Actualités :: Insécurité, marches de l’opposition, putsch manquéé... Djibril Bassolé vide son (...)

Rigueur. C’est le mot qui pourrait caractériser le ministre de la
Sécurité, Djibril Bassolé. Tant dans son cadre de travail, son
style vestimentaire (il nous a reçus dans un impeccable
costume bleu nuit), son action à la tête du ministère que dans
les mots qu’il utilise. Il les pèse et les choisit soigneusement,
pour ne pas s’épancher inutilement et pour aller droit au but.
C’est ce langage sans fioriture qu’il a utilisé, en réponse aux questions des reporters de votre quotidien.

"Le Pays" : Monsieur le ministre, quel bilan faites-vous de
l’année 2003, au titre de votre département ?

Djibril Bassolé :
Pour ce qui concerne mon département, il est
difficile d’établir un bilan. Les actions que nous menons sont
permanentes, au jour le jour. Nous essayons de tout mettre en
oeuvre pour répondre aux besoins de sécurité exprimés par les
populations.
Ce qu’on peut dire, c’est qu’au cours de l’année
2003, les populations et les forces de sécurité publique ont été
durement éprouvées par encore des actes d’agression
criminelle des coupeurs de route. Nous avons été durement
éprouvés par ces attaques à main armée parce qu’elles ont
persisté et ont donné l’impression aux Burkinabè et même aux
étrangers qu’il y avait une recrudescence du banditisme.

Des
actions ponctuelles vigoureuses ont été menées par les forces
de sécurité publique pour tenter de ramener la paix et la
quiétude dans nos villes et campagnes. Ces actions, en termes
de résultat, sont restées en-deça de nos attentes. Ce qui veut
dire que le phénomène du banditisme est en train de
s’enraciner et appelle d’autres types de mesures particulières
pour pouvoir sécuriser nos villes et campagnes.

Au cours de l’année 2003, nous avons aussi assisté à des
agressions criminelles à l’intérieur de la ville de Ouagadougou.
Je veux parler particulièrement de l’assassinat de M. Tidiane
Paré. Cet acte nous a éprouvés, tout comme l’assassinat de
Mme Meyer. Les enquêteurs ne sont pas encore parvenus à en
connaître le mobile et à identifier l’auteur. Dans le cas de Mme 
Meyer, un des auteurs a été arrêté, jugé et condamné. En ce qui
concerne le meurtre de M. Paré, les enquêteurs n’ont pas
encore identifié formellement l’auteur. Bien sûr, des pistes et
des hypothèses de travail ont été émises, mais au plan
judiciaire, il n’y a pas encore de résultat tangible. Ce qui
augmente, naturellement nos angoisses parce que lorsqu’on ne
connaît ni le mobile ni l’auteur, il est à craindre que ce genre
d’acte ne se reproduise.

Mais d’une manière globale, nous
avons reçu des instructions du gouvernement de prendre des
dispositions pour que les zones administratives de notre
capitale soient mieux sécurisées afin que les fonctionnaires qui
le souhaitent puissent travailler tard en toute sécurité.
Sur d’autres terrains comme celui de la sécurité routière, le
bilan n’est pas très reluisant, même s’il n’y a pas de grosses
inquiétudes à avoir. Nous devons, aux cours de l’année 2004,
prendre des dispositions pour que les usagers soient mieux
protégés, mieux sensibilisés. A ce propos, l’obligation du port du
casque sera une de nos actions fortes pour cette année. Mais
ne vous inquiétez pas, des mesures seront prises pour que le
port du casque ne soit pas rébarbatif mais soit considéré
comme une mesure de protection des usagers.

Restons dans ce volet sécurité routière. Le transport mixte
(voyageur-marchandises) a fait de nombreuses victimes.
Pourquoi les forces de sécurité continuent-elles à le tolérer ?

Le transport mixte non aménagé est une pratique courante chez
nos transporteurs et correspond, malheureusement, à nos
réalités socio-économiques. Aujourd’hui, interdire purement et
simplement toute forme de transport mixte freinerait de manière
préjudiciable les activités de développement économique. Il
s’agit donc de voir comment mieux aménager ces transports
mixtes, les conditions de voyage et nos infrastructures routières.

