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Adresse du président du Faso à l’occasion du 59e anniversaire de l’indépendance : Que faut-il retenir ?

Accueil > Actualités > Opinions • Dr Jacques BARRO • jeudi 12 décembre 2019 à 13h20min
Adresse du président du Faso à l’occasion du 59e anniversaire de l’indépendance : Que faut-il retenir ?

A l’occasion de la commémoration du 59e anniversaire de l’accession du Burkina Faso à l’indépendance, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, s’est adressé, comme à l’accoutumée, à la nation burkinabè. Il faut dire que cette célébration revêt une dimension assez particulière dans la mesure où elle marque le centenaire de la création de la colonie de Haute-Volta, actuelle Burkina Faso. Le thème de la célébration est du reste évocateur : « Cent ans de création du Burkina Faso : devoir de mémoire et engagement patriotique en vue de la consolidation de l’Etat-nation ». Que faut-il retenir de cette adresse du président du Faso ?

Un discours en harmonie avec le thème de la célébration

D’emblée, on retiendra que le président du Faso a moulé son adresse dans le thème de la célébration de l’indépendance en lui insufflant un caractère à la fois rétrospectif (le passé) et prospectif (le futur) avec l’actualité (le présent) comme élément catalyseur. Ces trois composantes se déclinent dans le thème de la commémoration du 59e anniversaire de l’indépendance de la façon suivante : « devoir de mémoire » (volet rétrospectif), « engagement patriotique » (volet présent) et « en vue de la consolidation de l’Etat-nation » (volet prospectif). C’est dire que le président du Faso et, plus généralement, les concepteurs du thème de la célébration comptent sur le patriotisme des burkinabè pour construire un Burkina de demain où il fait bon vivre. Bref, examinons ces dimensions du thème de la commémoration du 59e anniversaire de l’indépendance dans le discours présidentiel.

1) S’inspirer du passé lumineux pour éclairer le présent ténébreux

Au niveau rétrospectif ou historique, le président du Faso a surtout dressé, dans son discours, un tableau lumineux et enchanteur de l’action des aïeux. Sans doute insinue-t-il aux Burkinabè de s’inspirer de ce passé lumineux des valeureux devanciers pour éclairer le présent ténébreux. Cette thèse est justement corroborée par l’usage du mot « repère » quand il dit à propos de la commémoration ceci : « C’est à mes yeux, un temps de méditation sur le parcours glorieux de notre peuple dont la bravoure et la solidarité dans l’épreuve doivent constituer le repère pour notre communauté de destin ».

Ainsi, le déontique « doivent constituer » renforcé par le déterminant « le » dans « le repère » montrent très clairement que, pour SEM Roch Marc Christian Kaboré, la victoire d’aujourd’hui contre le terrorisme dépendra de la bravoure des burkinabè, « de la solidarité dans l’épreuve » ou de l’unité à l’instar des devanciers. Cette nécessité de l’unité d’action rappelle fort bien ce propos de Ki-Zerbo qui disait : « La libération de l’Afrique sera panafricaine ou ne sera pas » (dans À quand l’Afrique ?)

Au-delà du devoir de mémoire et de la reconnaissance des actions des devanciers, il s’agit là d’un appel du pied lancé par le président du Faso aux Burkinabè d’aujourd’hui. Un appel à persévérer dans le courage, la bravoure, l’insoumission contre l’oppression terroriste et la solidarité dans une telle épreuve. Dans cette perspective, on peut dire que le président du Faso invite les Burkinabè à s’unir dans un ethos libérateur. La décoration de l’opposition, qui a défrayé la chronique ces derniers temps, prend ainsi tout son sens.

Ce volet historique du discours présidentiel est marqué par deux actions, deux prises de décision majeures aux accents promissifs et prescriptifs : « l’écriture de l’histoire générale de la Haute-Volta au Burkina Faso » d’une part et « l’édification d’un Panthéon de tous les bâtisseurs de notre Nation », d’autre part. Il s’agit là de la nationalisation de l’histoire du pays et de la perpétuation mémorielle des acteurs majeurs de cette histoire, deux éléments décisifs dans la construction de l’identité nationale.

Mais pour honorer ces figures et perpétuer leur mémoire, il faut commencer par apprendre à les citer dans son propre discours. Surtout quand il s’agit de commémorer le centenaire de la Haute-Volta. On peut noter une allusion à la révolte du Banni Volta et au Dytaniè certes, mais celle-ci est beaucoup trop implicite et insuffisante en l’occurrence. Des références et citations explicites à des figures historiques précises auraient pu donner plus de poids et une grande âme à ce discours.

