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Présidentielle 2005 : "Pourquoi Blaise Compaoré ne peut être candidat"

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Présidentielle 2005 • • jeudi 29 septembre 2005 à 08h23min

Dans cette déclaration sur la tenue de l’élection du 13 novembre 2005, le Rassemblement patriotique du Faso (RPF) s’oppose à la candidature de Blaise Compaoré. Il en donne les raisons.

Le Burkina Faso, pour tous ceux qui se permettent d’être avisés, traverse une très grave crise liée à la souveraineté de sa population, à la gestion des biens de la communauté et aux rapports qu’il entretient avec le reste du monde.

Parmi ces personnes qui, pour des raisons de réel patriotisme, ne s’abreuvent pas des intoxications de tous ordres tendant à faire croire que tout va bien au Faso et pour le Faso, se trouvent les militants et fondateurs du Rassemblement Patriotique du Faso (RPF).
Engagés, déterminés à construire un Burkina démocratique et radieux, nous avons longtemps médité avant de choisir de nous regrouper au sein de ce parti pour mieux bâtir nos idées et combattre les tares qui, au fil des ans, s’anoblissent dans notre pays.

Cette profonde méditation n’a pas été inspirée par la peur, le désintéressement, ou par des hésitations d’indécis, mais tout simplement par la confiance que nous avions osé donner au temps et aux hommes qui sont à la tête des institutions de notre pays. Le temps, ce même temps, nous a, par la suite, fait voir à quel point ces hommes en qui nous avons cru pouvaient négliger les intérêts du peuple pour satisfaire les leurs.
Oui, « de profundis » nous sommes gravement déçus et réellement enragés. Cette rage se manifeste par le fait que nous sommes aujourd’hui persuadés que rien ne peut venir à bout de la déliquescence de la paix sociale dans notre pays, en dehors du changement à la tête des institutions de la République. Mais étant donné notre pragmatisme, nous disons que les semaines à venir seront les plus décisives, notamment dans la défense de la Constitution.

Nous le disons haut et fort, Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso depuis 18 ans, ne peut être candidat au prochain scrutin présidentiel.
La Constitution, c’est le pilier de notre démocratie, et la démocratie, c’est ce qui nous donne notre liberté, c’est ce qui permet à tous les Burkinabè de s’exprimer ; et c’est d’ailleurs ce que nous défendrons « avec griffes et crocs ».

Blaise Compaoré le sait pertinemment ; sa meute politique aussi, et c’est en cela qu’ils essaient de couver le bradage constitutionnel qu’ils préparent, avec des ébats de patriotisme et marches (excusez le plagia) de tontons, tanties et croûtons qui s’exhibent depuis quelques mois pour dire que « Blaise Compaoré est le pétrole et le diamant du Burkina Faso ».

Vers une "lutte de libération intégrale"

Faisons-nous un peu plus d’intelligence et remarquons juste que tout ceux-là qui s’écrient quotidiennement pour la candidature de Blaise Compaoré ne savent en rien comment est géré un pays, encore moins ce qu’est une constitution. S’ils contestent cela, alors, pudiquement, nous leur dirons que ce pays n’a pas besoin que s’installe une dictature nouvelle, empreinte d’une pseudo-démocratie, une démocratie de façade.

Nous voulons, par cette déclaration et par toutes les actions qui suivront et que nous mènerons dignement et de républicaine manière, attirer à la suite d’autres leaders politiques l’attention des Burkinabè et de la communauté internationale sur les dérives constatées depuis 18 ans et qui, davantage, s’installeront si Blaise Compaoré est réélu au soir du 13 novembre 2005. Nous poursuivons pour dire à leur intention que l’heure de la lutte de libération intégrale est proche, parce que le peuple a réellement souffert de la calamiteuse manière dont ce pays a été géré depuis 1987.

