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G5 Sahel : « Le président Kaboré a fait preuve de volontarisme et d’intelligence diplomatique », analyse Dr Windtata Zongo, spécialiste en relations internationales

Accueil > Actualités > Diplomatie - Coopération • LEFASO.NET • lundi 6 janvier 2020 à 06h30min
G5 Sahel : « Le président Kaboré a fait preuve de volontarisme et d’intelligence diplomatique », analyse Dr Windtata Zongo, spécialiste en relations internationales

C’est sans faux-fuyant et dans une approche départie de toute passion qu’il aborde toujours les questions de diplomatie, de sécurité, de gouvernance politique et de relations internationales, matières qu’il enseigne d’ailleurs dans des universités occidentales et africaines, et bientôt à l’Université Ouaga II. Une fois de plus, Dr Windata Zongo (puisque c’est de lui qu’il s’agit) a bien voulu se prononcer sur des sujets cruciaux de l’heure pour le Burkina et la sous-région.

Lefaso.net : Comment s’annonce 2020 pour le CAARDIS (Centre africain d’analyses et recherches diplomatiques et stratégiques) et quel bilan faites-vous de l’année écoulée ?

Dr Windata Zongo : Toujours une adhésion massive de chercheurs et autres personnes ayant une légitimité dans le champ de la sécurité internationale, du multilatéralisme, des questions de la consolidation de l’Etat et de la sécurité régionale en Afrique par notre objectif qui est de développer une approche africaine des relations internationales. Donc, on peut dire que l’objectif est atteint.

Les manifestations et travaux scientifiques et les autres activités que nous entreprenons çà et là ont fait que l’équipe s’est encore agrandie. Et maintenant, on enregistre le soutien de pays dont les gouvernants épousent aussi notre cause ; ce qui nous réconforte aussi. Le site est régulièrement visité et nos productions scientifiques téléchargées. On peut donc dire que dans l’ensemble, ça se passe bien.

Dans son agenda, le CAARDIS avait porté l’intérêt sur le Burkina également. Y-a-t-il eu des propositions aux dirigeants ?

Effectivement, l’an passé, il était question d’une conceptualisation de la politique étrangère en Afrique avec l’idée de se baser sur des exemples en actes. Le cas du Burkina était une proposition que j’avais faite et qui avait été acceptée par les autres. Les travaux ont été publiés dans notre site que vous verrez bientôt sous un autre format plus amélioré ; puisqu’il est en train d’être refait.

Les personnes-ressources de l’administration diplomatique disposent des travaux dans lesquels figurent des pistes dont elles peuvent faire usage ou s’en inspirer, si elles en éprouvent le besoin. J’espère que ça leur a servi dans leur prérogative qui est très multi-dimensionnelle. Cela étant, ce travail de la conceptualisation a été apprécié ; puisque nous avons été approchés par deux pays pour une collaboration prospective.

Récemment, le CAARDIS a décidé de se pencher sur la politique étrangère du Burkina, de 1960 à ce jour. Quelle est la substance de cette étude et quel est l’enjeu d’une telle démarche pour un pays comme le Burkina ?

En fait, l’enjeu était la conceptualisation de la politique étrangère en Afrique pour permettre aux chercheurs, journalistes étudiants et acteurs diplomatiques d’avoir un background dans le cadre de leurs activités, comme en Occident.

En Afrique, la politique étrangère depuis les indépendances et dans la majorité des pays, y compris le Burkina Faso, est un domaine cloisonné, oral et dépendant très souvent de la personnalité du président de la République. L’administration diplomatique se contentant du suivi administratif généralement pour assurer la conformité des négociations et accords avec les conventions internationales. Cela ne permet pas une bonne compréhension et une approche prospective.

Il n’y a pas de legs. C’est ce qui nous a poussés à mettre l’accent sur cela. L’analyse sur le cas du Burkina Faso était liée au fait que moi-même j’avais déjà investigué là-dessus, donc il y avait déjà de la matière (il est le chargé de programmes au CAARDIS, ndlr). L’étude, basée sur une analyse sociologique et chronologique des actions et des acteurs, permet ainsi de conceptualiser cette pratique dans le champ des relations internationales depuis l’indépendance au Burkina Faso.

Les gouvernants diplomatiques peuvent ainsi s’en servir comme boussole dans le cadre de leurs activités qui sont de répondre, au mieux, à l’intérêt national dans un environnement complexe. Aux autres acteurs, elle permet aussi un suivi et une meilleure compréhension de certaines décisions des pouvoirs publics.

