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Étapes de mise en place d’une Plateforme multi-acteurs d’innovation : étude de cas de la Commune rurale de Pouni au Burkina Faso

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • Document de vulgarisation • mercredi 14 octobre 2020 à 21h27min
Étapes de mise en place d’une Plateforme multi-acteurs d’innovation : étude de cas de la Commune rurale de Pouni au Burkina Faso

Le Burkina Faso, à l’instar des autres pays de la sous-région, a expérimenté plusieurs approches et outils de dissémination des technologies agricoles. Par exemple, le système de transfert descendant ou vertical (dits top-down et que l’on a comparé à une courroie de transmission d’une bicyclette) a pendant longtemps été dominant (Toé et Pouahoukiga, 2009). Il revenait au chercheur de « trouver » et au vulgarisateur de « transmettre » la technologie à son utilisateur final qu’est le producteur qui devait l’adopter (Gué, 2000).

Mais ces processus ont montré leurs limites d’où la remise en cause de l’efficacité des méthodes classiques linéaires (Chambers, 1987 ; Hawkins et al, 2009) et la sollicitation et l’implication des spécialistes des sciences sociales dans la recherche agricole (Mahamoudou, 1997).

Progressivement, de nouveaux paradigmes, approches et outils plus participatifs et inclusifs de pré-vulgarisation ou de vulgarisation des technologies, ont été promus par les organismes internationaux, sous-régionaux, nationaux de recherche et/ou de développement agricole en collaboration avec leurs partenaires kégendaires (orginsation de producteurs, société civile, partenaires financiers, etc.).

La Plateforme multi-acteurs d’innovation (PI) qui est actuellement promue, est l’un de ces nouveaux outils (technique et social) d’expérimentation, de valorisation des technologies et de promotion des chaines de valeur. Cet outil a été expérimenté par le Projet « Renforcement de la recherche et du développement des systèmes semenciers » à base de sorgho, de maïs, de niébé et d’arachides dans la Commune rurale de Pouni (dans la Province du Sanguié, région du Centre-ouest) depuis 2011.

Nos travaux de thèse (soutenue en 2019) ont consisté en une analyse critique des atouts et des limites de ce dispositif. Le présent document de vulgarisation fait la synthèse de nos résultats sur le processus de sa mise en place de cette PI.
Vu l’espoir et l’engouement que suscite cet outil, le but de ce document est d’informer et de guider tout acteur moral ou physique, de la recherche et/ou du développement, désireux d’utiliser ce cadre de concertation et d’interactions pour promouvoir une chaine de valeur donnée.

Pour analyser notre objet d’étude, nous nous sommes référés à des méthodes, techniques et outils de collecte de données. Nous avons combiné plusieurs techniques et outils pour collecter les données, comme présentés dans la partie suivante.

2. Méthodologie

2.1. Méthode d’analyse

Plusieurs théories offrent des méthodes et des cadres appropriées et pertinents d’analyse, à notre investigation. Cependant, nous avons choisi la théorie de l’Acteur-réseau ou Sociologie de la « Traduction » qui décline un cadre simplifié, proposé par Latour et Callon (1994) qui sied pour analyser les étapes de mise en place d’une Plateforme multi-acteurs d’innovation. Vu leurs similitudes, nous avons combiné ce cadre d’analyse à celui proposé par R. W. Hawkins et al. (2009) dans leur « Livre blanc » sur les principes de la recherche agricole intégrée pour le développement et dont se sont inspirés plusieurs auteurs tels que CORAF (2012), Voudohè G. T. (2013), Gué N. J. (2019).

