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Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (8)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Burkina Faso : Chronique des années Compaoré • • samedi 17 septembre 2005 à 11h23min

Youssouf Ouédraogo

Ouaga, Bobo, Banfora. Une enquête sur les activités de la Caisse générale de péréquation (CGP), dirigée par Simon Compaoré, me permet de faire, en mai 1992, le tour des villes majeures du pays et de visiter des entreprises telles que les Grands moulins du Burkina (GMB) et la Société sucrière de la Comoé (Sosuco) à Banfora, la Société nationale de collecte, de traitement et de commercialisation de riz (Sonacor) à Bobo-Dioulasso, etc.

C’est tout le pays qui a retrouvé son dynamisme et je le constate partout à tout moment. Le président Blaise Compaoré vient alors d’annoncer la formation d’une "nouvelle coalition" contre l’adversité. "S’agissant du Burkina, disait-il, l’adversité est d’abord naturelle. Pays enclavé et soumis aux assauts d’un environnement hostile, avec un cycle de désertification quasi permanent, le Burkina et les Burkinabè se sont toujours imprégnés des vertus cardinales de la lutte pour la survie".

Ainsi donc, l’économie burkinabè, compte tenu de ses atouts naturels - quasi inexistants et de son passé récent, se porte plutôt bien. Plutôt mieux, en tout cas, que beaucoup de ses voisins. Ce qui tend à démontrer qu’il vaut mieux être pauvre et en bonne santé que riche et malade.

Les Burkinabè, au début des années 1990, ont su s’adapter intelligemment aux nouvelles donnes politiques et sociales. Ils ont su faire preuve d’initiative, souvent dans la discrétion, sans rien demander à personne. Et surtout pas à l’Etat. Qui, par nature, ne pourra jamais, où que ce soit, être l’initiateur du développement du secteur privé. Compaoré le reconnaît lui-même : "En Occident, le processus démocratique a été servi par la capacité des citoyens à se prendre en charge et à ne pas attendre de l’Etat toujours aide et assistance [...]. S’il demeure indispensable de réformer l’Etat pour le rendre plus efficient, plus dynamique et moins coûteux dans son fonctionnement, il reste aujourd’hui que ses missions fondamentales essentielles sont plus que
jamais de créer un environnement économique et politique favorable au développement et à la démocratie, de construire un système éducatif fonctionnel, de mettre en place des infrastructures de base indispensables à la croissance et de préparer l’insertion de l’économie nationale dans le réseau de la compétition régionale et internationale".

En 1992, il est évident que les Burkinabè entendent vivre à leur rythme et en fonction de leurs propres choix. Une classe sociale intermédiaire est en train d’émerger qui entend rompre avec les vieux schémas et conquérir de nouveaux espaces de liberté. On peut critiquer, bien sûr, cette quête de l’enrichissement par les affaires dans un pays qui est parmi les plus pauvres du monde. Qui peut penser que l’on pourra créer des emplois si ne sont pas créées des entreprises ?

Le Burkina s’est longtemps voilé la face en imposant au monde une image de pauvreté absolue. Compaoré s’efforce de lui redonner une dignité en cherchant à lui donner les moyens d’être un pôle de croissance sous-régional. Aidé en cela par quelques personnalités de premier plan. Il est évident que l’entourage du chef de l’Etat lui permet d’aller plus vite, plus loin sans s’embarrasser des points de vue des dinosaures de la politique locale. Il faut reconnaître que les "hommes intègres" ayant participé à la Révolution étaient d’une autre trempe que bien d’autres leaders politiques d’autres pays africains. Formés à la dure école de la dialectique et confrontés à des problèmes politiques cruciaux sur le terrain, ils ont su faire preuve, pour quelques uns, d’une réelle capacité à analyser les évolutions et à surfer sur les événements historiques.

Je vais rester près d’un an sans revenir au Burkina Faso. Quelques séjours à Dakar et de longues semaines à Libreville occupent la fin de l’année 1992. Je retourne au Gabon en janvier 1993 ; je suis en Belgique en février et en Mauritanie en mars 1993. Ce n’est que dans les premiers jours du mois de mai 1993, après un bref séjour à Abidjan, je redécouvre Ouaga. J’y séjournerai à nouveau, cette année-là, en septembre et en octobre, passant le reste de mon temps au Gabon, à Sao Tomé et au Bénin. A Ouaga, une fois encore, je découvre du nouveau. Et des nouveaux. Très nombreux.

