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Toussaint Abel Coulibaly (CFR) : "Dans les jours à venir, nous allons prendre nos responsabilités"

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Présidentielle 2005 • • lundi 26 septembre 2005 à 07h45min

Toussaint A.Coulibaly, président du groupe parlementaire CFR

La rumeur s’est fait persistante ces derniers temps sur un possible divorce du groupe CFR d’avec le PAI de Soumane Touré au point qu’on ne vendait plus cher la peau du groupe parlementaire de la Convention des Forces Républicaines (CFR). Pour en avoir le cœur net, l’Hebdomadaire du Burkina a rencontré le député Toussaint Abel Coulibaly, président du groupe.

Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le député Coulibaly se veut catégorique sur la candidature de Soumane Touré à la prochaine présidentielle : elle ne correspond pas à la vision du groupe. Il est aussi très critique vis-à-vis du soutien que l’ADF-RDA apporte à la candidature du président Blaise Compaoré.

L‘Heddomadaire du Burkina (HB) : Monsieur le président comment se porte le groupe Convention des Forces Républicaines (CFR) à la veille de la rentrée parlementaire de septembre 2005 ?

Toussaint Abel Coulibaly (T.A.C) : Merci je peux dire que le groupe CFR se porte tant bien que mal. Je dis cela par rapport à la complexité du groupe. Cette complexité est connue de tous depuis le début de la législature mais c’est encore plus compliqué ces derniers temps. Mais nous essayons de le gérer comme nous le pouvons pour stabiliser les choses.

La candidature de Monsieur Soumane Touré y est-elle pour quelque chose ?
Evidemment parce que ce qui nous a réuni au sein du groupe, c’est qu’il y a des députés qui sont de la majorité présidentielle et il y a d’autres qui se réclament de la majorité parlementaire. Celle-ci était matérialisée par la participation du PAI au gouvernement. De ce fait, c’était encore plus facile à gérer. Mais avec la candidature d’un des membres du groupe à la présidentielle du 13 novembre 2005 ça devient plus compliqué à gérer parce que non seulement le PAI ne fait plus partie du gouvernement donc ne peut plus se réclamer de la qualité de majorité parlementaire mais n’étant pas non plus de la majorité présidentielle, ça devient une équation à plusieurs inconnues. Je crois donc que la candidature de Soumane Touré pose effectivement un problème que nous nous devons chercher à résoudre si nous voulons que le groupe fonctionne selon la ligne politique qui régit sa vie.

Avez vous vu venir cette candidature de Soumane Touré ?

Je ne peux pas dire que je l’ai senti venir. C’est vrai que nous n’étions pas toujours sur les mêmes longueurs d’onde, mais delà à présenter un candidat à la présidentielle je ne l’ai pas du tout vu venir même s’il y a une certaine liberté accordée aux partis membres du groupe. Si vous avez constaté nous avons été le groupe le plus tolérant à l’Assemblée nationale. Il y a des déclarations qui ont été faites justement par le PAI au cours de certaines séances plénières pendant que le règlement de l’Assemblée est formel sur les interventions. Celles-ci doivent être faites au nom du député ou au nom de son groupe parlementaire. Malgré la violation de ce principe par les députés PAI, nous avons toujours été tolérants, mais je crois que nous avons atteint un seuil où il va falloir trancher. Je crois que nous ne pouvons plus continuer dans cette ambiguïté parce que la tolérance ne doit pas non plus être synonyme de faiblesse.

L’explosion tant redoutée est-elle finalement arrivée ?

Explosion ? Je n’utiliserai pas ce terme parce que cela équivaudrait à dire que nous allons nous quitter sur des désaccords profonds ou en queue de poisson. Or s’il y a à se quitter, c’est la logique qui le commanderait parce que nous ne pouvons plus faire chemin ensemble. Tout homme politique averti doit savoir que ce qui a eu cours au sein du gouvernement doit avoir des répercutions à l’Assemblée nationale.

Du reste nous qui sommes de la mouvance présidentielle, nous étions moins représentés au gouvernement que le PAI qui se réclamait de la majorité parlementaire. Là aussi c’est une injustice que nous avons acceptée pour la bonne marche du groupe. Nous n’avons rien revendiqué. Mais je crois qu’à certains moments il faut savoir prendre ses responsabilités. Nous allons analyser la situation dans les jours à venir afin de prendre nos responsabilités en rapport avec la situation.

Il est également question de l’arrivée imminente de certains ténors du PAI au sein de l’UPR. Qu’en est-il exactement ?

Moi aussi j’ai entendu ces rumeurs. Mais jusqu’à preuve du contraire personne ne m’a saisi ni en tant que président de l’UPR ni en qualité de premier responsable du groupe CFR pour me parler d’une éventuelle adhésion.

Si ça devait arriver quelle sera votre réaction ?

Tout parti se créant dans l’intention de grandir, si ça devait arriver nous analyserons. Mais rassurez-vous, nous n’enregistrerons jamais d’adhésion suicidaire pour le parti.

Pendant que le PAI qui est de la mouvance présente un candidat, l’ADF-RDA bien qu’étant de l’opposition soutient la candidature de Blaise Compaoré quel est votre commentaire ?