Selon ces cadres, l’analyse des processus d’actions collectives actions liées à la mise en œuvre de projets de recherche-action ou de recherche-développement, intégrant la « traduction » telle que la Plateforme multi-acteurs, renvoie à des étapes ou phases qui sont :

De façon plus précise, ces 3 étapes sont :

-  la problématisation ou conceptialisation ou contextualisation. C’est l’étape de la définition du problème à résoudre, de l’ojet et des enjeux de la Plateforme. Il s’agit de se poser la question de savoir pourquoi mettre en place une PI ? Cette question permet d’analyser les objectifs communs visés et les défis à relever par les membre de la plateforme. Cela implique qu’un diagnostif participatif approfondi soit fait, afin d’identifier les potentialités, les opportunités, les contraintes et les solutions envisageables en vue de les lever pour mieux promouvoir la chaine de valeur ou un produit visé en partant de sa source de génération, au marché et à son utilisateur final. Cette est un préalable qui permet de déterminer ce que Hawkins et al (op cit) appellent « la porte d’entrée ».

-  l’enrôlement des acteurs et leur engagement. A cette étape, il est important de savoir qui intervient dans la chaine de valeur concernée et qui pourrait être intéressé à s’impliquer volontairement et à participer activitement aux activités du cadre de concertation et d’interactions à metrre en place ? Cela implique que ces différentes structures parties prenantes ou groupes d’acteurs issus des différents maillons de la chaine de valeur, soient identifiés au préalable, notamment lors de la phase de problématisation. Aini, leurs rôles et responsabilités dans la mise en œuvre des actions et activités de la PI seront-ils définis et consignés, traduisant leur engagement formel, de contribuer à la résolution des problèmes limitant l’une ou l’autre chaine de valeur (production, transformation, commercialisation, diffusion, utilisation, etc.

-  l’intéressement des acteurs enrôlés. Ici, il s’agit de défininir la nature de la PI et qu’y ou quoi faire. Cette phase résume les actions, les activités à mettre en œuvre collectivement, en vue d’atteindre l’objectif commun. Par exemple, s’agit-il d’une plateforme de développement participatif de technologies, de sélection variétale participative, de formation sur les bonnes pratiques, ou de partage d’expériences ? Ou est-ce un cadre d’organisation des structures et de groupes d’acteurs pour avoir un meilleur accès au marché ou est-ce la combinaison de plusieurs facteurs recherchés ?

On s’intéresse également à comment faire ? Quelle démarche engager tout au long du processus, afin de permettre à la plateforme de bien fonctionner et d’atteindre ses objectifs ? Comment s’organisation pour qu’elle fonctionne bien ? Comment se fera ou est fait le partage des bénéfices ? Comment les questions de genre, d’impacts et de durabilité sont-elles prises en compte ?

-  la phase de mobilisation des acteurs (déjà membres et de nouveaux acteurs) autour de la PI. L’objectif ici est de garantir la durabilité des performances et des acquis engrangées par le projet, à travers la PI. Il convient à cette phase, de voir quels sont les nouveaux acteurs à mobiliser et comment les mobiliser pour garantir cette durabilité ? Quels sont les mécanismes à mettre en place pour renforcer les acquis et pour les pérenniser.

A ces 3 étapes, nous avons ajouté celle du désengagement du projet et de l’autonomisation des acteurs qui sont capitales dans tout processus de recherche-action en partenariat (Vall et al, 2016). Tout projet de recherche et/ou de développement a un début et une fin. Le projet de renforcement de la recherche et du développement des systèmes semenciers s’est appuyé sur un dispositif partenarial plus ou moins formalisé par la mise en place de la PI et sur une démarche progressive et itérative que l’on peut résumer en trois phases que sont (Vall et al, 2016) : i) exploration et formalisation du partenariat, ii) conceptions et test des options de changement, iii) bilan et désengagement. En effet, tout cycle de projet prend fin avec son désengagement pouvant intervenir à un moment où les objectifs sont atteints (résolution du problème ; connaissances validées par l’expérimentation ; renforcement des capacités des acteurs, etc.) ou en quand de nécessité de réviser ou réorienter les objectifs visés au départ (Gué, 2019).

