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Gestion du Covid-19 : « Si les gens n’arrêtent pas de mentir, le pays risque de plonger dans le chaos », dixit Ladji Bama, rédacteur en chef du bimensuel Courrier confidentiel

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Coronavirus • LEFASO.NET • mercredi 15 avril 2020 à 22h50min
Gestion du Covid-19 : « Si les gens n’arrêtent pas de mentir, le pays risque de plonger dans le chaos », dixit Ladji Bama, rédacteur en chef du bimensuel Courrier confidentiel

L’homme est bien connu dans le paysage médiatique du Burkina Faso. Depuis les premiers cas de maladie à coronavirus signalés au pays des hommes intègres, il a plusieurs fois dénoncé la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement. Ladji Bama, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a accepté de répondre aux questions de Lefaso.net, par rapport à ses prises de position. Le rédacteur en chef du bimensuel Courrier confidentiel, trouve que la communication gouvernementale sur le Covid-19 est « regrettable, catastrophe, désastreuse ». Lisez.

Lefaso.net : Où en est l’enquête sur l’attaque dont vous avez été victime ?

Ladji Bama : Le 6 janvier, j’ai été victime d’un incident. En sortant de cet incident, j’avais dit à certains de vos confrères que la police était venue faire les constatations d’usage. Mais j’avoue que malheureusement, depuis cet instant, la police n’est pas encore revenue sur les suites de l’enquête qu’elle est en train de mener. Si bien que je ne peux rien dire, parce que la police ne m’a rien dit sur la suite de ses enquêtes.

Comment vous trouvez la communication du gouvernement dans la gestion du Covid-19, depuis le début de la crise jusqu’à présent ?

Je crois que la communication du gouvernement sur cette crise du Covid-19, c’est connu de tous, et tout le monde en parle. C’est une communication qui est vraiment regrettable, catastrophe, désastreuse. Les qualificatifs, on peut les aligner. On ne peut pas comprendre, et les faits sont tellement édifiants. Tout le monde constate que ce n’est plus qu’un tâtonnement.

Depuis janvier, la ministre de la Santé nous annonçait, lors d’une de ses sorties, que tout était mis en œuvre, que toutes les dispositions ont été prises par le gouvernement et qu’en cas de Covid-19 au Burkina, le pays était prêt pour y faire face. Mais depuis que le virus est arrivé au Burkina, vous voyez ce qui se passe sur le terrain aujourd’hui ; c’est la désolation. On se rend compte que c’était un gros mensonge que cette dame nous avait servi. Rien n’était fait, rien n’était réellement préparé dans ce pays pour faire face à ce virus.

Quand le virus est entré dans le pays, vous avez vu encore combien de fois il y a eu des chaînes de fourvoiements des membres du gouvernement concernant cette crise ! Prenons par exemple l’affaire de l’avion qui avait ramené des Chinois supposés contaminés au Covid-19.

Vous avez vu comment les membres du gouvernement se sont contredits. Cette cacophonie s’est poursuivie, ce qui m’amène à me demander si on a vraiment un gouvernement dans ce pays. On se demande même si ce pays est vraiment gouverné. Voilà un peu la situation, c’est vraiment désolant pour ce pays.

Certains n’hésitent pas à dire que vous aimez tirer à boulets rouges sur le gouvernement. Est-ce que ce n’est pas mieux souvent, en plus des critiques, d’apporter des pistes de solutions ?

Je pense que chacun est libre d’apprécier les choses comme il veut. Les gens sont libres de trouver que moi je suis trop critique, mais c’est ma façon aussi de percevoir les choses. Je pense qu’on est en démocratie et on ne peut pas obliger quelqu’un à penser comme l’autre. Dire que je suis trop critique envers ce gouvernement, je le reconnais, mais ça serait aussi malhonnête de dire que je ne fais pas de proposition parce que j’en fais, et plusieurs fois j’ai fait des propositions.

Pourquoi vous êtes aussi critique ?

Ma critique, elle n’est pas gratuite et elle est amplement justifiée. Parce que d’abord, quand vous voyez les points sur lesquels j’interviens, que ça soit sur les questions de corruption, de gestion de l’administration publique en général et autres sujets, ce sont des questions qui sont connues depuis très longtemps. Mieux, ce sont des questions qu’on soulève depuis même l’ancien régime.

Vous vous souvenez qu’en 2014, des Burkinabè se sont sacrifiés pour qu’il y ait un changement dans ce pays. Des gens viennent et ils nous promettent le changement. Ils viennent et c’est exactement ce qu’on a dénoncé qu’ils viennent nous répliquer de façon textuelle, souvent même en pire. A moins qu’on soit vraiment d’une complaisance que je ne saurais qualifier, on ne peut pas se taire et croiser les bras pour s’asseoir regarder ces gens faire ce qu’ils font.

Avec l’ancien régime, on savait à quoi s’en tenir. Blaise Compaoré, quoi qu’on dise, on sait comment il est venu au pouvoir. Il n’a pas demandé l’avis de quelqu’un. Il a pris son pouvoir par la force et il gérait son pouvoir comme il voulait. Mais on ne peut pas admettre ça de la part de gens qui, en son temps même, disaient qu’ils ne pouvaient pas lorgner Kosyam.

