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« Les gestes barrières doivent être pensés au quotidien », Dr Jean Marie Milleliri, épidémiologiste, conseiller d’Endeavour Mining sur le covid-19

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Coronavirus • • vendredi 17 avril 2020 à 21h55min
« Les gestes barrières doivent être pensés au quotidien », Dr Jean Marie Milleliri, épidémiologiste, conseiller d’Endeavour Mining sur le covid-19

Epidémiologiste, ancien médecin militaire et ancien conseiller de l’OMS dans plusieurs régions d’Afrique, le Dr Milleliri est aujourd’hui conseiller du groupe minier Endeavour Mining sur la pandémie du COVID-19. Selon lui, l’application des gestes barrières est une priorité qui permettra de limiter la propagation du virus.

Pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs ? (Parcours, expérience, collaboration avec EDV, etc.)

Je suis le Docteur Jean-Marie Milleliri, médecin épidémiologiste et de santé publique tropicale. Après une carrière de médecin militaire en France durant laquelle je suis intervenu sur les épidémies de choléra, de dysenterie bacillaire et de méningite à Goma en 1994, j’ai également participé au Gabon en 1996 au contrôle de l’épidémie d’Ebola.

Plus récemment, j’ai participé aux activités d’appui à la lutte contre Ebola en Afrique de l’ouest en 2014-2015, notamment pour l’accès aux soins des patients infectés par le VIH/sida. J’ai travaillé pour l’OMS quatre ans au Gabon comme conseiller régional d’appui aux pays d’Afrique centrale pour les activités soutenues par le Fonds Mondial de lutte contre le VIH-sida, la tuberculose et le paludisme, puis au Sénégal comme conseiller régional pour l’accès au traitement du VIH-Sida pour l’Afrique de l’ouest et du centre.

J’ai enfin été conseiller régional en santé mondiale basé à Bamako de 2014 à 2018 pour les ambassades de France au Mali, au Niger et au Burkina Faso.

Quel est l’état actuel de la pandémie Covid-19 en Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali et dans les pays où Endeavour opère ?

Un temps préservé, le continent africain est désormais touché par l’épidémie due au coronavirus. L’épidémie de Covid-19 progresse en Afrique et particulièrement en Afrique de l’ouest qui n’est pas épargnée. Avec un décalage par rapport à la Chine d’où est partie l’épidémie en fin d’année 2019 puis de l’Europe, les pays africains sont désormais touchés. Au 16 avril 2020, 52 des 54 pays du continent sont frappés par cette pandémie pour un total de 17 502 cas dont 914 décès et 3 547 rémissions.

Si le nombre de cas de Covid-19 s’approche des 2 millions dans le monde, au 16 avril 2020 toujours, les trois (3) pays où opère Endeavour Mining à savoir la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali compte 1371 cas et 51 décès, le pays le plus touché étant la Côte d’Ivoire avec 654 cas et 06 décès.

Quelles sont les mesures de prévention prises par Endeavour Mining en interne ? Quel est votre avis sur ces mesures ?

Depuis le 13 mars 2020, alors que le premier cas de Covid-19 a été officiellement signalé en Côte d’Ivoire le 11 mars, Endeavour (EDV) a mis en place une cellule de crise pour répondre à l’épidémie de Covid-19 et à son impact potentiel sur ses employés. Au sein de cette cellule de crise, a été activée une cellule régionale de coordination médicale (CRCM) et une task force afin d’appuyer les équipes sanitaires présentes sur les sites miniers des trois (3) pays où opère Endeavour Mining.
« Les mesures mises en place par la direction d’Endeavour répondent aux directives nationales des pays où la riposte s’organise »

Les mesures mises en place par la direction d’Endeavour répondent aux directives nationales des pays où la riposte s’organise. Des mesures de prévention basées sur les gestes barrières ont été déployées. Elles sont appuyées par une stratégie d’information et de sensibilisation afin que tous les employés les mettent en œuvre : mesures de distanciation impliquant l’absence d’accolade ou de salutations manuelles, lavage des mains avec du gel hydro-alcoolique ou à l’eau et au savon, prise de température. A côté de ces mesures, les équipes médicales ont été mises en alerte renforcée pour prendre en charge les cas suspects mis en quarantaine, et demander aux autorités sanitaires nationales la réalisation de test diagnostic de confirmation tandis que les sujets contacts étaient placés en quarantaine de 14 jours.

Cinq cas de personnels d’Endeavour contaminés par le COVID-19 ont été enregistrés qui sont aujourd’hui guéris. A ce jour, Endeavour Mining ne compte aucun nouveau cas d’employé contaminé par le COVID-19 sur ses sites miniers ou dans ses bureaux régionaux en Afrique de l’Ouest. Pour autant, consciente de la gravité de la situation et de l’évolution de la propagation du virus, la cellule de crise d’Endeavour Mining reste très vigilante face au défi que représente cette maladie.

Est-ce que les difficultés de transport de produits (pharmaceutiques et autres produits de prévention) liées à la fermeture des frontières dans plusieurs pays risquent de retarder un certain nombre d’actions, de préventions ou de luttes au niveau d’Endeavour ?

