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Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (7)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Burkina Faso : chronique des années Compaoré • • vendredi 16 septembre 2005 à 13h54min

Près de dix ans après la Révolution, en ce début d’année 1992, le président Blaise Compaoré peut être satisfait du chemin parcouru. Toujours difficile ; parfois dramatique. Mais alors que, ailleurs, c’est le chaos, au Burkina Faso la démocratisation avance et s’accompagne de changements notables, politiques, économiques et sociaux.

Un référendum constitutionnel et une élection présidentielle ont changé la donne. Compaoré peut s’en en orgueillir et tirer les leçons de sa double révolution (1983 et 1987). Le samedi 1er février 1992, c’est la première fois qu’il abandonne le terrain de la politique intérieure pour celui de la politique internationale.

Dans un cadre qui s’y prête : son auditoire est composé essentiellement de personnalités françaises et internationales rassemblées dans la salle de conférences du CBC à l’occasion de la "cérémonie de remise officielle du diplôme de docteur honoris causa".

Ayant fait le constat que "partout en Afrique, l’Etat, excessivement centralisateur et patrimonial, s’est avéré à la fois inefficace et prédateur des faibles revenus publiques", il dénoncera une" marginalisation préjudiciable" du continent "condamné à rentrer dans la culture démocratique universelle ". Tâche ardue, soulignera-t-il, "sur fond de crise économique et sociale et de déchirure dans le tissu national avec un certain réveil des vieux démons que sont les oppositions ethniques, tribales et les particularismes locaux ".

Nous sommes en 1992. Deux ans avant le génocide rwandais ; trois ans avant la mise en place du concept de "l’ivoirité" en Côte d’Ivoire.
Pour éviter la "marginalisation" de l’Afrique, le chef de l’Etat burkinabè propose quatre directions. Il s’agit, tout d’abord, "de la création d’un environnement politique démocratique qui nécessite la participation effective des populations à l’élaboration et à l’exécution de toutes les décisions ".

Il faut, ensuite, "la relance économique et la restructuration pour retrouver les grands équilibres macro-économiques et macro-financiers" et, encore, "la redéfinition et l’adapation des valeurs et des cultures nationales dans un processus de modernisation des identités pour combler les vides idéologiques ".
Enfin, "la réalisation de l’intégration africaine pour faire face à l’émergence des nouveaux blocs et opérer un développement solidaire ".

Pour Compaoré, une réalité s’impose à tous. Qui n’est pas, nécessairement, la "vérité". Mais c’est une donnée conjoncturelle incontournable. Cette réalité internationale implique donc, au plan national, la mise en oeuvre d’une "nouvelle politique sociale qui est une véritable cogestion sociale basée sur la concertation, le dialogue, le consensus et s’appuyant sur une discipline rigoureuse". Un discours "gaullien".

Cédant du terrain ici afin d’en reprendre ailleurs, Compaoré pouvait dès lors se présenter devant les oppositions burkinabè réunies dans le cadre du Forum de réconciliation nationale. C’était le mardi Il février 1992. Il réglera tout d’abord son compte à la "conférence nationale" présentée comme le mode suprême de restructuration de la vie politique. "Elle s’est surtout révélée, dira-t-il, une structure de division de la société politique plus qu’un moyen de dialogue et de concertation.

Les masses populaires s’en sortent avec amertume et angoisse et également avec la croyance d’avoir été dupées par les professionnels de la course au pouvoir". Ceci étant dit, il laissera les 3 80 délégués des 52 partis et organisations présents s’enliser dans leurs contradictions avant d’annoncer, le jeudi 20 février 1992, la suspension des travaux du Forum. Il restait, plus que jamais, le maître du jeu.

De février à mai 1992, je séjourne près d’une trentaine de jours au Burkina Faso via Dakar et Abidjan qui occupent le reste de mon temps. Dans la capitale burkinabè, méconnaissable, je travaille avec l’équipe de Horizon FM, une radio privée lancée par Moustapha Thiombiano. Une équipe jeune, enthousiaste, motivée qui caractérise bien le changement d’atmosphère dans le pays.

