Actualités :: Tribune : Le risque est-il un bien ou un mal ?

Quelles conséquences risquent les sociétés qui négligent l’enseignement des risques aux enfants ? Ainsi interroge Oumarou KOTE, l’auteur de cette tribune. A travers les lignes qui suivent, ce conseiller en développement scolaire, académique et en reconversion professionnelle édifie son auditoire sur cette notion du risque.

Le risque peut être défini de façon simple comme étant le fait de s’aventurer dans un environnement qui nous est peu connu ou pas du tout afin de réaliser un objectif qui serait jugé par le commun des mortels comme irréalisable.

De par cette définition nous voyons clairement que le risque est associé à l’inconnu. L’inconnu est considéré comme un danger vu que cela n’est pas commun à notre réalité consciente. L’inconnu est alors le moteur de la peur qui une fois installé joue à l’encontre de toute prise de risque freinant ainsi toute initiative.

C’est d’ailleurs ce qui explique cette négativité qui est associé au risque et qui a comme conséquence de freiner l’élan de bien des gens même si au départ leurs idées sont bonnes et pleines de perspectives.

A la question de savoir si le risque est un bien ou un mal en soi, la réponse est claire. Malheureusement notre conception noircie du risque héritée de notre éducation familiale et scolaire nous empêche de nous en rendre compte et de le démystifier.

Avant d’aller plus loin précisons un point essentiel quand on parle de risque. Il s’agit de la notion du risque calculé.

Il faut retenir que toute prise de risque doit avoir comme objectif l’apport d’une solution innovatrice qui changera soit la vie du responsable ou de la communauté toute entière. Il est alors important de noter que si au 21è siècle les humains vivent dans une situation aussi confortable c’est tout simplement parce que depuis l’avènement de l’homme sur terre, la prise de risque a fait partie de son train de vie. Etant toujours à la recherche de nouvelle manière de vivre la vie avec plus de confort, les hommes n’hésitent pas à prendre des risques pour améliorer leurs existences terrestres.

Du silex des temps anciens au gaz utilisé aujourd’hui jusqu’à la découverte de l’avion tout cela ne s’est pas réalisé sans risque. Ainsi cela a conduit aux résultats que nous avons aujourd’hui avec tout ce développement technologique dans tous les secteurs de la vie.

Sans le sacrifice des milliers d’individus qui ont risqués leur vie dans les recherches et la mise au point de l’avion, Clément ADER n’aurait jamais réussi à le perfectionner et ainsi rendre plus rapide nos voyages.

Toutes les réalisations importantes dans le domaine de la santé, de la technologie, de l’éducation et autres n’ont été possible que grâce au risques pris par des hommes et des femmes éclairés refusant de se fondre dans la masse par les normes établies.

En réalité ils avaient compris que pour réussir des exploits exceptionnels et impacter radicalement leurs communautés, il fallait aller au-delà de ces normes et ainsi briser les mythes autour du risque.

Conséquences, nombres impressionnants d’hommes éclairés vont perdre la vie en tentant de donner une version autre que la conception idéologique de leur époque.
On ne peut pas améliorer nos conditions de vie et celles de notre communauté sans prendre de risque, alors pourquoi est-il si compliqué pour la majorité des hommes de s’y essayer ?

La peur d’échouer, des critiques et la peur de quitter sa zone de confort fait en sorte que prendre la décision qui font intervenir le risquer devient le pire cauchemar même à l’idée d’y penser.

Faisons une petite remarque en ce sens que la majeure partie des personnes pour qui le risque est à bannir est forcément passé par un très mauvais système éducatif avec pour formateur des individus qui manifestent une peur bleue face au risque préférant même critiquer les autres (autorités) pour les situations désagréables et les conditions de vie dans laquelle ils travaillent et évoluent.

Ces formateurs par leurs actes ont d’ores et déjà détruit leur existence en les confiant à d’autres individus appelés Etat. Malheureusement ils le transmettront aux apprenants qui eux à leur tour perpétuerons sans doute la même erreur.

Pour vivre la vie de nos rêves, il est obligé de prendre des risques afin de changer notre réalité. Le risque étant un inconnu, nombreux préfèrent rester dans leurs situations actuelles. Même s’ils en souffrent ils le préfèrent parce qu’au moins ils peuvent le prédire et savoir ce qui se passera contrairement à l’inconnu dont ils n’ont aucune information. Pour prendre des risques et changer nos résultats, il nous faut être plus grand que l’environnement dans lequel on évolue.

