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Mahamadou Zongo, ambassadeur du Burkina en Côte d’Ivoire : « Au niveau de la chefferie traditionnelle, il y a un véritable problème »

Accueil > Diasporas • LEFASO.NET • mardi 17 décembre 2019 à 23h05min
Mahamadou Zongo, ambassadeur du Burkina en Côte d’Ivoire : « Au niveau de la chefferie traditionnelle, il y a un véritable problème »

Pour la deuxième fois depuis sa prise de fonction en juillet 2016, l’ambassadeur du Burkina en Côte d’Ivoire, Mahamadou Zongo, s’est confié à cœur ouvert à la presse en ligne de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire, à savoir notre confrère www.informateur.info.
De la gestion harmonieuse de la diaspora burkinabè à la crise sécuritaire au pays confronté au terrorisme, en passant par la question de la binationalité ainsi que les rapports avec le Libéria et la Sierra Leone, deux pays que couvre sa représentation diplomatique, Mahamadou Zongo s’est exprimé sans tabou. C’était le 11 décembre 2019.

Excellence, il y a près de deux ans, vous nous accordiez une interview dans laquelle vous annonciez la recherche de règles consensuelles de désignation des chefs de communauté burkinabè en Côte d’Ivoire. Où en est-on avec la conception de ce cadre règlementaire ?

Mahamadou Zongo : Je voudrais, avant de répondre à votre question, vous remercier pour le travail d’information que vous faites. Je vous lis régulièrement et vous faites l’effort de traduire la diversité des opinions au sein de la diaspora, ce qui est une chose à saluer. Je vous encourage à préserver dans ce sens. Je trouve que le travail d’information et le relais de la diversité des opinions constituent un très bon moyen pour amener les uns et les autres à voir progressivement où se situe la vérité. C’est pourquoi, en tant qu’ambassadeur, je n’interviens jamais dans le travail des journalistes. En tout état de cause, je voudrais vous encourager à persévérer dans ce sens qui permet à l’opinion de faire la part des choses.

Pour répondre à votre question, je voudrais dire que cette question se situe dans un cadre global d’organisation de la communauté, puisque les chefs de communauté font partie intégrante de la communauté. Par conséquent, nous devons aller au-delà des chefs de communauté pour voir comment faire pour pérenniser une situation stable de gestion de la communauté. Dans ce sens, il a fallu commencer par les auxiliaires de l’administration, connus sous l’appellation des délégués consulaires.

La Côte d’Ivoire est un cas spécifique. Puisque, ailleurs, il n’y a pas de délégués consulaires mais des délégués CSBE (Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger). Ici, nous avons 17 délégués CSBE. L’idée de délégués consulaires est à saluer et nous nous sommes inscrits dans leur pérennisation et dans l’amélioration de l’existant. Nous avons donc travaillé à des règles nouvelles concernant leur statut, le nombre de mandats et les conditions d’accès à ce titre.

Il y avait aussi à ce niveau une confusion puisque certains se considéraient comme les relais de l’administration et d’autres comme les relais de la chefferie. Le denier texte concernant les délégués consulaires remonte à 2007. Nous avons donc clarifié cette situation en disant que ce sont des auxiliaires de l’administration mais qui ont eu l’onction de la communauté. Ce qui veut dire qu’il y a des actes qu’ils ne pourront plus poser. A titre d’exemple, nous ne leur reconnaissons plus le droit d’aller lever des cotisations auprès de la communauté. Ce n’est pas leur boulot.

Ensuite, nous avons mis en place un cadre de concertation qui doit permettre aux Consuls généraux de pouvoir échanger de manière institutionnelle avec l’ensemble des forces vives de la communauté. Il y a dans ce cadre plusieurs acteurs qui sont ciblés. Notamment les associations, la chefferie et les personnes ressources. Le problème est plus simple pour les associations. Comme nous sommes en Côte d’Ivoire, la reconnaissance se fait par l’Etat de Côte d’Ivoire.

