Nous sommes le  
LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : «Les gens bien élevés contredisent les autres. Les sаgеs sе сοntrеdisеnt еux-mêmеs.» Oscar Wilde

Politiques culturelles au Burkina : L’association Citoyen du renouveau fait le diagnostic

Accueil > Actualités > Culture • LEFASO.NET | Par LEFASO.NET • mardi 10 décembre 2019 à 14h34min
Politiques culturelles au Burkina : L’association Citoyen du renouveau fait le diagnostic

Définir une approche d’élaboration d’une politique culturelle pour un développement endogène du Burkina Faso, c’est l’objectif principal de cette conférence publique initiée ce lundi, 9 décembre 2019, par l’association Citoyen du Renouveau. Et pour un tel thème, il n’y avait certainement meilleurs moment et cadre à suggérer que la ville de Tenkodogo, capitale de la région du Centre-est, où convergent en ce moment de nombreuses populations pour la célébration nationale du 59e anniversaire de l’indépendance du pays.

Ce cadre de réflexion a mobilisé un public diversifié, en majorité des jeunes qui, certainement, se sont non seulement nourris des communications assurées par des personnes averties du secteur de la culture, mais ont aussi contribué par des propositions et autres suggestions. « Choix et appropriation des objectifs opérationnels d’un renouveau culturel pour un développement endogène du Burkina Faso », tel était le thème principal autour duquel ont gravité les communications.

L’activité a aussi connu la présence des ministres de la Culture, des arts et du tourisme, Abdoul Karim Sango, et du Commerce, de l’industrie et de l’artisanat, Harouna Kaboré (ceux-ci ont suivi les travaux de bout en bout et répondu aux préoccupations concernant la politique générale du gouvernement en matière de culture).

Ainsi, à l’ouverture des travaux, le premier responsable du département de la Culture, des arts et du tourisme, Abdoul Karim Sango, a exprimé son ressentiment vis-à-vis de la place accordée à ce secteur par les gouvernements qui se sont succédé au Burkina. « Le secteur de la culture continue d’être le parent pauvre de tous les gouvernements. (…). Le secteur de la culture n’est pas une priorité des politiques publiques, même ceux qui ont rédigé le PNDES (Plan national de développement économique et social, référentiel de développement en cours) l’ont oublié », soulève le ministre Sango, pour qui, s’ouvrir à la culture de l’autre n’implique pas d’abandonner la sienne. Il rappelle au passage, et à titre illustratif, que le budget de son ministère est d’environ 0, 35% du budget national. « Si le Burkina savait que la culture peut rapporter beaucoup plus de ressources à notre pays avec moins de dégâts que le secteur minier et beaucoup d’autres secteurs dits stratégiques, le regard porté sur ce secteur changerait radicalement », convainc Abdoul Karim Sango.

Le ministre Abdoul Karim Sango et le président du Citoyen du Renouveau, Mathieu Tankoano, à sa gauche

‘’ Le paradoxe africain : continent riche, populations pauvres ! ’’

Il souligne également que si le Burkina rayonne au plan international, c’est pour beaucoup grâce au secteur de la culture. C’est pourquoi, pense-t-il, il faut accepter de se soumettre aux bonnes questions, en se demandant « qui nous sommes, d’où nous venons, où nous voulons aller et comment nous voulons y aller ». Ce d’autant qu’après plus de 50 ans d’indépendance, le continent africain a du mal à décoller. « En tout cas, nous sommes un concentré de beaucoup de maux, dont la caractéristique principale, c’est la pauvreté », résume l’enseignant de droit avant de faire observer que ceux qui étaient au même niveau (ou en-deçà du niveau) de développement que les pays africains sont aujourd’hui cités comme pays émergents.

Le professeur Wane (milieu) et Patrice Kouraogo (à gauche) ont ouvert le bal des échanges

Les pays qui sont allés rapidement au développement économique et social sont ceux qui ont ancré leur action sur le développement endogène ou le développement par la culture, convainc le ministre Sango. ‘’On a expérimenté le développement en dehors de la culture, du développement endogène, 60 ans après, le continent est à la traîne. Nous sommes le continent le plus pauvre, là où on rencontre le plus grand nombre de pauvres, alors que c’est le continent qui regorge le plus de ressources ’’, compare-t-il. Pour l’autorité, c’est la croisée des chemins, et il est maintenant temps pour le Burkina, le continent africain en général, de changer le fusil d’épaule en s’appropriant les mécanismes pour un développement endogène et envisager ainsi un continent africain plus prospère pour les 50 ans prochaines années.

Pour mieux cerner la problématique au centre du débat, le thème a été éclaté en quatre sous-thèmes. Ainsi, la première série de communications qui ont porté sur « Socle et horizons de l’action culturelle (Afrique) » et « Rôle et nécessité d’un renouveau culturel dans la quête d’un développement endogène au Burkina Faso » ont été développées respectivement par professeur Ibrahima Wane (du Sénégal) et Patrice Kouraogo, conseiller spécial à la culture du président du Faso.

