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Imposition de la cendre au début du Carême : Un appel à la conversion et à la pénitence

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET • jeudi 20 février 2020 à 23h00min
Imposition de la cendre au début du Carême : Un appel à la conversion et à la pénitence

Cette année, le Mercredi des cendres est prévu pour le 26 février. Ce jour marquera le début du Carême, quarante jours de pénitence, de conversion et de charité pour l’Eglise universelle. Jean-Paul Sagadou, religieux assomptionniste et rédacteur en chef du manuel « Prions en Eglise Afrique », revient sur l’origine des cendres dans le Carême, dans un entretien accordé à Lefaso.net, le 6 février 2020.

Lefaso.net : Pourquoi faut-il des cendres pour commencer le carême ?

Jean-Paul Sagadou : D’après les Saintes écritures, la coutume de se couvrir la tête de cendres - et à l’origine de se revêtir aussi d’un sac – est une ancienne pratique pénitentielle qui remonte au peuple hébreu (Jonas 3.5-9 : Jérémie 6.26 ; 25-34 ; Matthieu 11, 21). Le Mercredi des cendres marque l’entrée officielle en Carême et dans le cycle pascal. Il peut tomber n’importe quel mercredi entre le 4 février et le 10 mars, en fonction de la date de Pâques.

Les cendres qui proviennent des rameaux de l’année précédente, brûlés pour l’occasion, sont déposées sur le front des fidèles. Le jour des Cendres, les chrétiens entendent résonner à leurs oreilles un appel : « Revenez à moi de tout votre cœur ! ». A cet appel de Dieu, chaque chrétien décide de répondre personnellement et communautairement en faisant l’aumône, la prière et le jeûne. Et ces trois choses ne sont que des démarches pour se rapprocher de Dieu.

Quelle est l’origine de ce rite ?

Au début du christianisme, ce rite des Cendres n’était pas directement associé au début du Carême. Vers l’an 300, il fut adopté par certaines Eglises locales et intégré au rite d’excommunication temporaire ou de renvoi des pécheurs publics de la communauté. Ces personnes s’étaient rendues coupables de péchés ou de scandales « majeurs » : apostasie, hérésie, meurtre et adultère (considérés comme des péchés « capitaux »).

Au VIIe siècle environ, cette coutume donna lieu, dans certaines Eglises, à un rite public du Mercredi des cendres. Les pécheurs confessaient d’abord leurs péchés en privé. Puis ils étaient présentés à l’évêque et mis publiquement au rang des pénitents. Ils devaient se préparer pour recevoir l’absolution donnée le Jeudi saint. Après une imposition des mains et des cendres, ils étaient renvoyés de la communauté comme Adam et Eve l’avaient été du paradis. Bien sûr, on leur rappelait que la mort est la conséquence du péché : « Oui, tu es poussière et à cette poussière tu retourneras » (Genèse 3,19).

Les pénitents vivaient en marge de leur famille et du reste de la communauté chrétienne pendant les 40 jours du Carême (d’où l’expression de « quarantaine »). Le « sac » qu’ils avaient revêtu et la cendre dont ils étaient couverts permettaient de les reconnaître lors des assemblées ou, le plus souvent, aux portes de l’église où ils étaient relégués. Cette pratique pénitentielle impliquait généralement de s’abstenir de viande, d’alcool, de bain. Il était également interdit de se faire couper les cheveux, de se raser, d’avoir des relations sexuelles et de gérer ses affaires. Selon les diocèses, il arrivait que certaines pénitences durent plusieurs années, voire toute la vie.

Au cours du Moyen-âge, c’est la dimension personnelle du péché, plutôt que son caractère public, qui fut objet d’insistance. Par conséquent, les traditions associées au Mercredi des cendres furent appliquées à tous les adultes de la paroisse, mais sous une forme mitigée. Au XIe siècle, les pratiques en usage étaient fort semblables à celles que nous connaissons aujourd’hui. Depuis quelques années, il existe une alternative à la formule traditionnelle pour l’imposition des cendres. Elle met en valeur un aspect beaucoup plus positif du Carême : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » (Mc 1,15).

Globalement, trois traditions ont donné au Carême son caractère spécifique : les traditions qui favorisent un climat d’austérité, les pratiques pénitentielles comme le jeûne et l’abstinence et, enfin, les dévotions centrées sur la souffrance de Jésus. Au cours de ces dernières années, ces traditions ont été associées à des pratiques nouvelles, mettant l’accent sur une dimension plus positive du Carême.

Que signifie le Carême pour le chrétien ?

Le Carême invite à passer du public au secret, de la visibilité à l’intériorité, du « devant les hommes » au « devant Dieu » (Bruno Chenu). L’enjeu, dans la pratique de l’aumône, du jeûne et de la prière, n’est pas de se donner en spectacle, de se faire voir, mais de « se cacher », d’entrer en soi-même. Ce que je fais ne doit pas être connu des hommes. Le plus important est que le Père « voie ce que tu fais en secret : il te le revaudra ».

Entrer en carême, c’est donc investir ce que Jean-Louis Chrétien appelle « l’espace intérieur » pour prendre la mesure de « l’intérieur des choses » (Emmanuel Kant), et creuser « l’homme intérieur », « l’homme du dedans ». N’oublions pas que la tradition chrétienne, dès les premiers siècles, a présenté l’intériorité de l’homme sur le modèle d’un bâtiment, qui se présente comme une demeure à découvrir, à explorer, à purifier, à aménager, à embellir.

Saint Anselme, une des grandes figures de la philosophie médiévale, pour stimuler l’esprit de l’homme à la contemplation de Dieu, invite à se « cacher », c’est-à-dire à se mettre à l’abri ou à l’écart « des pensées tumultueuses », à rejeter le poids des soucis et les douleurs de la dispersion intérieure. C’est un exercice de concentration, de recueillement, et donc d’unification de l’intelligence qui évacue tout ce qui peut distraire. Pour creuser l’espace intérieur, nous avons besoin de médiations. La médiation par excellence, c’est la Bible, la parole de Dieu qui révèle à l’homme ce qu’il est et ce qu’il est appelé à devenir.

Finalement, vivre le carême, c’est mettre en pratique cet appel de saint Augustin : « Ne vas pas au-dehors, reviens en toi-même, c’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité ». Quand le temps de l’intimité aura été pris, pourra venir le temps de la proclamation joyeuse. L’enfouissement précède le rayonnement. L’Église est toujours invitée à sortir du cénacle. Mais à condition qu’elle ait accepté d’y entrer.

Entretien réalisé par Edouard K. Samboé
Lefaso.net

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