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Culture : « Les gens qui veulent m’épouser me disent d’arrêter la musique », dixit Kady Wendpouiré, artiste musicienne

Accueil > Actualités > Culture • LEFASO.NET • dimanche 10 mai 2020 à 22h10min
Culture : « Les gens qui veulent m’épouser me disent d’arrêter la musique », dixit Kady Wendpouiré, artiste musicienne

La musique et elle, c’est une histoire d’héritage. De son village à Ouagadougou, en passant par Manga, sa voix ne laisse personne indifférent. Elle, c’est l’artiste Kady Wendpouiré. Dans une interview qu’elle nous a accordée le mercredi 6 mai 2020, elle revient sur son parcours. Elle nous explique aussi pourquoi, jusque-là, elle n’est pas mariée. Ses prétendants lui demandent d’arrêter la musique. Pourtant, elle n’est pas prête à cela, quitte à rester célibataire.

Lefaso.net : Voulez-vous vous présenter aux internautes de Lefaso.net ?

Kady Wendpouiré : Je suis Kinda Wendpouiré à l’état civil. Mon nom d’artiste est « Kady Wendpouiré ». Je suis artiste musicienne.

Expliquez-nous comment vous avez choisi votre nom d’artiste.

Le nom « Kady », je le retiens du titre d’une chanson que j’ai faite en featuring avec Bamogo de Nobéré (un chansonnier traditionnel). En ce moment, j’étais très jeune. Les mélomanes m’ont collé ce nom. Je l’ai gardé. Pour mon nom d’artiste, j’ai ajouté le prénom que ma grand-mère m’a donné. C’est Wendpouiré qui veut dire « la part de Dieu ». Beaucoup d’artistes prennent des noms d’ailleurs. Moi, je me suis contentée du prénom que mes parents m’ont donné. Mon nom a un sens.

Comment êtes-vous arrivée à la musique ?

Je dirais que tout est entre les mains de Dieu. L’on peut vouloir faire quelque chose et à un moment donné, le destin décide autrement. Moi, je n’ai pas connu ma mère. Mais ma grand-mère était une chansonnière. Elle me mettait au dos et chantait. Les gens disaient que ma mère aussi chantait. Ma grand-mère aimait sa belle-fille à cause de ses qualités vocales. Elle pensait qu’elle pourrait l’accompagner de temps en temps. Finalement, c’est moi qui ai pris la relève. Je peux donc dire que c’est un héritage.

Comment ont été vos débuts dans l’art ?

Je chantais partout, même au champ. J’étais à la chorale aussi. C’est de mon village que je suis allée à Manga (ville située au Centre-Sud du Burkina) pour le collège. Je vivais avec mon oncle. Il était attaché culturel. Il s’occupait des troupes pour les différentes compétitions. J’ai continué à chanter à l’église. J’ai intégré par la suite la troupe Naaba Kiiba de Manga.

J’ai été une fois choriste à la Semaine régionale de la culture. Ce jour-là, Bamogo de Nobéré était là. Il était fasciné par ma voix. Il a donc décidé de demander un featuring avec moi à mon oncle. Je suis allée à Nobéré faire trois jours pour les répétitions. Nous sommes venus par la suite à Ouagadougou pour l’enregistrement en studio. C’était en 2007.

Jusque-là, quelles sont vos sorties discographiques ?

J’ai d’abord produit un maxi. Il s’intitulait « Michael ». J’ai deux albums. Le premier est titré « Benewendé ». Le deuxième et le dernier sorti est « Burkinpooka ». Burkinpooka veut dire que je suis une femme du Burkina Faso.

La musique comme métier, qu’est-ce que cela vous a rapporté ?

Je ne peux pas dire que je ne gagne pas dans la musique. Je rends grâce à Dieu. J’ai fait l’école et j’ai eu le Brevet d’études du premier cycle (BEPC). Je n’avais plus d’argent pour continuer les études. J’étais avec Bamogo de Nobéré. Un jour, j’ai demandé son autorisation pour évoluer en solo. Il a accepté et il m’a bénie. J’ai fait le choix. Mon inspiration vient naturellement. Dans la musique, on ne doit pas mettre l’argent devant. Il faut travailler. L’argent va venir après. Je travaille et je paie mon loyer, mes factures. Je fais des économies pour me produire.

