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Bagrépôle : Un « rêve toujours réalisable » malgré sa complexité, reconnaît le directeur général, Joseph Martin Kaboré

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET | Par Herman Frédéric Bassolé • mardi 10 décembre 2019 à 23h35min
Bagrépôle : Un « rêve toujours réalisable » malgré sa complexité, reconnaît le directeur général, Joseph Martin Kaboré

Difficile de parler activité économique dans la région du Centre-Est du Burkina sans évoquer le pôle de croissance de Bagré dont l’un des objectifs est d’accroître la production agro-sylvo-pastorale et la création d’emplois. A l’occasion de la célébration de la Fête nationale à Tenkodogo, nous avons rencontré le samedi 7 décembre 2019, à Ouagadougou, Joseph Martin Kaboré. Il est le Directeur général de ce projet pilote qui suscite beaucoup d’espoir, depuis son lancement en 2012. Dans ce grand entretien, il nous parle entre autres des grands chantiers en cours, des difficultés, de la dynamisation des unités économiques dont le Centre écotouristique (CET) qui était en arrêt de fonctionnement. Lisez !

Lefaso.net : A son lancement en 2012, Bagrépôle avait été présenté comme la « Silicon Valley » burkinabè. Ce rêve n’était-il pas trop grand ?

Je voudrais avant tout propos saluer et remercier Lefaso.net de nous donner l’occasion de parler de ce vaste programme, complexe et ambitieux qu’est le Pôle de croissance de Bagré. A son lancement, il suscitait beaucoup d’espoir et beaucoup de prétention. Mais ce rêve n’a pas été trop grand puisque vous verrez par la suite que des résultats ont été atteints. Les perspectives sont assez encourageantes.

Ce que je dois reconnaitre, c’est que sur le plan échéancier, nous connaissons objectivement un décalage qui pourrait effectivement susciter quelques préoccupations au niveau de l’opinion publique. Et ça, c’est tout à fait justifié. Autrement le rêve dont il est question est toujours d’actualité et réalisable.

Lefaso.net : Quelle est la situation à ce jour de la mise en place des infrastructures et services critiques (banques, zone industrielle, centre d’affaires, stations d’essence, services d’accompagnement, etc.) ?

Conformément au schéma directeur d’aménagement et de mise en valeur de la zone d’utilité publique de Bagré adopté par décret, la réalisation d’une masse critique d’investissements structurants s’avère nécessaire pour opérer une transformation structurelle de l’économie et faire de la zone de Bagré une zone économiquement viable, compétitive et attractive pour les investisseurs privés. Ces infrastructures et services critiques sont allés au rythme du développement des différentes chaines de valeurs qui étaient prévues.

Au titre des infrastructures critiques, on peut relever l’aménagement hydroagricole de 2 200 hectares en rive gauche du Nakanbé dans le cadre du Projet Pôle de Croissance de Bagré (PPCB) co-financés par la Banque mondiale et le gouvernement et destinés aux personnes affectées par le projet (PAP) et aux agro- investisseurs et dont les réceptions définitives ont eu lieu en novembre-décembre 2019 ; l’aménagement en cours de 2194 hectares en rive droite du Nakanbé au titre du Projet d’Appui au Pôle de Croissance de Bagré (PAPCB) co-financé par la Banque africaine de développement (BAD) et le gouvernement, exécuté à 80%.

A ce stade, la dynamique de développement du pôle a permis l’installation des premiers services critiques notamment un établissement bancaire de référence nationale, des unités de microfinance (caisses populaires et de crédit) qui accompagnent les producteurs sur le plan financier ; des stations de services (hydrocarbures) ; des restaurants et divers services.

Au titre du soutien à la production agro-sylvo-pastorale et halieutique, plusieurs infrastructures et équipements ont également été réalisés. Sans être exhaustif, on peut relever les acquis suivants : la réhabilitation d’ouvrages de franchissement tels que le pont de Béga et le radier en rive droite du Nakanbé ; la construction de 12 magasins de stockage d’une capacité de 400 tonnes chacun, d’un barrage à Lenga d’une capacité de 110 000m³ avec un aménagement de 5 ha ; de 12 ha aménagés à Foungou ; 7 ha de périmètre maraicher à Possodo, un marché à bétail à Bagré, une pépinière avicole, 30 boutiques pour conservation de poison à Bagré, 32 forages avec margelles réalisés dans 15 villages, des appuis à l’acquisition d’intrants de qualité et aux labours avec une plateforme d’équipements agricoles en soutien à la production. Il convient de reconnaitre que ces infrastructures socio-économiques participent à l’équipement des collectivités territoriales (les communes notamment) et au développement économique local.