Le 26 février 1992 un nouveau gouvernement a été mis en place ; il sera chargé de piloter le processus démocratique jusqu’aux élections législatives du 24 mai 1992. Une bonne partie de l’opposition (y compris les formations radicales) a accepté d’y participer. 17 des 35 membres n’appartiennent pas à la majorité présidentielle dont un ministre d’Etat (Hermann Yaméogo).

Je vais m’entretenir, à de multiples reprises, avec le chef de l’Etat, soit dans la salle d’audience de la Présidence du Faso, soit au Conseil de l’Entente, siège du gouvernement et résidence du chef de l’Etat. L’armée, les élections, le Forum, Hermann Yaméogo et l’opposition, l’Afrique du Sud, les manifestations parfois violentes (avec la mort de Clément Ouédraogo, des attentats contre des leaders de l’opposition, etc.), les relations avec le Ghana, le Programme d’ajustement structurel, les privatisations, la construction des barrages et la politique de l’eau.

J’ai visité le chantier de Bagré, les aménagements hydro-agricoles de la vallée du Sourou et du Kou et rencontré tous les acteurs de la filière maîtrise de l’eau), la politique énergétique, la modernisation des télécommuncations. J’ai fait le tour des installations et équipements de la Sonabel d’une part, d’Onatel de l’autre, deux entreprises du service public), etc. autant de sujets abordés avec le chef de l’Etat.

Il me dit deux choses essentielles qui concernent, d’une part, le travail gouvernemental, d’autre part, l’organisation de la société civile. D’abord, souligne-t-il, "le dynamisme de notre gouvernement tient aussi au fait que nous avons spécialisé chaque membre de notre gouvernement. La division du travail sur le plan gouvernemental, cela permet de responsabiliser davantage les ministres et de suivre les résultats. Il est vrai que dans beaucoup de pays africains, les ministres ont un cabinet très nombreux, des voitures, des secrétaires. Chez nous les ministres n’ont pas tous ces avantages".

Il est vrai qu’à Ouaga, être ministre c’est être au travail et d’assumer ce travail avec le maximum de compétences et le minimum "d’avantages acquis" ; il n’est pas beaucoup de pays africains oùj’ai pu constater une
telle humilité dans la fonction ! Ensuite, le chef de l’Etat a souligné qu’il "y a un peu plus de 60 partis politiques au Burkina et pas loin de 4.000 associations. C’est vraiment un terrain pour le pluralisme.

L’avantage, c’est que les Burkinabè, dans leur grande majorité, sont organisés et s’intéressent à leur situation, à leurs conditions de vie. Ce qui facilite la tâche des dirigeants.

Quand il y a un problème, ces larges fractions organisées, en s’informant ensemble, permettent qu’il n ’y ait pas rupture entre le dirigeant et ses bases. Quand il y a plusieurs syndicats, chacun apprécie avec son objectivité propre. Cette large liberté d’appréciation ne nous gêne pas, bien au contraire [...] Le pluralisme permet le débat". La démocratisation, en Afrique, a été limitée à son aspect "multipartisme" ; au Burkina Faso, ce sont les associations bien plus que les partis qui sont des forces de proposition et de revendication.

Compaoré ajoutera : "Notre problème au Burkina Faso est de savoir comment faire la jonction entre la démocratie représentative et la démocratie directe qui représente cette forme de consensus [...] Il faut que l’organisation de la démocratie soit assise sur une base culturelle et civilisationnelle : le réel".

Il n’est pas d’exemple, en Afrique et dans le monde, d’un chef d’Etat qui soit venu de si loin (révolution marxiste-léniniste) pour arriver là où il se trouve alors (libéralisme politique et économique). Pas de problème pour Compaoré. "Dans le domaine de la démocratie, me dit-il, telle qu’on doit la vivre aujourd’hui, il faut que les responsables acceptent les efforts et les différences. A partir de ce moment là, tout est facile.

L’avantage, c’est que cette perception que nous avons eue d’une nécessaire évolution a été relayée par le mouvement international [...] Il est certain que si le mur de Berlin était encore debout, cela nous aurait créé des difficultés. Parce que les forces contraires à ce mouvement que nous jugeons positif allaient être beaucoup plus fortes pour nous empêcher d’agir".

A suivre

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique

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