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Code électoral : Que retenir de la révision des douze articles ?

2 août 2018, 23:56, par Bougoum Mãsga

Comme toujours, l’objectif est la conservation du pouvoir d’état, quitte à semer les graines du repli identitaire et son corollaire de division au sein des Burkinabè. A-t-on oublié les conséquences de “l’Ivoirienneté” ? Ce concept introduit dans une vision électoraliste similaire à celle du MPP, qui a plongé la Côte d’Ivoire dans une crise sans précédent dont elle peine à se remettre même aujourd’hui, tellement le ressentiment est profond chez des Ivoiriens vu comme de seconde zone. A croire que les politiques ne retiennent pas les leçons du passé. Les graines de discorde dans notre contexte viennent surtout des arguments avancés par le MPP et leurs affiliés pour justifier ce tripatouillage de la loi sur le code électoral. Des arguments bien souvent caduques, qui ne tiennent pas une seconde à une analyse sérieuse

- « Le CDP n’a rien fait en 27 ans pour encourager le vote de la diaspora ; le MPP, lui, au cours de son premier mandat, l’a initié. Le CDP n’a donc aucune leçon à donner au MPP sur cette question. »
Sérieusement, de qui se moque-t-on ? Bien sûr, le CDP n’a aucune leçon à donner au MPP ; mais c’est plutôt parce qu’il a tout à apprendre du MPP en matière de stratégies de minimalisation du vote de la diaspora. Je vous rappelle que les principaux piliers de l’ancien régime étaient Dienderé pour le côté militaire, et RMCK + feu Salif Diallo pour le côté politique avec le CDP d’alors. Ce sont ces derniers qui étaient les cerveaux de la stratégie politique et surtout électorale du CDP en son temps. Conscients que la diaspora n’étaient pas favorable au régime Compaoré à l’époque, ils ont donc œuvré à bloquer son vote pour que leur champion reste au pouvoir. Bien sûr, ils affirment aujourd’hui que Blaise Compaoré régnait sans partage, reléguant leurs rôles à celui de simples exécutants pour fuir leur responsabilité. Ce qui me choque c’est que leurs défenseurs sont les mêmes qui critiquent sévèrement les ex-RSP actuellement en procès pour avoir exécuté les ordres reçus de leurs chefs militaires, tandis qu’ils ferment les yeux sur la soit disante « obéissance » quasi religieuse des actuels leaders du MPP quand ceux-ci travaillaient pour Blaise ? Si vous trouvez que ces ex-RSP sont complices et donc comptables du putsch manqué pour avoir suivi leurs ordres, pourquoi les leaders du MPP ne seraient pas complices et comptables du bilan de ces 27 années avec Blaise ? Soyez conséquent avec vous-mêmes ! Pour ma part, cela ne doit souffrir d’aucun débat, c’est bien l’actuel MPP qui n’a rien fait pour faciliter le vote de la diaspora durant ces 27 années.

- « Un vote convenable de la diaspora coûtera trop cher à l’état ; le Burkina Faso n’a pas les moyens de se l’offrir. »
Convenable ici pour signifier l’addition d’autres bureaux de vote aux ambassades et consulats généraux par pays de la diaspora.
Cet argument que l’état Burkinabè ne peut se permettre un tel vote de la diaspora est tout simplement faux. C’est un mensonge pure et simple. En effet, le budget demandé par la CENI pour l’élection à venir est de 1,2 milliard de FCFA (cf interview de Newton Ahmed Barry le 12/03/2017 avec une radio privée de la place). Si cela peut sembler énorme pour certains, sachez que ce n’est pourtant pas grand chose pour ce gouvernement MPP. A titre indicatif, cela correspond au budget d’un seul kilomètre de bitume dans ce Burkina à l’heure du PPP (prix des routes étant passé de moins de 250 millions/km à plus du milliard sous le MPP). Les 3 milliards de leurs V8 et Talisman suffisent donc pour organiser des élections en bonne et due forme pour les Burkinabè de l’intérieur et de l’extérieur ! C’est juste un manque de volonté politique, et non de moyens. La preuve, le MPP s’apprête à repousser les législatives et municipales à une date différente de celle de la présidentielle. Ceci dans un soucis de maintenir la cohésion au sein de ce parti car dit-on la publication des listes des candidats à ces votes risquent de créer trop de conflits en leur sein vu l’appétit vorace de certains de leurs militants. Ce qui va bien sûr multiplier le budget des élections, mais gare à qui que ce soi de dire que le gouvernement n’en a pas les moyens. Mais en étant de bonne foi, qu’est-ce qui est plus important entre l’organisation de plusieurs suffrages pour maintenir la cohésion d’un parti politique, et l’organisation d’un vote convenable de la diaspora ? Vraiment, à ce niveau il n’y a également pas matière à débats. Comme je le dis, c’est juste un manque de volonté politique et non de moyens. D’autant plus que disposer de moins de 5 bureaux de votes pour un pays comme la Côte d’Ivoire, c’est vraiment faire preuve de mauvaise foi ; comment voulez-vous que près d’un million d’électeurs puissent s’aligner et voter convenablement ? Faites le calcul, c’est tout simplement impossible !