Donc vous vivez uniquement que de la musique ?

Je ne fais rien d’autre que la musique. Mais je compte vendre des produits made in Burkina. Il s’agit de l’habillement avec des tissus burkinabè.

Vous avez du succès dans la musique. Vous venez également d’une ville réputée pour ses puissances mystiques. On dit que pour vous aussi, il y a anguille sous roche…

Bon, c’est Dieu qui fait tout. Quand je gagne de l’argent, je rends grâce à Dieu. Actuellement, je n’ai ni père, ni mère. Qui va s’occuper de moi si ce n’est pas Dieu ? On ne peut pas compter sur autrui.

Comment s’est faite votre rencontre avec Zougnazaguemda avec qui vous avez fait une collaboration ?

Quand j’étais avec Bamogo de Nobéré, les troupes se rencontraient. On se taquinait. C’est une relation de fille-père. Je lui rends visite de temps en temps. C’est notre devancier. Pour sortir mon premier maxi, je suis allée lui demander des conseils. Il m’en a donné également.

Il m’a donné une chose que je ne peux pas révéler. Pour la chanson « Yob wa ne belegré », c’était son œuvre. En fait, mon copain m’avait bastonnée. C’est inadmissible. Je lui ai donc demandé si je pouvais moderniser sa production. Il a accepté volontier. Dans la chanson, je dis qu’il n’y a pas de bastonnade dans l’amour.

Quels sont les soucis liés à la profession de la musique ?

Il y a des problèmes. Il y a des moments où la musique ne marche pas. En période de froid, ça ne fonctionne pas bien. En période de pluie également, c’est un peu dur. Mais grâce à Dieu, je n’ai jamais eu la honte. Il y a toujours des mariages.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Mon problème, c’est que je n’ai pas d’accompagnement. Je me débrouille seule. Je prie pour avoir une personne qui voudrait bien m’aider. Ce qui ne me plaît pas aussi, ce sont ceux qui disent qu’on ne peut pas s’occuper des femmes artistes. Pourtant, il y a une différence entre la vie d’artiste et la vie civile. Je veux bien que les gens fassent la différence. Que les gens ne voient pas d’un mauvais œil les artistes femmes.

Vous voulez parler des hommes… Dites-nous, êtes-vous un cœur à prendre ?

Les gens qui me croisent, qui veulent m’épouser me disent d’arrêter la musique. Je refuse. Il y a des commerçants, des El hadj. D’autres ont dit qu’ils sont musulmans et qu’ils ne peuvent pas laisser leur femme faire la musique. D’autres promettent tout, à condition que je laisse la musique.

J’ai décliné. Je ne vais pas flatter ma belle-mère que je vais lui donner des œufs alors que je n’en ponds pas. Si je laisse la musique, je ne serai pas heureuse. Même quand je suis seule, je ne m’ennuie pas. Je chante et je danse. Celui qui voudra m’épouser, et bien, ça sera avec ma musique.

Quel est l’impact du Covid-19 sur vos activités ?

Si cette maladie était un animal, je l’aurais écrasé. Il a tout bloqué. J’étais en Côte d’Ivoire. J’ai planifié mon programme pour les mois de mars et d’avril. Dès que je suis rentrée, ça a coïncidé avec la maladie. Tout est tombé à l’eau. J’avais engagé des dépenses. Je prie pour que la maladie disparaisse.

Beaucoup veulent faire la musique comme vous. Quels conseils avez-vous pour eux ?

Ceux qui ne peuvent pas, qu’ils ne viennent pas. Le travail n’est pas facile. Si tu n’as pas le courage, tu ne peux pas résister dans le métier. Il y en a, par un coup de tête, veulent devenir artiste. La musique est un héritage. Ceux qui peuvent faire l’école de musique, qu’ils y aillent. Que chacun réfléchisse bien avant de venir. Pour moi, c’est un héritage et je n’ai pas peur.

Quels sont les projets de Kady Wendpouiré ? Quels est son mot de fin ?
Pour le savoir, regardez la vidéo.

Dimitri OUEDRAOGO
Cryspin Laoundiki (caméra)
Mariam Sagnon (montage vidéo)
Bonaventure Paré (photo)

Lefaso.net

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