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Guinée-Bissau : À quoi joue la CEDEAO ?

Accueil > Actualités > International • LEFASO.NET • jeudi 12 mars 2020 à 00h00min
Guinée-Bissau : À quoi joue la CEDEAO ?

La Guinée-Bissau est toujours dans l’impasse après le deuxième tour de l’élection présidentielle. Et le pays est loin d’en sortir avec le jeu trouble des présidents de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDAO). Le contentieux électoral n’est pas encore vidé par la Cour suprême. Un bicéphalisme règne à la tête du pays. Une situation que les chefs d’État de la CEDEAO semblent cautionner. Certains d’entre eux contribuent à la division en apportant un soutien à l’un des candidats autoproclamés notamment Umaro Sissoco Embalo.

D’où cette question ? La CEDEAO a-t-elle déjà choisit son camp dans cette crise ?

Au lendemain du second tour de l’élection présidentielle en Guinée-Bissau, on croyait que le pays allait tourner définitivement la page des soubresauts politiques. Mais sur le terrain ce n’est toujours pas la fin de l’imbroglio politique puisque le processus électoral n’est pas allé à son terme.

Et la Cour suprême continue de traîner les pas pour donner le vainqueur de l’élection présidentielle. Cette lenteur de la justice a entrainé un bicéphalisme à la tête de l’État.

Le pays se retrouvant avec deux présidents à savoir Umaro Sissoco Embalo qui entre-temps a prêté serment, au moment où le PAIGC déclarait la « vacance du pouvoir » et investissait un des siens, en l’occurrence le président de l’Assemblée nationale, Cipriano Cassama, président par intérim. Mais ce dernier, craignant pour sa vie a refusé l’offre de son parti qui n’est toujours pas prêt de reconnaitre l’autre « nouveau président élu ».

En effet après la défaite du président sortant, José Mario Vaz, au premier tour de la présidentielle, le statu quo et les soubresauts politiques continuent d’émailler le pays. Pire, tout porte à croire que cette présidentielle censée imprimer une nouvelle marche, a créé plus de problèmes qu’elle n’en a résolus.

La crise électorale en Guinée Bissau a contraint la CEDEAO à jouer les prolongations dans son rôle de veille et de médiatrice du processus démocratique. Et sa position dans cette crise est ambiguë au regard des déclarations de plusieurs chefs d’États de la sous-région. Sans que le contentieux électoral ne soit vidé par la Cour suprême, Umaro Sissoco Embalo autoproclamé président a été félicité par le président, Macky Sall, du Sénégal et son ambassadeur à Bissau était d’ailleurs présent à l’auto-intronisation.

Dans un discours devant le Parlement de la CEDEAO, le chef de l’État nigérien, président en exercice de la Communauté, a adressé ses « félicitations au vainqueur ». C’est aussi, pour lui, une reconnaissance. Idem de la part de Muhammadu Buhari, président du Nigeria. Le paradoxe dans cette crise est que la CEDEAO avait dénoncé les investitures en dehors des cadres légaux et institutionnels au moment où le contentieux électoral est pendant devant la Cour suprême.

L’institution sous régionale a même appelé les protagonistes à s’en tenir au processus électoral qui doit aller jusqu’à son terme. Elle s’est également tourné vers l’armée en leur appelant à garder une posture de neutralité. Mais malgré avec cet appel, la grande muette semble avoir pris le parti de Emballo qui a investi l’Institution présidentielle sans même attendre que le contentieux électoral soit complètement vidé.

Le président autoproclamé Umaro Sissoco Embalo a entamé depuis le 10 mars, une tournée régionale, au Sénégal, avant le Niger et le Nigéria. Il se présente comme « président élu de Guinée-Bissau » après la présidentielle de fin décembre alors qu’il est toujours contesté par le camp de son rival, Domingos Simões Pereira, qui a introduit plusieurs recours devant la Cour Suprême.

