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Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (9)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Burkina Faso : chronique des années Compaoré • • samedi 17 septembre 2005 à 11h23min

Arsène Bongnessan Yé, ancien président de l’ADP

Il y a un Premier ministre qui est le chef du gouvernement du Burkina Faso. Il y a aussi une Assemblée des députés du peuple qui a été mise en place à la suite des élections législatives du 24 mai 1992.

107 députés ont été élus (dont seulement 6 femmes) ; le parti présidentiel, GDP/MT, va conquérir une large majorité avec 78 députés. Mais les leaders des autres partis n’entendent pas, pour autant, y faire de la figuration. Il est vrai que l’Assemblée burkinabè compte quelques grosses pointures politiques dont je vais faire le tour en mai 1993.

Le président de l’Assemblée nationale est Arsène Bongnessan Y é. Nous nous connaissons depuis de longues années quand il était coordonnateur national des structures décentralisées du Front populaire, homme de terrain et harangeur des foules ; sur son bureau trônaient alors les bustes de Karl Marx et de Lénine. Il préside également aux destinées de l’ODP/MT.

Il m’a raconté sa première difficulté de président (si l’on excepte le fait de devoir s’adonner désormais au classique costume-cravate) : "Vous savez que, traditionnellement, les députés de gauche doivent être à gauche, ceux de droite à droite et ceux du centre au centre. Cela a été ici très difficile. Ceux que moi, président de l’Assemblée, j’estimais être de droite, ont refusé de siéger à droite. Ils ont demandé à s’asseoir au centre. Et ceux que j’estimais de gauche m’ont dit .. "Non, on ne veut pas s’asseoir à gauche". Cela veut dire que personne ne veut être catalogué dans des concepts qui relèvent d’une autre civilisation et qui ne sont pas tellement des préoccupations de l ’heure à notre niveau de développement".

Je rencontre également les présidents des groupes parlementaires. Salifou Sawadogo pour l’GDP/MT : "Si ailleurs les conférences nationales ont envoyé au pouvoir des hommes sans expérience politique, la différence au Burkina est que les hommes au pouvoir sont des hommes d’expérience maîtrisant bien les problèmes", m’affirme Sawadogo.

Joseph Ki-Zerbo pour la CNPP/PSD. Ki-Zerbo est la figure majeure de la vie politique et intellectuelle du Burkina Faso ; professeur agrégé d’histoire, il a été de tous les combats politiques. "Là où il n y a pas d’opposition crédible, la démocratie elle-même n’est pas crédible, me confie-t-il. Le pouvoir à tendance à se perpétuer, à élargir son champ d’action. C’est humain [...] Ce qui veut dire instaurer des contre-pouvoirs. Mais ceux-ci sont rares en Afrique, c’est un créneau vide. Il y a absence de structures limitatives que sont, ailleurs, les Eglises, les intellectuels, les opérateurs économiques, les syndicats, les médias...".

Gérard Kango Ouédraogo pour le RDA ; c’est, lui aussi, un dinosaure politique. Il représente un des plus vieux partis africains. "Etant donné que nous avons dirigé ce pays, que nous savons ce que sont les responsabilités nationales, me dit-il, nous avons préféré contribuer à faire en sorte que la paix, la liberté et la tranquillité règnent dans le pays".

Issa Dominique Konaté pour les FDP. "Nous avons été, m’affirme-t-il, la première formation au sein du CNR à prôner l’option du capitalisme d’Etat. Nous pensions que chez nous l’Etat devait jouer un rôle d’impulsion, pas selon des méthodes dirigistes ou collectivistes, mais plutôt en mettant en oeuvre les règles et les lois du marché en tenant compte du niveau de développement de notre pays".

Amadou Michel Nana pour l’ADF ; c’est le suppléant de Hermann Yaméogo, ministre d’Etat. "Les idées peuvent être un peu différentes. Mais àforce de pousser à l’entente, on peut arriver à quelque chose de constructif", me dit-il.

