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Coronavirus au Burkina : Les Bobolais entre peur et insouciance

Publié le samedi 28 mars 2020 à 14h30min

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Coronavirus au Burkina : Les Bobolais entre peur et insouciance

Le Burkina Faso a enregistré ses premiers cas de Covid-19, le dimanche 9 mars 2020 dans la capitale politique, Ouagadougou. A la date du vendredi, 27 mars 2020 le nombre de malades est passé à 180. Les villes touchées sont Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Boromo, Houndé, Dédougou, Banfora, Manga, Zorgho, Sindou et Kongoussi. Si cette pandémie menace la stabilité et la quiétude dans plusieurs pays du monde, à Bobo-Dioulasso, des citoyens ne semblent pas inquiets. Cependant, face à la propagation de la maladie, d’autres invitent le gouvernement à plus de fermeté dans la prise de décision.

« Coronavirus, coronavirus. Les gens exagèrent aussi. Même s’il y a des cas à Bobo-Dioulasso, on ne va quand même pas arrêter de vivre ». Ces propos sont tenus par des citoyens de la ville de Sya. Lesquels propos démontrent leur insouciance face à cette pandémie du Covid-19. Pour Ousmane Konaté, « la maladie du Covid-19 est une maladie des Blancs. Donc on n’a pas à s’inquiéter », a-t-il lâché.

En effet, ils sont nombreux, ces Bobolais qui pensent comme Ousmane Konaté. Malgré les consignes et alertes donnés par les premiers responsables du pays pour endiguer la maladie, certains habitants de la ville de Sya semblent vivre dans « l’insouciance totale ». Dans les grins de thé, ce sont les mêmes anciennes pratiques qui sont observées. Les salutations avec les mains, le non-respect de la distance de sécurité d’au moins un mètre, le non-lavage des mains et surtout l’usage d’un ou deux verres pour tous les membres du grin.

La plupart de ceux qui fréquentent ces lieux ne veulent pas entendre parler du Covid-19, car ils estiment que « ce n’est pas une maladie pour les Africains. Le coronavirus n’est juste qu’un rhume. Pourtant, nous les Africains, nous souffrons permanemment de cette maladie. Donc il ne faut pas que les gens nous fatiguent avec ça ici », renchérit un membre du grin.

Ignorance, insouciance ou simple irresponsabilité ? En tout cas, ce qui est clair, c’est que la lutte contre cette pandémie au Burkina Faso n’est pas pour maintenant, tant que les citoyens ne prendront pas la maladie au sérieux. Des pères de famille, qui sont censés donner l’exemple aux enfants, feignent d’ignorer les conséquences de la maladie et disent « se remettre à Dieu ». Pour monsieur Ouédraogo, « cette maladie ne tue pas ». Selon lui, les cas de décès enregistrés étaient dus à « leur état de santé fragile ».

Par ailleurs, l’instauration du couvre-feu de 19h à 5h du matin a amené certains tenanciers de bars à réaménager leurs horaires d’ouverture. Désormais, les maquis et bars sont ouverts à partir de 10h tous les jours. Ce mercredi 25 mars, dans certains bars, le constat était visible. Aucun respect des mesures d’hygiène, encore moins de la distance de sécurité, même si certains portaient des masques. Dans certains lieux, le nombre de clients dépasse visiblement 50. Toute chose qui devrait interpeller les premières autorités régionales et communales.

Antoine Traoré

« Il faut des mesures drastiques »

Face à la propagation de la maladie, il y a d’autres citoyens qui, par peur, n’arrivent plus à dormir. Parmi eux, Siaka Coulibaly, P-DG de la société Prime Oil. « Depuis l’avènement de la maladie en Chine, nous étions très inquiets ici. Et aujourd’hui, nous enregistrons des cas sur notre territoire. Imaginez la peur actuellement. Mais nous demandons à la population de ne pas céder à la panique, de rester à l’écoute des autorités sanitaires et de suivre les consignes données par les experts de la santé », a-t-il suggéré.

Il estime cependant que le gouvernement devrait prendre ses responsabilités face à cette maladie. « Il ne faut pas que nos autorités attendent que la maladie se propage avant de prendre une décision ferme. Il faut qu’elles soient radicales pour prendre une décision tout de suite et maintenant. Qu’elles alertent au maximum la population pour qu’elle se rende compte de l’ampleur de la chose. Parce que, quand on écoute la population riveraine, les gens prennent ça à la légère et chacun donne son analyse personnelle. Il faut prendre toutes les mesures pour pallier cette lacune. Nous n’avons pas les moyens nécessaires pour lutter contre cette pandémie. On a vu les conséquences en Chine, actuellement en Italie et en France ; donc il faut mettre les moyens dans la communication, faire connaître les dangers de la maladie aux populations, comment elle se transmet et comment faire pour prévenir cette maladie », a-t-il plaidé.