La fermeture des frontières maritimes, terrestres et aériennes, a été décidée par les Etats pour assurer un confinement national des populations et éviter que des personnes arrivant de pays où le Covid-19 est très présent, importent l’infection. Ceci a notamment conduit dans un premier temps les autorités ivoiriennes à décider la quarantaine de 14 jours pour les passagers débarquant à Abidjan en provenance d’un pays où plus de 100 cas avaient été notifiés.

Cette mesure est devenue caduque avec la fermeture totale des frontières. Mais cette fermeture ne concerne pas le fret ni les produits nécessaires au développement des actions de riposte, que ce soit des masques ou des médicaments qui ne subissent pas cette contrainte. En revanche, compte tenu de la demande mondiale sur les mêmes produits les délais pour en recevoir certains risquent de s’allonger.

Quelles sont vos recommandations et conseils en ce qui concerne les gestes barrières à adopter face aux Covid-19 ?

Les gestes barrières doivent être pensés au quotidien. Le premier consiste à mettre en œuvre une distanciation sociale, déjà en évitant des déplacements inutiles pour échapper à des rencontres interpersonnelles. Cela signifie qu’il faut tenir une distance d’au moins un mètre avec les personnes et ne pas ni se serrer la main, ni s’adonner à des embrassades ou des accolades pour se saluer. De même, le virus se transmettant d’une personne malade à une personne saine soit par des gouttelettes aériennes ou par les mains, il faut tousser dans le pli du coude et si l’on se mouche, il faut le faire avec un mouchoir jetable puis se laver les mains au moins 30 secondes après l’avoir jeté.

En Europe, de nombreux pays ont mis en place un confinement global, qui dure par exemple déjà depuis plus d’un mois en France. Cette mesure est difficilement applicable en Afrique en raison des contraintes sociales que celle-ci imposerait à des familles qui, dans les quartiers populaires des capitales notamment, doivent chaque jour chercher de quoi subvenir aux besoins familiaux notamment en termes de nourriture. Mais les gouvernements de nombreux pays, dont celui de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso, ont imposé un couvre-feu pour limiter les déplacements des populations. La mise en quarantaine de certaines villes comme Abidjan et Ouagadougou participe à cette volonté de confinement ciblé pour limiter la propagation du virus.
« 80% des patients développant la maladie Covid-19 développeront une forme bénigne »

Est-ce qu’il faut prendre des dispositions particulières quand on a un proche qui est victime de paludisme, de rhume, ou autre maladie connue ? Autrement dit, est-ce qu’il faut craindre des risques de co-infection ?

Les mesures barrières restent la règle. En revanche, le Covid-19 peut avoir des conséquences graves en cas de maladies associées comme le diabète, une pathologie cardiovasculaire ou un cancer. C’est la raison pour laquelle les personnes porteuses de ces maladies doivent redoubler de vigilance et bien suivre les mesures de prévention préconisées contre le Covid-19.

Néanmoins, et c’est tout de même une information importante à connaître, 80% des patients développant la maladie Covid-19 développeront une forme bénigne alliant forte fièvre, toux, courbatures et congestion nasale. Avec un simple traitement contre la fièvre, en restant strictement confiné à l’isolement pour ne pas contaminer d’autres personnes, la guérison survient au bout de 10 jours en général. La personne qui a été touchée par le Covid-19 développe des anticorps créant une immunité protectrice qui la protège ensuite de cette infection.

Vos commentaires

  • Le 17 avril à 17:55, par Un Burkinabê En réponse à : « Les gestes barrières doivent être pensés au quotidien », Dr Jean Marie Milleliri, épidémiologiste, conseiller d’Endeavour Mining sur le covid-19

    Est ce qu’un Burkinabê (en supposant qu’il n’a pas la double nationalité) ne pouvait pas jouer ce rôle ? Il faut que les Ministres des Mines, du Travail et de l’Immigration appliquent ou activent les décrets d’application du code minier. Dans tous les pays du monde un expatrié est recruté seulement si
    1- il n’ya pas de nationaux qui peuvent jouer le rôle. Pour ce faire il faut ouvrir le recrutement aux nationaux.
    2- il n’ya pas un résident permanent qui peuvent jouer le rôle. Pour ce faire il faut ouvrir le recrutement aux nationaux.
    3- l’expatrié accepte de passer son savoir (former) les nationaux. Ça fera 10 ans que la 1ère des 13 mines a ouvert. Ça fera 30 ans que certaines compagnies d’Exploration sont au Burkina. Pourquoi pendant toutes ces années aucun national n’a été formé pour remplacer les expatriés.
    Monsieur Le Président du Faso il faut tapper du point sur la table. Les sociétés minières n’ont pas de postes clé (de décision) qui soient occupés par des Burkinabê. C’est une anomalie à corriger et très vite. La compagnie Semafo vient de licencier des géologues nationaux tout en recrutant ou faisant la promotion d’expatriés pour diriger leur Département de l’Exploration. Pourtant toutes les deux Mines qu’exploite Semafo ainsi que leurs nouvelles découvertes ont été faites par des Burkinabê. Il faut faire la promotion de l’expertise Nationale.

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