Mais pour qu’une association puisse intervenir au sein de la communauté burkinabè, il faut qu’elle soit enregistrée auprès du Consulat général du Burkina de la localité. Ce travail n’avait pas été fait mais il est en voie de finalisation au niveau des trois Consulats généraux. Donc pour la reconnaissance par l’Etat de Côte d’Ivoire, indépendamment de leur nationalité, les associations qui veulent travailler avec la communauté burkinabè se font tout simplement enregistrer.

L’enregistrement est-il fondamental ?

Il est fondamental d’enregistrer parce qu’il y a des questions pour lesquelles toutes les associations ne peuvent pas intervenir. Par exemple, quand on prend la question des élections au Burkina, c’est uniquement des associations dont le bureau est composé de Burkinabè qui peuvent intervenir. Mais pour les autres questions de développement, d’éducation et de sensibilisation, nous ne sommes pas renfermés. Au niveau de la chefferie traditionnelle, il y a un véritable problème. Est-ce qu’il y a une chefferie traditionnelle burkinabè en Côte d’Ivoire ?

L’idée du cadre de concertation, c’est d’amener les uns et les autres à se prononcer sur la question. D’abord, sur l’appellation de ces chefs, et les règles à établir pour être responsable de la communauté. Est-ce qu’il fallait tenir compte des règles du Burkina ou des règles de la Côte d’Ivoire ? Il y a aussi la durée du mandat des chefs et comment ce dernier devrait travailler et avec qui ? Ça, c’est à l’échelle de la communauté.

Mais il y a aussi le fait que la communauté peut s’organiser en fonction des zones de provenance, notamment provinciales comme le Boulgou, le Passoré, etc. Ça, c’est des gens qui se connaissent entre eux et choisissent facilement leur chef. Seulement ce que nous demandons aujourd’hui, c’est qu’avant le choix d’un chef, les Consulats généraux soient informés pour qu’on s’assure qu’après, quelqu’un d’autre ne viendra pas remettre en cause ce chef.

Qu’est-ce qui a été arrêté concrètement concernant la chefferie ?

Concernant la chefferie traditionnelle, nous avons arrêté des principes qui s’imposent dès maintenant. Aucune association ne peut plus désormais aller installer un chef quelque part. Une association n’a de pouvoir que sur ses membres. Ensuite, le choix du chef se fait désormais par les seuls membres de la localité concernée sous la houlette des Consulats généraux.

Ces principes s’imposent désormais à tout le monde. Par exemple, quand une association va installer un chef central, cela veut dire qu’il y a des chefs périphériques. Pourquoi allez installer un chef central quand on n’a pas installé de chefs périphériques ? De manière générale, nous disons aux associations burkinabè que ce n’est pas à elles de dire quelle est leur place. C’est à la représentation diplomatique et consulaire de dire ce qu’elle attend d’elles. Ça, c’est les textes.

Qu’en est-il des appellations puisque, apparemment, vous reprochez à certaines associations d’avoir des noms qui prêtent à confusion ?

Effectivement, nous n’allons plus accepter qu’une association s’appelle Conseil national ou Haut-conseil. Nous ne reconnaissons plus ces appellations. Il faut que les gens sachent que si l’on veut créer un Haut-conseil, c’est un processus qui amène tout le monde à adhérer aux objectifs. Maintenant, il y a des appellations comme Collectif dont on va discuter avec les responsables parce que quand on parle de collectif, cela veut dire qu’il y a plusieurs. Mais ce ne sont pas des appellations très équivoques pour le moment. On va discuter progressivement. Pour me résumer, nous allons faire les choses progressivement. Nous n’allons pas nous presser, nous allons poser brique sur brique.

Ces nouvelles règles concernent-t-elles l’existant ? Est-ce qu’il y aura une remise à zéro du compteur ?

