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COVID-19 : L’Afrique face à la COVID-19, un continent méconnu

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Coronavirus • Point de vue • mercredi 24 juin 2020 à 21h58min
COVID-19 : L’Afrique face à la COVID-19, un continent méconnu

Dans cette tribune, Dr. Solomon Zewdu, Directeur adjoint du Programme de Développement mondial pour l’Afrique de la Fondation Bill et Mélinda Gates, met en lumière les trois leçons fondamentales que le monde peut tirer du parcours de l’Afrique face à la pandémie.

Il y a deux mois, lorsque le pic de la pandémie a été atteint en Chine avant de gagner les États-Unis et l’Europe occidentale, les épidémiologistes ont tenté de prédire le prochain épicentre de la COVID-19. Beaucoup pensaient que l’Afrique serait la prochaine zone à haut risque, mais lorsque la COVID-19 a finalement fait son apparition sur le continent, la plupart des prédictions les plus pessimistes ont été déjouées.

Le continent est aujourd’hui le moins touché au monde selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), avec moins de 5% des cas signalés et moins de 1% des décès, alors qu’il représente 17% de la population mondiale (en revanche, les États-Unis représentent 4 % de la population mondiale, mais ont enregistré 25% des décès dus à la COVID-19).

Il est évident que la pandémie est toujours présente et que les choses évoluent de jour en jour, mais les prédictions qui ont si manifestement manqué la cible ont laissé perplexes les modélisateurs et les spécialistes de la santé publique. Pourquoi l’Afrique a-t-elle connu une pandémie beaucoup plus modérée qu’ailleurs ?

De nombreuses théories ont été proposées. Certaines évoquent la relative jeunesse du continent africain : alors que près de 95% des décès liés à la COVID-19 en Europe concernent les plus de 60 ans, l’âge médian en Afrique n’est que de 19 ans et 60% du continent a moins de 25 ans. D’autres suggèrent que le faible nombre de cas en Afrique n’est qu’un mirage, et que les véritables données ne sont pas visibles en raison des faibles capacités de dépistage et de suivi de la mortalité. Cet argument sous-entend qu’il y a beaucoup de choses que nous ignorons encore.

Voici comment je perçois la question : ce que nous ne savons pas sur l’Afrique et sur la COVID-19 est beaucoup moins important que ce que nous en savons. Car ce que nous savons est fondamental et précieux, et a sans doute contribué à la réussite globale de l’Afrique dans la lutte contre cette maladie.

Par exemple, nous savons qu’en janvier, tandis que de nombreux pays occidentaux hésitaient encore, l’Éthiopie avait commencé un dépistage intensif à l’aéroport d’Addis-Abeba. Nous savons également que le CDC Afrique avait mis en place son groupe de travail COVID-19 le 5 février, bien avant que le continent ne recense un seul cas. Le Rwanda a été le premier pays africain à décréter le confinement de sa population le 21 mars, suivi de peu par d’autres pays africains : l’Afrique du Sud a procédé à un confinement total alors même que le pays ne comptait que 400 cas et deux décès (avec une population de même taille, l’Italie comptait plus de 9 000 cas et 400 décès lorsqu’elle est passée à l’action).

En bref, quand la menace de la COVID-19 est survenue, la quasi-totalité des 55 nations du continent africain a agi rapidement pour enrayer sa propagation. Elles l’ont fait malgré un risque économique important — plus de 80 % de la population africaine travaille dans le secteur informel et dépend de ses revenus quotidiens — et avec des ressources nettement plus limitées qu’aux États-Unis et en l’Europe. De plus, puisque ces régions ont dû se focaliser sur leurs propres crises, l’Afrique a, majoritairement réagi seule.

Les chefs d’État africains ont beaucoup de mérite, mais cette réponse rapide et efficace n’a été possible que grâce au soutien et au sacrifice des populations. Des dizaines de milliers d’agents de santé se sont déployés, prenant les températures et dépistant la maladie. Des laboratoires de recherche et des entreprises de toutes tailles se sont mis à l’œuvre. Au Sénégal, des scientifiques ont mis au point un kit de dépistage de la COVID-19 à 1 $ et réalisé des respirateurs par impression 3D. Au Nigeria, des tailleurs ont confectionné des masques et des équipements de protection individuelle (EPI).

Bien entendu, des millions de citoyens ordinaires africains ont également fait leur part. Beaucoup sont restés chez eux, interrompant ainsi le rythme normal de leur vie, au prix d’un grand sacrifice personnel. Certains ont dû se battre pour faire renouveler leurs ordonnances ou recevoir des soins de routine. D’autres se sont retrouvés sans emploi ni revenu. Mais le continent a jusque-là réussi à éviter le désastre dans une large mesure.