Je profite de mon séjour à Ouaga, au sein de l’Assemblée des députés du peuple, pour rencontrer également les présidents de commission parlementaire : Cyril Goungouna (Finances, économie et plan) ; Claude Nurukyor Somda (Affaires étrangères et coopération) que j’ai croisé récemment à Dakar où il était décoré par le président Abdoulaye Wade à l’occasion de la Journée du Tirailleur ; Jean de Dieu Somda (Affaires sociales et culturelles) ; Issa Dominique Konaté (Affaires générales et institutionnelles), également président du groupe des FDP (cf supra) ; Mouhoun Barry (Défense nationale et sécurité), un vieux routier du parlementarisme qui a fait de la revalorisation des pensions des anciens combattants son cheval de bataille.

J’ai parcouru l’Afrique (et une partie du reste du monde) de long en large pendant plusieurs décennies. J’ai rarement rencontré une qualité d’hommes et d’idées comme au Burkina Faso. Ici, dans les années 1990, le travail parlementaire était un véritable travail. L’Assemblée des députés du peuple, ce n’était pas que quelques mots sur un fronton. C’était une réalité. Débat politique, discussion, réflexion, action. Sans fausse illusion.

Halidou Ouédraogo, président du Mouvement burkinabé des droits de l ’homme et des peuples, me le rappellait alors. "Nous sommes conscients que ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir sont ceux qui était à la tête de l’Etat d’exception. Ils se battent pour restaurer la démocratie. Nous leur faisons confiance mais nous les contrôlons de
façon constante pour que, ensemble, nous mettions en place un processus réellement démocratique".

Je rencontre également Barthélémy Toé, président de la Cour suprême qui, en tant que magistrat, a vécu des moments difficiles pendant l’Etat d’exception, le corps des magistrats ayant été remis en question par l’instauration des tribunaux militaires.

J’ai également des entretiens avec le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement. Juriste de formation, militaire de carrière, Kilimité Théodore Hien a été le patron des fameux (et redoutables) Comités de défense de la révolution (CDR), puis plusieurs fois ministre ; c’est lui, également, qui a présidé les assises nationales qui ont permis l’adoption du projet de constitution. "Nous sommes dans un monde de communication sans frontières. Nous en tirons les conséquences. Nous avons voulu donner la possibilité à l’homme de la rue d’accéder aux informations de RFI. Cela dédramatise bien des situations, plus personne ne susurre que RFI a affirmé ceci ou cela puisque désormais tout le monde peut capter cette radio".

Le Burkina Faso a, par ailleurs, été en pointe dans le secteur des radios privées avec le succès, dans ces années-là, de Horizon FM ; le réseau TV est élargi à l’ensemble des grandes villes du pays (jusqu’alors seule la capitale captait les émissions de la télévision nationale). En matière de presse, c’est également le foisonnement avec l’arrivée sur le marché de nouveaux titres (Le Pays, Le Journal du Jeudi, etc.) ou la renaissance de titres plus anciens (L’Observateur Paalga) qui viennent concurrencer le quotidien national Sidwaya.

"La démocratie ne peut exister sans une presse plurielle ne connaissant pas de bornes du point de vue de son exercice", m’affirme le ministre qui souligne, par ailleurs : "le journaliste doit s’exprimer sans crainte mais aussi sans haine". Dans cette perspective Hien travaillait alors à l’élaboration d’un Code de l’information et à la mise en place d’un Conseil supérieur de la communication.

Il ne manquera pas de souligner que "dès le 19 octobre 1987, le président Blaise Compaoré avait annoncé la couleur. Avec sa vision prospective d’ensemble, il avait affirmé qu’il fallait l’ouverture démocratique et la mise en place d’institution républicaines. C’est ce qui explique le paysage tout à fait riche en moyens d’information que vous constatez actuellement au Burkina Faso".

Pendant mon séjour, en mai 1993, se tenait dans la capitale les IIIème rencontres internationales des Conseils économiques et sociaux qui planchaient sur "Démocratie et développement". C’était l’occasion de m’entretenir avec le président du CES du Burkina Faso. Personnalité exceptionnelle, Philippe Ouédraogo, ancien élève de Louis-le-Grand à Paris, X-Mines était également secrétaire général du Parti africain de l’indépendance (PAl), alors une composante de la majorité présidentielle.

Quand je dis que la liste est longue des personnalités burkinabè véritablement significatives, ce n’est pas une affirmation gratuite !

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique

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