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La mosquée des sunnites de Orodara a été saccagée

20 juillet 2016, 13:50, par Jacques Zanga Dubus

« L’espace culturel des sème a changé depuis l’introduction des religions révélés, le passage du colon, l’arrivée d’autres groupes sociaux à Orodara, etc etc. »

Internaute “Le Canon”, vous décrivez parfaitement les phénomènes acculturants, en oubliant cependant l’école, MAIS « l’arrivée d’autres groupes sociaux à Orodara » a toujours été souhaitée par les Sèmè. Ils ont toujours su que sans “l’étranger”, ils ne pourraient se développer. Relisez, dans la deuxième partie de l’enquête, les spécificités de la “puissance” nommé Djòmò tobrà Tiên : rassembleur, mais aussi qui invite les “étrangers” à venir s’installer sur le territoire sèmè, à la simple condition d’en respecter les coutumes, à défaut d’y adhérer.

« Ce changement est pour de bon et plus rien ne sera comme avant ».

Ce n’est pas si sûr. Il faut une réelle et grande volonté, de la détermination et peut-être de la foi, mais il est possible de “restaurer” une culture acéphale qui, comme la planète fait sa révolution, se renouvelle à chaque génération de 40 ans. Un électrochoc comme l’agression sunnite (véritable complot de génocide culturel) peut suffire à raviver la culture sèmè. Si cela advient, et que le résultat du complot engage un processus de re-culturation, il faudra remercier les sunnites !

« J’aurais compris et accepté entièrement votre position si les sunnites étaient allés s’installer sur le terrain sans aviser une autorité habilitée comme on le constate souvent dans les non lotis »

C’est pourtant ce qui s’est passé. Le mouvement sunnite a construit la mosquée en 1998 sur une réserve attribuée provisoirement à un autre mouvement, l’Alliance musulmane d’Afrique, pour la construction d’un orphelinat. Au cours du premier mandat (2000 – 2005), du maire Coulibaly Télé Antoine, Barro Diongwale Sidiki est allé à deux reprises voir le maire avec les papiers de l’Alliance musulmane d’Afrique qui aurait “vendu” au mouvement sunnite la réserve en question, mais sans aucun papier de vente, ni qu’aucune opération de transfert auprès des Domaines n’ait été entreprise. Le maire lui a répondu que les papiers présentés ne donnaient au mouvement sunnite aucun droit sur la réserve. Alors ils ont cherché à régulariser la situation, en montant un dossier pour la construction d’un collège d’enseignement technique et d’une mosquée. Est-ce que ce n’est pas forcer la main de l’administration que de construire d’abord, et de chercher à régulariser ensuite ?

« Ils ont un titre de propriété ou au moins un début de titre de propriété ».

Ils ont un arrêté provisoire d’attribution qui fait précisément mention des conditions à respecter dans des délais prescrits, sans le respect desquels le terrain peut être retiré. Ils ont aussi une attestation provisoire pour s’être acquitté des droits d’attribution. Mais ils n’ont pas de permis d’exploiter, et en conséquence, dans un respect strict de la loi (puisqu’ils en référent à la justice, donc au respect de la loi), ils ne devraient pas être autorisés à exploiter le site, et si les autorités administratives avaient fait respecter la loi, les Sunnites n’auraient pas ajouté un auvent, et la mosquée n’aurait pas été saccagée.

« Dans tous les cas, l’administration a été informée d’une manière ou d’une autre de leur présence en ce lieu ».

Quelle administration ? Celle contrôlée à l’époque par le Sunnite Djiguenaba Barro ? Combien de fois faudra-t-il répéter qu’aucune enquête de faisabilité n’a été réalisée lors de la procédure d’attribution, ce qui suffit pour entacher la procédure d’attribution. En outre, la construction d’une mosquée au Burkina Faso est soumise à l’approbation des chefs traditionnels et coutumiers, et de l’administration, et cette approbation n’a pas été demandée.
La procédure d’attribution d’une réserve foncière comporte 9 points :
1. Demande de l’intéressé ;
2. Etude de faisabilité par les Domaines ;
3. Lettre de mise à disposition, signée par le maire ;
4. L’intéressé monte un dossier avec le receveur des Domaines ;
5. Entrent en action d’autres services, le cadastre et la Direction de l’urbanisme, pour vérifier le bornage et calculer la superficie, pour que les droits puissent être calculés. Pendant ce temps, l’intéressé doit faire établir le plan architectural du projet.
6. Émission d’un arrêté d’attribution provisoire, préparé par les Domaines, signé par le maire. Cet arrêté provisoire énonce toutes les conditions à remplir dans des délais prescrits. Le non-respect de ces conditions et/ou délais peut entraîner des pénalités, ou le retrait du terrain ;
7. Notification par les Domaines du montant des droits d’attribution.
8. Après s’être acquitté des droits, l’intéressé reçoit une attestation provisoire ;
9. Enfin, quand les investissements prévus ont été réalisés dans les délais prescrits, et contrôlés par les Domaines, un permis d’exploiter peut être émis.

L’étape 2 de cette procédure permet de vérifier si une réserve a un caractère coutumier ou non. Cette étape a été “sautée”. Pourquoi, sinon parce qu’il y a de la magouille dans cette histoire d’attribution ?

« Aussi, les coutumiers qui se réveillent aujourd’hui pour revendiquer cet espace doivent s’en prendre aussi à eux-mêmes pour avoir laissé faire depuis des années ».

