Actualités :: Vie politique : Le congrès constitutif de l’UNIR-MPS et l’éternelle équation (...)

Les partis politiques restent confrontés au défi de la mobilisation pendant leurs événements majeurs. Il s’agit non seulement de mobiliser, mais également de pouvoir maintenir les "militants" sur place durant toute l’activité pour ainsi montrer aux adversaires sa capacité de frappe. Et la clôture, ce lundi 1er novembre 2021 à Ouagadougou, du congrès unitaire des partis progressistes n’a pas dérogé à cette réalité.

Les leaders politiques sont friands des grandes mobilisations. Ils en raffolent même parfois, si fait que certains perdent des pédales dans leurs interventions. Pour cela, tous les moyens sont bons pour faire le plein des activités. C’est pourquoi d’ailleurs, lorsque la mobilisation n’est pas à la hauteur, les arguments ne manquent pas pour dissuader ceux qui pourraient penser à un fiasco. En politique, il n’est pas possible que l’on manque de "justifications pertinentes" à une situation.

A ce congrès unitaire des partis et organisations de la société civile sankariste, la mobilisation était au rendez-vous. A 11h, heure prévue pour le démarrage de la cérémonie de clôture (clou du congrès), la cour de la Maison du peuple était dans une ambiance de marché ; les cars de convoyage, véhicules personnels et participants s’entremêlent. Me Bénéwendé Stanislas Sankara qui a fait son entrée dans la cour autour de 11h30 se voit obligé d’interpeller les responsables des convois pour mettre de l’ordre et aux fins de décongestionner la circulation sur la bretelle de l’avenue de l’indépendance devant la Maison du peuple.

Il était un peu moins de 12h, lorsque les responsables ont fait leur entrée dans cette cuvette de la Maison du peuple qui a refusé du monde. Dehors, sous le hall, deux écrans géants relaient les images de l’intérieur. Ils semblent d’ailleurs attirer moins l’attention des "militants", constitués en quasi-totalité de femmes, assises à même le sol.

Aux entrées de la salle, ça se bouscule. Les éléments de la police ont du boulot ! Ils sont d’ailleurs obligés de bloquer à un moment donné les accès, l’intérieur étant plein à craquer. Mais tout de suite, ils se heurtent aux responsables chargés de la mobilisation qui interviennent pour faire entrer leurs groupes de "militants". La chaleur grimpe davantage dans une salle de plus en plus surchargée. Et comme dans de telles circonstances, des mouvements de sorties se font voir en pleine cérémonie. Des femmes, en majorité, dont certaines avec des enfants en main, prennent l’escalier des sorties.

Face à un tel spectacle en pleine cérémonie, des responsables à la mobilisation et autres demandent à la police de ne laisser sortir personne avant la fin de la cérémonie. "Si elles veulent sortir, laissez-les sortir. Ce n’est pas notre travail de les retenir. Si vous n’avez pas trouvé de mots justes pour les convaincre de rester, ce n’est pas à nous de les retenir", lance un élément de la police à ses camarades.

Humaniser davantage la pratique politique !

Un des militants de l’élite qui a assisté à la scène acquiesce les propos : "C’est vrai ! Elles ont soif, certaines ont faim et d’autres ont des enfants à allaiter".

Dehors, des plaintes se lisent sur des visages et des participantes, visiblement désemparées, se renseignent par rapport à la prise en charge. Certaines finissent par se lâcher. " Moi, j’ai quitté...(nous taisons le village) autour de 23h pour rejoindre Toma où un convoi nous attendait. On a démarré là-bas au petit matin pour continuer directement à la Maison du peuple ici. Jusqu’à l’heure où je vous parle (il était 13h53), on n’a même pas mis quelque chose dans la bouche, même pas l’eau. En plus, je suis arrivée et je n’ai pas eu accès à la salle", se confie cette femme, arborée de tee-shirt aux effigies du congrès. Ses voisines, qui se présentent comme des habitantes du quartier Marcoussis (Ouagadougou), entrent dans la danse. " Moi, j’en veux à nos délégués. Chez nous à Marcoussis, les femmes sont sorties nombreuses, mais n’ont pas pu embarquer parce qu’au lieu d’un car comme ils nous l’avaient promis, c’est un dyna qu’ils ont envoyé. Alors que nous étions plus de 80 femmes. Vous n’êtes pas obligés de mobiliser tant ! A partir du moment où vous connaissez la capacité de la salle, il fallait simplement faire des délégations. Mais avec cette situation, les femmes ont fait la bagarre, elles se sont injuriées, celles qui sont restées sont frustrées. Avec ça, comment voulez-vous qu’on vous fasse confiance demain ? On verra comment ils vont régler ça à leur retour au quartier, parce qu’on avait promis à chaque femme, une prise en charge plus un tee-shirt", relatent-elles sous le hall de la Maison du peuple.

Une situation interpellatrice du nouveau-né, l’UNIR/MPS, qui se réclame héritière des idées de Thomas Sankara, à davantage travailler pour minimiser ce genre de réalités désagréables pour tout être humain. Surtout que, dit-on, Thomas Sankara s’est battu pour l’épanouissement et la dignité humaine, notamment ceux de la Femme.

Au-delà de ce parti, c’est l’ensemble même de la classe politique, surtout les partis politiques dits grands, qu’il faut inviter à être regardants sur ce plan (car c’est une pratique qui est partagée). Démonstrations de capacité de mobilisation certes, mais dans le respect des conditions humaines, car il n’y a pas de gloire à profiter de la misère de ses prochains.

Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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