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Lutte contre le terrorisme au Mali et au Burkina : Deux approches, un même ennemi

Accueil > Actualités > Opinions • Par Siaka Coulibaly • vendredi 31 janvier 2020 à 22h55min
Lutte contre le terrorisme au Mali et au Burkina : Deux approches, un même ennemi

La possibilité envisagée par le Mali de dialoguer avec les terroristes et le recrutement de volontaires au Burkina, deux approches visant à éradiquer l’extrémisme violent au Sahel, que décrypte pour nous l’analyste politique burkinabè Siaka Coulibaly.

Dans la situation sécuritaire préoccupante qui est celle du Burkina Faso, similaire à des pays voisins, plusieurs initiatives sont prises par les autorités en vue de tenter de réduire l’incidence du terrorisme sur le pays. Dans le débat public, certains évoquent la possibilité de négocier avec les terroristes. Cette politique de la main tendue aux organisations qui utilisent le terrorisme pour atteindre leurs fins, a été récemment préconisée par le gouvernement malien. Le pouvoir burkinabè a, quant à lui, décidé de recourir à des volontaires pour accompagner les militaires au combat. Quelle réflexion peut-on faire autour de ces deux approches de sécurité ?

La volonté du président malien, exprimée par son Haut représentant Dioncounda Traoré, de prendre langue avec les organisations rebelles et terroristes, est une évolution remarquable. Jusque-là, le chef de l’Etat malien s’était montré intransigeant quant à des éventuels pourparlers de paix avec les terroristes. Pas plus tard que le 2 juillet 2019, IBK, dans une interview accordée à Jeune Afrique, rejetait toute possibilité de négociations avec les terroristes. « Une mare de sang nous sépare de ces gens… », clamait le président malien.

Il semble bien donc que le vent a tourné du côté du palais de Koulouba pour la sortie de crise sécuritaire. Le représentant du président malien a affirmé avoir envoyé des émissaires auprès de différents responsables d’organisations en armes et attend les retours de ces démarches. Si d’aventure, une réponse favorable venait de la part des insurgés, le pouvoir malien serait bien dans l’obligation d’engager un processus de négociation et de paix en vue de terminer l’offensive des terroristes. Ce faisant, les autorités maliennes ne poseraient pas un acte inédit puisqu’un processus similaire avait permis d’obtenir l’accord d’Alger en mai-juin 2015.

Dans la situation actuelle, et espérons que les autorités maliennes perçoivent cette dimension, il est indispensable que le principe des négociations que le gouvernement malien parviendrait à obtenir, soit étendu à tous les pays du G5 Sahel et que ces discussions soient menées dans un cadre multilatéral. En se fondant sur l’exemple de l’Accord d’Alger, on peut penser que la grande faiblesse de cet instrument a pu être son caractère restreint entre l’Etat malien et les terroristes. Etant donné l’espace utilisé par les mouvements armés, un accord séparé ne pourra nullement permettre de mettre fin aux affrontements, puisque les terroristes continueraient à mener leurs activités sur les territoires des pays avec qui ils n’ont pas d’accord. Le moment semble venu d’envisager un accord global de paix au Sahel assorti d’un plan de développement équitable pour toutes les populations.

Au Burkina Faso, le Président du Faso a annoncé, fin 2019, un projet de recrutement de volontaires parmi les populations et dans les villages. Ces volontaires, selon le gouvernement, pourraient aider les unités combattant le terrorisme. Le 21 janvier 2020, l’Assemblée nationale a adopté la loi qui donne le cadre juridique du volontariat pour la sécurité. Si dans l’esprit, ce projet comporte un potentiel de contribution à la lutte contre le terrorisme, au regard des immenses besoins de cette tâche, plusieurs aspects appellent cependant des interrogations dont les réponses pourraient conduire à des effets indésirables du projet.