Naturellement, la densification de ces infrastructures critiques n’est pas au point mais comme je l’ai dit, ça se développe progressivement en adéquation avec le rythme de mise en valeur de la plaine, lequel rythme a connu un glissement qui ne permet pas à ces infrastructures d’être au top comme nous l’aurions souhaité à date.

Lefaso.net : Et quelle est la cause de ce glissement dont vous parlez ?

Le pôle de croissance de Bagré n’a pas échappé à certaines vicissitudes que connaissent les grands projets d’envergure à savoir les difficultés dans le montage institutionnel, des difficultés dans la planification chronologique des activités et des insuffisances assez critiques en matière d’études pour des infrastructures structurantes. Lorsque le projet a été monté, reconnaissons-le, il y a eu beaucoup d’enthousiasme qui a amené à un lancement anticipé de certaines actions pour lesquelles les études n’étaient pas encore au point. Ce facteur a occasionné d’importants retards à l’exécution. D’où le glissement des réalisations.

Les premiers aménagements hydroagricoles type Bagrépôle qui devaient être livrés en 2016 n’ont pu être réceptionnés qu’en 2018. Ça, c’est au niveau des 2 582 hectares (2 200 ha en SAU) en rive gauche financés par la Banque mondiale. Ce sont ces genres de glissements liés non seulement à la mauvaise qualité des études initiales mais aussi quelquefois à l’insuffisance de certaines entreprises qui occasionnent de glissements successifs et qui se répercutent sur l’ensemble du schéma de réalisation du pôle de croissance.

Lefaso.net : La vision, c’était de faire de Bagré, un exemple parfait de réussite, d’épanouissement pour les populations et pour les investisseurs. Le projet est- il sur la bonne trajectoire ?

Le Pôle de Croissance de Bagré vise à contribuer à l’accroissement de l’activité économique par l’augmentation de l’investissement privé, la création d’emplois et la hausse de la production agricole pour soutenir la croissance économique et l’effort de lutte contre l’insécurité alimentaire. Grâce à l’adhésion des acteurs, la mise en opération du pôle de croissance de Bagré a permis d’atteindre des résultats réconfortants qui concourent à l’atteinte des objectifs de développement.

Le projet avance avec des résultats concrets sur le terrain en matière de réinstallation et d’appuis aux personnes affectées par le projet (PAP). En effet plus de 6 milliards de F CFA d’indemnisations et de réalisations sociales ont été effectuées au profit de plus de 5 300 personnes affectées par les projets d’aménagements hydroagricoles avec 771 parcelles d’habitation aménagées et de un hectare de terres irriguées attribuées aux PAP.

Lefaso.net : A un de nos reportages sur Bagrépôle, un citoyen burkinabè pestait en ces termes : « Toujours des projets, mais jamais de développement réel sur le terrain, si ce n’est le développement personnel des chefs de projet, rien de concret ». Quel commentaire faites-vous de cette opinion qui est partagée par nombre de Burkinabè ?

C’est une opinion que nous entendons par-ci par-là, et que nous pouvons, à certains égards, comprendre. Mais je dirai qu’elle est excessive. Et cela est souvent dû à la méconnaissance des réalités. Le cas particulier du pôle de croissance de Bagré a ceci de spécifique que si vous rentrez à Bagré en vous disant que vous allez visiter les infrastructures du pôle de croissance, si vous n’êtes pas guidé, vous risquez d’en ressortir sans rien voir. Simplement parce que c’est une zone extrêmement vaste qui n’a pas encore atteint un grand niveau de densification.

En outre, de par son statut de pôle de pilote, il n’est pas indiqué de le comparer à n’importe quel autre programme au plan national car il est le seul du genre pour le moment en exécution opérationnelle avec toute sa complexité.

En effet, la zone d’utilité publique dont est responsable Bagrépôle est de l’ordre de 500 000 hectares. Ça fait à peu près le 1/10 de certains pays que je ne vais pas nommer. C’est une zone extrêmement vaste et les infrastructures sont dispersées. Prenez les aménagements hydroagricoles, ils sont sur des superficies dont le potentiel est énorme, 21 000 hectares.