C’est vrai, les forces de sécurité publique ont une part de
responsabilité dans le contrôle au moins. Ces forces
gagneraient à être beaucoup plus rigoureuses dans les
différents contrôles qu’elles exercent sur les axes routiers. Mais
même avec ce type de contrôle, il reste que certaines habitudes
inhérentes à notre société persisteront et peut-être constitueront
un danger pour les usagers.

Ceci dit, il n’y a pas de risque zéro
en matière de sécurité routière. L’essentiel est de faire qu’il y ait
le moins d’accidents possibles et que les conditions objectives
soient réunies pour que les usagers puissent se déplacer en
toute objectivité.

<B<L’on constate un déséquilibre dans la présence de la police et
de la gendarmerie sur le territoire national. La police de
proximité vise-t-elle à pallier cette insuffisance ?

C’est vrai, on observe un déficit dans la couverture sécuritaire
du pays d’une manière générale, qu’il s’agisse des grandes
villes et de leurs périphéries, que des campagnes. La
couverture sécuritaire doit être améliorée. Le ratio policiers,
gendarmes/populations est de 1/2000. Ce ratio gagnerait à être
corrigé. Nous pensons le réduire en le ramenant à un
policier/gendarme pour mille habitants. Mais ceci nécessite des
recrutements et des formations, toutes choses que nous nous
attellerons à faire.

Pour pallier l’insuffisance des effectifs, nous
allons accroître la mobilité des unités existantes. Parce qu’à
défaut d’être nombreux partout, que l’on puisse accéder partout
assez rapidement. L’une des priorités que nous allons exécuter
consistera à procurer aux différentes unités, dans la mesure
des possibilités budgétaires, des moyens de déplacement et de
liaison. Nous pensons qu’avec ces équipements de mobilité et
de transmission, les hommes seront beaucoup plus présents
sur le terrain. Car, au fond, la question de la sécurité se ramène
à cela. Quand les forces de sécurité publique ne sont pas
présentes en un lieu, ce lieu est considéré comme abandonné,
en tout cas à la merci de ceux qui voudraient commettre des
forfaits. Ils le font d’autant plus qu’ils sont assurés d’une certaine
impunité. Ils savent que dans l’espace où ils opèrent et dans
l’heure qui suit, personne ne pourra les inquiéter. Nous allons
donc essayer d’être le plus présents possible.

J’en viens à ce
concept de la police de proximité qui va effectivement permettre
aux forces de sécurité publique d’être plus proches des
populations, de bénéficier de leur confiance et d’instaurer un
partenariat avec les différentes couches de la population ; de
manière à lutter, de façon préventive, contre l’insécurité.

La police de proximité n’est rien d’autre qu’une prévention avec
le concours des populations, avec leur partenariat. Cela va nous
impliquer d’avoir des effectifs accrus. Pour disposer de
suffisamment de policiers et gendarmes dans les secteurs, les
villages, sur les routes, il faut absolument accroître les effectifs.

D’autre part, une formation appropriée s’impose. A ce titre, nous
sommes en train de concevoir des modules de formation en
partenariat avec des pays qui ont une longue tradition de police
de proximité comme le Canada. Cela, en vue de changer
complètement le comportement des forces de sécurité
publique. Je n’ai pas de scrupule à le dire : les forces de
sécurité et les populations ne sont pas vraiment en symbiose.
Une méfiance existe. Les uns travaillent pour les autres mais
sans en donner l’impression, les autres attendent beaucoup
des uns mais sans être franchement ouverts et disponibles.
Nous devons donc travailler à enrayer toutes les barrières.

Il faut
que les populations aient le sentiment que les forces de
sécurité publique sont instituées pour elles et qu’avec beaucoup
d’humilité, ces forces se mettent à la disposition et au service
des populations. C’est un exercice assez long car il s’agit de
transformer les mentalités et de créer la symbiose par le
partenariat. Nous prendrons des textes réglementaires. La loi
sur la sécurité intérieure qui institue la police de proximité
comme moyen privilégié de lutte contre l’insécurité est déjà
votée. Nous nous attelons à mettre en place les textes
d’application qui organisent de manière concrète les structures
administratives locales et celles des forces de sécurité publique
de sorte qu’il y ait en permanence sur le terrain cette
concertation. Nous pensons que dans un pays comme le nôtre,
nous devons lutter urgemment contre le grand banditisme.
Nous considérons que dans certaines parties de notre pays, les
populations sont en danger. Il faut absolument prendre les
dispositions pour les protéger, les secourir et neutraliser ces
bandes armées qui commencent à polluer nos villes et
campagnes.