2) Engagement patriotique

Le deuxième point de cette adresse est l’engagement patriotique. Ce volet engagement patriotique du discours s’observe à travers la magnificence de l’engagement concret des FDS sur le théâtre des opérations à l’intérieur du pays et l’évocation d’un certain nombre de requêtes adressées aux Burkinabè qui, si elles étaient suivies de réponses favorables, ne seraient rien moins que du patriotisme : la trêve sociale, la responsabilité collective et individuelle, le don de soi pour la patrie.

Un tel engagement patriotique doit, selon le président du Faso, se mener jusqu’au sacrifice suprême. Quand il dit que « la liberté et l’indépendance n’ont pas de prix », il fait sans doute allusion à ce don de soi ou au sacrifice suprême pour la nation. A ce niveau du discours, on était en droit de s’attendre à une confirmation ou un rappel du recrutement de volontaires annoncé au lendemain de l’attaque de Boungou, hélas ! Il faut faire des inférences ou des implicitations soutenues pour trouver « des pépites » de cette annonce dans son adresse.

3) La consolidation de l’Etat-nation

Le troisième volet du discours est son aspect prospectif : la consolidation de l’Etat-nation. C’est peu que de dire que l’Etat-nation burkinabè dans son fondement est menacé à l’heure actuelle. Pour consolider cet Etat-nation, le président souligne deux défis à relever : « restaurer l’autorité de l’Etat central » et « bannir la stigmatisation » des communautés. Tout porte à croire que le président Kaboré fait ici de l’euphémisme, l’une des grandes marques de ce discours dans son ensemble. Pour ne pas dramatiser son discours, [en affirmant clairement l’absence de service de l’Etat central dans plusieurs localités du pays du fait du terrorisme], il a préféré observer la prudence en parlant moins crûment.

Au demeurant, dans cette adresse, la nécessaire consolidation de l’Etat-nation se voit à travers la prédominance du lexique ou du sème de « l’unité ». Cela est d’autant plus compréhensible qu’il ne saurait y avoir d’Etat-nation sans unité et le sentiment d’appartenir à une même nation. On comprend alors que le niveau énoncif du discours soit émaillé par les topoï de l’unité visibles à travers les termes de « mémoire collective », de « vivre-ensemble », d’« avenir commun », d’« histoire collective », de « communauté de destin » entre autres. Au plan énonciatif, c’est l’usage abondant du « nous » inclusif et ces dérivés « nos », « notre » qui en témoignent : « notre histoire », « nous devons nous départir », « nous l’enseigne », « nos Forces de défense et de sécurité », etc.

Somme toute, ce discours s’enracine dans le thème de la commémoration du 59e anniversaire de l’indépendance du Burkina Faso. Si pour le tristement célèbre Hegel, « peuples et gouvernants n’ont jamais rien appris de l’histoire », SEM Roch Marc Christian Kaboré semble s’inscrire en faux contre ce postulat en invitant les Burkinabè à prendre pour « repère », « le parcours glorieux » de leurs aïeux. Cependant, le président du Faso ne manque pas de laisser les populations sur leur soif dans ce discours.

Il fait fi en effet des questions brûlantes de l’heure comme le recrutement de volontaires et l’invitation maladroite adressée par le président Emmanuel Macron aux dirigeants du G5 Sahel, dont il assure la présidence. Aussi l’un des points faibles de ce discours à coloration historique reste-il le manque de références ou de citations de figures historiques. On dira simplement que le président est resté fidèle à son style discursif : un discours d’intention. Or, le contexte actuel du pays lui commande de tenir des discours plus pragmatiques, imprégnés d’actions claires et précises.

Dr Jacques BARRO
Pour l’Observatoire de production et d’analyse du discours (OPAD)

Vos commentaires

  • Le 12 décembre 2019 à 19:47, par Sy Boubakar En réponse à : Adresse du président du Faso à l’occasion du 59e anniversaire de l’indépendance : Que faut-il retenir ?

    Belle analyse sauf que sur les points dits faibles du discours un événement d’une portée historique comme la célébration du centenaire couplée à celle de nos 59 ans d’indépendance commande que l’on se departisse du factuel aussi prégnant soit il pour couler ce laïus dans un "marbre " tout aussi historique. Aussi il n’est pas opportun de faire explicitement référence à des figures historiques pour ne pas heurter certaines susceptibilités d’autant que le PF a indiqué que notre histoire reste à écrire ce qui sous-tend que cette réécriture dégagera des figures consensuelles. Pour ma part jincline à penser donc que Roch est resté fidèle à l’image qui lui colle à la peau depuis son entrée en politique : un homme de consensus sachant être résolu et ferme à l’occasion

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