Il a fallu que des fils de ce pays se lèvent pour se battre à mains nues pour arracher ce pouvoir de la main de ce régime de Blaise Compaoré, et des gens viennent le prendre pour nous retoquer ces mêmes bêtises-là. Nous ne pouvons pas l’accepter. Je suis critique, je le reconnais, et j’avais même dit dès le départ que je ne peux pas être complaisant avec ce régime. Et j’ai mes raisons. On ne peut pas faire tous ces sacrifices et on vient nous servir ce qu’on est en train de servir-là.

Quand on me dit que je ne fais pas de propositions, c’est que certains ne me suivent pas bien. Chaque fois que j’interviens à la télévision ou dans mes posts, je fais des propositions. Faire des propositions, ce n’est pas forcément dire de faire ceci ou cela. Par exemple, quand on vous dit que la gestion de la crise du Covid-19, telle que c’est fait, c’est du mensonge ; arrêtez de mentir et de dire la vérité aux gens… mais c’est une proposition !

Comment vous pouvez comprendre que la communication dise que quand quelqu’un décède du Covid-19, la première des choses, c’est de chercher à prendre des dispositions pour que sa famille ne soit pas infectée. Mais dans les faits, on se rend compte que la première victime de ce Covid-19 au Burkina, sa maison n’est toujours pas désinfectée jusqu’à aujourd’hui. Pendant que la communication officielle dit que c’est la disposition minimale qu’on doit prendre dans une telle circonstance. Mais le fait de dire déjà aux gens qui ont pris des engagements de tenir leur engagement, c’est déjà une proposition.

Pensez-vous que les mesures prises par le président du Faso sont en phase avec nos réalités ?

Comme on le voit déjà sur le terrain, chacun peut déjà tirer une conclusion. Je l’ai dit plusieurs fois, ces mesures prises par le président ne sont pas du tout sérieuses. Parce qu’il n’y a pas eu de réflexion à la base, et ça c’est l’un des gros malheurs de ce gouvernement. Les gens ne réfléchissent plus, ils sont dans des solutions de facilité. Quand une situation se présente, prenez la peine de vous asseoir et de réfléchir à comment on peut gérer la situation. Mais on ne se lève pas comme ça prendre des mesures sans se concerter.

Allez au Ghana pour voir ; ce pays, quoiqu’il soit plus développé que nous, ils n’ont pas pris ces mesures populistes. Ils ont réfléchi pour trouver des solutions de rechange. Comment se redéployer pour faire fonctionner l’économie, plutôt que tout ce monde en chômage. On dit que le Covid-19, son problème, c’est la proximité des gens ; pourquoi ne pas s’organiser pour dire par exemple : aujourd’hui, au lieu que tous ces commerçants se retrouvent dans tel alignement, on décide de l’ouverture de quelques boutiques pour cette semaine, le lendemain d’autres boutiques, ainsi de suite. Mais non, on se lève pour fermer tout !

Ladji Bama rédacteur en chef

Est-ce que la sortie du président du Faso le 2 avril 2020 a été rassurante ?

J’avoue d’abord que je ne l’ai pas écouté parce que depuis un certain temps, le président ne m’a jamais donné des raisons de l’écouter. Et même après lecture de ce discours, j’ai été réconforté de ne l’avoir pas suivi parce que les mesures prises ne sont pas adaptées à nos réalités. Certains même ont dit qu’ils ont été déçus par rapport à ce qu’ils ont écouté ce jour-là. Et ils ont raison de le dire parce que, quand un chef d’Etat sort pour s’adresser à son peuple, il doit pouvoir garantir à ceux qui viennent d’écouter certaines choses. Mais si les gens sortent au contraire plus confus et déçus, c’est désespérant.

Sommes-nous sur le bon chemin pour sortir de cette crise ?

Si on ne redresse pas la barre à temps, on est mal parti ; et les chiffres même en disent long. Dans la sous-région, le pays est en mauvaise position dans la gestion de cette crise. Si les gens ne se ressaisissent pas à temps, s’ils n’arrêtent pas de mentir, c’est sûr que le pays risque de plonger dans le chaos.

Sur une chaîne de télévision, vous avez regretté le départ de Blaise Compaoré parce qu’il mettait l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Que voulez-vous dire ?

Merci de revenir sur cette question qui a soulevé beaucoup de tollé. Je pense qu’il y a eu beaucoup de malhonnêteté car certains ont voulu dénaturer mes propos. Et pire, ils m’ont attribué des propos que je n’ai jamais dits. J’ai même entendu des gens faire des posts pour dire que j’ai dit que Tertius Zongo et Luc Adolphe Tiao étaient les meilleurs Premiers ministres. Pourtant, la vidéo de l’émission est toujours accessible, ceux qui veulent peuvent la revoir. Sur le plateau de cette chaîne, ce jour-là, je n’ai pas prononcé le nom de Tiao dans mes propos. J’ai plutôt prononcé les noms de Tertius Zongo et de Paramanga Ernest Yonli.