Et pour cette année 2020, quelle est la thématique choisie par le CAARDIS, puisque vous en choisissez une chaque année ?

Effectivement, nous décidons d’un thème chaque année et, donc, pour 2020, nous avons choisi de travailler sur la diplomatie digitale. Cette idée nous est venue naturellement, surtout au regard de ce que nous avons eu à voir lors des deux conférences sur la paix à Paris. L’émergence du numérique dans l’action publique ne doit pas occulter le champ diplomatique. Cela est déjà effectif en Occident et l’idée est de faire en sorte qu’on se serve de cette technologie pour développer un modèle diplomatique tout aussi efficace et peu coûteux.

En janvier 2017, lors d’une interview à notre organe, vous disiez du pouvoir Kaboré qu’il était d’abord nouveau et qu’il était à la recherche de ses marques sur le plan diplomatique. A moins d’un an de la fin du mandat, quelle identité pouvez-vous attribuer à la diplomatie burkinabè en cours ?

Oui, je m’en souviens. C’était lié à la polémique puérile née de la gestion de l’affaire Guillaume Soro pour laquelle, l’Etat burkinabè s’était aligné sur la position de celle de la Côte d’Ivoire, à savoir une résolution diplomatique. Des voix s’étaient élevées pour dire que cela avait été mal fait, mais je ne partageais pas cet avis, même s’il y a eu de petites anomalies dans le discours. Mais cela était normal, tout régime a ses débuts.

Même l’ancien président qui, durant ses dernières années, était devenu un des piliers de la diplomatie ouest-africaine, l’était par le temps qu’il a passé au pouvoir. Il n’était pas le même qu’aux premières années de sa gouvernance. Depuis notre interview de 2017, il y a eu les crises sécuritaires, les questions liées au franc CFA et les relations entre le G5 Sahel et l’Union européenne, le G5 des pays riches, et l’ONU.

Là, on a pu constater effectivement que, sur le plan multilatéral, le président Kaboré avait décidé d’assumer un rôle de leader en ayant été le premier à donner des dates sur la sortie du CFA, en défendant les initiatives des pays du G5 Sahel lors du sommet du G5 des pays riches contre le président américain dont tout le monde connaît l’avis très défavorable sur une participation de l’ONU au financement du G5 Sahel, et en dénonçant de manière subtile, avec le président Issoufou, certaines (in) actions des partenaires du Burkina Faso et du G5 dans la lutte contre le terrorisme qui mine la zone.

A la rencontre Afrique-Union européenne aussi, il (Roch Kaboré, ndlr) a fait preuve de leadership dans le cadre des discussions et cela a été vu et salué. Sur le plan des relations bilatérales, on peut louer les efforts qu’il entreprend pour créer des coopérations militaires qui nous sont favorables, et la renégociation de notre coopération avec la France. Le ministre des Affaires étrangères également s’active, en bon ouvrier, pour relayer le message du président et prolonger son action.

En plus, il est un très bon communicant ; ce qui est un avantage pour lui. Donc, d’une manière globale, on peut percevoir une équipe qui a pris ses marques, et qui travaille en parfaite convergence entre les besoins du pays en matière sécuritaire et dans le champ du développement, et les actions diplomatiques entreprises. Cela se passe sans subversion et avec un esprit de plus en plus décloisonnant sur certaines questions.

Quel est le regard critique que vous pouvez porter sur le mandat du président Roch Kaboré ?

On ne peut pas ne pas voir son volontarisme, loin de là. Objectivement, on voit un président qui tape à toutes les portes et qui entreprend beaucoup d’initiatives pour la résolution de la question sécuritaire, mais aussi qui est présent dans les champs de la santé, du social, des infrastructures, de la justice et de la gouvernance participative.

La critique que je peux faire est que je trouve toujours le champ coercitif pas très dissuasif contre les différentes formes d’incivisme : je peux citer le champ des libertés numériques où on assiste plutôt à du libertinage, le champ de la lutte contre la corruption dénoncée toujours par les ONG (Organisations non-gouvernementales) légitimes où on voit que l’ASCE-LC (Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption) n’a pas de pouvoir coercitif, la lutte contre l’incivisme sur les routes, surtout à Ouagadougou.