Mais à plus long terme, il nous faut voir comment éviter que la
jeunesse s’adonne aux actes de banditisme. A ce niveau, nous
pensons que pour la police de proximité, nous pourrons veiller
au quotidien pour qu’il n’y ait pas de dérives dans les
comportements de nos jeunes.

Avez-vous évalué les moyens à mobiliser pour mettre en oeuvre
ce projet ? Autrement dit, avez-vous les moyens de votre
politique ?

Nous nous donnerons les moyens de notre politique. Dans
tous les cas, le fait est que nous devons, par tous les moyens,
sécuriser nos populations. Il n’est pas envisageable de les
abandonner à leur sort et de les livrer aux actions des bandits
de grand chemin. L’Etat se doit de protéger les citoyens. Sur ce
plan et en terme d’objectif, il n’y a pas d’équivoque possible.

Cependant, nous devons travailler avec les moyens de l’Etat, ce
qui suppose que nous programmions nos actions dans le
temps. Même si nous avions toute la disponibilité financière, ici
et maintenant, je ne suis pas sûr que nous puissions atteindre
nos objectifs. Le tout n’est pas dans les moyens financiers. Tout
un processus de mise en place des structures, de changement
des mentalités doit s’opérer, si nous voulons enrayer la
délinquance à moyen et long termes. C’est une option. Le
gouvernement s’y est engagé ; nous, nous mettrons en oeuvre
ce qu’il faut pour atteindre les objectifs de sécurisation du pays.

Comment comptez-vous concilier cette lutte contre l’insécurité et
le respect des droits de l’homme, comme vous le reproche
souvent certaines organisations de défense des droits humains
 ?

Nous avons des obligations de sécurité publique. Nous avons
quelquefois recours à des moyens extrêmement rigoureux pour
sécuriser les populations. Nous avons aussi des contraintes
liées à l’Etat de droit, à la démocratie. Je ne pense pas qu’il y ait
une incompatibilité stricte. Une chose est d’agir pour protéger
les populations et une autre est de violer de manière délibérée
les droits humains. Lorsque vous avez un car de transport public
qui est arrêté, les passagers couchés à plat ventre, en train
d’être dépouillés par des bandits armés de kalachnikov, quel
droit devez-vous protéger ? Celui des bandits ou celui des
populations innocentes ? Chez nous, le choix est clair. Si pour
protéger les passagers qui sont menacés, humiliés et
ridiculisés nous devons porter atteinte au droit des bandits qui
ont délibérément pris les armes, le problème ne se pose pas.

Il se trouve que nous avons une sorte d’opposition
systématique qui s’est affublée du manteau des droits humains
et qui, à chaque fois, veut en réalité décourager l’initiative et
l’engagement des forces de sécurité publique. Mais je pense
qu’il ne faut pas trop faire attention à ce genre de critique, sinon l’on ne
ferait strictement rien. Si nous écoutons certaines personnes,
les forces de sécurité abandonneront le terrain à la merci des
bandits de grand chemin. Nous avons l’obligation de protéger
les populations et de rendre notre pays fréquentable. Et quand il
y aura une forte poussée de banditisme et de criminalité, ce
sont ces mêmes associations qui critiqueront le comportement
inerte des pouvoirs publics et des forces de sécurité publique.

Sur cette question donc, je ne considère pas ces critiques
comme un frein à notre action. Je veux bien tenir compte des
observations objectives qui nous sont faites dans la manière de
conduire un certain nombre d’opérations sur le terrain. Nous
sommes disposés à les accepter dans le sens d’améliorer
notre action. Mais nous refusons tout ce qui tend à saper le
moral des hommes et à freiner l’action des forces de sécurité
publique.

Parlant de moral des troupes, envisagez-vous une amélioration
des conditions de vie et de travail des policiers et gendarmes ?