Le principe des textes, c’est qu’ils disposent pour l’avenir. On ne peut pas prendre une décision avec un effet rétroactif. Puis, nous constatons qu’il y a des localités où il n’y a aucun problème. Si vous prenez l’Ouest et le Nord du pays et même à la périphérie d’Abidjan, il n’y a aucun souci. Là où il y a des problèmes, c’est dans les centres urbains, notamment à Abidjan.

Ce n’est pas notre vocation de désigner les chefs. C’est un processus participatif et inclusif. Là où il y a plusieurs chefs, ça va se discuter cas par cas. Ce travail-là, est celui des Consulats. Les chefs reconnus ou les chefs qui se sont proclamés comme tels, nous n’allons pas dire qui est légitime et qui ne l’est pas. Mais nous allons empêcher de nouveaux chefs de se proclamer. Tous ceux qui le feront ne seront pas reconnus par la représentation diplomatique et consulaire.

Excellence, vous l’avez dit, la gestion des chefferies et associations incombe aux Consulats généraux. J’ai envie de vous demander pourquoi vous marchez sur leurs plates-bandes…

Non, pas du tout. Je voudrais vous faire remarquer que depuis que je suis là, on ne m’a jamais vu dans une cérémonie de la communauté. On ne m’a jamais vu non plus dire à un tel qu’il n’est pas chef ou à un autre qu’il est chef. Nous avons un travail de pédagogie. Là où l’ambassadeur a été évoqué, c’est que des personnes se sont déportées à l’ambassade. Quand c’est le cas, nous leur disons ce qu’ils doivent faire. Je vous disais tantôt qu’il y a des rencontres trimestrielles entre l’ambassade et les consulats généraux.

C’est pour amener la représentation diplomatique et consulaire à avoir la même lecture des choses. Maintenant, en ce qui concerne Abidjan, il y a des associations et/ou des chefs qui ont estimé que le consulat n’était pas le cadre approprié pour résoudre leurs problèmes et qui décident de venir à l’ambassade. Quand ils viennent, nous avons l’obligation de les écouter et de leur dire qui doit faire quoi entre l’ambassade et le consulat.

Très souvent, les gens constatent qu’il n’y a pas de hiatus entre ce que l’ambassade et le consulat disent. Cependant, quand il y a des gens qui usent de l’imposture, il est de mon devoir de les dénoncer. Je préfère le faire que de dire au consul de le faire. Je voudrais ici féliciter le consul général d’Abidjan et ses collaborateurs qui ont reçu des coups, mais qui n’ont pas du tout cédé.

Aux 2-Plateaux, dans la commune de Cocody, on assiste, depuis quelques temps, à une crise de chefferie entre deux de vos compatriotes. D’où vient cette crise qui fait beaucoup jaser ?

Je voudrais rectifier : il n’y a pas de crise de chefferie aux 2-Plateaux pour la simple raison qu’il n’y a pas de chef central. L’ancien chef est décédé en 2016. A ce que je sache, la communauté burkinabè des 2-Plateaux n’a pas désigné de chef central jusque-là. Ce que je sais également, c’est que monsieur Koudara Yabré Adolphe a été installé comme chef de l’Union des ressortissants du Boulgou, le 22 décembre 2013.

Courant 2018, il y a eu une tentative d’installer, le 3 septembre 2018, un chef aux 2-Plateaux qui devrait s’appeler Naba Siguiri et ce chef en question était monsieur Rouamba Jean-Baptiste. Quand nous en avons été informés, nous avons perçu des signes qui laissent entrevoir des confrontations. Tout simplement parce que, le 12 juillet, le chef du village Ebrié des 2-Plateaux m’a écrit pour me dire qu’à sa connaissance, Yabré Koudara est le chef de la communauté burkinabè et que la dissidence ne devrait pas entraîner une perturbation chez eux.

