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Transitions de l’occupation des terres et stratégies d’adaptation des producteurs dans la commune de Tikaré (Burkina Faso)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • LEFASO.NET • jeudi 16 janvier 2020 à 16h56min
Transitions de l’occupation des terres et stratégies d’adaptation des producteurs dans la commune de Tikaré (Burkina Faso)

1. Introduction
La commune de Tikaré est située en zone sahélienne au nord du Burkina Faso, entre les latitudes 13°11’42’’ et 13°31’49’’ nord et les longitudes 1°39’13’’ et 1°52’41’’ ouest. Cette région est confrontée aux contraintes climatiques et à la pression démographique à travers des méthodes culturales inadaptées (Ouédraogo et al, 2018), qui contribuent à la dégradation des ressources naturelles.

La présente recherche vise une meilleure connaissance des changements qui affectent l’occupation des terres et à fournir aux étudiants, acteurs du développement, ainsi qu’aux chercheurs, des informations sur les stratégies d’adaptation utilisées par les petits producteurs ruraux en vue d’y faire face. La dégradation des ressources naturelles est une préoccupation majeure au Burkina Faso, notamment en milieu rural où ses manifestations les plus perceptibles sont entre autre, la disparition du couvert végétal et la perte de la qualité des sols.

Les effets des changements sont souvent ressentis mais pas toujours mesurés et les solutions apportées ne sont pas toujours mis en relation avec les processus qui les ont suscité. La présente recherche est une contribution pour analyser les réponses apportées aux effets de certaines transitions qui ont affecté les ressources naturelles dans la commune de Tikaré.

2. Résultats et analyses

2.1. Les tendances de l’occupation des terres

La commune de Tikaré a été marquée par un changement de l’occupation des terres entre 2002 et 2014 (Figure 1) (INERA/ Programme régional au sahel et dans la corne de l’Afrique, 2015). L’analyse des images satellites (Landsat) a révélé que ce changement s’est manifesté par une extension de la superficie des cultures, dont les proportions d’occupation par rapport à l’ensemble de la commune sont passées de 29,65 % en 2002 à 48,03 % en 2014.

Les formations végétales ont connu des évolutions diverses marquées par une réduction de la savane arbustive de 47, 16 % à 17,20 % du territoire étudié. Il en est de même pour la savane herbeuse et les formations ripicoles qui sont passées respectivement de 4,76 % et 0,74 %, à 2,62 % et 0,24 % dans la même période. La prairie marécageuse a aussi connu une baisse de son taux d’occupation de 0,06 % en 2002 à 0,04 % en 2014.

Par contre, la steppe a gagné en superficie avec des proportions qui ont varié de 16,26 % à 30,83 %. Cependant, les sols nus ont montré un recul en termes d’occupation, passant de 0,99 % de la superficie totale, à 0,55 % ; et les plans d’eau de 0,38 % à 0,55%.

Figure 1 : Unités d’occupation des terres en 2002 et 2014

2.2. Transitions négatives de l’occupation des terres dans la commune de Tikaré

Le traitement par les outils du SIG (Système d’Information Géographique) a montré que les principales transitions causes de dégradation enregistrées, concernent la conversion des formations végétales, notamment la savane arbustive (7,6 % du territoire de la commune), la steppe (10,2 %), la savane herbeuse (2,1%) et la prairie marécageuse dans une moindre mesure (0,04 %), en cultures.

Ces transitions sont souvent accompagnées d’une disparition d’une partie de la végétation lors de l’ouverture des champs et la mobilisation du sol due à l’exploitation agricole. Les cultures répétitives dans un contexte de forte pression démographique et le faible investissement dans le maintien de la fertilité des sols finissent par réduire l’aptitude de ces sols à la production agricole.

Par ailleurs, la plus forte transition enregistrée est celle de la savane arbustive en steppe soit 23,5% de la superficie totale de la commune. Cela montre clairement la tendance à la dégradation de la savane marquée par une modification de sa physionomie, et une évolution vers la mise à nu du sol et son exposition à l’érosion.
De manière plus réduite, il y a aussi les transitions des cultures (0,14 %), de la savane arbustive (0,006 %), et de la steppe (0,15 %), en sols nus qui ont affecté la couverture du sol et favorisé l’érosion.

L’ensemble de ces transitions convergent vers la dégradation progressive du couvert végétal, la perte de la fertilité du sol, ce qui a suscité des stratégies d’adaptation développées par les producteurs ruraux.

Tableau 1 : Matrice de transition des unités d’occupation des terres dans la commune de Tikaré (2002-2014)

2.3. Stratégies d’adaptation pour une utilisation durable des ressources naturelles dans la commune de Tikaré

Face aux transitions observées dans la commune de Tikaré, diverses pratiques ont alors été développées pour restaurer les sols, reconstituer la végétation, améliorer la production agricole. Ces pratiques ont déjà été citées dans d’autres travaux (Zougmore et al 2005, Ouédraogo et al 2015 et 2018, UICN 2011).

