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Situation nationale : « Reporter les élections créera plus de problèmes qu’il ne va en résoudre », selon le Mouvement international MROD/BF

Accueil > Actualités > Politique • LEFASO.NET • mercredi 24 juin 2020 à 21h20min
Situation nationale : « Reporter les élections créera plus de problèmes qu’il ne va en résoudre », selon le Mouvement international MROD/BF

Dans cette déclaration, le Mouvement de réflexion sur les opportunités de développement du Burkina Faso (MROD/BF) se prononce en faveur de la tenue des élections en novembre 2020. Pour l’organisation, le fait que le chef de l’Etat se soit rendu personnellement à Djibo, le 18 juin dernier, est un signal fort qui laisse penser qu’une stratégie sera élaborée afin de faire reculer le terrorisme, pour permettre à tous les Burkinabè de voter. Lisez plutôt !

Le MROD/BF est un think tank et un mouvement citoyen qui croit profondément que la qualité du débat public influence énormément la marche de notre nation. C’est pourquoi, dans le débat qui a cours actuellement sur l’organisation des élections présidentielle et législatives prévues pour novembre 2020, nous voudrons faire connaître notre position et enrichir la réflexion de nos concitoyens sur le sujet.

Nous sommes conscients de la situation combien difficile que notre pays traverse en ce moment : le Nord, le Centre-Nord et l’Est sont en proie à une insécurité prononcée ; le nombre de déplacés internes avoisine 800 000. Le nombre de Burkinabè en état de détresse humanitaire s’élève à 2 000 000. Les chiffres parlent d’eux-mêmes ; la situation est tellement préoccupante que beaucoup de citoyens et d’organisations se demandent s’il est opportun de tenir les élections présidentielle et législatives en novembre 2020 comme prévu. Une certaine opinion souhaite le report des élections au regard du contexte. Le MROD/BF, par contre, soutient le maintien des élections pour novembre 2020. Plusieurs raisons sous-tendent notre position.

En premier lieu, la tenue des élections constitue un facteur de légitimation de la gouvernance. Pour s’exercer convenablement, le pouvoir politique doit être légitime, c’est-à-dire qu’il doit reposer sur le consentement des gouvernés. Les suffrages exprimés lors des élections constituent la matérialisation de ce consentement, conférant ainsi aux gouvernants leur légitimité sans laquelle toute gouvernance paisible est compromise. L’autorité des gouvernants est déjà mise à mal dans notre pays. L’organisation des élections pourrait conforter la légitimité des gouvernants, assurant ainsi l’obéissance des gouvernés aux délibérations politiques.

Cette légitimation de l’autorité et des institutions est d’autant plus fondamentale qu’on ne peut relever aucun défi, y compris le défi sécuritaire, sans des institutions solides, crédibles et légitimes. Les institutions font vivre la nation. Elles constituent les membres du corps national. Sacrifier nos institutions en espérant remporter la guerre contre le terrorisme est une contradiction flagrante. Puisque c’est autour des institutions que s’organise même la riposte contre le terrorisme. Renvoyer l’organisation des élections aux calendes grecques, c’est affaiblir considérablement nos institutions. Affaiblir nos institutions, c’est nous amputer nous-mêmes de nos bras et de nos pieds. Sans bras ni pieds, nous ne pouvons pas nous mettre en ordre de bataille ni contre le terrorisme, ni contre les autres maux qui minent notre société. 

En second lieu, un des arguments avancés par certaines organisations qui militent en faveur du report des élections est que certains citoyens burkinabè, notamment ceux issus des zones les plus affectées par les attaques terroristes ne pourront probablement pas voter en novembre prochain. Pour ces organisations, cela contredit l’esprit du suffrage universel. Sur ce point, le Mouvement international MROD/BF invite les autorités habilitées à saisir le Conseil constitutionnel à l’effet de lever toute équivoque en se prononçant sur la validité juridique des élections organisées sur une partie du territoire burkinabè en raison de la contrainte terroriste. Une auto-saisine du juge constitutionnel, conformément à l’article 157, alinéa 3 de la Constitution serait opportune.

Aussi, nous rappelons que le 18 juin dernier, le chef de l’Etat s’est personnellement rendu à Djibo. N’est-ce pas là un signal fort qui laisse clairement penser qu’une stratégie sera élaborée afin de faire reculer le terrorisme dans ces zones et par conséquent permettre à ces populations de voter ?

En troisième lieu, mettre en place une transition politique en lieu et place d’un régime élu ouvrirait devant nous un boulevard d’incertitudes. La transition durera combien de temps ? Autant de temps que perdureront les attaques terroristes ? Cela est loin d’être réaliste. Un tel organe de transition risque très fortement de naviguer à vue car son mandat repose sur mille et une incertitudes. Dans le Burkina d’aujourd’hui, les autorités qui ont acquis la légitimité de leur pouvoir par les urnes font face à une grande pression populaire et souvent à de l’incivisme. Combien grande sera cette pression sur des autorités qui arriveront au pouvoir sans passer par les urnes ? 

Il est évident pour le MROD/BF que si jamais la situation sécuritaire se dégrade au plus haut point-chose que nous ne souhaitons pas- le pari des élections ne pourrait être tenu. C’est-à-dire que pour nous, il ne s’agit pas d’aller aux élections aveuglement, coûte que coûte, vaille que vaille, comme si on allait à l’abattoir mais d’aller à ces élections avec les ingrédients qui nous permettront de les réussir. Ainsi, si d’un côté, notre mouvement soutient la tenue des élections en novembre 2020, d’un autre coté nous invitons les différents acteurs à jouer chacun son rôle de façon efficace et efficiente.