Je lui ai répondu que, jusqu’à preuve du contraire, c’est le consulat qui constate l’installation des chefs et que nous n’avons pas de chef aux 2-Plateaux. Ensuite, c’est d’autres associations, notamment le Haut-conseil du dialogue social de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire, qui m’envoie des correspondances pour me dire qu’ils vont installer Yabré Koudara comme leur haut-commissaire dans la commune de Cocody. On n’a pas répondu parce qu’on a un problème même avec l’appellation de cette structure.

Qu’avez-vous alors décidé ?

J’ai reçu les deux camps et je leur conseillé la patience. Je leur ai dit qu’on allait prendre le temps d’abord pour apaiser les esprits. Je leur ai dit que nous allons travailler à ce que le choix des chefs se fasse de manière consensuelle. Il fut même un temps où l’Union des ressortissants du Boulgou m’a écrit pour me demander pourquoi on veut installer un chef central alors qu’il n’y a pas eu un processus de désignation.

Je leur ai dit que le consulat n’a jamais donné son quitus pour qu’on installe un chef. Ce que nous savons est que monsieur Koudara Yabré Adolphe est chef de l’Union des ressortissants du Boulgou aux 2-Plateaux. A ce titre, s’il y a élection, il peut être candidat et tenter sa chance. Depuis que nous avons demandé de surseoir à l’installation de monsieur Rouamba Jean-Baptiste, nous n’en avons plus entendu. Par contre, pour monsieur Yabré, il y a eu des velléités de se faire passer pour le chef central.

Comment expliquez-vous ces velléités ?

D’abord, l’Union des ressortissants du Boulgou aux 2-Plateaux m’a adressé une correspondance pour m’informer que ses membres allaient rendre visite à des prisonniers à la MACA [Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan]. Le même courrier avec le même contenu, à la virgule près, m’a été envoyé par monsieur Yabré qui a signé, chef central de la communauté burkinabè des 2-Plateaux. J’ai donc convoqué les deux parties qui m’ont adressé les courriers pour comprendre comment le même courrier pouvait être signé différemment.

L’Union des ressortissants du Boulgou a manifesté sa surprise que leur correspondance, à la virgule près, soit signée par un autre. Je leur ai alors dit d’aller s’entendre. Et j’ai profité pour dire à monsieur Yabré ce jour-là de ne plus m’écrire avec le titre de chef central de la communauté des 2-Plateaux. Je lui ai dit que s’il passait outre, il saurait la force de l’administration publique. Vous savez la suite. Donc pour moi, il n’y a pas une crise de chefferie aux 2-Plateaux ; il y a une tentative de passage en force.

Sur cette question, je confirme que monsieur Yabré n’est pas le chef central des 2-Plateaux, et qu’il n’y a pas de chef central actuellement. Le Consulat général organisera bientôt la désignation du chef central et nous ferons en sorte que ce dernier soit reconnu comme tel.

Si la double nationalité est reconnue par le Burkina alors est-ce qu’un Ivoirien peut diriger une association exclusivement burkinabè ?

Pour nous, la double nationalité ne pose aucun problème. Il n’y a aucun texte au Burkina qui prohibe la double nationalité. La double nationalité signifie que vous pouvez prouver que vous êtes Burkinabè par un certificat de nationalité et par une pièce d’identité, même si vous avez une autre nationalité. Le Burkina n’a jamais demandé à un Burkinabè de faire la preuve qu’il n’a pas d’autre nationalité. Ça, ce n’est pas notre souci. Nous ne nous préoccupons pas de savoir si celui qui a la nationalité burkinabè a une autre nationalité.

Maintenant, celui qui n’a pas la nationalité mais qui s’intéresse à des associations burkinabè est le bienvenu. Notre travail ici est de veiller à ce que les Burkinabè soient intégrés. Ceux qui ont la binationalité constituent pour nous une opportunité entre les deux communautés. Nous les encourageons donc à participer à la vie communautaire burkinabè et à y assumer des rôles. Cependant, il faut reconnaître que quelqu’un qui n’a pas la nationalité d’un pays ne peut pas aller s’occuper de l’organisation de la communauté de ce pays.