De mon point de vue, historiquement, l’Etat, dans sa consolidation et sa légitimation même, doit toujours dresser un arsenal ultra-dissuasif contre les incivismes, surtout en temps de guerre. On pourrait par exemple s’inspirer de pays comme le Japon, le Rwanda et l’Allemagne ; pays dans lesquels le contrôle social dans son aspect coercitif a fini par être intériorisé et même approprié par les populations. En tout cas, de mon point de vue, le président pourrait s’inspirer de ces exemples pour affirmer encore plus l’autorité de l’Etat.

Sur la question du terrorisme qui sévit encore au Burkina Faso, comment faut-il comprendre la persistance et la généralisation des attaques au Burkina ?

La question du terrorisme, comme vous l’avez vu, suscite de plus en plus de réactions dans les medias. Vous avez certainement déjà entendu plusieurs personnes, légitimes ou pas, arguer sur cette question. Pour ma part, je maintiens mon analyse que j’avais écrite et publiée sur notre site et reprise par vous-mêmes sur lefaso.net, dans laquelle, j’affirmais que nous sommes dans un cycle de revendication violente d’une catégorie de la population du Sahara, historiquement brimée par les multiples pouvoirs publics qui se sont succédé dans les pays comme le Mali, le Niger, mais aussi la Mauritanie et le Burkina Faso.

Pour moi, la revendication n’est pas religieuse, mais identitaire. Il y a eu des faits historiques nés en Occident et qui ont constitué des opportunités pour ces populations dans les territoires qu’elles revendiquent. Le fait historique est l’émergence d’un sentiment anti-islam en Occident et qui a fait naître un islamisme, tant dans cette zone géopolitique que dans d’autres zones sous domination occidentale comme le Moyen-Orient, le Maghreb et une grande partie de l’Asie.

Je ne parlerai pas de choc des civilisations, comme l’affirme Samuel Huntington, mais de l’existence d’une volonté historique d’une communauté, de sortir d’une forme de domination de l’Occident et de ses mœurs, dans une zone géopolitique historiquement liée à l’islam. Les opportunités au Sahara, c’est la chute de Kadhafi et la possibilité offerte à ces identitaires endoctrinés par l’islamisme, de pouvoir s’armer et de basculer dans la violence.

L’espace territorial revendiqué comprend une partie du Burkina Faso, où ces terroristes ont eu le sentiment, durant une certaine période, qu’ils pouvaient faire tomber nos forces de défense et de sécurité ; d’où les multiples attaques isolées et asymétriques qui avaient pour objectif de saper le moral de nos troupes. Mais l’armée burkinabè regorge d’éléments de qualité et est en train de réussir à inverser la tendance. J’espère que cette année, ce phénomène du terrorisme sera complètement anéanti. En tout cas, c’est tout le mal que je souhaite.

Le chef d’Etat-major général, au cours de la visite à Arbinda suite à l’attaque, a déclaré que le peuple devrait se solidariser avec son armée. Au-delà de toutes les polémiques qu’ils ont suscitées, ces propos du général Minoungou n’impliquent-ils pas en réalité que l’Etat a une légitimité à reconquérir ?

Vous savez, au Burkina Faso, quel que soit ce que vous dites ou faites, tout est interprété à dessein donc... Ma lecture de l’intervention du général Minoungou est qu’il voulait simplement demander encore plus de coopération de la part de la population. On est en guerre et il faut savoir lire entre les lignes, mais aussi éviter les débats inutiles.

Il sait ce qu’il fait et j’espère que son message soit entendu. Quelle armée peut triompher dans une guerre asymétrique sans le renseignement civil ? Regardez par exemple le cas de la France, occupée durant la deuxième Guerre mondiale. L’implication de la population civile a été déterminante pour la libération ; parce qu’elle transmettait des informations pertinentes que les forces armées utilisaient de manière stratégique. Donc oui, il s’agit de reconquérir une légitimité empirique auprès des populations, et avec leur concours.

Face à l’ambiance sécuritaire actuelle avec son lot de déplacés internes, certains Burkinabè pensent que l’organisation d’élections ne doit pas avoir droit de cité ; la priorité pour eux étant d’œuvrer à la sécurisation d’abord du pays. Quel est votre point de vue sur ce sujet ?

Ni moi, ni ceux qui le disent ne sont à la place des gouvernants. Ces derniers ne décideront jamais en étant simplement animés par des logiques politiques sans la certitude que la sécurité des personnes et des biens soit garantie. Donc, moi j’attends et je fais confiance aux autorités qui, seules, disposent de la légitimité dans la prise de décision.

