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Photographie : Dans la caverne de Mamoudou Kiemtoré

Accueil > Actualités > Portraits • LEFASO.NET • mercredi 15 janvier 2020 à 22h45min
Photographie : Dans la caverne de Mamoudou Kiemtoré

Dans son atelier, deux pièces, au 2e étage d’un immeuble situé sis Avenue de l’UEMOA, et qui abrite des cabinets dentaire et d’avocat, Mamoudou Kiemtoré redonne vie à des appareils photos, caméras, drones, jumelles et microscopes. Un métier bien passionnant qu’il poursuit à Ouagadougou, après avoir bourlingué dans les rues d’Abidjan. Son rêve, créer une galerie, mieux un musée de la photographie. Portrait.

Nous sommes en 1994. L’époque des argentiques. Mamoudou Kiemtoré est arraché de « l’ennui, du vice et du besoin » pour apprendre le métier de réparateur d’appareils photos dans l’atelier de son oncle. Ce dernier le lui cède deux ans plus tard. Une grande responsabilité à laquelle le jeune Mamoudou n’est pas préparé. Il décide donc de quitter cette bulle monotone. « Je voulais faire quelque chose d’autre. Je ne pouvais pas rester indéfiniment à démonter des trucs », se souvient-il.

Mais au bout d’un an, l’enfant « prodigue » rentre à la maison. « J’ai tourné, pensant trouver un autre boulot. Mais ce n’était pas ce que j’avais imaginé. Je suis rentré. Je me souviens qu’à mon départ, mon oncle m’avait prévenu que je reviendrais ». Mamoudou se remet au travail et à partir de 2002, ouvre d’autres ateliers de réparation à Abidjan, Angré, Adjamé et enfin un atelier à la Palmeraie, juste après la crise post-électorale de 2010.

Mamoudou Kiemtoré dans son atelier de réparation et de maintenance

Au commencement…

En 2013, le jeune réparateur prend le large et pose ses valises pour la première fois au Burkina Faso. Mais avant de s’y installer définitivement, il retourne à Abidjan pour revenir l’année suivante. Sans outil de travail. Les débuts à Ouagadougou sont rudes. Sans espace de travail, Mamoudou Kiemtoré négocie une petite table avec un laboratoire photo sis à Bendogo où il commence à bricoler. De là, il se déporte dans un autre laboratoire non loin du SIAO. Mais l’espace exigu le contraint à bosser à domicile pendant une année avant de s’offrir son premier local qu’il louait à 50 000 F CFA aux 1200 logements. Il y passera deux ans et demi avant de rejoindre l’avenue de l’UEMOA, dans un immeuble où il exerce son métier aidé de quelques jeunes.

« L’honnêteté » comme base

Au Burkina Faso comme partout ailleurs, les réparateurs n’ont pas bonne réputation. Mamoudou Kiemtoré, responsable de Visuel technologie.bf, le sait et travaille à mettre les bouchées doubles. Certes, le client ne sera satisfait que si son appareil est réparé dans les délais mais il arrive que le jeune réparateur perde de vue certains clients qui ne repassent plus chercher leur appareil après réparation. « Un bon réparateur doit être franc et honnête avec ses clients. Il doit leur dire clairement si l’on peut ou non réparer l’appareil. Il y a une réparation que j’ai faite depuis 2014 mais le propriétaire ne s’est jamais présenté. »

Le jeune réparateur se dit disposé à partager son savoir aux étudiants de la place

La vente aux enchères, le bon filon

Même si tout va « molo molo » pour lui, Mamoudou nourrit à Ouagadougou un projet qu’il avait mis en stand by en terre d’Eburnie : créer une galerie voire un musée privé d’appareils photos, de caméras et d’autres matériels audiovisuels. Pour y arriver, il commence à participer à des ventes aux enchères en ligne et à acheter du matériel avec les revendeurs de produits « France au-revoir ».

1200 pièces dans la caverne

Mamoudou dispose aujourd’hui de près de 1200 pièces dans son atelier. Certains appareils photo et caméras datent même du début du 20e siècle. Des objets qui ont une très grande valeur sur le marché. C’est le cas par exemple du Leica M6, un appareil télémétrique, commercialisé pour la première fois en 1984, qu’il a acheté à 100 000 F CFA et revendu aux enchères pour la coquette somme de 1500 dollars soit près de 900 000 F CFA. Malgré cette bonne affaire, il décide de ne plus mettre ses appareils aux enchères car, se justifie-t-il, « il est plus difficile d’acquérir ce type de matériel que de le vendre ». Aujourd’hui, Mamoudou évalue à près de 35 millions de F CFA, l’investissement fait dans cette « chasse aux trésors » .

Prêt à former

Le jeune réparateur n’hésite pas à exposer lors de grands événements comme le FESPACO, le 11 Décembre ou dans des écoles comme l’Institut supérieur de l’image et du son (ISIS). D’ailleurs, il se dit disposé à transmettre son savoir aux étudiants des écoles de communication ou de tout autre domaine intéressé par le métier de réparateur ou de photographe. « Ça me gêne souvent quand je vois des responsables de communication qui n’arrivent pas à faire une bonne photo ou à mettre une caméra en marche », confie-t-il.

Un échantillon du matériel présent dans l’atelier

Les qualités d’un bon photographe

Même s’il a des modèles dans la photographie comme N’Guessan N’Guessan de la Côte d’Ivoire, Nana Adama, Paparazzi, Hamado Ouattara du Burkina Faso, Mamoudou Kiemtoré ne veut pas se lancer dans l’arène de la photographie d’événementiels. « C’est presque saturé. Je préfère rester dans la réparation et leur laisser ce segment. Mais s’ils veulent des appareils pour leurs activités, je peux leur en prêter et leur donner quelques conseils », lance le jeune réparateur convaincu que le bon photographe, c’est celui qui « connait son appareil, qui maîtrise l’environnement dans lequel il évolue, qui est humble, accepte la critique et partage son savoir faire ».

Un événement majeur en vue

A propos de partage, retenons que Mamoudou compte organiser dans les jours à venir la « rencontre des Nikonistes de Ouagadougou » qui réunira les amoureux de la célèbre marque japonaise. Plusieurs activités sont au programme dont des panels, une exposition, un Master class, des démonstrations, etc. Pour une plus grande réussite de l’événement, il a invité la gente féminine à s’intéresser à la photographie. D’ailleurs, le photographe Edouard Boubat ne disait-il pas qu’« il y a toujours pour chacun de nous cette idée de retenir un peu de ce sable qui nous file entre les doigts. Qu’est-ce qui nous reste, parfois, de gens qu’on a aimés pendant dix ans, de tous ces moments de vie si furtifs qu’on a vécus avec eux, si ce n’est une photo ? »

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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