Il peut être une personne ressource qui conseille les responsables et qui donne son point de vue. Je peux vous donner des documents de référence de naturalisation des Burkinabè en 1985 et en 1995 ; vous avez des Ouédraogo, des Sawadogo qui sont devenus Ivoiriens et qui vivent avec les Burkinabè. On reste des parents mais il y a une chose à ne pas confondre : le patronyme, l’ethnie et la nationalité. Il y a un Ouédraogo qui joue dans l’équipe de rugby en France. Il est Français, il n’est pas Burkinabè ! La nationalité est une question de papier.

Au-delà des associations qui ont à leur tête des binationaux, on a également des délégués CSBE et des Secrétaires généraux des sections des partis politiques burkinabè en Côte d’Ivoire qui ont aussi la double nationalité. C’est le cas du CDP-Côte d’Ivoire, de l’ADF/RDA et de l’UNDD. C’est aussi légal ?

En ce qui concerne les partis politiques, c’est à leur direction de voir ; mais juridiquement, comme je l’ai dit, il n’y a aucun problème. Ces derniers peuvent même prétendre à la fonction de présidence du Faso.

L’Ambassadeur Mahamadou ZONGO et le journaliste Alexandre Lebel ILBOUDO

Dans la chaîne d’organisation de la communauté, on note un rôle timide des délégués au Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger. Cette structure présente de plus en plus des traits d’une coquille vide. Partagez-vous cette impression ?

En fait, cela dépend de la manière dont on conçoit leur rôle. Si on prend la représentation diplomatique en Côte d’Ivoire, sur le plan protocolaire, il y a l’ambassade, représentée par l’ambassadeur qui, d’ailleurs, est le seul qui est habilité à parler au nom de l’ensemble des Burkinabè en Côte d’Ivoire. Ensuite, il y a les consuls généraux qui sont habilités à parler au nom de l’ensemble des Burkinabè de leur circonscription consulaire.

Après les consuls généraux, viennent les délégués au Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger, ensuite suivent les délégués consulaires en prise directe avec les populations. Après les délégués consulaires, on a les chefs de communauté qui ont été choisis par la communauté, et enfin les associations. Pour nous, toutes les associations se valent. Mais, nous avons du respect pour les associations qui sont actives sur le terrain.

Et enfin, il y a les personnes ressources. Ici, nous avons 17 délégués CSBE. Il est évident que ces 17 délégués ne peuvent pas couvrir l’ensemble du territoire. Le travail que nous sommes en train de faire actuellement, c’est d’articuler délégués CSBE et délégués consulaires de telle sorte que les deux entités travaillent ensemble pour rendre compte aux consuls généraux ou à l’ambassadeur. On ne voit pas les délégués CSBE sur le terrain parce qu’ils constituent l’interface entre les délégués consulaires et les consuls généraux. C’est un travail qui n’est pas très visible.

Quelle évaluation faites-vous aujourd’hui du Cadre de concertation trimestriel et tournant que vous avez mis en place après votre prise de fonction ?

La rencontre trimestrielle entre l’ambassadeur et les consuls généraux ne concerne pas uniquement ces quatre, mais la représentation diplomatique et consulaire. Chacun y vient avec ses collaborateurs en fonction des questions spécifiques. A titre d’exemple, ce cadre de concertation a permis de résoudre les différences de traitement du personnel qui est recruté localement. On avait à l’époque les consulats d’Abidjan, de Bouaké, et l’ambassade où le personnel recruté localement était traité différemment. Il y avait donc des frustrations.

Nous avons alors confié aux trésoriers, aux percepteurs et aux conseillers juridiques et politiques le dossier sur lequel ils ont planché pendant plus d’un an. Ce qui a abouti à un texte qui définit clairement les droits de ceux qui sont recrutés et sur quelle base. Cela a entraîné même des rappels pour certains. L’an passé, au mois de décembre, ils ont eu des rappels sur le 13e mois et sur le nombre de jours supplémentaires de congés selon l’ancienneté.