- « La carte consulaire n’est pas valide car non sécurisée »
En toute sincérité, utiliser ce motif pour exclure la carte consulaire des documents valides pour le vote relève tout simplement de l’auto-flagellation. C’est le gouvernement Burkinabè même qui met ses fils et ses filles à l’étranger dans la précarité. Ce sont des représentations officielles du pays qui délivrent ce document ! Dire que cette carte n’est pas valide est un véritable désaveu de nos propres représentations diplomatiques. Pourriez-vous à la suite vous plaindre auprès des autorités des autres pays s’ils ne reconnaissent pas nos cartes consulaires ? Non ! En rappel, une carte nationale d’identité a pour jurisdiction le territoire national, elle peut être, dans une certaine mesure, utilisée dans d’autres territoires s’il y a des conventions de libre circulation des personnes comme c’est le cas dans l’espace UEMOA. Mais dites vous bien qu’elle n’a aucune valeur en Europe, Amérique, Asie ou même dans les autres pays africains hors UEMOA. Quant au passeport, j’ai l’impression que les gens ont le stéréotype fallacieux que Burkinabè de l’extérieur équivaut obligatoirement à avoir au moins le passeport. Je suis désolé, mais c’est faux. Il il y a des Burkinabè nés à l’étranger, de père et/ou de mère Burkinabè. Ils sont Burkinabè, au même titre que nous qui sommes nés ici au pays. Les considérer autrement est non seulement injuste, mais surtout dangereux pour le pays. Il ne faut surtout pas traiter différemment des Burkinabè à cause de leurs origines ou lieu de naissance, ce serait une discrimination intolérable. De plus, diaspora ne signifie pas systématiquement fonctionnaires internationaux, étudiants, sportifs, musiciens. Il y’a aussi une grande partie de paysans, regardez simplement dans la sous-région. Vous croyez qu’ils ont les moyens de d’offrir un passeport ? Combien de Burkinabè même en ont ? Juste une infime partie ; allez dans nos villages pour vérifier. Est-ce pour autant qu’ils ne sont pas des Burkinabè ? Le MPP est réellement déphasé de la réalité du citoyen lambda Burkinabè aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. De toute façon tout cela est un faux problème, on a eu à faire des enrôlements biométriques pour préparer des élections au BF, même avec un simple extrait de naissance. Même si vous avez 100 extraits différents, vos empreintes digitales permettront de vous identifier, c’est cela l’avantage de la biométrie. Si donc vos cartes consulaires ne sont pas biométriques (ce qui est faux au passage pour la RCI) Pourquoi ne pas organiser des enrôlements biométriques dans les représentations diplomatiques ? Ah oui j’oubliais, la nouvelle loi électorale exclu l’enrôlement biométrique que la CENI faisait avant...
A ce stade là, si vous ne voyez pas le schéma qui se dessine, c’est que vous refusez de voir tout simplement.

Au final, je terminerai en disant que l’on est tous fiers quand nos compatriotes réussissent à l’étranger ; que ce soit en décrochant un poste important à l’international, ou quand nos étudiants Burkinabè réussissent avec brio à l’extérieur, ou enfin quand nos sportifs remportent des titres internationaux et défendent avec fierté nos couleurs. Certains ont même refusé des propositions de naturalisations venues d’autres pays parce qu’ils sont fiers de défendre les couleurs du Burkina Faso. Nous les avons tous applaudis pour cela.
NE TRAVAILLEZ DONC PAS À LES FAIRE PASSER POUR DES CITOYENS DE SECONDE ZONE.
C’est simplement injuste. Si vous voulez, ne permettez même pas la diaspora de voter, c’est votre plein droit. Mais de grâce, n’utiliser ces arguments débiles dont le seul effet clair est le repli identitaire. Ne nous divisez pas plus que ça.

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