2.2. Techniques et outils de collecte des données

Pour la collecte des données (secondaires et primaires), nous avons combiné plusieurs techniques et outils dont :

-  la recherche documentaire qui a permis de faire le point sur l’existant, en termes d’études portant sur le thème ou des sous-thèmes en rapport avec notre sujet et réalisées dans la zone concernée (au niveau communal, régional ou national) ;

-  l’enquête qualitative, à travers des entretiens réalisés aurprès des membres de la PI et de peronnes ressources. Nous avons utilisé des guides d’entretien élaborés à cet effet ;

-  l’observation directe des faits des acteurs membres de la PI durant les réunions des membres de la PI et lors des entretiens effectués.

2.3. Échantillonnage

L’échantillon est composé d’une part, par les membres de la PI (au nombre de 59 personnes), interviewés tantôt individuellement, tantôt en groupes de représentants des strutures membres (focus groups). D’autre part, des personnes ressources (la dizaine), notamment des producteurs membres des groupes composant l’union départementale des producteurs de niébé de Pouni (qui ne sont pas membres de la PI), des chercheurs ayant expérimenté l’outil Plateforme ont été concernés par l’enquête.

Nous avons ensuite procédé à l’analyse de contenu des différentes synthèses des données, à leur interprétation et à la rédaction du rapport (qui porte sur un des aspects traités par la thèse soutenue en 2019).

3. Résultats

3.1. Les principales étapes de mise en place d’une Plateforme multi-acteurs d’innovation

La promotion de l’outil « Plateforme multi-acteurs d’innovation : PI » est basée sur l’hypothèse selon laquelle, l’innovation émerge de l’interaction permanente entre les acteurs, de l’analyse et de l’intégration de leurs connaissances, de leurs actions, des moyens déployés (Hawkins et al, 2009). La PI est, de ce point de vue, un cadre permanent de convergence institutionnelle, de partages d’informations, de connaissances, de services, d’échanges d’expérience et d’apprentissage (capital humain), entre différents acteurs, selon leurs prérogatives, leurs rôles et leurs responsabilités dans la résolution du problème d’intérêt commun (Traoré-Gué et al., 2014). C’est un réseau dont les membres interagissent sur la base de contraintes diagnostiquées et qu’il faut travailler à lever (Adekunle et Fatunbi, 2012). Il implique aussi une combinaison d’actions synergiques de groupes d’acteurs décidés à résoudre des problèmes complexes identifiés par l’ensemble des parties-prenantes.

Les résultats suivants montrent que le processus de mise en place de la Plateforme multi-acteurs d’innovation à Pouni a suivi les étapes suivante :

3.1.1. Phase de problématisation, de conceptualisation

La « porte d’entrée » de la PI de Pouni se réfère aussi bien aux semences améliorées (connotation technique) qu’à l’approche « recherche agricole intégrée pour le développement qui est nouvelle et à l’outil plateforme multi-acteurs d’innovation (connotation plus sociale que technique). L’enjeu et le défi à relever est d’améliorer l’offre et la demande des variétés certifiées de sorgho, de maïs, de niébé et d’arachides à travers, ce qui passe par l’amélioration de la productivité, la gestion des ravageurs et adventices et la conservation de la diversité génétique et la création d’un espace de dialogue ou de synergie entre divers acteurs pour une meilleure articulation de l’offre de recherche à la demande.

Les activités mises en place par la PI de Pouni ont visé l’atteinte de cet objectif global et des objectifs spécifiques du projet qui se résument à la volonté des acteurs, de trouver des solutions aux contraintes entravant la promotion de la chaîne de valeur semences.

Selon Ernest (gestionnaire du projet Renforcement des systèmes semenciers au niveau du CORAF), la mise en place de la PI de Pouni a commencé par la problématisation qui a impliquée tous les acteurs et a porté sue l’analyse des objectifs à atteindre, des rôles et responsabilités de chaque institution ou organisation membre. Selon lui, le processus de problématisation et de conceptualisation a commencé par la conduites d’enquêtes préliminaires (d’abord globales et ensuite approfondies). En effet, avant la rédaction du projet, une caractérisation générale du système semencier national burkinabè a été faite en 2010, en vue de déceler les potentialités, les limites et les opportunités à saisir. Cette caractérisation grossière a fourni des informations utiles aux niveaux national et régional ayant servi pour la finalisation du projet et guidé dans le choix de la zone d’intervention du projet.