La principale interrogation consiste à se demander pourquoi recourir à des volontaires à former militairement en 14 jours au lieu de recruter des forces supplétives aux effectifs de l’armée ou des autres unités de sécurité ? Les garanties de moralité seront-elles respectées lors du recrutement de ces volontaires de sorte à ne pas fragiliser la déontologie des corps armés et à éviter les atteintes aux droits humains ? Quel sera l’encadrement de ces volontaires pendant leurs opérations ? Est-il adéquat, dans le besoin actuel de combattants (armée régulière), d’en affecter une partie à l’encadrement quotidien des volontaires, étant donné que leurs bases sont leurs villages de résidence, et qu’au final, ces volontaires constituent quand même des personnels sous-qualifiés ? Quelle serait la compatibilité de ces volontaires avec les troupes étrangères, d’abord du G5 Sahel, puis des partenaires internationaux (Barkhane, Etats-Unis, Russie, Chine, etc.).

Le gouvernement burkinabè a-t-il pris le soin de s’assurer de la conformité du recrutement de ces volontaires d’avec les règles internationales ? A la fin de leur service, que sera-t-il fait de ces volontaires si, dès le départ, il n’a pas été envisagé leur incorporation dans les différentes unités militaires et paramilitaires ? Enfin, l’armement de volontaires villageois isolés dans les tréfonds du Burkina Faso ne constituerait-il pas une justification de massacres importants de civils par les terroristes ? Et les militaires n’ayant pas encore réussi à éradiquer l’hydre terroriste malgré toute leur formation et équipements, de simples civils formés hâtivement en quatorze jours pourraient-ils y parvenir ?

Beaucoup craignent que les volontaires ne deviennent des milices formalisées qui pourraient être utilisées par des acteurs politiques plus facilement que les forces armées régulières régies par des règles et une organisation trop rigides ou des groupes d’auto-défense totalement illégaux.

En définitive, et à ce stade, l’appréciation des volontaires se résume à une litanie d’interrogations qui peuvent aussi aider les autorités à améliorer la contribution de ces nouveaux intervenants à la lutte contre le terrorisme.

Siaka Coulibaly
Analyste politique

NDLR : Le titre est de la rédaction

Vos commentaires

  • Le 31 janvier à 13:32, par boer En réponse à : Lutte contre le terrorisme au Mali et au Burkina : Deux approches, un même ennemi

    le pays actuel à besoin de proposition concrète pour aider les FDS à ressoudre le problème des terroristes et de nonquestionnement ?

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  • Le 31 janvier à 13:54, par Bernard Luther King ou le Prophete Impie En réponse à : Lutte contre le terrorisme au Mali et au Burkina : Deux approches, un même ennemi

    1) "Deux approches, un même ennemi". Ce titre bien que venant de la redaction de LefAso.NEt est bel et bien un resumé pertinent de l’article. D’office, je trouve cette analyse biaisé dès son fondement. En effet, on ne peut pas rapprocher, à des fins argumentatives, des faits ou des choses qui se situent sur des plans taxonomiques totalement differents. C’est intellectuellement erroné. Que je n’en dise pas plus.
    2) En tout etat de cause, tant que nous y sommes, continuons le debat. La negociation n’a jamais été exclue, à mon avis, par les Autorités. Cependant, c’est l’opportunité d’abord qui pose serieusement problème. L’accord d’Alger visait d’abord la reunification du Mali entre loyalistes et natifs secessionistes. Même au MAli, la fameuse negociation, c’est pas avec n’importe quel terrorriste.
    3) "La prin cipale interrogation consiste à se demander pourquoi recourir à des volontaires à former militairement en 14 jours au lieu de recruter des forces supplétives aux effectifs de l’armée ou des autres unités de sécurité  ?"
    - Il n’ya pas d’opposition entre le recrutement des Volontaires et un complement d’effectif de l’Armée. D’ailleurs , pour rappel, les Autorités ont deja implementer un complement d’effectif en recrutant 500 jeunes recrus : en tout cas, un communiqué avait été lancé à cet effet. Cela fait à peu près 6 mois si ma memoire est bonne.
    - Les volontaires, comme le souligne le rapport final du Projet de Loi sont des auxillaires des FDS. Bien sûr, d’office, leur temps d’encadrement pose dejà probleme. Mais ce n’est qu’un debut ! Les CDRs sous la revolution de 1983 formait en 2 semaines, si ma memoire est bonne.
    - Compatibilité : Le recrutement des Volontaires tout comme un complement d’effectif à re-implementer sont toutes des mesures qui feront synergie. Qu’il suffise de dire que le FCM (Force Conjointe Multinationale) equivalent de "G5 Sahel" dans le Bassin du Lac Tchad collaborait avec les Comités de Vigilance, des formes d’ILS.
    - Garantie de moralité  : il est dit dans le rapport final que les VDP sont sous la Hierarchie Militaire et sont penalement responsable à titre individuel.
    - Au Nigeria, l’equivalent de nos VDP sont appelés les CJTF (Civilian Joint ...). Ils ont fait du bon boulot aux coté de l’armée Nigerianne. Et cela, force gens restent unanimes. Le defi, c’est leur DDR.
    4) A ceux qui pensent que les Volontaires vont aggraver la situation, qu’il sache que dans certaines zones rouges du Pays, les ILS ont repoussé heroiquement des attaques massives de terrorristes. C’est peut-etre leur absence qui faciliterait les massacres de civils. S’il faut blamer l’initiatives des Volontaires, il faudrait blamer les appels à la cooperation entre FDS et populations, ceci pouvant vulnerabiliser davantage. Ce qu’il faut retenir dans la lutte contre le terrorrisme, c’est qu’aucune mesure de grande valeur faciale d’efficacité ne peut être mis en place sans une contre-reaction energique de l’ennemi : c’est mal connaitre la vocation des terrorristes. Qu’il suffise de rappeler la reaction de Boko Haram suite aux declarations (juste bouche parole) de prise de position de l’Emir Sanussi : attentat-suicide de près 150 morts dans sa mosquée.