Le second problème résolu, c’est l’harmonisation des textes parce qu’on n’a pas les mêmes réalités. Si vous allez à Soubré, ce qui fonctionne, ce sont les associations de ressortissants. A Bouaké, on n’a aucun problème de chefferie. Ce qu’on a évité, c’est que des gens quittent Abidjan pour aller installer des chefs à Bouaké ou à Soubré. Le troisième problème résolu, c’est le statut des délégués consulaires. Nous avons constaté que dans certaines localités, la fonction de délégué consulaire s’héritait de père en fils. Il y avait aussi des situations où les délégués consulaires étaient fautifs mais on ne pouvait pas les sanctionner parce que les textes n’avaient pas prévu ça.

Ce texte, nous l’avons fait en 2018. Mais comme je l’ai dit, ces textes ne disposent que pour l’avenir. Un délégué ne peut plus par exemple faire plus de deux mandats, il ne peut plus être analphabète ni membre d’un bureau de parti politique. L’expérience des problèmes des associations d’Abidjan expliquée a permis d’éviter ailleurs les mêmes problèmes. Il en est de même des problèmes de chefferie, d’occupation des forêts classées, etc. Le Cadre de concertation fonctionne bien et nous faisons un travail de fond. On estime que ce processus là sur le long terme va permettre d’avoir une gestion harmonieuse de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire.

En février 2019, on a assisté à la naissance du Conseil des opérateurs économiques burkinabè en Côte d’Ivoire qui se présente pour l’heure comme un bon exemple d’organisation. Comment la chancellerie peut aider cette structure à trouver ses marques de noblesse ?

Cette question me permet de revenir sur des malentendus passés, parce qu’au début, il était question d’un Club des hommes d’affaires burkinabè en Côte d’Ivoire (CHABCI). Je me rappelle que la rencontre avait eu lieu en janvier 2017 dans un restaurent à la Zone 4, à Marcory. Je leur avais dit que le rôle de l’administration, c’est de les accompagner. C’est d’attirer l’attention de la communauté burkinabè en Côte d’Ivoire qu’en dépit de notre nombre, on ne pèse pas lourd.

Malheureusement, ça s’est terminé en queue de poisson puisqu’à un moment donné, j’ai été accusé d’avoir voulu embrigader les opérateurs économiques au profit du MPP (Ndlr : Mouvement du peuple pour le progrès, parti au pouvoir au Burkina). On a fait le point avec le consulat et nous nous sommes désengagés parce qu’il ne nous appartenait pas de nous substituer à eux. Quand le CHABCI a échoué, monsieur Ouédraogo Moussa, qui est l’ancien représentant du Conseil burkinabè des chargeurs en Côte d’Ivoire ici, a repris le flambeau en contactant des opérateurs économiques. Lorsqu’il m’en a parlé, je me suis engagé à les accompagner.

Il y a donc eu des conseillers de l’ambassade et du consulat qui les ont accompagnés dans la rédaction des statuts et règlement intérieur. C’est une structure qui a même connu des tentatives de déstabilisation mais qui tient. Nous ne pouvons que les accompagner mais pas question de nous immiscer dans sa gestion. La preuve, à l’assemblée générale constitutive, moi et le consul avions été invités mais nous ne sommes pas partis.

La Chambre de commerce et le Conseil des chargeurs ne sont pas non plus partis. C’est pour que tout le monde comprenne que nous n’en sommes pas membres. Mais comme ils nous l’ont demandé, nous allons favoriser leur contact avec les autorités ivoiriennes et les autorités du Burkina Faso. Notre souhait est que ce conseil prenne, parce que ce n’est pas le nombre qui fait la force, mais l’organisation.