Selon Sankara, agronome, chercheur de l’INERA (membre de l’équipe des chercheurs), une autre étude plus approfondie de caractérisation a été réalisée dans le site de Pouni, par l’équipe de l’INERA en 2011.

« De bonnes questions ont été posées au départ pour comprendre les causes de la mévente de nos semences de niébé et de bonnes solutions ont été proposées par les autres acteurs selon leur domaine de prestation de services » a précisé Nagalo, Président de l’Union des producteurs de niébé.

Selon Baba (chercheur, membre de la PI), les différentes études diagnostiques ont permis d’identifier d’approfondir les connaissances sur les contraintes limitant la production, la certification, le stockage, la commercialisation, la diffusion et l’utilisation des semences certifiées pour les quatre cultures concernées par le projet (maïs, sorgho, arachide, niébé), dans la Commune de Pouni en particulier. Elle a fourni des éléments sur les solutions envisageables en termes d’actions pour lever les contraintes citées et en particulier pour améliorer la disponibilité (chez les semenciers) et l’accessibilité aux semences (en quantité et en qualité suffisantes) aux les producteurs non semenciers.

Il en est ressorti que les contraintes qui entravent la production, la certification, la commercialisation, la diffusion et l’utilisation des semences améliorées sont très complexes et multidimensionnelles (N. J. Traoré-Gué et al, 2014, p. 158) ; d’où l’idée de construire un partenariat solide pour mettre en œuvre des actions conséquentes de recherche et de développement devant permettre d’accroitre la demande, l’offre, l’utilisation des semences certifiées de qualité du sorgho, du maïs, du niébé et de l’arachide.

Selon Monsieur Abdoulaye Ouédraogo (Président de l’Union nationale des producteurs de semences certifiées du Burkina : UNPS-B), « l’identification et la résolution des contraintes entravant le bon fonctionnement du système semencier (problème complexe et multi-acteurs), a exigé que différents acteurs de cette chaine de valeur réfléchissent et travaillent en synergie ou en partenariat de façon permanente, d’où l’idée de mettre en place la PI de Pouni ».

Une fois le défi à relever identifié (confère groupe de photos no 1) ou la porte d’entrée trouvée, les actions à mener (décrites dans les parties suivantes) ont été identifiées et programmées.

A propos Ouédraogo, l’ancien Président de l’Union nationale des producteurs de semences du Burkina (UNPS-B), estime que
« L’identification et la résolution des contraintes entravant le bon fonctionnement du système semencier (problème complexe et multi-acteurs), a exigé que différents acteurs de cette chaine de valeur réfléchissent et travaillent en synergie ou en partenariat de façon permanente, d’où l’idée de mettre en place une PI de Pouni ».
1.1.1. Composition de la PI de Pouni, enrôlement et engagement des groupes d’acteurs
La composition de la PI s’est faite progressivement, de l’élaboration du projet à sa mise en œuvre, en tenant compte des rôles et des responsabilités de chaque groupe d’acteurs dans ladite chaine de valeur. En effet, selon le gestionnaire du projet au sein du CORAF, Dr Esuedu, déjà pendant l’élaboration du projet porté par l’INERA, l’Union nationale des producteurs semenciers (UNPS-BF), le Service national des semences (SNS) et deux sociétés de production et de distribution de semences (notamment NAFASO et AGROPRODUCTION) ont été impliqués, en tant qu’acteurs principaux de ladite chaine de valeur au Burkina Faso.
Les différentes études diagnostiques menées dans la phase précédente (problématisation), ont permis de d’identifier les différentes structures publiques et privées intervenant dans la chaine de valeur semences certifiées aux niveaux national, régional et local. Ainsi, au fur et à mesure que l’analyse de la chaîne de valeur se faisait d’échelles plus larges (niveaux national et régional) à celles plus localisées (niveau local : commune rurale de Pouni) et que la connaissance du milieu s’approfondissait (par le biais des études diagnostiques de base), les acteurs intervenant dans le domaine des semences et leurs préoccupations ont-ils pu être identifiés et impliqués dans la PI. « Pour la mise en place PI à Pouni perçue comme étant un système d’innovation, les acteurs ayant des connaissances pertinentes et jouant déjà un rôle dans la chaine de valeur à divers niveaux (national, régional, local), ont été impliqués » précise Souleymane (chercheur). Les différentes structures ont ensuite été approchées par le projet pour contribuer à relever le défi qu’ils ont identifié.