Assanatou Sanogo

Conscient de l’ampleur de la maladie et de ses conséquences sur le développement du pays, Siaka Coulibaly dit avoir pris des mesures au sein de sa société pour minimiser sa propagation. Ainsi, il a soumis tous les employés de la société au port du masque et des gants au lieu du service et même en dehors de la boite. Pour lui, le lavage de mains devrait être un réflexe au quotidien. Par ailleurs, il dit avoir tenu une réunion d’urgence avec le personnel afin de le sensibiliser aux conduites à tenir face à la pandémie. Toutefois, il invite les populations à limiter « les déplacements inutiles afin d’éviter de se faire contaminer ou d’éviter de contaminer les autres ».

Pour Antoine Traoré, cette pandémie a créé la psychose un peu partout depuis son apparition dans le monde. « C’est vrai que ça affole la population parce qu’on n’a pas les informations claires sur cette maladie, sur les signes de manifestation surtout lorsque nous prenons le cas de la Chine et présentement en Italie. C’est inquiétant. On essaie de suivre les mesures d’hygiène et de sécurité que le gouvernement a instaurées. Nous voulons plus de communication sur la maladie et nous faisons confiance à nos chercheurs. On espère qu’on pourra trouver le remède très rapidement afin de sauver les vies », a-t-il lancé. Il a par ailleurs salué les mesures prises par le gouvernement pour freiner la propagation de cette maladie et l’invite à veiller sur le respect strict de ces mesures.

Hamidou Berthé

Hamidou Berthé, quant à lui, invite les populations au respect des consignes édictés par les autorités du pays. « Cette maladie a secoué les grands pays et nous avons vraiment peur. C’est pourquoi nous invitons une fois de plus les gens à suivre les conseils. Parce que nous n’avons pas les hôpitaux adéquats pour une meilleure prise en charge », a-t-il déploré.[ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Romuald Dofini
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 28 mars 2020 à 16:23, par Passant En réponse à : Coronavirus au Burkina : Les Bobolais entre peur et insouciance

    "Même s’il y a des cas à Bobo-Dioulasso, on ne va quand même pas arrêter de vivre".

    Tout à fait d’accord avec ce point de vue. Je ne vois pas en quoi le fait de se serrer la main entre membres d’un groupe "constitué" ou d’un "grain" constitue un mal absolu. Je ne vois pas non plus pourquoi tout le monde devrait s’affubler en permanence d’un masque alors que, d’après les indications (très claires) du Pr Ouédraogo, Coordonnateur du CORUS, seuls y sont astreints les porteurs reconnus comme tels et le personnel soignant.

    D’aucuns, dont, malheureusement nombre de journalistes, semblent vouloir à tout prix donner dans la surenchère. Par ailleurs, pour prendre en exemple la situation des maquis, bars et "kiosques", on a l’impression très nette que certains voudraient utiliser les mesures préconisées ou recommandées à des fins d’ordre moral, sinon religieux. Il est heureux que, prenant en compte les réalités du pays que beaucoup semblent ignorer, les autorités aient décidé de ne pas instaurer le confinement réclamé à cor et à cri par les zélateurs.

    Qui nierait la gravité de la situation sanitaire que nous vivons ou encore la nécessité de mener une lutte vigoureuse pour en venir à bout ? Faut-il, pour autant, demander aux autorités d’administrer des remèdes qui semblent ne rien avoir à envier au mal lui-même ? Combien de jours la majorité écrasante des foyers burkinabè, qui ne disposent pas du matériel électro-ménager nécessaire et ne bénéficient pas, à domicile, de l’adduction à l’eau potable, pourraient tenir dans un régime de confinement ?

    Les consignes promulguées par les pouvoirs publics s’adressent quand même à des personnes adultes et réfléchies. S’il convient de sensibiliser sans répit, il n’y a pas lieu, par contre, de donner dans la surenchère et d’alimenter la psychose.

    Alors, pour moi, ce serait plutôt : Les Bobolais entre préoccupation et volonté de continuer à vivre.

  • Le 28 mars 2020 à 19:22, par SANOGO En réponse à : Coronavirus au Burkina : Les Bobolais entre peur et insouciance

    Ok donc continuez à vivre dans l’insouciance sempiternelle dont on vous connait ; mais vous risquez d’etre surpris tres desagréablement

  • Le 30 mars 2020 à 08:09, par Une Bobolaise En réponse à : Coronavirus au Burkina : Les Bobolais entre peur et insouciance

    Je voudrais souligner l’insouciance et l’imprudence de ces jeunes motards du dimanche, qui toutes les semaines de 16h à 19h, se livrent a des exhibitions de vitesse et de figures " roue arrière " devant de jeunes admirateurs très nombreux au secteur 30 de Bobo. Outre le danger de telles pratiques, la présence du Covid 19 dans nos murs met la vie de ces jeunes en grand péril. Hier dimanche 29 mars, ils étaient toujours très nombreux. Malgré un bref passage de la police, les exhibitions ont continué. Tant que les autorités n’auront pas pris des mesures drastiques pour interdire ce genre de manifestations, l’inconscience, l’insouciance, voire la provocation demeureront.

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