En plus, mon propos était pour dire que dans ce pays, on a un problème de leadership, après la réaction d’un téléspectateur. On est confronté à un problème de leadership, parce que quand on regarde aujourd’hui, c’est tellement criard dans notre gouvernement. Qu’est-ce qu’ils font pour montrer aux gens qu’ils sont vraiment des autorités à qui on peut faire confiance pour sortir le pays de cette crise ? Absolument rien, on n’a même pas de leader.

Et sur le plan du leadership, là au moins, du temps de Blaise Compaoré, on a beau le détester, je le dis et je le répète : je n’ai jamais caché mon aversion vis-à-vis de Blaise Compaoré, mais au moins, je reconnais que le président Compaoré avait un sens élevé de l’Etat. Il prenait au moins le soin d’aller chercher des hommes de qualité. Quand tu prends un ministre de Blaise Compaoré, quand on l’écoute, on sent quand même qu’il y a au moins de la consistance. Mais aujourd’hui, vous vous retrouvez devant des ministres qui, à peine, savent même pourquoi ils sont là. Quand tu l’écoutes, tu ne sais pas où il veut en venir. Et ça c’est vraiment déplorable.

C’est de cela je parle, et sur ce plan, je le dis et je le répète : je regrette Blaise Compaoré par rapport à au point précis de la gouvernance, du leadership au sommet de l’Etat. Je veux pour ce pays des gouvernants qui ne sont ni de Blaise Compaoré, ni de ceux qui sont là aujourd’hui. Je veux de meilleurs gouvernants, des gens qui sont meilleurs pour ce pays.

Que pensez-vous de ce gouvernement ?

Avec ce tâtonnement et cette communication chaotique que nous voyons de ce gouvernement, ce n’est rien d’autre que de l’incompétence. Quand une crise est prévue depuis une longue date, on dit qu’on est prêt pour l’affronter. Elle arrive et on démontre qu’on n’a rien fait pour l’attendre. Les gens continuent de mourir. C’est ahurissant, ce qui se passe. A Tingandogo, ce qui se passe là-bas est grave.

Qu’en est-il de cette histoire du député de l’UPC ?

Sur cette question, j’ai d’abord consulté des experts de la santé. Le même professeur Martial Ouédraogo qui se targue d’être le grand coordonnateur national, je l’ai appelé et il ne peut pas nier. A Tingandogo, j’ai appelé au moins trois professeurs pour m’enquérir de ce qui s’est passé là-bas concernant cette femme supposée morte du Covid-19. Soit on est dans l’insouciance totale, soit on est en train de nous mentir. Pourquoi ?

Quand le problème de la femme s’est posé, j’ai pris le soin d’aller dans sa famille pour écouter son mari. La première information que j’ai eue avec le mari de la femme m’a bouleversé. C’est qu’après le décès de sa femme supposée morte de Covid-19, on a forcé la famille à enterrer nuitamment la femme, contrairement à leurs coutumes.

Et dès qu’on a fini d’enterrer la femme, pendant que la communication officielle disait que quand il y a des contacts avec quelqu’un qui a été atteint de cette maladie, on doit le confiner ou le mettre en quarantaine, le mari me dit que depuis le décès de sa femme, il n’a jamais été confiné, on n’a fait aucun test sur lui, encore moins la désinfection de son domicile.

Pourtant, des mesures ont été prises pour lutter contre la propagation de cette maladie. Et puis, le premier cas de mort au Burkina supposé de ce virus, son domicile n’est pas désinfecté 72 heures après son décès. Je savais que ce gouvernement était insouciant mais je ne pouvais pas imaginer que son insouciance pouvait atteindre ce niveau-là.

Et les faits que j’ai pu rassembler concernant cette histoire me confirment que c’est du mensonge parce que le professeur Martial Ouédraogo, que j’ai eu au téléphone, continue de me dire que la dame est morte de Covid-19. Et quand je le lui demande des preuves qu’elle est morte de Covid-19, par exemple de me montrer son bulletin d’examen, il me dit que ce n’est pas possible, que c’est un secret médical.

Pourtant, vous avez même annoncé publiquement que la femme est morte de Covid-19 devant la presse nationale et internationale. On demande une preuve et vous évoquez un prétentieux secret médical pour ne pas le faire. Où était le secret médical quand vous avez annoncé qu’elle était morte de Covid-19 ? Souvent, le Burkinabè ne fait pas d’effort pour comprendre certaines choses.

Ce n’est pas parce qu’on n’est pas dans un domaine qu’on est idiot. A partir du moment où il a annoncé publiquement qu’elle est morte de Covid-19, où est le secret à ce niveau ? Nous, on voulait juste la confirmation. Ce sont des faits qui me confortent, jusqu’à preuve du contraire, que cette dame n’est pas morte de Covid-19.

Propos recueillis par Issoufou Ouédraogo
Lefaso.net

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