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  • Le 31 janvier à 13:56, par KABORE En réponse à : Lutte contre le terrorisme au Mali et au Burkina : Deux approches, un même ennemi

    D’habitude je soutiens les points de vue de l’auteur, mais là je ne partage pas ses inquiétudes sur les volontaires. A ma connaissance, ces volontaires ne doivent pas être vu comme de l’effectif supplétif pour l’armée mais plutôt comme des personnes qui ripostent dans le cas d’une légitime défense. Si je prend l’exemple du massacre récent, si les gens avaient des armes ils n’allaient pas courir se cacher et après se faire assassiner par des gens dont la seule force est de détenir une Kalach ! Oui la plupart du temps ce sont des enfants ou des gens assez faible physiquement ! J’ai vu au infos malienne que beaucoup de combattants de groupes armés ont été déclarés inaptes par l’armée malienne dans le processus de DDR..Comme le disait les réfugiés de KONGOUSSI, Nos ancêtres n’ont pas fuit alors nous ne devons pas fuir et je souscrit à l’idée du Président qu’il vaut mieux se battre de façon intègre plutôt que de se compromettre dans des négociations qui ne sont même pas sûr de porter de bon fruits ! Les américains ont tenté avec les talibans et finalement c’est pas aller loin ! Nous avons à faire à des gens très déterminés et très fourbes ! Le cas du BURKINA est particulier car l’islamisation complète du pays fait rêver beaucoup en interne comme en externe (j’en sais quelque chose car je suis présentement à l’étranger). Face à cela seules notre UNION et notre DÉTERMINATION nous permettra de vaincre !!! L’intégration et la tolérance au BURKINA servira toujours de modèle !!

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  • Le 31 janvier à 15:56, par koh En réponse à : Lutte contre le terrorisme au Mali et au Burkina : Deux approches, un même ennemi

    a mon avis les deux semaines de formations suffisent pour apprendre à tenir une arme. CONNAISSEZ VOUS LE TEMPS QUE CES TERRORISTES PRENNENT POUR FORMER LEUR COMBATTANTS ?
    les Maliens savent ce que les terroristes veulent mais au Burkina ils veulent quoi ? jusqu’à tel point de commencer à assassiner des civiles innocents.
    si ce sont leurs véhicules qu’ils réclament et que le P F a refusé on ne peut plus faire marche arrière car leur donner ces armes c’est pour qu’ils nous attaquent.
    Si c’est une partie du Burkina qu’ils veulent. Pensez vous que cela est possible ? peut être avec le CDP au pouvoir ils accepteront . Je cite le président du CDP "si nous venons au pouvoir en 2020 le terrorisme va finir..."

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