C’est normal que ceux qui prennent beaucoup de risques pour
assurer la quiétude de leurs concitoyens puissent évoluer dans
de bonnes conditions. C’est pareil pour les forces de sécurité
publique ; c’est aussi valable pour d’autres corps de métier qui
se dévouent pour le mieux être des populations. Je ne voudrais
pas particulariser. Certes, les structures décentralisées
travaillent dans un dénuement qui nécessite une amélioration
des conditions de vie et de travail. Dans le souci d’une meilleure
efficacité, tout sera fait pour cela, bien sûr en tenant compte des
possibilités au niveau de l’Etat.

La tentative présumée de putsch et les arrestations opérées ne
sont-elles pas de nature à affecter le moral de vos éléments ?

Pas du tout. Je ne vois vraiment pas le lien entre les activités
de sécurité publique quotidiennes auxquelles se livrent les
forces de sécurité publique et le démantèlement d’un réseau de
putschistes. Du reste, il n’y a pas d’inquiétude à avoir dans la
mesure où nous avons opté pour une procédure judiciaire
transparente où les droits, même des présumés putschistes,
sont préservés. Ils ont accès à la défense et le procès se fera
dans les meilleures conditions qui soient. Aucun risque donc
qu’ils soient victimes d’abus. Je ne vois donc pas l’impact
négatif que cette affaire pourrait avoir sur le comportement de
nos hommes, surtout que nous sommes dans des domaines
complètement différents. Le putsch concerne la sûreté de l’Etat
alors que la lutte contre le banditisme relève des questions de
sécurité publique. Les deux sont totalement différents. En tout
cas, à ce que je sache, le moral des hommes n’a pas été
affecté. Bien au contraire.

Une critique est souvent revenue quant à l’action des forces de
sécurité. L’opposition, notamment, estime qu’elles se sont plus
dévouées à la défense des institutions que des citoyens, en
particulier au cours des dernières années. Est-ce votre
sentiment ?

Ce n’est pas du tout mon sentiment. Il s’agit des différents
volets de la sécurité. Quand une opposition orchestre des
actions subversives de déstabilisation ou procède à des
mobilisations anarchiques pour troubler de manière évidente
l’ordre public, les forces de sécurité publique ont le devoir
d’intervenir pour rétablir et maintenir l’ordre.
Lorsque des bandits
armés écument nos villes et campagnes, les forces de sécurité
publique ont l’obligation d’intervenir pour protéger les
populations. Ce sont les différentes facettes de l’action des
forces de sécurité : toujours dans la logique de la sûreté et de la
sécurité.

Seulement, il se trouve que les actions relatives au
maintien de l’ordre sont plus visibles, voire plus faciles. Quand
par exemple un groupe de 1000 manifestants fait du bruit dans
la ville de Ouagadougou ou veut accéder par la force à des
zones préalablement interdites par le maire, c’est plus aisé pour
les forces de sécurité publique de mettre en place un dispositif
pour les contenir selon les principes réglementaires. C’est donc
plus spectaculaire et cela fait, bien entendu, plus de bruit.

Heureusement, nous n’avons pas encore connu de
manifestations extraordinaires à la limite de l’insurrection
populaire. Ce sont simplement des groupuscules qui s’excitent
à un moment donné et qui pensent à tort qu’ils peuvent entraîner
derrière eux toute la population. Ces genres de manifestations
sont donc faciles à maîtriser par les forces de l’ordre.

Par contre,
pour les actions de lutte contre le banditisme qui a implanté ses
tentacules sur toute l’étendue du territoire, et généralement dans
des zones difficiles d’accès où les forces de l’ordre ne sont pas
présentes en permanence, il y a des difficultés objectives
d’intervention pour protéger les victimes de ces agressions.

Une chose est certaine, cette dimension de la sécurité publique
nous tient beaucoup à coeur. Elle est, à mon avis, beaucoup
plus importante que la sécurisation de nos rues pendant les
manifestations où les acteurs s’excitent tant que les caméras et
les micros de la presse sont braqués sur eux.

C’est vrai que
nous avons entendu toutes ces critiques qui font des forces de
sécurité des hommes plus prompts à réagir lorsqu’il s’agit de
protéger les gouvernants que pour protéger les populations. Ce
sont des critiques qui viennent de l’opposition qui veut faire
croire que nous sommes inefficaces dans notre mission de
protéger tous les Burkinabè. La seule bonne réponse que nous
pouvons apporter à ces allégations, c’est de nous déployer
partout, de faire en sorte que sur toute l’étendue du territoire
national règnent la quiétude et la paix.