C’est ainsi que notre perception du risque change et tout change lorsque nous réussissons à dompter notre peur de changement et d’affronter l’inconnu.

C’est à partir de l’inconnu que l’on peut changer notre vie et apporter des réponses extraordinaires. L’inconnu doit être la base de la créativité et c’est de la que l’on créer et on apporte des changements considérables. Les hommes qui l’ont compris gravent leur nom dans les livres du monde.

Il est donc plus qu’important d’amener nos enfants à affronter leur peur afin de changer leur réalité.

Quelles leçons pour les parents ?

L’éducation d’une jeunesse passe nécessairement par le comportement de ses éducateurs. En gros avant de confier la formation de votre jeunesse à une entité, il est judicieux de voir le comportement de cette dernière.

Le comportement des enseignants est toujours le premier à être transmis aux apprenants d’une façon consciente ou pas.

La vision de la réussite des formateurs et de la société reposant sur le fait que la réussite c’est seulement le fait d’amasser des diplômes, de trouver un travail bien rémunéré et vivre la sécurité de l’emploi.

Un apprenant issu d’une telle vision et évoluant dans un tel environnement présentera forcément une aversion face la prise de risque. Il est alors évident qu’une fois adulte, ce dernier bannira la prise de risque et la considèrera comme une erreur fatale à ne jamais commettre. Conséquence, il lui sera difficile, voire impossible de changer une situation indésirable et sera cantonné à accepter les évènements qui lui arrive sans chercher à prendre le contrôle ni à apporter des changements considérables.

Plusieurs personnes vivent des calvaires que ce soit dans leur vie sociale ou professionnel mais l’accepte consciemment car ils n’ont pas appris à prendre leur destinée en main mais plus tôt à le confier à des individus qui ne sont finalement pas si différents d’eux.

Par contre ceux qui ont appris de façon informelle car n’ayant pas eu à fréquenter les bancs de l’école, il leur est plus facile d’entreprendre et ainsi prendre des risques afin d’apporter des changements dans leurs environnements. C’est d’ailleurs ce qui les amène à réussir plus dans les domaines ou les soi-disant intellectuels ont peur d’y atterrir.

La preuve, les commerçants illettrés tiennent plus de commerces et d’affaires que la grande majorité des diplômés d’écoles de commerce et autres.

Et pourquoi ???

Les diplômés ont été formatés à toujours calculer les risques et à s’en méfier. Ainsi ils ont appris à se contenter du peu qu’ils obtiennent pour ne pas risquer de tout perdre. Conséquences ces diplômés travaillent pour le compte de personnes n’ayant pas beaucoup d’année de scolarité.

Pire, les diplômés au chômage préfèrent toujours jeter la responsabilité sur le gouvernement en place sans jamais décider de prendre les choses en mains.
La cause, ils n’ont pas été éduquer et former à prendre des risques calculés pour un changement mais plus tôt à toujours compter sur les autres.

Ce qu’ils oublient c’est que les autorités sont eux aussi issu de la même formation qui dépeint en noir la prise de risque. Par conséquent, eux aussi n’ont pas étudié le risque calculé afin de leur offrir le travail adéquat avec toutes les meilleures conditions de vie et de travail qui vont avec.

S’il y a une chose qu’on peut facilement remarquer c’est que dans nos pays nous avons des experts qui savent tout.

Ils connaissent le problème du développement, connaissent les voies pour y remédier, malheureusement on est toujours au stade des débats et personnes ne veut rien faire de concret.

Et pourquoi ?

Tout simplement parce qu’ils ont été formés et formatés à se contenter du peu sans jamais risquer quoi que ce soit pour l’améliorer au profit de leur communauté.

Apprendre à un jeune esprit à risquer avec intelligence et méthode c’est avant tout mettre entre ses mains un précieux cadeau de développement personnel. On ne peut rien réaliser de gigantesque sans au préalable quitté un confort illusoire pour se lancer dans le vaste champ des possibles. D’ailleurs on ne crée pas du connu mais plus tôt de l’inconnu.

Le proverbe qui consiste à dire aux enfants de se contenter de ce qu’ils ont est en réalité une façon de limiter leur potentiel et les empêcher de voir grand et de réaliser des œuvres titanesques.

La vie en elle-même est un risque et décider de ne rien faire est plus risqué que de s’y aventurer pour au final réaliser des merveilles.

Oumarou KOTE
Entrepreneur, Conseiller en développement scolaire, académique et en reconversion professionnelle
Tel : 52831964

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