À mon avis, le monde peut tirer trois leçons de ce parcours remarquable.
La première est évidente ; les mesures de dépistage, de suivi et de distanciation sociale sont efficaces, surtout lorsqu’elles sont appliquées rapidement. Il est communément admis que le confinement total de l’Afrique du Sud a fait gagner un temps précieux pour préparer les systèmes de santé et aplatir la courbe de la COVID-19.

La deuxième leçon concerne le passé récent de l’Afrique, notamment autour de l’expérience dans la lutte contre d’autres épidémies. La Sierra Leone et le Liberia, par exemple, se sont servis des leçons tirées de l’épidémie d’Ebola de 2014 sur la mise en place de réseaux de recherche de contacts afin de suivre la courbe de la COVID-19. Ailleurs sur le continent, des interventions non pharmaceutiques ont été adoptées malgré la pénurie d’EPI, ce que les pays occidentaux ont mis du temps à faire.

La troisième et dernière leçon à tirer est que l’Afrique a montré au reste du monde une réalité forte et paradoxale : les nations n’ont pas nécessairement besoin d’être riches pour rester en bonne santé. Il est vrai qu’une économie forte contribue à construire un système de santé solide. Mais des politiques intelligentes, des mesures rapides, des professionnels de santé et des communautés engagés sont tout aussi importants.

Toutefois, l’heure n’est pas à la complaisance. Les chiffres augmentent et cela pourrait durer un certain temps avant qu’un vaccin sûr et efficace ne soit mis au point et largement distribué. L’histoire de cette pandémie est loin d’être terminée, les dirigeants et les citoyens africains doivent donc poursuivre sur la voie de la protection des vies tout en reconstruisant les économies. Néanmoins, les performances du continent jusque-là constituent une lueur d’espoir, et méritent ainsi la reconnaissance du monde entier.

Dr. Solomon Zewdu
Directeur adjoint du Programme de Développement mondial pour l’Éthiopie et l’Afrique
Fondation Bill & Melinda Gates

Vos commentaires

  • Le 24 juin 2020 à 16:40, par Laafi-nooma En réponse à : COVID-19 : L’Afrique face à la COVID-19, un continent méconnu

    Il y a un facteur qui a joué en faveur de l’Afrique et que vous ne mentionnez pas : l’Afrique a eu LA CHANCE que la covid19 a commencé et s’est propagée ailleurs avant d’arriver en Afrique. Cela a permis aux autorités politiques et sanitaires des pays africains et même les citoyens lambda de connaître par avance, non seulement la dangerosité de la maladie, mais aussi les méthodes de riposte. Je vous assure que si la covid19 était né en Afrique avant de se propager ailleurs, elle aurait fait d’immenses dégâts. Pire, l’Afrique n’aurait très probablement pas été la première a développer toutes ces méthodes de riposte, sinon qu’elle aurait attendu de recevoir les solutions d’ailleurs.

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  • Le 24 juin 2020 à 17:35, par triste En réponse à : COVID-19 : L’Afrique face à la COVID-19, un continent méconnu

    Malheureusement, le déconfinement trop rapide, et, surtout, le non respect de la distanciation physique font craindre le pire en Afrique. aujourd’hui, le nombre de cas augmente très vite comme au Ghana, Côte d’Ivoire, Afrique du Sud, Egypte, etc. Donc, soyons prudent et demandons à nos dirigeants de montrer le bon exemple avec port du masque, etc. Malheureusement, ce relâchement à ce niveau, fait que les populations pensent que l’épidémie est finie. Bref, les 3 leçons de ce Monsieur sont en trompe l’oeil et c’est bien regrettable car la 4ème leçon est de ne pas se relâcher ! Et, la 5ème leçon est que les donneurs de leçons de ces docteurs, et autres experts devraient être plus modestes dans leurs propos que de la jouer en donneur de leçons ! Personne ne peut prédire où le Monde en sera d’ici la fin de cette année avec la COVID19.

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  • Le 24 juin 2020 à 22:58, par La vérité En réponse à : COVID-19 : L’Afrique face à la COVID-19, un continent méconnu

    Il faut surtout garder à l’esprit que la pandémie est toujours là et nous ne devons pas relâcher les mesures barrières. Dieu a protégé l’Afrique pour montrer à toute l’humanité que ce ne sont pas forcément nos moyens qui nous sauvent la vie. Les maladies ne sont toutes physiques mais d’autres ont des origines démoniaques et Dieu ayant vu que nous n’avons que lui comme recours a atténué l’impact. Je ne suis pas entrain de dire qu’il ne faut pas développer nos hôpitaux aux standards internationaux. Je veux simplement dire que ce ne sont pas forcément les richesses d’un homme qui lui procurent la vie. Malheureusement ce monde a tendance à mettre Dieu de côté or il y a une dimension spirituelle qui impacte la vie physique.