A l’heure actuelle, comment est assurée la sécurité des
Burkinabè et de leurs biens au niveau du corridor ivoirien ?

Il y a un comité qui a travaillé jusqu’à l’ouverture de la frontière.
Après cela, cette instance travaille afin que la fluidité du trafic soit
une réalité et qu’il n’y ait pas d’entraves inutiles à la libre
circulation des biens et des personnes. Il faut reconnaître que la
situation demeure particulière en Côte d’Ivoire. Le pays reste
occupé dans sa partie nord par les Forces nouvelles. Le
désarmement n’ayant pas encore été fait, il est prématuré, selon
moi, d’envisager une bonne circulation des marchandises
depuis le port jusqu’à la frontière. Du reste, les transporteurs
burkinabè ne se précipitent pas non plus dans cette direction. A
la faveur de la crise ivoirienne, ils ont développé leurs activités
sur d’autres axes et c’est ainsi que celui qui va de notre frontière
au port d’Abidjan reste très peu fréquenté. Donc le travail de ce
comité portera réellement ses fruits dans quelques années.

Lorsque la situation retournera entièrement à la normale, les
dispositions seront prises pour que le trafic se fasse sans
encombres. Certes, même avant la crise, il nous est parvenu à
maintes reprises des plaintes d’usagers de cet axe, par rapport
au banditisme et aux tracasseries policières. Le comité
oeuvrera sans doute à faire disparaître ces obstacles.

Est-ce dans le cadre de la crise ivoirienne que se situent les
rencontres périodiques entre les ministres chargés de sécurité
de la sous-région ? Et quand vous vous rencontrez qu’est-ce
que vous vous dites ?

Ces réunions avaient été instituées à l’époque pour échanger
sur les questions de sécurité, communes à notre espace
sous-régional. Mais depuis le 19 septembre 2002 (ndlr : début
de la crise ivoirienne sous l’ère Gbagbo) nous ne nous sommes
plus réunis parce que la priorité est allée à la résolution de cette
crise. Il y a beaucoup d’autres réunions qui se tiennent à des
niveaux beaucoup plus élevés pour tenter de trouver une
solution à la crise.

Les tracasseries policières ne sont plus le seul fait des
hommes en tenue ivoiriens. Des transporteurs se plaignent de
plus en plus de racket sur le territoire burkinabè. Quelles
dispositions avez-vous prises pour lutter contre cette forme de
corruption ?

Malheureusement, vous avez raison. C’est vrai que dans les
instances sous-régionales, les critiques se font de plus en plus
dures à l’endroit des forces de sécurité publique au Burkina
Faso, notamment dans l’exercice de la police de route. Nous
sommes conscients du phénomène et en concertation avec les
transporteurs, les commerçants, nous sommes en train de voir
les mesures à prendre. Nous envisageons par
exemple, de voir s’il est possible d’organiser une escorte de
sécurité pour assurer aux transporteurs une traversée paisible
de notre territoire. L’escorte aura déjà pour avantage, d’éviter aux
transporteurs les tracasseries policières inutiles, de lutter contre
le banditisme et de permettre une plus grande sûreté. Bien
menée, cette escorte pourrait assurer une meilleure fluidité du
trafic sur notre territoire.

Ceci nous préoccupe d’autant plus que
le Burkina Faso est un pays carrefour qui fait frontière avec 6
Etats. Des pays de l’intérieur comme le Niger et le Mali
dépendent un peu de nous pour leur accès sur l’extérieur et
l’océan. Des dispositions seront prises à notre niveau pour
faciliter la traversée à tous les transporteurs et les
commerçants, qu’ils soient Burkinabè ou étrangers.

Cependant,
nous ne pouvons pas imposer d’autorité nos résolutions. Il faut
tenir compte dans un premier temps de la réglementation
sous-régionale ; il faudra aussi tenir compte de l’avis de nos
commerçants et transporteurs. Mais, grâce à la concertation,
nous trouverons la bonne formule pour que la traversée de notre
territoire ne soit pas pénible.