La diaspora prendra part pour la première fois à une élection. Quel peut-être l’enjeu principal à ce niveau ?

L’enjeu, au niveau d’abord des pouvoirs publics, est de réaliser une promesse du président Kaboré. Au niveau de la diaspora, c’est de pouvoir participer de manière active au processus de la consolidation démocratique de leur pays.

Peut-on s’attendre à l’émergence de nouvelles forces au niveau des candidatures à la présidentielle ?

Vu la configuration de l’espace politique actuel au Burkina Faso, je pense qu’au niveau des candidats, seuls ceux des nouveaux partis seront des novices dans cette élection. Je pense notamment à monsieur Soma, déjà déclaré candidat de son parti, et au MPS (Mouvement patriotique pour le salut, parti dont le président est le Pr Augustin Loada et l’ancien Premier ministre, Isaac Yacouba Zida, président d’honneur, ndlr) qui devra en choisir un.

Ces partis devront travailler à contester l’ordre établi en 2015 au niveau de l’électorat. Pour le reste, je pense que ce sera le même schéma qu’en 2015, car chaque parti travaillera à consolider son électorat et ne pas faire les frais de l’arrivée des nouveaux venus.

Sur le plan sous-régional, plus précisément dans l’espace sahélo-saharien, les forces du G5 Sahel peinent à contenir l’hydre terroriste, pendant que les populations concernées se montrent de plus en plus hostiles notamment aux forces françaises. N’y-t-il pas lieu de craindre leur retrait dans la zone ?

Vous savez, c’est toujours difficile pour des forces armées de prester dans un contexte multilatéral. Tous les militaires qui ont déjà travaillé dans ce contexte vous le diront. Les difficultés administratives, auxquelles s’ajoutent très souvent les enjeux politiques, sont monnaie courante à ce niveau et entravent le travail sur le terrain.

Au niveau du G5 Sahel, il y a, en plus, des difficultés dans la mobilisation des ressources. Il peine à avoir un financement de l’ONU dans la mesure où les Etats-Unis d’Amérique mettent leur veto à un financement du G5, qui a pourtant besoin de 400 millions d’euros. Lors de la réunion du G5 en France, le président Kaboré, en tant que président en exercice du G5 Sahel, s’y était rendu avec l’objectif de convaincre le président américain de soutenir le G5.

Enfin, au niveau du partenaire Union européenne, des luttes entre pays pour une redistribution dans le champ économique, de l’aide européenne (puisque ce sont des entreprises européennes qui vont avoir les marchés de fourniture de matériels de défense) font que les promesses sont dures à tenir et les décaissements longs. Tout cela impacte les actions du G5 Sahel qui est, de ce fait, perçu par les populations des pays concernés, comme une coquille vide, alors que cela n’est pas le cas.

Pour le cas des forces françaises, je crois qu’il s’agit d’une méconnaissance de la part des populations, des accords qui lient Barkhane aux pays concernés. Barkhane n’est pas là pour se substituer aux forces des pays du G5 Sahel, mais est une force de prolongement et d’appui.

Leur rôle peut parfois susciter des interrogations et est même à l’origine de la montée du sentiment anti-français constaté dernièrement au Burkina et au Mali et dénoncé par le président français, Emmanuel Macron, mais nos pays ne sont pas dans une position dans laquelle ils peuvent s’en passer.

Et sans doute en réponse à ces manifestants anti-français, on constate, ces derniers temps, des actions concrètes sur le terrain des forces françaises qui communiquent même là-dessus. Je ne pense pas que la France soit dans une logique de retrait de ses troupes, même avec la mort de 13 militaires dernièrement. Le sommet de Paris, qui aura lieu dans quelques jours, n’a d’ailleurs pas cela pour objectif. Il sera plutôt question de redéfinir le rôle de chacun et de tendre vers un partenariat plus transparent.

Faut-il s’attendre à de grandes décisions au sommet de Pau ?

Non, parce qu’en « off », le problème est déjà réglé comme l’atteste les dernières actions de Barkhane sur le terrain, il y a quelques semaines. C’est juste une rencontre avec des objectifs de communication stratégique, tant pour la France que pour les pays du G5 Sahel.

Pour la France, il s’agira de montrer à une opinion française de plus en plus hostile à la présence de leurs troupes dans un environnement anti-français, que le président va faire rectifier le tir, parce que la présence des troupes sur place concourt à la sécurité nationale. Pour les présidents africains du G5 Sahel, au sortir de cette rencontre, il faudra discourir dans l’objectif de légitimer la présence de Barkhane, tout en notant l’aspect contre-productif de ce sentiment anti-français.

