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Aux origines du lwili-péendé, le foulard aux hirondelles

jeudi 19 juillet 2007.

 
La Chorale burkinabè de France dans sa tenue lwili-péendé

Pagne noir ou de noir rayé, corsage blanc, collier de perles rouges, foulard constellé d’hirondelles. Voilà de bas en haut les éléments d’une mode féminine que les mariages, baptêmes, funérailles et autres réjouissances populaires ont remis à l’honneur ces derniers temps.

Pour le pagne, pas de problèmes ; il est bien de chez nous, les perles ? On sait qu’elles sont faites d’une substance nacreuse agglomérée autour de certains mollusques comme les huîtres. En clair, elles nous viennent d’ailleurs et particulièrement des mers chaudes d’Oman, d’Aden ou du Golfe persique.

Quid alors du foulard aux oiseaux ou lwili-péendé ?

Des nombreuses personnes des deux sexes et de tous les âges que nous avons pu interroger sur l’historique de ce foulard, une première conclusion s’impose ; on s’est contenté de l’arborer sans trop se soucier de ses origines. Tout juste sait-on qu’il ne vient pas de chez-nous, même si aujourd’hui Faso Fani en fabrique à la commande. Du reste, pour le commun des mortels, ce foulard comme tant d’autres articles vestimentaires ne pouvait avoir qu’une seule provenance : le nasaratenga ou pays du Blanc qui désignait tout d’abord la France, mais aussi ce qui dépassait quelque peu les frontières connues de notre continent.

Tous ceux que nous avons pu rencontrer s’accordent cependant sur une chose : l’usage du Lwili-péendé remonte aux années 48-50, c’est à dire à l’immédiat après guerre.
" Du temps où je me rendais à pied en Gold-Coast, Ghana actuel, il y a plus de quarante ans, le Lwili-peendé qui représentait une hirondelle portant un papier dans le bec, se vendait déjà à Ouagadougou ". Ce sont là les propos de monsieur Gabriel Kaboré commerçant à Dapoya II. Propos que recoupent ceux de madame Nikièma Françoise du quartier Saint Joseph, laquelle se rappelle que c’est à son retour de Dakar à la mort de Mgr. Thevenoud en septembre 1949, qu’elle a constaté le port de ce foulard par ses congénères de Ouagadougou.

Même son de cloche chez monsieur Tiendrébéogo Souleymane du quartier Bilbalogho, une bibliothèque ambulante avec qui vous trouverez les photos les plus inédites.
Tout en confirmant que l’usage du Lwili-peendé remonte aux années 50, il se fait plus disert : " En 1953, j’ai acheté un béret noir à 60F. Le gilet coûtait 85F, et le Lwili-peendé se vendait à 135F " nous confie t-il avant de poursuivre : " le foulard était tellement à la mode qu’il y eut une chanson vantant sa popularité ". D’où venait-il ? La réponse se fait moins sûre : " Pour moi, ce foulard devait provenir de Kumasi, car ce qui venait d’Abidjan était autre chose comme la soie ... Le vieux Boukary Tenkuilga qui vient de mourir et le regretté Lazare de Bilbalogo, étaient parmi les premiers commerçants de ce foulard ".

Quant aux magasins qui en étaient les grossistes, Monsieur Gabriel Kaboré cite la SCOA (Honda-DIACFA), la CFCI (ancien DIMA) et la CFAO (actuel SOCODIS).
Rien de bien précis donc sur le pays où était imprimé cet article. Si bien que nous en sommes réduits à retour pour seule crédible, l’information que nous avait donnée en décembre 1974, un vieux commerçant à l’occasion de la première semaine culturelle de Ouagadougou.

Selon le vieux Adama Zoungrana, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ce foulard serait originaire de Khartoum, la capitale de l’ancien Soudan anglo-égyptien. Il serait prisé dans ce pays, surtout dans la partie méridionale, autant qu’il l’est de nos jours encore dans les campagnes burkinabè. Cette information est d’autant plus plausible que Khartoum était dans le temps, un des passages obligés de nos pèlerins à la Mecque via le Nigéria (ou le Ghana et le Tchad). Un axe par lequel s’effectuaient pas mal de transactions commerciales.

D’autres vieux commerçants de la veille rencontrés à la toute dernière minute, ont cependant remis en cause ce que nous considérons comme une certitude acquise.

Ainsi, selon par exemple monsieur Robert Kafando qui continue d’exercer aux abords de la S.B.E., ce foulard était importé du Sénégal, notamment de Rufisque, il est vrai que cette ville de la banlieue de Dakar abritait au temps colonial, nombre d’industries et de manufactures qui ravitaillaient les autres colonies : Ceux qui ont un certain âge se rappellent par exemple les Pastille Valda, le Sucre Saint-Louis ou l’alcool de menthe qui se vendaient à la criée ou à l’étalage au marché de Ouagadougou. Tous ces produits comme ceux de Bata venaient effectivement du Sénégal. Mais si tel était le cas du Lwili-péendé, on se demande pourquoi le Burkina, surtout dans ses contrées Mossi et Samo, en fut la terre de prédilection. Le débat reste ouvert.

Bendré

Source : Enquête P.E.K., KF, G.K ; Si Ouagadougou m’était conté ; Rubrique hebdomadaire du quotidien l’Observateur (1992-1995). !



Vos commentaires

  • Le 19 juillet 2007 à 09:13 En réponse à : > Aux origines du lwili-péendé, le foulard aux hirondelles

    Joli article. Je me suis toujours posé des questions sur les origines de lwili-péendé. Merci pour cet article très intéressant.