Je ne veux pas apporter de jugement de valeur mais ce que je tiens à dire, c’est que ces derniers temps vous avez un imbroglio difficile à décrypter. Je crois que même les fins tacticiens n’ont pas trouvé d’explication à cette nouvelle donne. En ce qui nous concerne nous sommes constants. Il nous est reproché aujourd’hui d’avoir crié trop tôt notre soutien au président Blaise Compaoré.

On nous aurait suggéré de laisser planer le doute peut-être pour être courtisés. Mais nous, nous estimons que le marchandage en politique ne peut pas durer longtemps. Il y a une période pour marchander, mais cela ne peut pas durer éternellement. On ne peut pas non plus faire des volte-face éternellement. A un moment donné on peut circonstantiellement résoudre un problème en prenant telle ou telle position, mais la vie d’un parti ne doit pas être régie par des circonstances mais plutôt à partir d’une ligne sur le long terme parce que, l’improvisation paye rarement. Sans faire de jugement de valeur, nous ne comprenons pas ce qui a motivé la décision de l’ADF- RDA.

En attendant, nous respectons cette décision et nous ne pouvons qu’attendre de voir avec l’espoir que l’avenir ne donnera tort à personne.

Pensez-vous pouvoir travailler avec l’ADF-RDA pour assurer une victoire éclatante de votre candidat ?

Depuis que nous nous sommes créés en tant que UPR, nous avons toujours soutenu la politique du président Blaise Compaoré et il était évident que nous allons soutenir sa candidature. Du reste, nous l’avons fait avant l’ADF- RDA et de façon désintéressée. Sachez qu’en ce qui nous concerne, nous sommes sûrs d’apporter l’ensemble des voix de nos militants au candidat Blaise Compaoré. Cette garantie nous pouvons la donner et le président sait également que l’ensemble des militants de nos partis votera pour lui. Nous ne pouvons pas garantir cela pour les autres partis.

Est-ce qu’en réalité vous n’avez pas peur que l’ADF/RDA vous fasse ombrage aussi bien auprès du chef de l’Etat qu’au parlement ?

Personne ne peut nous faire ombrage parce que nous n’avons ni les mêmes visions ni les mêmes objectifs. Nous, nous évoluons dans une ligne qui est celle de soutenir le candidat Blaise Compaoré sans réserve et sans condition contrairement aux autres.

Je ne vois donc pas comment on peut nous faire ombrage. N’oubliez pas que nous ne sommes pas dans le même schéma, donc l’ADF-RDA ne peut pas nous faire ombrage. Sachez aussi que malgré son silence apparent, l’UPR travaille à apporter le maximum de voix à son candidat.

La mobilisation de nos militants va surprendre plus d’une personne. Ce que je pourrais dire et que j’ai déjà dit ailleurs c’est qu’il n’est jamais conseillé d’abandonner le poisson que l’on a en main pour rechercher celui qu’on a sous le pied parce que ce n’est pas évident d’attraper celui qu’on a sous le pied alors que le poisson qu’on a en main est déjà un acquis.

L’UPR est le poisson qui est entre les mains du pouvoir et je ne pense pas qu’on puisse prendre le risque d’abandonner ce poisson.

Et pour conclure cet entretien ?

En guise de conclusion, je veux dire aux hommes politiques burkinabè qu’il faut que nous soyons à la hauteur des attentes des populations parce que ce n’est pas responsable tout ce que nous lisons ces derniers temps à travers la presse. Nous avons constaté que certains hommes politiques sont opposants le jour et mouvanciers la nuit ou vice-versa. Il y en a même qui reçoivent des enveloppes.

Je puis vous assurer que pour nous qui sommes le premier parti de la majorité présidentielle et la quatrième force politique du pays, vous n’avez jamais entendu dire que nous avons reçu de l’argent pourtant nous soutenons depuis toujours l’action du gouvernement. Nous avons voté l’ensemble des budgets soumis à la sanction de la Représentation nationale. Il a fallu quelque part que ce gouvernement soit toujours là pour être soutenu aujourd’hui. Maintenant que le gouvernement a pu se maintenir et que les soutiens viennent de partout, cela nous va droit au cœur.

Les hommes politiques doivent se dire que les populations sont plus mûres qu’ils ne le croient. Aujourd’hui elles scrutent tous les actes des politiques. Si nous voulons que les taux d’abstention baissent, il faut que les hommes politiques soient conséquents envers eux-mêmes. Si vous êtes de l’opposition, vous le restez jusqu’au bout. Si vous êtes de la mouvance, vous le restez jusqu’au bout. C’est pourquoi, avant de déclarer qu’on est de gauche ou de droite, il faut savoir où se trouve sa gauche et où se trouve sa droite sinon on finit par perdre le Nord. Je pense qu’il y a trop d’hypocrisie dans le jeu politique.

J’invite les uns et les autres à clarifier le jeu en sachant prendre des décisions courageuses au lieu de vouloir mener les populations en bateau. En politique ce qui est le plus condamnable ce sont les hommes politiques qui mènent les populations en bateau et c’est ce qui fait qu’on finit par assimiler la politique au mensonge et aux retournements de vestes. Il faut donc rester constant dans ses convictions. Les hommes politiques doivent être plus conséquents envers eux-mêmes et plus honnêtes envers les populations car tout compte fait ce sont les mêmes qui retournent toujours leurs vestes. Il faut arrêter de prendre le peuple comme du bétail à vendre.

Larba YARO
L’Hebdo

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