Le mardi 16 juin 1992, Compaoré a nommé un Premier ministre, chef
du gouvernement. Il s’agit de Youssouf Ouédraogo. Quelques jours plus tard, Ouédraogo forme son premier gouvernement au sein duquel sept partis politiques sont représentés dont quelques uns considérés comme des "partis d’opposition" (CNPP/PSD, ADF, RDA). Le parti gouvernemental (ODP-MT) obtient treize des vingt-neuf portefeuilles. Hermann Yaméogo, une des principales figures de l’opposition conserve son portefeuille de ministre d’Etat.

Quant au Premier ministre, ce n’est le premier venu. Longtemps catalogué "meilleur économiste du Burkina Faso", il a 40 ans et a rejoint la Révolution dès le 4 août 1983 comme chargé de mission pour les affaires économiques à la Présidence. Il sera, par la suite, ministre de la Planification et du Développement, jusqu’à la mise en place de la "rectification ". Il se retrouvera alors ministre de la Coopération, puis du Plan et de la Coopération, avant de prendre la présidence d’un Conseil économique et social qui était encore, à l’époque, "révolutionnaire ".

C’est donc le père de la planification burkinabè qui se retrouve, en 1992, en charge de la mise en place de l’ouverture politique et de la libéralisation économique. Quand je le retrouve, en juin 1993, dans une Primature encore mal installée et mal équipée, le Premier ministre a toutes les raisons d’être satisfait. "Le processus démocratique est bien engagé et les indicateurs économiques ne sont pas au rouge", me précise-t-il.

Discuter avec Youssouf Ouédraogo est un vrai bonheur. L’homme est un modèle de simplicité, de cordialité, d’efficacité. Avec lui on est en prise directe avec la problèmatique. Pas de langue de bois ; pas de fausses pudeurs ; pas d’hypocrisie. Il n’est d’ailleurs pas le seul dans ce cas, au Burkina Faso, où je peux dresser une liste d’au moins une centaine de personnalités politiques (tous partis confondus) qui, du Président de la République jusqu’à quelques députés de base, sont les meilleurs compagnons pour découvrir le Burkina Faso et ses réalités politiques, économiques, culturelles et sociales.

Et la liste peut s’allonger notablement si je prends en compte le monde des affaires, le monde des médias et de l’information, etc. Mais je dois reconnaître que j’éprouve un respect tout particulier pour Youssouf Ouédraogo qui symbolise, en 1992, ce que j’ appellais alors" la capacité du Burkina Faso a intégrer les expériences passées et à en tirer des leçons pour l’avenir ".

"En réalité, me disait alors le Premier ministre, la dynamique qui a été lancée par le président Blaise Compaoré en 1987 - je dis bien depuis octobre 1987 - c’était d’aller vers la démocratie. Il a eu une capacité d’anticipation et de vision de long terme [c’est moi qui souligne tant il est vrai que je partage totalement ce point de vue]. Et cette vision, il en faisait part en pleine Révolution.

L’expérience révolutionnaire a été corrigée, rectifiée dès 1987, pour aller
justement vers plus de liberté en prenant en compte les aspirations des populations, également en intégrant la nécessité de créer des institutions qui fonctionneraient harmonieusement, sans contraintes. Ce qui est arrivé par la suite, Blaise Compaoré l’a annoncé dans son discours de fin d’année, dès 1988. Particulièrement la nécessité d’une loi fondamentale qui régirait la vie des Burkinabè et les institutions du Burkina Faso. C’est une vision qui a permis, avant les injonctions internationales, d’aller vers la démocratie. Ce n’est pas un processus qui est venu en rupture. C’est un processus qui avait été intensément pensé et conçu parce que les nécessités nationales et internationales l’exigeaient [c’est moi, là encore, qui souligne]".

J’ajoute que Y oussouf Ouédraogo sera Premier ministre jusqu’en mars 1994. Il sera, par la suite, ambassadeur à Bruxelles avant d’être nommé, en janvier 1999, ministre des Affaires étrangères, fonction qui est toujours la sienne avec le titre de ministre d’Etat.

Jean-Pierre Béjot
LA Dépêche Diplomatique

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