Notre organisation ici pêche parce qu’il y a eu des perturbateurs dans tous les domaines. Nous ne voulons pas des structures qui se créent juste pour montrer leur capacité de nuisance. Notre attitude à l’égard du Conseil des opérateurs économiques burkinabè est identique à l’ensemble des associations burkinabè en Côte d’Ivoire.

Excellence, le 8 novembre dernier, a eu lieu l’installation des démembrements de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) en Côte d’Ivoire. On est curieux de savoir si les personnes désignées sont rémunérées et à quoi elles s’occupent concrètement en attendant le démarrage effectif du processus électoral ?

Premièrement, c’est du bénévolat. Deuxièmement, ce sont les démembrements de la CENI ; donc c’est la CENI qui leur donne leur feuille de route. Une fois qu’ils ont prêté serment, notre rôle se limite juste à les accompagner dans la mise en œuvre de ce que la CENI leur a demandé.

Il y a peu, des informations selon lesquelles 30 000 Burkinabè auraient été chassés de la forêt classée de Taï ont circulé. Etes-vous informé, et si oui, qu’en est-il de cette situation ?

Si je pouvais me permettre, je dirais qu’avec les réseaux sociaux, il y a des journalistes qui, à partir de leur chambre, peuvent décrire l’humanité et même le paradis. Ce qui fait qu’on peut vous expliquer ce qui se passe dans votre cour sans que vous le sachiez. Nous avons découvert, alors que j’étais à Ouaga, qu’il y avait 30 000 Burkinabè qui avaient été chassés de leur plantation alors que c’est la période de la récolte. Je voudrais préciser que le 27 novembre dernier, le Consul général du Burkina à Soubré était à Dogbo dans la sous-préfecture dont est censé relever les Burkinabè chassés.

Personne n’en a fait cas. En dehors du délégué consulaire qui avait relevé qu’il y a eu une opération de destruction de deux campements qui se trouvaient dans le parc national de Taï. Les autorités les avaient informés et sommés de quitter. Ils n’ont pas obtempéré, ce qui explique l’opération de démolition. Je fais remarquer que l’opération ne concerne pas que des Burkinabè, mais l’ensemble des personnes qui vivaient dans le parc.

L’information donc selon laquelle les gens ont été chassées de leur plantation est fausse parce qu’une mission du Consulat s’y est déportée pour rencontrer les personnes concernées et personne n’a dit qu’il a été empêché d’accéder à sa plantation. Je voudrais ici réitérer mes remerciements aux autorités ivoiriennes, aux autorités locales de cette zone, aux élus et aux ONG qui se sont tous impliqués pour qu’on ne trouve personne là-bas qui est sans domicile. A la date du 3 décembre dernier, tous ceux qui étaient installés dans l’école avaient été relogés.

Le Burkina Faso est en proie à une grave crise sécuritaire avec le terrorisme qui endeuille au quotidien des familles de civils et de militaires. Comment vivez-vous cette situation depuis l’extérieur ?

Il fut un temps, au réveil, j’avais peur d’écouter les informations parce que la récurrence des tueries nous amenait à avoir des appréhensions en tant qu’êtres humains. C’est une situation inédite parce qu’on n’était pas préparé à faire face à des situations où des gens pouvaient nous attaquer sans qu’on ne sache d’où ils viennent. Si vous avez suivi l’évolution de ce phénomène, au début, on a tenté de faire croire qu’il s’agissait d’un problème de religion, ensuite un problème intercommunautaire, et de façon récurrente, ce sont les symboles de l’Etat qui sont attaqués. Il y a des dimensions très complexes de cette situation.

Il fallait beaucoup de discernement pour éviter qu’une catégorie de Burkinabè ne se dresse contre une autre. Si vous avez remarqué, il y a, depuis un certain temps, une accalmie qui n’est pas le fruit du hasard. C’est parce qu’il y a une prise de conscience de l’ensemble des Burkinabè, majorité présidentielle comme opposition. Je demeure convaincu que le Burkina va vaincre le terrorisme. Comme le disent les autorités, on paiera le prix mais on prouvera au monde notre résilience.