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  • Le 25 juin 2020 à 03:44, par OPINION PLURIELLE En réponse à : COVID-19 : L’Afrique face à la COVID-19, un continent méconnu

    C’est la TRES HAUTE TECHNOLOGIE EN SANTE DES AUTRES comme ils la pretendent qui soignait les africains avant son TRISTE
    contact avec ces autres ?
    Quand vous aurez la reponse à cette question et que vous allez apprendre à comprendre que DIEU, le DIEU des africains n’est pas celui des autres, quand vous allez reapprendre à vous reconnaitre en tant qu’africains, mais non des très très PALES COPIES d’occidentaux, alors et seulement alors vous aurez compris que les DIEUX africains ne dorment pas.
    Je ne perds point de vue que contre cette Afrique les prévisions du PIRE ne sont pas fortuites, mais des complots bien élaborés, bien pensés et ficelés en LABORATOIRES.
    NOS GUERISSEURS africains sont et de tous les temps se sont toujours preoccupés d’apporter la santé sans mercantilisme.
    Contrairement à leur slogan occidental "la santé n’a pas de prix" , celui-ci n’est pas valable chez les VRAIS AFRICAINS.
    Je ne parle pas des "PEAU NOIRE, MASQUES BLANCS" de Frantz FANON !

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  • Le 25 juin 2020 à 09:16, par Ouilebona Jean Jacques En réponse à : COVID-19 : L’Afrique face à la COVID-19, un continent méconnu

    Il est vrai que l’Afrique a eu la chance de ne pas avoir plusieurs cas de décès durant cette pandémie. Comme ce virus est toujours là et l’on a pas encore trouvé un vaccin contre cela, il est impératif de ne pas oublier les mesures de prévention, si nous voyons bien, certains pays africains ont procédés au déconfinement, mais hélas que au moment de ce déconfinement, les populations ont vite oubliés les mesures de prévention et c’est vraiment dangereux. Donc, vraiment, il faut que les dirigeants essaient de mettre en place un système de suivi pour permettre aux populations de toujours respecter ces mesures de prévention. Merci !!!

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  • Le 25 juin 2020 à 10:02, par BOUBA En réponse à : COVID-19 : L’Afrique face à la COVID-19, un continent méconnu

    L’Afrique a eu sa part de confrontation avec le COVID 19, nous avons survécu aux prédiction fatalistes des "spécialistes" occidentaux. C’est à nous de tirer une leçon de cette expérience et non attendre un retour de l’occident, nous n’avons pas la même approche de la maladie qu’eux. Le COVID reste une maladie à craindre car peu connue, mais il y a un volet du COVID auquel on ne pense pas : c’est l’IMMUNITE COLLECTIVE. Elle est crainte, avec juste raison car il ne faudrait pas aussi se laisser aller et négliger cette nouvelle maladie, mais dans la réalité africaine ce n’est pas la première cause de mortalité. Le PALUDISME reste la première maladie dévastatrice en Afrique. Pour revenir à l’immunité collective, le COVID reste (heureusement) peu mortel sur notre continent par la grâce de DIEU, beaucoup de personne ont du faire la maladie sans s’en rendre compte, le bon coté c’est que nous vivons peut être déjà l’immunité collective sans s’en rendre compte. En résumé, tirons notre propre expérience de cette pandémie, au lieu de vivre la frayeur d’autres peuples vivant dans d’autres conditions. Nous avons nos réalités, nos forces nos faiblesses, nous avons aussi notre vécu du COVID, alors que nos chercheurs, nos scientifiques, nos spécialistes, nos responsables nous présentent des rapports propres à notre réalité africaine. Ce qui vient des spécialistes occidentaux ne sera basé que sur l’expérience occidentale. Voila pourquoi en fonction de leur système à eux, ils ont prévu l’hécatombe pour l’Afrique. Nous avons un défi à relever, c’est une occasion à saisir avec cette nouvelle maladie. Présentons nous sur l’échiquier mondial sans complexe à l’image de Madagascar qui même si leur solution reste à éprouver, elle a eu le mérite de faire une démarche afin de présenter une solution, au lieu d’attendre un geste des occidentaux. Cessons d’être d’éternels assistés. Ce n’est pas une histoire de moyen, c’est par la volonté que tout commence. Plus important, cessons de nous dénigrer nous même, car personne ne nous valorisera à notre place.

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