Ça fait des kilomètres en termes de distance. On va aménager des zones fertiles et il y a souvent des intervalles de forêts, de zones rocailleuses à tel point que si vous on ne vous amène pas là où il y a une concentration de réalisations, vous risquez de ne pas voir ce qui se fait depuis lors. Tous ceux-là que nous avons pu guider, que ce soit des autorités ou les délégations de la représentation nationale, elles se sont tout de suite rassurées de l’importance des réalisations déjà faites.

Pour Bagré, il y a quand même un niveau de revenus substantiellement accru par rapport à la situation de départ. Des études l’ont montré. Quand vous rentrez à Bagré, il y a des périodes où vous ne pouvez même pas avoir de main d’œuvre. Les plaines souffrent de main d’œuvre à tel point que nous sommes obligés d’avancer à pas forcés vers une forme de mécanisation pour pouvoir maintenir le rendement des plaines.

Et comme je l’ai indiqué dans les questions précédentes, dans sa politique d’appui accompagnement des personnes affectées par les interventions du projet et l’ensemble des communautés de la zone de concentration des interventions du Pôle de croissance, Bagrépôle a réalisé des infrastructures socioéconomiques à leur profit.

Aux réalisations annoncées plus haut, on peut ajouter dans le secteur de la santé l’acquisition de 7 ambulances au profit des 7 communes de la zone de concentration, la réhabilitation de 3 CSPS et leur équipement. Dans le secteur de l’éducation, 3 écoles ont été construites et équipées respectivement à Guirmogo, à Foungou et au village (V) 5 en rive gauche.

Par ailleurs, il convient d’insister sur le caractère genré des interventions de Bagrépôle. En effet, dans le domaine de l’appui aux femmes à travers des activités génératrices de revenus, les principales réalisations sont les suivantes : 4 unités de tissage, 10 centres de formation, 4 unités de moulins.

Les attentes et les espoirs sont légitimes parce que les ambitions étaient très grandes au début et le temps de mise en œuvre n’a pas été au rythme souhaité. Mais la tendance actuellement est en train de rétablir ce hiatus entre les attentes et les réalités.

Lefaso.net : Peut-on avoir une idée du nombre d’exploitants et des investisseurs déjà installés sur le périmètre de Bagrépôle ?

En ce qui concerne les anciens périmètres aménagés, plus de 3 000 exploitants familiaux y sont installés avec plus de 30 000 tonnes de riz paddy produites par an. Cinq agro-investisseurs pilotes et des groupements de bananiers sont installés sur 380 hectares de terres hautes. Pour les 2 200 hectares nouvellement aménagés, 976 hectares sont attribués à 14 agro-investisseurs et 1 100 hectares attribués à 1 280 exploitants familiaux (personnes affectées par le projet). Les aménagements en cours en rive droite et les autres aménagements des extensions Nord et Est permettront d’installer séquentiellement les exploitants familiaux et les agro- investisseurs.

Lefaso.net : Il se susurre que certains partenaires internationaux de départ se sont retirés du projet Bagrépôle. Qu’en est-il exactement ?

A ma connaissance, aucun partenaire ne s’est retiré du Pôle de Croissance de Bagré. A l’image des autres projets de développement, des ajustements peuvent s’opérer durant l’exécution du projet et c’est ce qui est arrivé avec le Projet pôle de croissance de Bagré avec le retrait du partenaire sur une partie des aménagements hydro-agricoles.

Lefaso.net : Les relations entre le projet et les populations n’ont pas toujours été au beau fixe. Qu’est-ce qui explique cela et comment jugez-vous le niveau de collaboration aujourd’hui ?

Grâce à l’adhésion des acteurs, le Pôle de Croissance de Bagré s’exécute dans des conditions satisfaisantes. Cependant, l’esprit d’assistanat qui a été longtemps vécu par certains bénéficiaires nécessite une communication sociale que nous mettons en place pour plus d’autonomisation des différents bénéficiaires.

Lefaso.net : Qui et comment fait-on pour bénéficier d’un périmètre de terre exploitable ?

Bagrépôle dispose d’instruments de gestion foncière dont le cadre foncier et le mécanisme d’allocation qui définissent les conditions d’attribution des terres. Toute personne physique ou morale peut soumissionner à l’avis à manifestation d’intérêt pour l’allocation des terres suivant les différents critères qui sont définis dans les demandes de proposition dans la limite des terres disponibles. Il y a trois catégories d’exploitants au niveau de la plaine.