Au demeurant, la PI de Pouni était composée de 59 personnes issues de domaines divers, mais dont les rôles et les responsabilités sont complémentaires (décrits dans la partie qui suit) dans la dites chaine de valeur semences certifiées (conféré tableau no 1 suivant).

Le tableau no 1 suivant présente la composition de la PI et les différents groupes d’acteurs qui ont été concernés par les entretiens effectués sur le processus de mise en place de la PI.

Selon Nagalo, Président de l’Union départementale de Pouni, une fois la composition de la plateforme connue et les rôles et responsabilités déterminées, chaque groupe d’acteurs s’est engagé à honorer ses engagements pour une bonne et durable performance de la PI.

Le groupe de photos no 1 suivant illustre bien cet engagement de tous, à travers la main levée.

1.1.2. De l’intéressement : activités et technologies promues

1.1.2.1. Les technologies proposées et expérimentées

A cette étape ont été identifiées les actions et les services à offrir pour intéresser les acteurs membres de la PI visant le même objectif commun selon l’agent d’encadrement agricole.

Selon le Secrétaire général du bureau de l’Union des producteurs de Pouni, ce sont les producteurs eux-mêmes (semenciers et non semenciers) qui ont déterminé les critères de leurs préférences, en termes de type de variétés améliorées à promouvoir dans la zone pour les différentes cultures. C’est sur la base de ces critères de préférences que les chercheurs ont proposé plusieurs variétés. Des lots de quatre (4) variétés par culture (sorgho, maïs, niébé et arachide) ont été constitués selon Sankara (agronome à l’INERA). Une parcelle expérimentale appelée champ-école des producteurs a été mise en place, en vue d’évaluer, de façon participative, les performances de ces variétés.

Le protocole expérimental définitif comportait donc ces 4 variétés par culture (sorgho, maïs, niébé et arachide), quatre (4) répétitions par variété et deux (2) traitements de fertilisation différents (soit 128 petites parcelles élémentaires de 5 m x 5 m chacune séparées d’une allée de 2 m). Ce dispositif collectif était placé sous la gestion des producteurs (semenciers et non semenciers) membres de la PI (32 personnes dont 16 femmes et 16 hommes), avec l’accompagnement des agents de vulgarisation agricole et des chercheurs de l’INERA. En dehors de la parcelle collective d’expérimentation, chaque producteur ou productrice volontaire a eu droit à deux (2) variétés de la culture au choix pour un essai dans leurs propres champs (confère le groupe de photos no 2 suivant).

Cela a permis à chacun de faire sa propre expérience et de tirer des enseignements, selon le Président de l’union des semenciers de Pouni. Selon Brahima Traoré (chef de la zone d’encadrement agricole de Pouni), les rencontres sur le champ collectif étaient hebdomadaires et une à deux (2) visites commentées y étaient organisées par an, dans le but de faire l’effet de tâche d’huile. Les opérations culturales y étaient appliquées en groupe, dont le labour, la fertilisation (amendements organique et minéral), l’entretien des cultures (sarclages et/ou arrachage des mauvaises herbes suivant le stade de développement de la culture, buttage des céréales, etc.), la récolte, etc.