A ce propos, nous interpellons les partis politiques sur la nécessité, durant les campagnes électorales prochaines, d’aller au-delà des questions de personnes pour aborder les questions de fond. Leur responsabilité est de présenter aux Burkinabè des projets de société qui s’articulent autour des véritables aspirations des populations en proposant par exemple des stratégies cohérentes, consistantes et conséquentes sur la lutte contre le terrorisme, la gestion des déplacés internes pour ne citer que ces éléments-là. L’heure est déjà grave ; La politique politicienne doit être mise de côté afin de s’attaquer aux grands enjeux nationaux et préserver l’essentiel.

Nous plaçons notre confiance en la CENI (Commission électorale nationale indépendante) qui déploie des efforts en vue de l’enrôlement de tous les citoyens en âge de voter. En s’appuyant sur les compétences dont elle regorge et de l’accompagnement des Forces de défense et de sécurité, elle peut gagner le pari d’enrôler les populations des zones les plus affectées par le terrorisme sans oublier les déplacés internes. Face à l’intention non dissimulée de certaines personnes ou organisations de recourir à la fraude électorale pour gagner plus de voix, nous invitons la CENI à tout mettre en œuvre pour contrecarrer ces basses manœuvres dignes d’une autre époque.

Quant aux populations, notamment les jeunes et les femmes, le Mouvement les appelle, d’ores et déjà, non seulement à s’enrôler sur le fichier électoral, mais également à faire preuve d’esprit critique et de vote éclairé au moment opportun. Le vote est l’arme citoyenne par excellence, c’est l’expression même du pouvoir citoyen.

En somme, reporter les élections créera plus de problèmes qu’il ne va en résoudre.

En revanche, réussir l’organisation de ces élections sera en soi une victoire du peuple et des institutions burkinabè sur l’hydre terroriste, un signal fort qui démontrera aux forces du mal que le Faso reste debout malgré tout, prêt à continuer à défendre âprement ses populations, son territoire, ses institutions.

Pour le Mouvement international MROD/BF, les initiateurs Alfred B. SAWADOGO et Moubarak ZOURE
Mouvement de Réflexion sur les Opportunités de Développement du Burkina Faso
Adresse mail : info@mrodbf.org

Fait à Ouagadougou, le 21/06/2020

Vos commentaires

  • Le 24 juin à 20:33, par Emmanuel DAYAMBA En réponse à : Situation nationale : « Reporter les élections créera plus de problèmes qu’il ne va en résoudre », selon le Mouvement international MROD/BF

    Belle analyse ! Tout est résumé dans la conclusion : "Réussir l’organisation de ces élections sera en soi une victoire du peuple et des institutions burkinabè sur l’hydre terroriste, un signal fort qui démontrera aux forces du mal que le Faso reste debout malgré tout, prêt à continuer à défendre âprement ses populations, son territoire, ses institutions."

    Répondre à ce message

  • Le 25 juin à 08:49, par SAWADOGO En réponse à : Situation nationale : « Reporter les élections créera plus de problèmes qu’il ne va en résoudre », selon le Mouvement international MROD/BF

    Très pertinent, sans une institution légitimée le pouvoir en place ne sera pas suffisamment autoritaire pour relever les défis que rencontre notre pays. Merci pour cette analyse

    Répondre à ce message

  • Le 25 juin à 13:38, par Sacksida En réponse à : Situation nationale : « Reporter les élections créera plus de problèmes qu’il ne va en résoudre », selon le Mouvement international MROD/BF

    D’abord, je ne suis d’aucun parti politique, tout au plus l’on pourrais me classer parmis les militants de la societe civile de gauche. Personne n’est contre l’organisation des elections meme si elles sont bourgeoises, car on va injecter plus d’une centaine milliards de francs Cfa ; or que notre peuple subit tres durement la pauperisation et de surcroit bien sur le terrorisme. Alors, quelle possibilite pour que l’Etat continue de fonctionner en cas de report de ces elections qui seront partiels de fait car la CENI est tout a fait incapable d’aller sur tout le territoire nationale. Je suis de ceux qui pensent en tout cas q’un "Dialogue National" impliquant les forces vives pourrait etre une solution pour instituer une Transition politique et democratique de deux ou trois ans maximum avec une feuille de route pour la "Stabilisation et la Pacification" de l’espace nationale afin d’avoir des elections inclusives et democratiques pour tout le peuple Burkinabe. Sinon, l’exemple de notre voisin Malien est eloquent de la dangerosite bien sur des elections dans ces conditions d’inquietudes et de craintes quant a la liberte des candidats de battre une campagne inclusive et sur tout le territoire. En tout etat de cause, la vie des populations et leurs epanouissement est au dessus des elections et dont le systeme electorale nous est impose de l’exterieur. Alors que des competences nationales peuvent contribuer a un systeme electorale moins couteux ; comme celui du Rwanda ou le cout des elections tout aussi democratique ne font pas plus de 5 milliards maximum. Thomas Sankara nous disait : " Il ne peut y avoir de salut pour nos peuples que si nous tournons radicalement le dos a tous les modeles que tous les charlatants de meme acabits ont essaye de nous vendre des annees durant. Il ne saurait y avoir pour nous de salut en dehors de ce refus la. Pas de developpement en dehors de cette rupture". Salut

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