Le président du Faso a récemment lancé un appel à l’enrôlement de volontaires dans la lutte contre le terrorisme. Au niveau de la Côte d’Ivoire, avez-vous reçu des volontaires ?

Des volontaires se sont manifestés au niveau des consulats généraux et notre réponse a été d’attendre que nous ayons des précisons. On ne peut pas s’engager tant qu’on n’a pas de consignes précises.

La Côte d’Ivoire et le Burkina Faso sont liés par la géographie et par l’histoire. Le citoyen lambda ne perçoit pas une solidarité agissante des autorités ivoiriennes dans la crise sécuritaire que traverse le Burkina. Pouvez-vous nous rassurer du contraire ?

Je ne peux pas vous dire le nombre de lettres de condoléances et de soutien que le président de la République de Côte d’Ivoire, son Excellence Alassane Ouattara, a adressées à son frère le président du Faso. Je ne peux pas vous dire le nombre de lettres qu’on a eu à transmettre via le canal diplomatique.

Nous en recevons aussi d’autres pays. Mais vous remarquerez que ce sont des choses qui ne sont pas toujours publiées. Au-delà des lettres de condoléances, il y a une collaboration entre nos deux pays dans le cadre du Traité d’amitié et de coopération. Ce traité permet de travailler efficacement mais dans la discrétion. Sur tous les plans, je peux vous assurer qu’il y a de la collaboration entre les services des deux pays.

A propos de la Maison du Burkina au Plateau, qu’en est-il des travaux, puisque le chantier perdure ?

Nous avons enregistré le décès de l’architecte, Pierre Wango Sawadogo, courant novembre dernier, qui, il faut le rappeler, tenait à cette maison. Vous avez sans doute remarqué que les travaux qui avaient été suspendus ont repris et la tour est bouclée. Dans les semaines qui suivent, les travaux de construction du consulat général vont démarrer.

Excellence, vous êtes aussi l’ambassadeur du Burkina Faso en Sierra Leone et au Liberia. Comment gérez-vous les intérêts du Burkina dans ces Etats depuis la Côte d’Ivoire ?

Disons que j’ai présenté mes lettres de créances au Libéria après l’avoir fait en Sierra Leone. Après cela, il y a des contacts qui ont été pris, ce qui a permis en 2018 de désigner un délégué au Conseil supérieur des Burkinabè de l’extérieur en Sierra Léone et un autre au Libéria. C’était prévu que je reparte cette année avec des collaborateurs pour discuter et mettre un cadre formel parce que ce sont des pays qui ont des potentialités économiques et qui ont besoin de l’expertise.

Dans ces deux pays, les autorités envisagent de développer les cultures de rente dont nos compatriotes ici en Côte d’Ivoire ont la maîtrise ; notamment le cacao et le palmier à huile par exemple. Mais avant de nous lancer, on voudrait prendre un certain nombre de précautions pour éviter que ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire avec les conflits fonciers ne se reproduise. Nous sommes donc dans les discussions de l’éclaircissement de ce cadre-là.

D’autre part, ces deux pays sont intéressés par les cultures vivrières ; domaine dans lequel le Burkina Faso a l’expertise parce que nous avons des variétés de manioc qui vont au-delà de 30 tonnes à l’hectare. Le Burkina produit du maïs, variété améliorée, qui va jusqu’à 9 tonnes à l’hectare, on a également du riz qui va jusqu’à 6 tonnes à l’hectare. Et ce sont des cycles qui vont jusqu’à trois récoltes dans l’année. On a des opérateurs économiques qui sont prêts à partir et qui n’attendent que le cadre juridique.

Interview réalisée par Alexandre Lebel ILBOUDO
(www.informateur.info)
Abidjan (Côte d’Ivoire)

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