La première catégorie concerne les personnes affectées par le projet (PAP), anciennement propriétaires. Ce sont les autochtones qui ont dû être délogés pour permettre l’aménagement. On dédie systématiquement à ces personnes des superficies lorsque la plaine est aménagée pour être exploitée, sous le format de compensation terre contre terre. Il y a d’autres indemnisations bien sûr.

La deuxième catégorie concerne des producteurs paysans de la zone, qui n’ont pas perdu de terre, mais qui ont fait la demande et qui remplissent les conditions d’un cahier de charges pour l’exploitation de type paysanne.

Les agro-investisseurs constituent la troisième catégorie. Pour eux, il y a également des cahiers de charges bien précis avec des conditions de capacités financières et techniques. Il y a également des critères d’expérience, de création d’emplois, etc.

Lefaso.net : A quel pourcentage de sa capacité réelle peut-on estimer, à cette date, l’exploitation du périmètre de Bagrépôle ?

Le potentiel irrigable est estimé à 21 000 hectares et présentement 5 580 hectares sont aménagés et irrigués soit 26,5%. Les superficies de terres aménagées et irriguées vont augmenter en 2020 avec l’achèvement des travaux des 2 194 hectares en rive droite du Nakanbé. La tendance se poursuivra plus tard avec le lancement des travaux d’aménagements de 5 400 hectares des extensions Nord et Est.

Lefaso.net : Le projet s’est ouvert (en principe) aux investisseurs internationaux à travers l’octroi de surfaces de terrain. Cette libéralisation ne risque-t-elle pas d’étouffer l’épanouissement réel des populations locales, et partant, l’objectif de création d’emplois au plan national ?

Je voudrais vous rassurer que c’est plutôt l’inverse. Bagrépôle, ce n’est pas seulement l’agriculture. Je voudrais rappeler que nous avons également une vocation industrielle, commerciale, piscicole, sylvicole et touristique. Tous ces segments seront ouverts à l’intervention d’opérateurs privés nationaux et/ou internationaux. Pour les plaines, il faut être clair là-dessus, jusqu’à présent et je crois que ça va se poursuivre, les plus hautes autorités ont une option claire là-dessus pour l’attribution des plaines aménagées. En fonction des aménagements, toutes les superficies irrigables de façon gravitaire sont dédiées systématiquement aux paysans.

Ce qui est dédié aux investisseurs privés, ce sont les plaines hautes, c’est-à-dire que leur aménagement n’est pas achevé puisque nous amenons l’eau au niveau du réseau secondaire, au bord de la parcelle. L’aménagement intérieur est un ensemble d’investissements qui peuvent être colossaux et qui sont laissés à la charge de l’agro-investisseur. Sur cet aspect, il n’y a pas de problème.

Le pôle de croissance de Bagré a été bien imaginé surtout en son aspect modèle économique. L’agrégation économique est inscrite dans l’approche de développement qui voudrait que les agro-investisseurs qui ont plus de capacités technique et financière puissent nouer des relations de partenariat gagnant-gagnant avec les petits producteurs en leur accordant des appuis dans les capacités de production tout en assurant le rachat de leur production. Ce modèle garantit la création d’emplois et concourt à l’atteinte de l’objectif de développement du Pôle de Croissance de Bagré.

Comme on peut le constater, Bagrépôle a opté pour un modèle de développement basé sur le scénario tendanciel amélioré pour une croissance inclusive c’est-à-dire partagée.

Lefaso.net : Les pôles de croissance se veulent une politique de mise en valeur des potentialités sectorielles et des ressources locales, en développant des stratégies portées à la fois par l’Etat et les collectivités territoriales et en s’appuyant sur le partenariat public-privé. Cet attelage marche-t-il pour ce qui est de Bagrépôle ?

Cet attelage n’est qu’à ses débuts. Bagrépôle en lui-même est un pilote, c’est-à-dire un modèle expérimental. Tous les systèmes qui le constituent sont également des modèles en cours d’expérimentation. L’attelage Etat – collectivités locales – secteur privé est un attelage qui a commencé à produire des fruits. Mais je dois reconnaitre que pour simplifier l’attelage, le système veut bâtir ce partenariat public-privé sur des rôles et des responsabilités. Le potentiel appartient à l’Etat et il se donne pour tâche de développer des infrastructures structurantes indispensables à l’attraction et à l’installation des producteurs et industriels privés. L’Etat a décidé de bitumer les routes pour relier l’axe Tenkodogo-Bitou-Frontière du Togo à l’axe Ouaga-Manga-Frontière du Ghana. A l’intérieur de ces deux axes, se trouve la zone d’utilité publique de Bagrépôle.

