut aussi que le Burkina Faso cesse d’être le pays de la haine qui, en plus d’être le langage de prédilection dans certains milieux politiques, est exacerbée par les réseaux sociaux, sous le couvert de l’anonymat.

Une forme de contrôle s’impose à ce niveau. Nous devons retrouver ce mélange subtil de droiture, de dignité simple, de tolérance et de bienveillance qui était le signe distinctif des habitants de notre pays.

En dépit des richesses de son sous-sol et des potentialités de son économie, le Burkina reste fondamentalement un pays pauvre. Du point de vue de l’indice du développement humain, il figure dans la catégorie des pays ayant un « développement humain faible » et occupe le 182e rang sur 189 pays et territoires. Face à cette situation, les membres de Rupture Positive/3R (RP/3R) s’accordent pour considérer que la meilleure voie pour conduire le développement du pays, dans l’intérêt prioritaire des populations les plus vulnérables, est celle de « l’économie sociale de marché ».

Nous sommes d’accord également pour inscrire l’éducation au premier rang des priorités de l’action publique. L’instruction libère de l’obscurantisme et du fanatisme, en plus de favoriser l’épanouissement personnel et le progrès collectif.
Le Burkina est un pays jeune, dont près de 67% de la population a moins de 25 ans et subit les affres d’un chômage endémique. C’est là un défi immense et incontournable auquel doit s’atteler toute organisation qui ambitionne de contribuer au renouveau de la société burkinabè.

C’est aussi un puissant facteur de dynamisme et d’espérance pour le futur de notre pays. Conscient du poids et des attentes de cette jeunesse, le Mouvement RP/3R entend inscrire son organisation et son fonctionnement internes dans la dynamique d’une transition des générations, programmée et harmonieuse, dans l’esprit des traditions africaines.

Nous voulons enfin mettre en place une gouvernance éthique, fondée sur le renforcement véritable de la lutte contre la corruption, la modestie du train de vie de l’Etat et une gestion de la chose publique obéissant aux règles de la probité. Dans ce sens, nous préconisons que le serment prêté par le Chef de l’Etat à son entrée en fonction inclue, non seulement la promesse de respecter la Constitution dans sa lettre, mais aussi celle de ne pas user de subterfuge pour en trahir l’esprit.
Adopté à Ouagadougou le 07 octobre 2021.

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