La conversion des formations végétales en cultures a concerné 8030 ha de terres soit près de 20,5 % du territoire de la commune. Les pratiques adoptées face à ces transitions ont été celles visant la restauration et la protection des sols ainsi que la conservation des eaux (Planche photographique 1).

Planche photographique 1 : Pratiques adoptées face à la conversion des formations végétales en cultures. Clichés : O KABORE, 2015.

Cependant, la conversion des formations végétales et des cultures en sols nus représente 62,9 ha soit seulement 0,16% de la superficie communale. Cela a nécessité le recours à des pratiques visant la préservation et la récupération des sols (Planche photographique 2). Grâce à la contribution de ces actions, des sols nus ont été convertis en cultures (0,38 %), en savane arbustive (0,021 %) et en steppe (0,25 %) soit au total 256,25 ha représentant 0,65 % du territoire étudié.

Planche photographique 2 : Pratiques adoptées face à la conversion des formations végétales et des cultures en sols nus. Clichés : O KABORE, 2015.

3. Conclusion

Les résultats obtenus permettent de mesurer et mieux comprendre les changements dans l’utilisation des terres, notamment celles qui ont affecté les ressources naturelles entre 2002 et 2014 dans la commune de Tikaré. Les stratégies développées par les producteurs pour une utilisation durable des espaces de production agricole ont été présentées et mises en relation avec les différentes transitions observées. Cependant ces stratégies adoptées ont un coût financier qui nécessite un accompagnement au profit des petits producteurs agricole.

4. Pour en savoir plus

• INERA/ Programme régional au sahel et dans la corne de l’Afrique 2015 : Rapport d’étude sur la caractérisation biophysique et socioéconomique dans la province du Bam, Programme régional au sahel et dans la corne de l’Afrique : Amélioration de la Sécurité Alimentaire et des Ressources en Eau pour le Développement Economique Rural, 78 p.

• Robert Zougmoré, Zacharie Zida 2005. Lutte anti-érosive et amélioration de la productivité des sols par l’aménagement de cordons pierreux. La Jachère en Afrique de l’Ouest, Fiches Techniques : Réhabilitation des terres dégradées, 2p.

• Programme UICN-Burkina Faso, Ouagadougou, Burkina Faso 2011 : Catalogue d’adaptation aux risques climatiques au Burkina Faso. Editeurs : Moumini Savadogo, Jacques Somda, Oumarou Seynou, Sylvain Zabré et Aimé J.Nianogo 60p.

• Lucien Ouédraogo, Oumar Kaboré, Blaise Ouédraogo, (2015). « Contribution de la géomatique à l’analyse environnementale de l’utilisation paysanne de la matière organique dans le bassin versant de Minima-Kontoéga », Ahoho, Revue de Géographie de Lomé, juin 2015, pp 58-72.

• Ouédraogo L. et Kaboré O. 2018. Remise en culture des terres dégradées par des pratiques endogènes de récupération dans la commune de Arbollé au Burkina Faso. Afrique SCIENCE 14(5) (2018) 299 – 310.

Oumar KABORE, Géographie, Chargé de recherche, INERA/CREAF Kamboinsé
Email : oumarkabore@hotmail.com 01 BP 476 Ouagadougou 01

Vos commentaires

  • Le 17 janvier à 08:37, par esspoir99 En réponse à : Transitions de l’occupation des terres et stratégies d’adaptation des producteurs dans la commune de Tikaré (Burkina Faso)

    Merci pour ces résultats de travaux qui permettent d’apporter des réponses pertinentes et adaptées à la situation. En effet, la gestion des ressources naturelles et des terres en particulier est à la croisée des chemins, malgré les multiples efforts qui y ont été consentis : inefficacité des méthodes, faiblesse institutionnelle, inconscience environnementale, pauvreté, ignorance, je n’en sais rien.
    Et comme ça été suggéré il faut arriver à des innovations technologiques et à des réponses pragmatiques qui ont la chance de produire des résultats irréversibles, d’impacter fortement et contribuer à inverser la tendance. La commune de Tikaré a bénéficié de l’intervention du programme de développement des terres arides que vous avez cité et dans ce cadre des résultats fort intéressants voire innovants ont été obtenus et peuvent être mis à contribution dans ce cadre. Je suggère donc de consulter le site (www.drydev.org)

    Répondre à ce message

  • Le 19 janvier à 18:05, par sanogo En réponse à : Transitions de l’occupation des terres et stratégies d’adaptation des producteurs dans la commune de Tikaré (Burkina Faso)

    Le sahel peut servir de grenier mondial si les ressources énergétiques sont exploités avec intelligence .l’énergie solaire est la première richesse d’AFRIQUE. cette énergie peut alimenter des millions d’hectares à partir des eax en profondeur du sous-sol . soit une pompe solaire à tous les klm carrés . dès qu’il fait jour , l’eau commence à couler . les cultures ne seront plus périodiques et l’élevage sera stable . DIEU dit que son trône était sur l’eau avant la création de la terre .donc cette eau bien en profondeur certes est exploitable pour le bonheur de l’humanité .

    Répondre à ce message

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