Bagrépôle a également bénéficié de la bretelle de ligne optique qui dessert le Burkina à travers le Ghana pour permettre une liaison à haut débit, ce qui va fluidifier les affaires.

Tous ces projets d’aérodromes qui sont en cours de démarrage et dernièrement cette bretelle du chemin de fer qui viendra du Ghana sont un ensemble d’infrastructures que le Gouvernement a décidé de réaliser pour inciter les privés à faire de la zone Bagré une zone où ils peuvent investir, tirer profit et faire gagner l’Etat et les populations.

Pour catalyser cette dynamique, des mesures fortes ont été prises par les pouvoirs publics pour permettre l’amélioration progressive du climat des affaires dans le pôle à travers l’indemnisation des Personnes affectées par les projets (PAP) et la sécurisation foncière (délimitation, bornage, immatriculation, délivrance de titres d’occupation) soutenus par un cadre foncier sur le plan environnemental et social au profit des exploitants familiaux et des agro-investisseurs ; la création d’une radio locale (Bagrépôle FM) pour l’information et la communication dans la zone du pôle ; la mise en place d’un Peloton Spécial d’Intervention de la Gendarmerie (PSIG) pour garantir la libre circulation des biens et des personnes et la sécurisation des infrastructures ; la création par le décret No 2015-1039/PRES-TRANS/PM/MICA/MEF du 28 août 2015 du Centre de Facilitation des Affaires de Bagré appelé « CEFAB » rattaché à la Maison de l’Entreprise du Burkina Faso (MEBF) ; l’adoption de la loi No 038-2018/AN du 30 octobre 2018 portant Code des investissements qui institue un régime spécial des investissements dans les pôles de croissance et les zones économiques et spéciales.

En raison de la vision de long terme pour le développement du pôle de croissance et en vue de garantir la pérennité des interventions, le gouvernement a créée par le décret N°2012 -180/PRES/PM du 12 mars 2012 de la Société de Développement Intégré du Pôle de Bagré sous la forme d’une Société d’Economie Mixte, en abrégé BAGREPOLESEM, avec un capital d’un milliard de FCFA dont 61,5% détenus par l’Etat et ses démembrements et 38,5% par le secteur privé institutionnel.

Fruit d’un partenariat entre l’Etat et le secteur privé et rattaché au Premier Ministère, l’objectif du gouvernement à travers BAGREPOLESEM est de doter le pôle pilote d’une entité de gestion plus apte à assurer la cohérence des interventions multisectorielles et à répondre à l’ambition de développement intégré et viable de la ZUP de Bagré.

Lefaso.net : Que devient le Centre écotouristique de Bagré ?

Disons-le franchement ! Le centre écotouristique était à l’arrêt. Je suis désolé de le dire ainsi. Lorsque nous avons pris la responsabilité de cette institution (ndlr Bagrépôle), il y avait une dynamique d’exploitation par le privé qui était en cours mais qui malheureusement n’a pas produit les résultats attendus. Je rappelle que ce centre écotouristique était une partie des rêves. On voulait en faire un lieu touristique de référence. Effectivement en termes de réalisation, c’en est une.

L’exploitation malheureusement a connu des déboires. En effet, après une expérience non réussie de gestion par le l’administration publique, le gouvernement a décidé à travers le décret n°2014-083/PRES/PM/MEF/MASA/MEAHA/MEDD/MICA/MRAH/MATS/MATD du 18 février 2014 portant transfert de gestion de la Zone d’Utilité Publique et de la zone de concentration à Bagrépôle, du transfert d’un certain nombre d’infrastructures stratégiques dont le CET. Bagrépôle a donc été obligée de tout rénover pour reprendre l’exploitation en testant le modèle avec les structures privées.

Une première expérience, avec un grand hôtelier de la place pendant un certain temps, n’a pas été concluante. Bagrépôle a lancé un appel d’offres pour recruter par voie d’appel à candidature une seconde entreprise privée. Mais cela n’a pas donné les résultats escomptés jusqu’à ce que la structure soit fermée. Malheureusement nous avons perdu beaucoup de temps à nous décharger de cette société parce qu’il y avait un contrat.