La Constitution que le peuple dans sa totalité a adoptée par référendum le 2 juin 1991 ne peut davantage être charcutée. Les axes majeurs de cette Constitution ont définitivement tracé la forme républicaine de l’Etat. Malheureusement, Blaise Compaoré ne veut pas « entendre oreille » ; il a, depuis, passé progressivement au sabre cette nature et forme républicaine de l’Etat : 1997, une révision constitutionnelle à la hâte ; l’article 37 introduisit alors le principe de candidature sans limitation de nombre. L’Assemblée nationale à l’époque permit « la possibilité d’une candidature à vie, d’une personnalisation du pouvoir ». Commentaire : tout cela remettait en cause la forme républicaine de l’Etat. L’hégémonie du CDP au sein du Parlement, en ce temps, permit à Blaise Compaoré de surseoir à la volonté populaire, à la souveraineté du peuple.

Mais c’était oublier que la nature de l’homme le rattrape, toujours !
Le quadruple assassinat de Sapouy et la crise y consécutive ont exigé que l’on crée un comité de sage, une journée nationale de pardon, etc. et exigèrent en 2000 le retour à l’esprit et à la lettre de l’article 37, version 1991.

Aujourd’hui, Blaise Compaoré et autres veulent nous faire comprendre (quoi de plus absurde) que ce retour en arrière ne l’empêche aucunement de se représenter. Alors comment le justifier ? Ou bien veulent-ils cracher à la figure des Burkinabè que c’était juste pour calmer une crise, une fureur populaire inquiétantes pour son honneur, son image et son fauteuil ? Veut-il, peut-être, comparer cette Constitution à un papier ?

Ah ! « Kuku Wazabanga, dis-nous exactement qu’à tous les prix, tu ne permettras pas que ta candidature sois invalidée, et que la loi ne doit en aucun cas s’opposer à ton éventuel troisième mandat, au nom du principe factice de la non-rétroactivité, consacré par de prétendus usages et droits ».

"Blaise Compaoré ne doit pas et ne peut pas se représenter"

En empruntant les expressions de cet illustre professeur que les mauvaises langues disent être allé pour Canossa, partant bien sûr de l’allégorie à partir de laquelle il transpose le Burkina à une république, « le Boungawa », et où Blaise Compaoré, chef de l’Etat, est représenté par le chef Kuku Wazabanga, nous poserons à nouveau les questions suivantes :
Kuku Wazabanga, est-ce toi réellement celui-la même que le peuple a désavoué, celui-là que la communauté internationale indexe comme le faiseur de crises dans la sous-région, celui qui brise les partis politiques, qui maintient le Burkina Faso dans sa position d’ « avant avant-dernier du monde », l’homme de tout ce qu’on sait depuis 1987, 1989, 1998 en passant par 1990 ?

Est-ce toi cet homme qui souhaite se représenter aujourd’hui à des élections ? « Kuku » , dis non à ta prochaine candidature et peut-être dirons nous un jour tous ensemble avec fierté : « Blaise Compaoré est une personnalité de la trempe de Nelson Mandela, Alpha Omar Konaré, JJ Rawlins... (la liste est longue) ».

Bref, les Burkinabè ont soif de paix et de démocratie véritables et il est de notre devoir à tous, dans la classe politique, d’oeuvrer à ce qu’ils n’en souffrent plus.

Nous ne serons pas heureux de conclure, sans pointer du doigt cette opposition qui est en train d’aller à cette élection (avec entrain gourmand). Si Blaise Compaoré maintient sa candidature, pour nous, il n’y a pas lieu qu’ils y aillent, sinon pour « légitimer sa candidature illégitime » et encourager la ruine de notre démocratie.
Ceux qui arguent qu’ils ne boycotteront pas cette élection parce qu’ils ont intérêt à se faire connaître ne doivent pas oublier qu’on ne boycotte pas des élections en restant chez soi devant la télévision. Le boycott nécessite autant une campagne qu’une candidature.

Que le peuple tout entier le sache et l’entende : voter cette année, si Blaise Compaoré se présente, c’est désavouer sa propre souveraineté.
Tout en espérant une meilleure lisibilité de la scène politique à la veille des élections, nous invitons tous les citoyens de ce pays à écouter cette nouvelle voix pleine d’espoir, la voix du RPF.
Ouagadougou, le 23 septembre 2005

Pour le RPF,Le Président

Le Pays

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