En définitive, ce dispositif où a été appliquée et l’approche « sélection variétale participative » visait à renforcer les capacités techniques des producteurs. Sur ce champ, l’accent a été mis sur le co-apprentissage des itinéraires techniques pour un accroissement des rendements et l’information sur la règlementation en production de semences pour éviter les déclassements lors du processus de certification), les techniques poste-récolte, etc.

1.1.1.1. Les formations dispensées pour renforcer les capacités des acteurs

Selon Ouattara, pendant la phase de problématisation, il avait été demandé à chaque groupe d’acteurs, d’analyser faiblesses et de déterminer ses besoins en renforcement de capacités. Cela a permis d’élaborer un plan de renforcement de capacités pour chaque groupe d’acteurs. Pour répondre aux besoins spécifiques de renforcement de capacités des membres de la PI, des formations ont été progressivement dispensées. La première formation a été une initiation des acteurs à l’approche RAID et à l’outil PI (pertinence, principes, étapes, démanches).

Les autres thèmes de formations dispensées sont : initiation à loi règlementant la production, la certification et la commercialisation des semences ; production et utilisation de la fumure organique ; impact de la fertilisation sur la production ; itinéraires techniques en production des céréales (sorgho, maïs), des légumineuses (niébé) et des oléo-protéagineux (arachides) ; techniques et outils de séchage et de conservation du niébé, etc. rapport entre la qualité de la semence et quantité de production.

1.1.1.2. Rencontres diverses de concertations et d’échanges

La PI a constitué un lieu de rencontres formelles ou informelles, un cadre de co-conception, de planification, d’échanges, de partage, de suivi-évaluation et de capitalisation des expériences et connaissances par ses membres. Selon Nagalo, il était prévu deux (2) réunions formelles instituées (une pour la planification des activités et l’autre pour faire le bilan des activités ou d’évaluation des résultats de la PI). Mais en dehors de ces réunions formelles, il y a eu des rencontres extraordinaires (en cas de nécessité : évaluations diverses, etc.).

1.1.2. Processus de mobilisation des acteurs

En ce qui concerne la mobilisation, il ressort des entretiens que le noyau d’acteurs membres (du départ) a progressivement été complété par des représentants d’autres structures au niveau local. Les études de caractérisation ont permis d’identifier les acteurs intervenant toute la chaine de valeur « semences certifiées » aux niveaux local et régional. L’Union nationale des producteurs semenciers (UNPS-BF), le Service national des semences (SNS) et AGROPRODUCTION (une société de production et de distribution de semences) ont été impliqués dans l’élaboration du projet, en tant qu’acteurs principaux de ladite chaine de valeur au Burkina Faso.

A cette étape, les actions notées par les membres de la PI de Pouni se résument à l’implication de nouveaux acteurs dans la PI, notamment de nouveaux projets intervenant sur l’une ou l’autre chaine de valeur. C’est le cas d’un projet sur la promotion de cultures légumineuses (niébé et arachides) qui a pris le relais du projet de développement de la recherche et du développement des systèmes semenciers, en travaillant avec la même Plateforme (renforcée par les acteurs des chaines de valeurs transformation et consommateurs du niébé). Ce projet a permis un changement d’échelle, à travers la mise en place de nouvelles Plateformes autour du niébé et de l’arachide spécifiquement, dans d’autres communes de la Province du Sanguié. D’autre part, ce projet à mobiliser les acteurs intervenant dans les chaines de valeur desdites cultures au niveau de la province du Sanguié.

1.1.3. Désengagement du projet et autonomisation des acteurs locaux

Ce qui caractérise un projet, c’est sa durée déterminée comme l’a rappelé Toé, le secrétaire général de la Mairie de Pouni. Tout cycle de projet finit alors par prendre fin, mais néanmoins, la bonne continuité de la PI après la fin du projet est une préoccupation des femmes membres, selon Apian, leur représentante. A propos, selon Nagalo, la durée du projet n’a pas été suffisante vu les enjeux et défis. La fin du projet et son désengagement sont intervenus en mars 2015 (soit une durée de 4 ans), à un moment où les certains objectifs n’étaient pas pleinement atteints.