Tout-à-fait, et comme l’a dit fort justement SOME dans un commentaire : « Ils ont “pêché” dès le départ par leur esprit de conciliation », esprit de conciliation qu’ils risquent fort de “réviser” désormais, après cette désolante histoire. Selon de nombreuses voix entendues, issues de la complexe chefferie sans chef, il n’y aura plus jamais de mosquée sunnite sur le territoire d’Orodara. Et qu’on note bien que c’est une information que je transmets, pas que j’impose ou que j’aurais insidieusement suggérée aux Sèmè, ce serait m’accorder une importance que je n’ai pas.

« Vous trouverez dans des musées des objets sacrés censés être inamovibles »

Vous semblez avoir lu les articles en diagonale. J’y ai cité Anne Fournier, chercheur à l’IRD qui étudie depuis des années sur les sites sacrés sèmè : « Il est généralement possible de déplacer rituellement au moins certains autels, chez les Sèmè comme ailleurs. Il s’agit cependant d’une procédure exceptionnelle qui nécessite l’accord de la puissance honorée à l’endroit considéré, et le paiement d’une amende rituelle qui peut être très coûteuse ». Le dièton, chef du village, nous a assuré quant à lui que si ces trois fétiches avaient pu être déplacés, ils l’auraient été, et les Sèmè n’auraient pas engagé autant de tractations à l’amiable pour les sauvegarder. Il y avait de l’amertume dans sa voix : le sentiment que l’échec d’une conciliation amiable – en fait une fin de non-recevoir, exprimée par le recours du mouvement sunnite à une procédure judiciaire – représentait pour lui un terrible gâchis.

« Moi, je suis musulman. Les enseignements que j’ai reçus venant du prophète Muhammad (paix et salut d’Allah sur lui) m’interdisent d’insulter les croyances autre que la mienne ».

Néanmoins, le verset 9 de la Sourate 61, dite Le rang, dit : C’est Lui qui a envoyé Son messager avec la guidée et la Religion de Vérité, pour la placer au-dessus de toute autre religion, en dépit de l’aversion des associateurs. N’ai-je pas raison de supposer que “ pour la placer au-dessus de toute autre religion” peut être interprété par certains comme “pour dominer toute autre religion”, voire “détruire toute autre religion” ?

« Sachez qu’il n’y a pas plusieurs versions du Saint Coran ».

En effet, il n’en reste qu’une, officielle, celle imposée par le Khalife Ousmane.

« Si vous connaissiez l’histoire d’Ibrahim (Abraham, sur lui la paix d’Allah)), celle de Moussa (Moise, sur lui la paix d’Allah)), de Youssouf (Joseph, sur lui la paix d’Allah)) l’aversion que vous avez pour les religions révélées et particulièrement pour l’Islam diminuerait beaucoup ».

Je connais davantage que vous ne le supposez, et cependant je connais bien peu, mais suffisamment sur les religions prétendument révélées pour les fuir comme des pestes.

« Sachez que des pans entiers de l’histoire de l’Islam se sont déroulés en Afrique ».

Tout-à-fait, et plus précisément dans la corne de l’Afrique : les trois religions dites révélées, ou du Livre (bien qu’ils soient nombreux, les trois religions confondues) ont leur source dans le Croissant fertile, qui va du Nil au Jourdain.

« L’Islam n’est pas une religion étrangère à l’Afrique ».

Stop ! Abraham, Moïse, Joseph, d’accord, et en Égypte au temps des pharaons, mais Muhammad, non. l’Arabie ne fait pas partie de l’Afrique, et l’islam est venu en Afrique par les conquêtes et le commerce, mais aussi le trafic d’esclaves.

« Aucun musulman ne devrait soutenir que des coutumiers soient injustement dépossédés de leur lieu de culte ».

Que le mouvement sunnite d’Orodara vous entende !

« Aussi, aucun musulman ne devrait accepter que des sunnites soient déguerpis injustement parce qu’ils pratiquent une religion autre que celles des autochtones d’une localité ».

Là, vous fabulez ! Aucun Sèmè ne reproche à qui que ce soit de pratiquer une autre religion que la sienne. Les Sèmè ont supposé, à tort, que les deux cultes pouvaient cohabiter, ce que les Sunnites refusent absolument, sinon il n’y aurait jamais eu de conflit, comme il n’y en n’a aucun avec les onze autres mosquées de la ville.

« Apprenez de l’Islam à la bonne source »

Y en aurait-il plusieurs ? La seule source de l’islam c’est le Coran officiel puisque les autres ont été détruits, et c’est à cette source-là que je vais puiser, quand nombre de musulmans, malheureusement illettrés et non arabophones, sont contraints de faire confiance à des “interprètes”, imams, marabouts ou charlatans trop souvent douteux, qui portent juste l’attirail théâtral qui en impose. Il est par ailleurs très intéressant de comparer les traductions du Coran en français, puisqu’elles sont multiples, et les “variantes” permettent d’apprendre beaucoup sur les arrière-pensées des uns et les autres. L’islam est la seule religion qui n’a aucun besoin d’intercesseur, et pourtant ils sont une multitude, et mettez-en deux d’obédience différente dans la même pièce, ils vont s’arracher les yeux !

Conversation à distance entre l’internaute Le Canon et Jacques Zanga Dubus

[le verset cité du Coran est extrait de la traduction française réalisée par les Sunnites]

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