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  • Le 19 juillet 2007 à 10:53, par dugu lamini sajan En réponse à : > Aux origines du lwili-péendé, le foulard aux hirondelles

    Tout est bon sauf la conclusion
    Le pagne en question est considéré, par certains, comme un pagne traditionnel moaaga. Cela n’est pas juste comme vous le démontrez si bien. Mais en lorsqu’on regarde, il n’y a pas qu’en pays moaaga et dans le Sampiè qu’il a cette caractéristique. La zone géographique de cet élément de subversion coloniale est plus importante que vous ne le croyez. Dans la zone rurale de Ségou (Mali) et même jusque dans certaines contrée de Mopti, il est considéré comme faisant partie des tenues traditionnelles. Ce pagne fait de matériaux synthétiques a éloigné nos femmes du coton traditionnel. Il a été introduit par la colonisation afin de limiter la consommation locale du coton et favoriser l’exportation. Nous avons des documents coloniaux qui peuvent vous aider dans vos recherches.

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  • Le 19 juillet 2007 à 16:10, par SA En réponse à : > Aux origines du lwili-péendé, le foulard aux hirondelles

    Il faut aussi ajouter que après les indépendances, les couleurs se mariaient bien avec nos couleurs nationales et des gens le portaient le jour de la fête de l’indépendance dans les cabarets. Cela était très sympatique et donnait un sentiment de traditionnel-moderne mais aussi de fièrté nationale.

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  • Le 28 novembre 2017 à 10:09, par Ramde cedric En réponse à : Aux origines du lwili-péendé, le foulard aux hirondelles

    Un peu de serieux le lwili pende est bien americain ! Il se trouve dans les tres vieux films western americains ou les coboys le portaien autour du cou !

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  • Le 13 août 2018 à 16:06, par Kariyon Somé En réponse à : Aux origines du lwili-péendé, le foulard aux hirondelles

    Bonjour,
    Je suis vraiment ravi de pouvoir participer à cette réflexion sur le lwili-pende et vous apporter ce que j’ai appris d’un patri-âge de Gaoua et militant de la première heure du RDA révolutionnaire de la fin des années 40 à la moitié des années 50.
    D’emblée, disons qu’il n’y a pas de contradiction entre les origines soudanaise et sénégalaise de ce foulard devenu emblématique au Burkina Faso.
    En effet la version sénégalaise pourrait être tout simplement une réplique de la version soudanaise compte tenu du succès que cet accessoire vestimentaire connaissait déjà.
    Pourquoi le lwili-pende et quand est –il devenu un emblème au Burkina Faso ?
    Le foulard porte une hirondelle : Cet oiseau fut pendant longtemps le symbole de la renaissance et de la relance, du nouveau départ dans les sociétés ouest africaines et voltaïques des années 60. Chaque année, après la longue saison sèche, le retour d’une flopée d’hirondelles se fait avec les premières pluies et le retour du tapis herbacé du couvert végétal.
    Enfant dans les années 70 au sud-ouest du Burkina Faso. Nous chantions le retour de cette multitude d’oiseaux que nous voyons voler les matins et les soirs au moment même ou nous quittions nos domiciles pour aller à l’école où quand nous étions en train d’y revenir.
    L’arrivée des hirondelles déclenchait ou confirmait le début des semis et l’installation de la saison des pluies. A leur apparition les familles procédaient aux sacrifices propitiatoires pour solliciter une bonne saison pluvieuse et des récoltes abondantes à la fin de celle-ci.
    Les hirondelles marquaient ainsi le point de départ d’un nouveau cycle de vie traditionnel dans les communautés ancestrales, un cycle de vie aussi perçu comme un cycle de rédemption et de renaissance : Production (semis-entretien-récolte) ; Évaluation, remerciements et célébrations rituelles ; Préparation au nouveau cycle de production.
    A l’indépendance de la Haute-Volta en 1960, cette notion de rédemption et de renaissance que revêt l’arrivée des hirondelles va symboliser le retour du pays à une certaine souveraineté, la fin de la férule coloniale et l’opportunité d’une renaissance complète à partir des valeurs ancestrales des peuples voltaïques de l’époque.
    En plus de l’hirondelle les trois couleurs (noir, blanc, rouge) du lwili-pende (et là mon informateur ne m’a pas signifié si les couleurs ont été adoptées pour célébrer l’indépendance en 1960) symbolisent les trois volta qui sillonnent le pays : la Volta noire, la volta blanche et la volta rouge.
    Le cocktail hirondelle et couleurs voltaïques a généré le foulard lwili-pende que de nombreuses femmes voltaïques de l’époque ont fièrement portés lors des cérémonies de l’indépendance et qui depuis lors va traverser l’histoire du Burkina Faso et maintenir une certaine popularité jusqu’à nos jours.
    En somme le lwili-pende est l’expression de la renaissance des peuples burkinabè à la suite de l’occupation et de ‘exploitation coloniale.
    Kariyon Somé

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  • Le 18 décembre 2018 à 19:21, par Alpha zayos En réponse à : Aux origines du lwili-péendé, le foulard aux hirondelles

    Pour moi le motif du foulard est moaga copié pour le commerce triangulaire et désolé pour les témoignages de commerçants

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  • Le 4 janvier à 09:59, par keeman En réponse à : Aux origines du lwili-péendé, le foulard aux hirondelles

    merci pour l’article et pour les contributions ce que je peut dire est que le Burkina fait parti de ces pays qui ont un tissu qui lui ai propre et ça c’est quelque chose d’extraordinaire. Il faudrait maintenant que tous les lwili péende soit confectionné au Burkina. au Sénégal on a le tissu ndiakhass(baye fall) qui est une mixture de plusieurs motif de pagne wax

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