Par exemple, certaines actions n’avaient encore été réalisées, telle que la dissémination des tests de démonstration dans les autres villages et communes qui en demandent, la non création de boutiques de vente d’intrants promises par les sociétés semencières membres de la PI (N. J. Gué, 2019, p. 360). La nécessité d’assouplir plus les conditions d’octroi de crédits et des modalités de remboursement par les Caisses populaires membres et de continuer la validation de certains résultats des tests d’expérimentation et de renforcer les capacités de certains acteurs, etc., sont également des points en suspens Bationo, le secrétaire général de l’Union des producteurs de Pouni. Cela souligne bien la nécessité de réorienter les objectifs visés au départ.

Alors, pour garantir le bon fonctionnement et la durabilité des performances de la PI de Pouni (pertinence, efficacité, efficience, impacts, durabilité), après la fin du projet, des actions ont été alors initiées à travers la mise en place d’un comité de gestion de la plateforme post-projet.

Présidé par le secrétaire général de la Mairie, ce comité s’est doté d’un programme d’activités.

Grâce à ce programme d’activités, la PI de Pouni a bénéficié d’une collaboration avec l’INERA, à travers un autre Projet financé par le FONRID. Ce projet de promotion des chaines de valeur semences certifiées de niébé et d’arachide a permis un changement d’échelle à travers la mise en place d’autres plateformes dans deux autres communes voisines et au niveau de la Province du Sanguié. L’union départementale des producteurs de Pouni a bénéficié d’un financement d’un projet de développement ayant permis de construire un magasin pour le stockage des grains et semences de niébé et autres denrées.

2. Conclusion

L’objectif de notre étude était d’analyser le processus de mise en place d’un plateforme multi-acteurs à partir du cas de Pouni. Cette plateforme a été mise en place par le projet de recherche et de développement des systèmes semenciers.
L’approche méthodologique a été bâtie autour du cadre d’analyse proposée par la sociologie de la Traduction. Notre choix s’explique par le fait qu’elle sied pour étudier une action collective en cours. La collecte des données a été faite auprès des membres de la PI et de personnes ressources non membres. Les techniques de collecte utilisées sont la recherche documentaire et l’enquête qualitative.

Les résultats montrent que la démarche de mise en place de la PI de Pouni a obéit au processus de la théorie de l’Acteur-réseau ou de la sociologie « traduction » et aux étapes du cadre de l’analyse décrit par M. Callon (1986, p. 195) et M. Callon et B. Latour (1991, p. 162), Akrich ; M. Callon, M., Latour, B. (2006, p. 99), allant de problématisation (qui consiste à déterminer les problèmes à résoudre collectivement), à l’attribution des rôles et des responsabilités aux structures ou groupes d’acteurs, à la mise en œuvre d’activités et enfin, la mobilisation des acteurs autour de leur action collective

Cependant, en analysant le cas de la PI mise en place à Pouni, les membres enquêtés ont montré l’intérêt de prendre la phase de désengagement (qui peut s’intégrer dans la phase de mobilisation des acteurs) des projets de recherche-action dont les durées sont toujours déterminées. Cela est important si l’on veut garantir la durabilité des acquis engrangés. L’intégration de ces aspects par le projet à Pouni a permis à la PI d’avoir un partenariat avec un autre projet et des infrastructures de stockage et de vente des semences de niébé.

Dr GUE Nessenindoa Julienne, sociologue
Adresse : guejulienne@yahoo.fr ou guejulie@gmail.com
Affiliation : Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA)


3. Références bibliographiques

A.A. Adekunle and A.O. Fatunbi, 2012 : « Approaches for Setting-up Multi-Stakeholder Platforms for Agricultural Research and Development » in World Applied Sciences Journal 16 (7) : pp. 981-988, ISSN 1818-4952
Akrich ; M.. Callon, M., Latour, B. 2006 : Sociologie de la traduction, Presse de l’école des Mines, 303p.