N’assiste-t-on pas en réalité à une sorte d’émiettement du G5 Sahel avec d’une part le Tchad et la Mauritanie (qui semblent être en retrait) et, d’autre part le Mali, le Burkina et le Niger, plus frappés par les attaques terroristes et qui offrent aujourd’hui l’idée d’une bande commune ?

Ce que vous dites, c’est peut-être sur le plan médiatique. Quand la Mauritanie avait la présidence du G5 Sahel, elle était plus exposée que les autres et on voyait plus le président mauritanien en action. En ce moment, c’est le Burkina qui occupe la présidence et est, avec le Mali, le plus touché ; donc c’est normal que ce soient les présidents de ces deux pays qui sont mis en lumière. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de concertation avec les autres présidents, car le G5 Sahel, c’est une administration ad hoc qui travaille avec des officiers issus de tous ces pays. Non, ne cherchons pas la petite bête.

Le président Roch Kaboré préside, depuis février 2019, et dans le cadre de la présidence tournante, le G5 Sahel. A un mois de la fin de son mandat, comment évaluez-vous son action à la tête de l’organisation ?

Il a fait preuve de volontarisme dans les initiatives visant le renforcement de capacités du G5, et d’une intelligence diplomatique vis-à-vis des partenaires multilatéraux.

Le grand défi aussi sous ce mandat, c’était de réussir à placer la force du G5 Sahel sous le chapitre VII de l’ONU. Cet espoir semble s’éloigner avec la réticence de plus en plus accrue des Etats-Unis. N’est-ce pas aussi une insuffisance de la diplomatie burkinabè ?

Comme je vous l’avais dit dans notre dernière interview et comme l’atteste un article que j’ai publié sur le site du CAARDIS, le président américain est un partisan de la restauration de la puissance américaine dans un contexte mondial de contestation de l’unilatéralisme. Il l’assume dans le discours, mais aussi dans les faits. Il ne veut plus que les problèmes des pays pauvres soient résolus par l’argent de son pays ; puisqu’ils sont les premiers contribuables dans les grandes organisations internationales.

Ainsi, même à la Banque mondiale, il y a son ami de longue date avec des consignes de fermeté et a même retiré son pays de l’UNESCO et de l’Accord de Paris sur le climat qu’il juge inutiles. Contre ce président réaliste et partisan de l’unilatéralisme, vous ne pourrez rien faire, car il est convaincu de la légitimité de son projet et même le président Macron l’a appris à ses dépens.

En ce moment, il songe même à une réduction considérable des troupes de son pays en Afrique. Donc vous voyez, l’Afrique n’est pas sa tasse de thé et le Burkina dans ces conditions ne peut rien espérer de l’ONU, quelle que soit la stratégie adoptée ; puisque les Etats-Unis vont mettre un veto au financement.

La réforme du franc CFA est désormais entérinée, avec cette annonce du 21 décembre 2019 à Abidjan. Une surprise pour vous ?

Ce n’est pas une surprise depuis que le président Kaboré l’avait déjà annoncé aux populations de l’UEMOA en 2018. Donc, on attendait les modalités. Ce qu’on attend de voir, c’est le changement fondamental que cela va entraîner ; puisque j’ai l’impression que le débat était plus axé sur la dimension souverainiste de la monnaie plus que sur les capacités des économies des pays concernés.

Comment justifiez-vous le cadre de cette annonce (elle aurait quand pu se faire devant tous les Chefs d’Etat de la CEDEAO à Abuja) ?

Je pense que cela est normal. L’abandon concerne seulement les Etats de l’UEMOA. Donc, à eux la primauté de l’annonce de la fin du CFA. Le reste va se faire dans le cadre plus large de la CEDEAO, vous verrez.

D’aucuns pensent que le problème de l’Afrique est plutôt, et avant tout, un problème de gestion de deniers publics et non de monnaie. Partagez-vous cet avis ?

Effectivement, la corruption systémique constitue la principale cause du retard économique de beaucoup de pays africains par rapport à ceux de l’Asie du Sud-Est issus de Bandung. Mais, il ne faudrait pas non plus occulter l’impact du consensus de Washington sur les économies des pays africains, et des choix de politiques publiques mal conçues dans le temps…

Interview réalisée en ligne par Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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