Cette énième crise laisse croire que le plus dur reste encore à venir en Guinée-Bissau. C’est pourquoi il est impératif pour les acteurs politiques bissau-guinéens, de travailler à s’accorder sur leurs divergences, s’ils veulent véritablement sortir leur pays de l’ornière et vaincre le signe indien des crises à répétition au sommet de l’ l’État.

Il est temps que les Bissau-guinéens eux-mêmes retroussent leurs manches et s’assumer en toute responsabilité pour sortir de cette crise. Quant à la CEDEAO, elle a intérêt à revoir son schéma de gestion de crises dans les pays. Si non à la longue elle risque d’apparaitre comme une coquille vide aux jeux des Africains au regard des exemples du passé où elle a ramé contre la volonté des peuples.

Issoufou Ouédraogo
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 12 mars à 07:42, par stupefait En réponse à : Guinée-Bissau : À quoi joue la CEDEAO ?

    Au jeu habituel !!!!
    En afrique y’a tres rarements des institutions fortes !!

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  • Le 12 mars à 09:42, par Le réaliste En réponse à : Guinée-Bissau : À quoi joue la CEDEAO ?

    En réalité, l’Afrique a encore du chemin à faire en terme de crédibilité de ses institutions. a CEDEAO a encore, tout comme au Burkina Faso pendant la gestion du Coup d’Etat du RSP, manqué là une autre occasion de se montrer à la hauteur de la gestion des crises au sommet des Etats sur le continent.
    Pourquoi ne pas s’impliquer dans la procédure pour la justice de la Guinée-Bisseau proclame convenablement les vrais résultats des élections au lieu de se jouer à cette cacophonie ridicule ?
    Il manque un certain réalisme à nos dirigeants et c’est vraiment dommage.

    Répondre à ce message

  • Le 12 mars à 11:12, par gongoni En réponse à : Guinée-Bissau : À quoi joue la CEDEAO ?

    Le Général De Gaule avait raison quand il qualifiait l’ONU de machin . C’est la même chose pour la CEDEAO qui n’a jamais pu contribuer à résoudre efficacement un problème politique dans un de ses pays membres . Cette organisation sous-régionale en qui nos peuples ouest-africains avaient pourtant placé beaucoup d’espoir se révèle être un machin bureaucratique créé pour caser d’anciens hauts fonctionnaires de chaque Etat membre avec de gros salaires pour rien . Que ce soit l’UA ou la CEDEAO ,ces organisations contribuent au contraire à enliser et entretenir des conflits sur le continent .
    Et il est à craindre que la CEDEAO de par son jeu trouble ne contribue qu’à exacerber ce conflit électoral en GUINEE-BISSAU

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  • Le 12 mars à 11:42, par fghien En réponse à : Guinée-Bissau : À quoi joue la CEDEAO ?

    M. Issoufou OUEDRAOGO, cette fois-ci, il n’y a pas de "Président autoproclamé" mais bien un Président élu dont l’adversaire refuse d’accepter la victoire. La CEDEAO a clairement reconnu les résultats du second tour délivrés par la Commission électorale... face à la mauvaise foi du au mauvais perdant, l’armée a le droit de prendre partie... Et si certains chefs d’Etats de la CEDEAO ont encore un problème, c’est leur affaire... On ne peut pas s’en prendre à ceux qui reconnaissent le vainqueur : il n’y a pas d’argument contraire solide... Donc vous-même, on dirait que vous êtes conditionné par le presse occidentale, française en particulier ?
    Laissez passer ce commentaire et répondez si vous avez d’autres arguments. Dans le cas contraire, je reviendrai par une autre voie. Bien à vous

    Répondre à ce message

  • Le 13 mars à 11:48, par Dibi En réponse à : Guinée-Bissau : À quoi joue la CEDEAO ?

    A quoi joue la CEDEAO en Guinée-Bissau ?
    Facile ! Cette institution d’intégration au grand capital occidental-européen joue en Guinée Bissau, sa partition néocoloniale. Rien de plus et rien de moins que ça !
    Na an lara, an sara !
    La patrie ou la mort !

    Répondre à ce message

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