Lorsque nous avons voulu résilier le contrat, cela nous a amené en justice. Et depuis 2018, nous étions en procès et cette structure qui a perdu en première instance a fait appel. Elle a de nouveau perdu. Vous connaissez les procédures judiciaires. Vous devez attendre que la justice fasse son travail, à son rythme.

Donc, depuis 2018, nous venons juste cette année de clore ce processus. Le juge a tranché en notre faveur condamnant le privé en question à ses dépens. Nous sommes en train de rénover cette infrastructure. L’objectif que nous avions, c’était qu’à l’occasion du 11 décembre, nous puissions offrir à ceux qui vont venir un cadre d’hébergement, de restauration et de recréation idyllique, je n’ai pas peur du mot.

Je suis en passe de réussir ce défi. Si vous êtes à Tenkodogo à l’occasion de la fête nationale, je vous y offrirai volontiers un pot pour que vous puissiez constater la reprise des activités. Le centre est devenu neuf avec des équipements modernes : la plage, la piscine, les logements, etc. En termes journalistiques, permettez-moi de dire que le CET renait de ses cendres.

Lefaso.net : Quelles sont les difficultés que rencontre Bagrépôle et les perspectives envisagées ?

Les principales difficultés sont la mauvaise qualité de certaines études techniques, l’incapacité technique et financière des entreprises, l’insuffisance des ressources financières pour réaliser une masse critique d’investissements structurants et les difficultés de certains bénéficiaires à décrocher de l’assistanat pour se responsabiliser.

Pour les perspectives, nous prévoyons tirer le meilleur profit des infrastructures critiques déjà présentes. La dynamique actuelle avec nos partenaires et les autorités est de voir comment rendre visible le profit que l’on peut tirer à travers l’exploitation beaucoup plus intensive des périmètres. A ce propos, je vous ai parlé des premiers agro-investisseurs que nous allons installer bientôt.

Il faut qu’on quitte le schéma classique de mobilisation de ressources à travers les accords de financement pour rentrer dans un schéma de partenariat public-privé qui va nous permettre de mobiliser des ressources privées beaucoup plus rapidement et d’accélérer le rythme d’aménagement des terres à travers de gros investisseurs qui sont déjà disponibles. Nous sommes seulement en train de réfléchir et de voir avec nos autorités quelle forme de sécurité l’on peut prendre pour préserver la terre et préserver l’intérêt des producteurs tout en incitant les privés à venir investir.

L’autre perspective se trouve sur le plan industriel. Nous avons près de 200 hectares de zone industrielle qui attendent d’être aménagés. Dans les prochains jours, nous allons adopter des termes de référence pour finaliser l’étude d’aménagement de cette zone industrielle.

Je voudrais également citer, en termes de perspectives, tout ce qu’il y a comme dynamique de recherche. Nous avons la chance d’accueillir l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche qui veut faire de Bagrépôle une vitrine des innovations techniques et technologiques sur tous les aspects de productions et d’équipements d’exploitation. Nous sommes en partenariat avec l’INERA et le ministère en charge de la recherche pour développer ce centre de recherche qui va profiter à Bagrépôle mais à tout le Burkina.

Sur le plan de la recherche toujours, l’Etat a décidé de créer un centre universitaire polytechnique dans la zone. Pour l’instant le siège sera implanté à Tenkodogo avec ses services de recherche pratique sur les plaines de Bagré.

Lefaso.net : La région du Centre-est accueille cette année, les festivités du 11 décembre. Quelle est la contribution de Bagrépôle, en tant qu’identité également du Centre-est, au rayonnement de ce rendez-vous annuel à Tenkodogo ?

Bagrépôle en tant qu’acteur stratégique de développement de la région du Centre- Est sera présente au niveau du défilé avec nos différents corps de métiers. Nous serons également présents à la foire pour présenter les produits agro-sylvo-pastoraux, halieutiques et apicoles,
Il y aura du riz blanc, du riz étuvé, des produits maraichers, de la banane, de la papaye, du miel, du poisson, du beurre de karité, du soumbala, des pagnes tissés, etc.

Lefaso.net : A vous de conclure cette interview !

Je voudrais encore vous réitérer mes remerciements pour cet entretien et souhaiter à tous et à toutes une bonne fête de l’indépendance.

Lefaso.net

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