Callon M., 1986 : « Éléments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles St-Jacques et des marins-pêcheurs dans la baie de St Brieuc », L’Année sociologique, n°36 ; pp 169-208

Callon, M. et Latour, B. 1991 : « La théorie de l’Acteur-Réseau », dans : Thierry Burger-Helmchen éd., Les Grands Auteurs en Management de l’innovation et de la créativité. Caen, EMS Editions, « Grands auteurs », p. 157-178 ».

CORAF, 2012. Recherche Agricole Intégrée pour le Développement (IAR4D) : Système d’Innovation : Plateformes d’Innovation (PI) de la Chaine de Valeur Agricole , 12 p

Dangbégnon, C., Mando A., I.Y. Amapu, G. Ezui, J. Ayoola, K. Ajala, B.D. Tarfa, C.K. Daudu 2010 : Strategic narratives on the establishment and facilitation of innovation platforms in the northern guinea savannah, NGS/KKM RESEARCH REPORT N0. 02 ;

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Gué, N, J. (2019) : Plateforme multi-acteurs et système d’innovation agricole : étude de cas sur le système semencier dans la commune de Pouni au Burkina Faso ; Thèse de Doctorat unique de sociologie ; Université Joseph Ki-Zerbo ; 369 p.

Hawkins, R., W. Heemskerk, R. Booth, J. Daane, A. Maatman and A. A. Adekunle, 2009 : Recherche Agricole Intégrée pour le Développement. Une note conceptuelle pour le Forum Africain de Recherche Agricole (FARA) Challenge Programme pour l’Afrique sub‐Saharienne (SSA‐CP) FARA, Accra, Ghana, 92 pp
Toé J. B. et Pouahoukiga A. E., 2009. Etude comparative des méthodes de vulgarisation à grande échelle au Burkina Faso. Rapport final. 131p.

Traoré-Gué J. N., Sankara E., Ouattara B., Webster T., Carberry P., 2014 : « La Plateforme multi-acteurs d’innovations comme un outil de valorisation des résultats de la recherche et de l’innovation : expérience autour de la chaîne de valeur « semences améliorées » au Burkina Faso, in Revue Science et technique : Lettres, Sciences sociales et humaines ; Spécial hors-série n° 1, Mai 2014 p 297-318
Vall, E. Chia, E. Blanchard, M. Koutou, M. Coulibaly, K. Andrieu. N. 2016. La co-conception en partenariat de systèmes agricoles innovants. Cah. Agric. 25 : 15001.
Vodouhè G. T, 2013 : Analyse de la performance de la plateforme « Production et Multiplication des semences de niébé » pour la sécurité alimentaire dans le département du Couffo au Sud-Bénin ; Mémoire de DEA ; Université d’Abomey-Calavi ; Bénin 96 pages

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Université Norbert Zongo : Élie Corneille Dakuyo, premier docteur en psychologie de l’orientation et du travail
Soutenance de thèse de doctorat : Herman Nacambo scrute l’institutionnalisation de la lutte contre la corruption au Burkina
Soutenance de thèse de doctorat : Gustave Ilboudo analyse le « Dakiire » ou la parenté à plaisanterie
Soutenance de thèse : Ousseni Ouédraogo analyse le « Wedbindé », une danse du Centre-Nord
Thèse de doctorat en sociologie : Yisso Fidèle Bacyé scrute « l’intimité » des ménages à Ouagadougou
Soutenance de Master : Dimitri Ouédraogo scrute la question d’« autorégulation et la professionnalisation des médias en ligne au Burkina »
Recherche scientifique et innovation au Burkina : Les chercheurs proposent des solutions pour le développement de chaque domaine
Thèse de doctorat : Bakary Tarnagda recommande la promotion et la valorisation du « babenda »
Soutenance de mémoire : Maïmounata Keré analyse le travail de deuil et le stress post-traumatique chez des déplacées internes
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