A quelle étape se trouve le processus de lancement de la
nouvelle carte d’identité burkinabè informatisée ?

La nouvelle carte d’identité burkinabè est déjà instituée par la
loi. Le décret qui a été pris en fin d’année en a défini les
caractéristiques et les modalités d’attribution. Le fournisseur est
en train de construire le logiciel. En principe, au cours de cette
année, nous serons en mesure d’identifier tous les Burkinabè
avec cette carte d’identité informatisée et hautement sécurisée.

Cette nouvelle initiative permettra d’avoir une bonne base de
données. Ces données stockées sur tous ceux qui seront
identifiées ne serviront pas à des fins policières. Le fichier des
malfaiteurs, c’est un autre domaine. Cette base servira
simplement à avoir des informations fiables et sécurisées sur
l’état civil au Burkina. Du reste, le ministre de la Promotion des
droits humains a introduit en conseil des ministres un
avant-projet de loi sur la protection des données informatisées.
Les données que nous recueillons ne contribueront strictement
qu’à asseoir au profit de tous les Burkinabè une sécurité de
taille.

Les méfaits de la consommation de la drogue ne sont plus à
prouver. Quelle est succinctement votre action dans la lutte
contre la drogue surtout que c’est un fléau qui sert de terreau au
banditisme ?

Il y a un comité national de lutte contre la drogue qui est dirigé
par le commissaire Compaoré. Cette structure travaille
beaucoup avec nos partenaires extérieurs pour essayer de
mettre en place des actions de lutte contre la drogue dans ses
volets trafic et consommation. Le phénomène de la drogue nous
préoccupe dans la mesure où il peut aggraver les actes de
criminalité. Si un bandit est sous l’emprise de la drogue, il
devient plus dangereux. Seulement, la drogue n’est pas le
phénomène le plus préoccupant en matière de sécurité
publique. Ce fléau cause des méfaits sur d’autres terrains,
notamment chez les jeunes, les ouvriers, etc. Et sur ce point, où
nous considérons plus la drogue comme un problème de santé
publique, il y a encore de gros efforts à faire pour l’endiguer.

Nous avons surtout les amphétamines, des produits
pharmaceutiques prohibés, qui prolifèrent et dont
malheureusement, les jeunes font un usage excessif. Or, cet
abus détériore considérablement leur santé et leurs aptitudes
physiques. Du reste, depuis un certain temps, mon département
veille à ce que les actions qui sont menées dans le cadre de la
lutte contre la drogue puissent connaître de meilleurs résultats.

A côté de ce vaste chantier lancé pour assurer la sécurité des
Burkinabè, qu’est-ce qui peut amener un ministre de la Sécurité
à organiser un tournoi de football comme vous le faites depuis 2
ans dans votre région natale ?

Je suis ministre de la Sécurité, mais je suis avant tout un fils de
ce pays et ressortissant du Sanguié et de la Kossi. Aussi, de par
ma position, lorsque je peux aider à la promotion du sport et
surtout à l’épanouissement de la jeunesse, par des actions
diverses, je le fais franchement. C’est sans calcul politique.

En
plus, le fait que la première édition de la coupe que je parraine
ce soit terminée par quelques frictions, m’a rappelé brutalement
que j’étais le ministre de la Sécurité et qu’il fallait corriger le tir.
Nous nous sommes donc bien rattrapés avec la deuxième
édition qui s’est bien déroulée. Et nous continuerons à aider la
jeunesse par la promotion du sport mais aussi par toutes les
activités qui leur assurent le plein épanouissement.

Quel est votre voeu le plus cher à l’orée de cette nouvelle année
 ?

Mon voeu le plus cher est que les Burkinabè et tous ceux qui
résident dans notre pays puissent vaquer paisiblement à leurs
occupations et dormir tranquillement. Si l’on observe ce qui se
passe dans les banlieues de Ouagadougou et sur les routes, il
y a de quoi s’inquiéter. Mais nous pensons qu’avec une bonne
organisation et un engagement de nos hommes sur le terrain,
et aussi la compréhension de tous, nous pourrons ramener
cette quiétude longtemps enviée au Burkina Faso.

Propos recueillis par Mahorou KANAZOE et Morin YAMONGBE
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