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Présidentielle 2005 : L’amertume des désillusions

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Présidentielle 2005 • • lundi 19 septembre 2005 à 07h06min

Un philosophe affirmait que bien que nous nous en défendions, nous avons tendance à nous conformer à l’idée que les autres ont de nous. Ce n’est pas tant leur exemple que nous suivons, mais plutôt le reflet de nous-même dans leurs yeux ainsi que l’écho de nous-même dans leurs paroles.

Rares d’hommes politiques dans ce pays se hasardent à vérifier le phénomène, à l’inclure comme donnée dans le cadre de leur combat.

Hormis le compte rendu qui en été fait, par certains journaux qui en furent, le voyage ou, pour dire vrai, la randonnée ivoirienne des leaders d’Alternance 2005, a suscité peu d’intérêt dans la classe politique burkinabè. Et l’on pourrait s’interroger : pourquoi ce cocktail politique qui se voulait suffisamment détonnant, est-il en train de se transformer en simple limonade pour enfants de choeur.

De plus en plus, les Burkinabè éprouvent le désir, voire le besoin, que l’on porte sous l’arbre à palabres de la démocratie tous les choix possibles qui peuvent s’offrir à eux. Le nombre faramineux des partis politiques l’atteste abondamment, et l’on pourrait croire à un effet de saturation.

Il reste aussi que ce n’est pas en manifestant du goût pour une fonction ni en se marginalisant par des effets d’annonce ou en évoquant des angoisses et des peurs que l’on se qualifie pour exercer une haute charge.

Que nous aura-t-on appris à l’issue du voyage puisqu’ainsi faut-il le nommer ? La recherche de la paix et, surtout, le retour de l’entente cordiale qui a depuis lié la Côte d’Ivoire au Burkina Faso. D’autre part, c’était la « campagne » avec les rencontres de la communauté. Les non-dits, dans ce cas, pourraient être nombreux, surtout qu’en politique, plus qu’ailleurs, les mots se vident toujours de leur sens. Ce n’est donc pas sans raison que certains hommes politiques évoluent dans un vieil univers de sous-entendus et de médisances.

On les comprend parfaitement, ceux-là qui prônent l’alternance avec eux ! L’optimisme en soi est une forme d’action qu’il faut valoriser mais, comme disent les bons marins, la taille de la bouée doit être proportionnée aux corps qu’il s’agit de mettre à flot. Or, qu’attendre, pour l’homme de la rue, d’hommes qui auront fait leurs preuves, d’une façon ou d’une autre ? L’histoire ne se refera pas en leur décernant des satisfecit rien que pour voir, présentement, se réaliser leurs rêves !

A ces petits constats est venu se greffer le sondage du CGD qui n’a pas fini de faire des vagues : c’est la rage avec laquelle certaines critiques sont faites, non pas sur l’existence même du sondage, mais sur ce qui est dit : l’électeur burkinabè comprend difficilement que la passion ne l’emporte pas sur la raison, et cela est fort dommage. Ce qui est le plus proche de la réalité.

D’ailleurs, pour des gens qui réfléchissent, ce serait ridicule, voire effrayant, de lire, d’entendre ou de voir quotidiennement que ceux qui sont au pouvoir dans le pays ont toujours raison et ne commettent jamais d’erreurs !
A présent que le spectre de certains échecs, qui pourraient être désastreux pour certains, se profile à l’horizon, on entend ressortir des tiroirs de vieilles recettes qui auront mis des mottes de beurre dans les épinards de certains opposants africains dans les années 90.

A la décharge cependant de ces derniers, rien n’était écrit et constitué pour les en empêcher. De nos jours, cette vision de voir la société policée par la rue ne serait-elle pas l’antithèse même de la démocratie ? On a évoqué ici et là la question de la désobéissance civile. Il n’est pas superflu d’en parler, en se référant à l’article 167 de la Constitution qui dit : « La source de toute légitimité découle de la présente Constitution. Tout pouvoir qui ne tire pas sa source de cette Constitution, notamment celui issu d’un coup d’Etat ou d’un putsch, est illégal. Dans ce cas, le droit à la désobéissance civile est reconnue à tous les citoyens. »

Un autre article pourrait intéresser les hommes politiques amateurs de sensations fortes, et il est bon de le savoir : il s’agit de l’article 30 de la Constitution qui dit : « Tout citoyen a le droit d’initier une action ou d’adhérer à une action collective sous forme de pétition contre des actes lésant le patrimoine public ; lésant les intérêts de communautés sociales ; portant atteinte à l’environnement ou au patrimoine culturel ou historique. »

Il est bon d’instruire les électeurs afin de ne point les laisser s’aventurer en compagnie de gourous en mal de notoriété. Ces barrières, comme on l’a vu, qui déterminent les limites à certains comportements, sont celles-là même qui les protègent, eux aussi. Du reste, ceux-là qui ont peur des échecs ont une possibilité qu’on pourrait même assimiler au courage : se retirer du libre marché des choix du 13 novembre.

A. Pazoté
Journal du jeudi

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