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Covid-19 : Le conteur KPG se déporte sur la toile, pour rester en contact avec son public

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Coronavirus • LEFASO.NET • jeudi 16 avril 2020 à 23h17min
Covid-19 : Le conteur KPG se déporte sur la toile, pour rester en contact avec son public

A cause du Covid-19, toutes les manifestations culturelles sont interdites. S’il n’y a plus de possibilité de se produire, des artistes ont trouvé le moyen de rester en contact avec leur public. C’est le cas du conteur Kientega Pegdwendé Gérard alias KPG. Depuis le 24 mars 2020, chaque soir à 19h30 sur sa page Facebook, il se produit en direct pour le bonheur de ses fans. Le mercredi 15 avril 2020, nous sommes allés à sa rencontre. Entretien !

Lefaso.net : Présentez-vous aux lecteurs de Lefaso.net.

KPG : Je suis Kientega Pegdwendé Gérard. On m’appelle KPG. Je suis artiste conteur. Je raconte des histoires, mais je ne fais d’histoire.

Depuis un bout de temps, vous avez un spectacle live chez vous, en plein couvre-feu. Quelles sont les raisons qui vous poussent à le faire ?

Il faut d’abord que je reparte au niveau de la genèse. C’est un espace virtuel que j’ai créé. C’est un laboratoire de recherche pour mes spectacles. C’est l’atelier de la forge. Tous mes spectacles sortent de là. C’est là-bas que je forge les spectacles, c’est là-bas que je modèle, je transforme, je polis avant de sortir. C’est dans cet espace que je partage, que je crée. Après, je peux diffuser le spectacle ailleurs.

Dans le cadre du confinement, on s’est dit pourquoi ne pas en même temps continuer dans cet espace. Il nous nous permet de nous produire. Il nous permet de pouvoir sortir des outils pour partager avec le reste du monde. Le confinement est venu confirmer qu’en fait, cet espace de l’atelier de la forge est très important. Cela, pour partager des histoires qui ont toujours des valeurs.

Dans vos contes, quels sont les messages que vous faites passer ? Comment vous expliquez aussi la pièce de ce mercredi, 15 avril 2020 ?

Je fais plusieurs contes. Il y a les contes de patrimoine et les contes de création. Les contes du patrimoine sont les contes populaires. Ce sont les contes qui se trouvent dans le patrimoine immatériel et culturel. Maintenant, moi, en tant que conteur moderne, forgeron moderne, je fais des créations autour des histoires. Je peux inventer une histoire. Le spectacle de tout à l’heure (spectacle du 15 avril 2020) est inspiré de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. Alors, comment rendre ce spectacle, comment participer en tant que conteur à la mémoire de l’histoire du Burkina Faso ?

Donc, en tant que conteur, j’ai utilisé les rudiments, les outils du conteur, c’est-à-dire les animaux. L’archétype humain a été remplacé par les animaux pour pouvoir traduire le message. En tant que conteur, nous avons essayé de créer une fable contemporaine qui traite de la question de l’insurrection populaire. L’angle sous lequel nous avons traité la question est la sagesse. Quand on écoutait à l’époque, les pronostics étaient alarmants. On pensait que le Burkina allait prendre feu. Nous, on s’est dit qu’il est important de pouvoir fixer l’histoire, de sauvegarder l’histoire, en tant qu’acteur.

Aujourd’hui, nous sommes en pleine lutte contre le Covid-19. Quel est l’impact de la maladie sur vos activités ?

L’impact est très énorme sur tous les plans : sur le plan financier, sur le plan création, sur le plan contact spectacle. Il y a beaucoup de tournées qui sont annulées, des spectacles sont annulés, des projets sont annulés. Quand on parle d’annulation, ça ne peut pas laisser le côté économique. En tant que conteur, je vois qu’en fait, on ne peut plus raconter des histoires. Dans tous les pays du monde, il n’y a plus de spectacle. Ce qu’il faut faire, c’est de trouver des alternatives. Ces alternatives, en tant que conteur, on se dit que le conte ne peut pas être confiné.

Le conte, c’est le seul métier où on peut raconter partout. C’est la raison pour laquelle, à travers le réseau social Facebook, nous réussissons à maintenir notre public. Nous réussissons à partager des spectacles avec notre public quand bien même il se trouve en France, en Suisse, aux USA, au Canada, en Afrique, au Burkina Faso. Nous réussissons à garder le lien qui existe entre nous et notre public. C’est ça aussi la proximité, la force du conte. C’est ça qui nous fait plaisir. C’est cela qui est très fascinant dans notre métier et j’aime bien.

Vous faites intervenir vos enfants dans votre spectacle. Est-ce que vous êtes en train de les initier aux contes ?

Je raconte des histoires à mes enfants. Ma femme également lit des histoires tous les soirs à mes enfants. Quand j’ai commencé à raconter dans l’atelier de la forge, j’ai appelé un ami et je lui ai dit que je veux faire quelque chose. Mais, je ne savais pas comment faire du direct. C’était très compliqué. Pourtant, je l’avais annoncé. La première fois, c’était ma fille qui filmait. Ma femme, comme il y a le confinement, profite de la nuit pour finir son boulot. Ma fille, de fois, elle filmait un peu partout.

C’est là que ma femme a dit qu’elle va venir nous aider. Quand elle est venue, ma fille a dit qu’elle va raconter. J’ai dit que c’était bien de raconter mais je vais trouver autre chose pour qu’elle puisse participer d’une manière ou une autre. Ce n’était pas calculé. C’est venue comme ça…d’ailleurs, quand je fais les spectacles, les premiers spectateurs, c’est ma famille.

Quels sont les difficultés que vous rencontrez pour les spectacles ?

Là où je suis, j’ai l’espace. L’atelier de la forge me permet de pouvoir être en contact avec les auditeurs, les amoureux de la scène de conte. Mais, le problème c’est que moi je le fais gratuitement. Je n’ai pas d’accompagnement. Comme il n’y a pas de soutien, je ne sais pas je pourrai continuer. Quand je ne pourrai pas payer mon électricité, les mégas, je vais demander l’indulgence de l’auditoire. Sinon, moi pour l’instant, je peux faire mais pas de façon éternelle. Il faut quand même que j’achète du lait pour ma fille, il faut payer l’eau, il faut payer l’électricité.

Nous sommes à la fin de notre entretien. Quel est votre mot de fin ?

Je souhaite que les savants, les chercheurs puissent avoir beaucoup d’inspiration pour trouver le remède à cette maladie qui est le Covid-19. Ainsi, pour permettre à l’humanité de reprendre ses activités. Cela va permettre aux enfants également de pouvoir repartir à l’école. Si les enfants ne vont pas à l’école, ce n’est pas bien. Nous sommes en train de perdre beaucoup de choses.

Je sais qu’il y a beaucoup de personnes actuellement qui ont du mal à joindre les deux bouts. J’ai une pensée pour toutes ces personnes. J’ai une pensée aussi pour toutes ces personnes qui ont perdu leur proche. J’ai une pensée pour toutes ces personnes qui souffrent actuellement de cette pandémie. Que la nature tende sa main, que les ancêtres puissent, là où ils sont, nous envoyer des énergies positives. Cela, pour alimenter l’intelligence de ces scientifiques afin qu’ils puissent trouver une solution à cette maladie.

Propos recueillis par Dimitri OUEDRAOGO
Photo et vidéos : Dimitri et Issouf OUEDRAOGO

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