La deuxième vague de communications ont été l’affaire de l’ancien ministre de la Culture, Baba Hama, et de l’homme de culture, fondateur des « Récréatrales », Etienne Minoungou. Le premier intervenant a jeté un regard sur « 20 ans de politiques culturelles au Burkina Faso : état des lieux et perspectives » tandis que l’homme de théâtre a planché sur « stratégies opérationnelles pour un renouveau culturel du Burkina Faso (prise d’actions prioritaires) ».

Baba Hama (à gauche) et Étienne Minoungou, avec à l’extrême droite, le modérateur, Martin Zongo

Toutes ces communications ont suscité de nombreuses réactions au sein des participants, notamment des questions, des commentaires et autres pistes de solutions pour un développement endogène.

Une participation, visiblement, bien appréciée par l’association Citoyen du Renouveau qui se dit convaincue que la culture « est et restera » la locomotive du développement des pays (africains) dits en voie de développement.

« Nous avons trop cultivé le mimétisme…, sans discernement »

« Sans émancipation culturelle, il n’y aura point pour nous d’indépendance politique et économique », dit le président de Citoyen du Renouveau, Mathieu Tankoano. Il croit savoir qu’une des raisons du marasme économique réside dans l’assujettissement culturel. « Nous dépendons trop de l’extérieur. Nous avons trop cultivé le mimétisme dans les secteurs et dans tous les segments de la vie, sans discernement. Nous avons piétiné nos propres valeurs identitaires, tuant ainsi ce qui fait de nous des Burkinabè, des Africains, voire des humains », se révolte le président de Citoyen du Renouveau, Mathieu Tankoano. L’association galvanise les Burkinabè (les Africains en général) à être fiers de ce que leurs ancêtres ont été et ce qu’ils ont apporté à l’humanité.

A en croire son premier responsable, c’est ayant pleinement conscience du rôle majeur de la culture en tant que moteur de développement, ferment de la construction d’un Etat-nation et garant de l’identité dans un monde ouvert, que le Citoyen du Renouveau, suscite ce débat autour de la problématique, en lien avec le renouveau du Burkina Faso.

Ces échanges visent à définir une approche d’élaboration d’une politique culturelle pour un développement endogène du Burkina Faso. Il s’agit donc, de façon spécifique, de faire un état des lieux des politiques culturelles du Burkina, dégager les perspectives en tenant compte de la place et du rôle de la culture dans le développement endogène du Burkina, élaborer une stratégie de définition d’une identité culturelle nationale à partir d’identités culturelles plurielles et, enfin, définir le socle et les pistes d’actions prioritaires pour un renouveau culturel du Burkina.

Les ministres Abdoul Karim Sango (bras croisés) et Harouna kaboré (à sa gauche), suivant attentivement les communications

La journée de réflexion du Citoyen du Renouveau s’est poursuivie dans la nuit avec le spectacle d’un des célèbres conteurs burkinabè, Kientéga Pingdewendé Gérard dit KPG, intitulé « Ragandé » (en langue nationale mooré, qui signifie en français : ne dors pas). Conte, récit et chant, le spectacle fut accompagné par les artistes musiciens Grand Docteur, Sydir et Doueslik.

Le spectacle avec KPG et compagnons

Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

Portfolio

Vos commentaires

  • Le 13 décembre 2019 à 15:00, par Sy Boubakar En réponse à : Politiques culturelles au Burkina : L’association Citoyen du renouveau fait le diagnostic

    Je suis toujours sidéré quand j’entends nos politiques dire qu’il faut investir massivement dans la culture pour amorcer un réel décollage de nos États. Non messieurs c’est dans l’éducation qu’il faut investir aussi bien financièrement "qu’intellectuellement "car le biais culturel et subsequement économique vient de là. Plus généralement je me méfie de ces foras de masturbation intellectuelle qui ne place pas la question de l’éducation au centre.

    Répondre à ce message

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 Articles de la même rubrique
Covid-19 : la culture touchée, mais pas coulée
Lutte contre le covid-19 au Burkina : L’artiste Don Sharp de Batoro participe au combat
Religion : « La musique est un moyen d’évangélisation », dixit l’abbé Lucien Wanré
Christiane Zoungrana : « Le tissage, c’est une histoire d’amour »
Poème : « Magnificat » de Marie Mechtilde Guirma
Bobo-Dioulasso : Ous Hebié dédicace son troisième album « Yahigô »
Musique : Bil Aka Kora marque son retour sur scène avec « fulu », son sixième album
Mode : « Face », une émission pour briser les préjugés sur le mannequinat
Burkina Faso : Report de la Semaine nationale de la culture
Vernissage : ‘’ écrits sous moustiquaire’’, une exposition de Marie-Clotilde Bastide
Semaine nationale de la culture 2020 : Des innovations majeures pour cette 20è édition
2e édition du grand prix de poésie Thomas Sankara : La cérémonie officielle de la remise des prix aura lieu le 21 mars 2020
  Newsletter

Chaque matin, recevez gratuitement toute l'actualité du jour par mail. Inscrivez-vous à la newsletter



LeFaso.net
LeFaso.net © 2003-2020 LeFaso.net ne saurait être tenu responsable des contenus "articles" provenant des sites externes partenaires.
Droits de reproduction et de diffusion réservés